Gamaëlia


 
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 Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]

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Sila Jones
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MessageSujet: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Dim 13 Déc 2009 - 8:52

« Qui suis-je ? Juste moi-même. »
« C'est vous dire. »



    Nom :
    Jones

    Prénom :
    Sila

    Age :
    15 ans, 6 mois et 19 jours

    Métier :
    Apprentie Serveuse - Danseuse professionnelle




Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 17:40, édité 22 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Dim 13 Déc 2009 - 11:39

« Elle n'est jamais aussi belle que dans les yeux de ceux qui l'aiment. »
« A part ça, je suis parfaite. »



    Sila n'est pas de celles qui, d'une beauté envoutante, angélique ou sauvage, font tourner les têtes dès le premier regard. Sa silhouette ne présente aucune caractéristique exceptionnelle qui saurait retenir votre attention. Elle est petite avec son mètre cinquante huit, mais pas suffisamment pour que cela choque en comparaison des autres filles de son âge. Son corps a pour lui tout les attraits de la jeunesse avec ses membres bien proportionnés, ses formes enjôleuses sans être un détail prédominant de son anatomie, et sa corpulence menue et gracile qui l'apparente encore à celle d'une enfant. La croiseriez-vous dans la rue que vous la trouveriez jolie mais que vous l'oublieriez dès qu'elle aurait disparu. Pourtant, l'allure de Sila n'appartient pas exactement à la banalité qu'elle semble offrir au premier abord. Sa démarche est vive et agile comme un moineau qui se pose de branche en branche, ses mouvements sont emprunts d'un charmant mélange d'élégance, d'assurance et de légèreté, ses attitudes sont pleines de l'innocence et de la grâce de l'enfance. A prendre le temps de l'observer, on découvre avec une agréable surprise une jeune fille pleine d'un charme inattendu, frais et plaisant au travers de ce qui à première vue ne la distinguait pas des jeunes filles de son genre.

    Puisque vous voilà la détaillant, vous cherchez à observer son visage. D'un ovale harmonieux qui le rend doux, il présente des traits agréables qui, s'ils trahissent sa jeunesse, offrent un petit minois charmant où règne un savant mélange de douceur réservée et d'espièglerie mutine. Ses lèvres délicatement rosées sont un peu trop fines à son goût d'où sa fâcheuse habitude à les avoir bien souvent entrouvertes, laissant apercevoir une dentition blanche sans être aveuglante et à plus forte raison lorsqu'elle sourit, ce qui chez elle est presque une constante. Un nez en trompette que l'on pourrait juger un peu court sans pour autant qu'il déséquilibre ses traits, cède rapidement la place à un front assez grand qu'elle dissimule élégamment sous une frange fuyante. Enfin, dans le blanc un peu doré et relativement commun de son teint, tranchent de grands yeux d'un gris anthracite. Si leurs iris sombres ne les mettent guère en valeur, de longs cils soulignent un regard curieux et expressif tandis que de fins sourcils plantés sur une arcade un peu haute rehaussent le tout, les élargissant encore davantage mais y mêlant malheureusement un petit air quelque peu arrogant lorsqu'elle les ferme à demi.

    Une chevelure sombre achève le tableau. D'un noir terne qui se pare de reflets bruns très prononcés à la lumière, ses cheveux n'arborent malheureusement pas une brillance éclatante et une nature facile. Les aurait-elle eut bouclés comme sa mère qu'elle aurait pu en apprécier les volutes et les reflets. Les aurait-elle eut raides et lisses comme sa sœur qu'elle aurait su s'accommoder de leur toucher de satin. Or les cheveux de Sila sont un mystère à eux seuls. D'une nature désordonnée aimant à ne pas se soumettre, ils restent raides tout en étant légèrement ondulés parfois, mais s'entremêlent continuellement en mèches de différentes longueurs qui leur donnent du volume. Difficile à coiffer, ils ont quand même leur charme de par leur douceur et surtout de part leur incroyable légèreté. A croire qu'ils ne savent que perpétuellement glisser les uns sur les autres, se figurant d'être une cascade capillaire sans cesse en mouvement. Consciente de cette particularité, Sila en prend grand soin et n'a de cesse que d'essayer de nouvelle coiffure, préférant bien souvent les attacher bien qu'elle soit plus belle les cheveux lâchés pour apprécier le confort de ne pas sans arrêt avoir à replacer les mèches qui dégringolent devant ses yeux.

    Dotée d'une beauté commune sans caractéristique particulièrement avantageuse, Sila est jugée jolie voir mignonne de prime abord. Deux adjectif qui se transforment en charmante et séduisante dès qu'on prend la peine de l'observer de façon plus insistante. Sila n'a rien d'exceptionnel mais elle a la chance de ne présenter aucun défaut notable non plus. Une particularité neutre dont elle a appris à se satisfaire en mettant se mettant en valeur par le raffinement, l'élégance, l'harmonie ou même la simplicité de ses vêtements et de son maquillage. Tout semble lui aller. Mettez lui une robe de soirée ou filez lui un jean et un tee-shirt, vous la verrez tout aussi à l'aise et resplendissante. C'est une jeune fille qui comme beaucoup, s'embellit dans le regard de ceux qui l'apprécie déjà...


Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 15:40, édité 8 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Dim 17 Jan 2010 - 8:38

« Je ne suis pas bizarre, je suis originale, nuance. »
« Tout est subjectif n'est ce pas ?»


    La personnalité de Sila peut-elle seulement être décrite ? Singulière, étonnante, déconcertante et pourtant tellement attirante. Elle semble si proche et si insaisissable, si confiante et si désemparée, si vaniteuse et si sensible. La laisserez-vous vous mener par le bout du nez, ou par le bout du cœur ?

    Ouverte et communicative, Sila possède beaucoup de charme et de magnétisme. Elle est sociable, enjouée, souriante, partageant à la fois un enthousiasme espiègle et une douceur réconfortante avec ceux qui l'entourent. Positive et pétillante, elle est une optimiste qui s'assume tout en narguant la candeur et l'indolence. Aussi recherche-t-elle le contact et les échanges, consciente que sa présence est apaisante, agréable, rafraichissante. C'est une affective qui a un grand sens de l'amitié, et montre des qualités d'écoute, de finesse et de psychologie certaines, ayant à la fois un sens aigu des détails et un intérêt pour ce qui est intimiste. Cependant, cherchant à plaire et à faire plaisir, Sila reste très dépendante des autres de part son besoin constant de se sentir aimée et ne supporte pas la solitude. Généreuse et intéressée par les autres, elle peut paradoxalement se comporter de manière égocentrique. Excellente comédienne, spirituelle et spontanée, elle peut se révéler manipulatrice jouant volontiers sur la corde affective pour satisfaire ses nombreux caprices. Autant vous dire qu'elle dépense plus vite que son ombre et que les ryz ne font pas long feu entre ses mains puisqu'elle n'a aucune notion de l'argent et qu'elle est éminemment matérialiste.

    Sila fascine mais désarçonne. Tendant vers la facilité, elle peut faire preuve d'une totale irresponsabilité, se montrer impatiente et incroyablement inconsciente. Elle dégage une impression de force et d'assurance, alors qu'elle est en réalité fragile et n'a pas toujours confiance en elle. En fait, elle compense sa vulnérabilité par sa facilité à se lier aux autres et à acquérir leur protection. Vive et adaptable, elle a l'art de la persuasion ou de la riposte . Elle sait plaire, séduire, charmer et distraire son entourage. Curieuse, elle s'intéresse à mille choses sans forcément en approfondir aucune ce qui laisse penser qu'elle tend à la dispersion et à une certaine futilité. Son esprit vif lui permet d'apprendre vite mais elle se lasse facilement. Démotivée, elle gaspille ses capacités en s'amusant car elle n'est pas persuadée du bien-fondé du travail... La jeune fille peut se révéler instable, désordonnée, indisciplinée, changeante et plutôt mal organisée. Incapable de se prendre véritablement au sérieux, convaincue que la vie n'est qu'un jeu, elle donne souvent une impression de légèreté, de frivolité ou encore de superficialité. N'étant absolument pas rancunière, Sila prête assez peu attention à ce qui peut l'affecter d'une façon général, ayant pris le partie de vivre une vie de bohème.

    Enfin, Sila possède l'art et la manière de passer d'un état émotionnel à un autre en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire ! Hypersensible et particulièrement féminine, elle est un mélange de femme-enfant. Charmante, sensible, douce et féminine, puis conquérante, séductrice et entreprenante... Une sacrée personnalité qui oscille entre les restes de son enfance et sa maturité en devenir. Ainsi pourra-t-on la voir tour à tour réservée, timide, ravie de passer inaperçue, puis pétillante, espiègle, enchantée d'être sur le devant de la scène et même plutôt effrontée, selon que l'ambiance dans laquelle elle se trouve est affective ou non. Elle oscille entre des phases d'hésitation et d'autres où elle est capable de tenter le tout pour le tout. Bien plus fragile qu'elle ne veut bien le laisser paraître, Sila est avant tout une jeune fille qui refuse d'être laissée de côté. Elle a besoin d'un regard pour lui donner courage, d'une étreinte pour apaiser ses craintes, d'un sourire pour se sentir utile.


Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 15:41, édité 3 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Lun 18 Jan 2010 - 5:26

« Avant qu'on ne commence, tu as quelque chose à dire pour ta défense ? »
« Peace ♥ »



    Origine :
    Gamaëlia

    Résumé de l'histoire :


    « Prélude »


    Il était une fois, une petite fille
    Qui naquit un beau jour dans un monde enchanteur,
    Un monde de magie, un monde fait de merveilles,
    Un monde qu'elle exécrait du fond de son cœur.
    Mais cette histoire est comme toutes les histoires,
    Ni plus belle, plus tendre, pas plus qu'elle n'est noire.
    Car elle n'est qu'une erreur. Un gâchis bien caché.
    Elle n'est que le récit de secrets, de regrets,
    De ses espoirs tout comme de ses déceptions.
    Juste un conte de fée ? Ou de désillusions ?


...


Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 16:02, édité 4 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Lun 18 Jan 2010 - 5:26

    « Il était une fois, une petite fille. »


    CLONG !
    Une formidable secousse ébranla brusquement le wagon. Un événement aussi rapide que puissant qui en l'espace d'un instant, venait de propulser au sol les bagages les plus légers ou les plus déséquilibrés et les passagers les plus somnolents. Le compartiment, calme encore quelques minutes auparavant, retentit très vite d'exclamations rageuses et du bruit des bagages que l'on replaçait dans les filets prévus à cet effet. Au nombre des malheureux qui connaissaient un réveil pour le moins violent, une toute jeune fille posa un regard abasourdie et ensommeillé sur toute cette agitation qui acheva de la déboussoler définitivement. Malheureusement, cet état de semi-inconscience ne dura guère et une foule de questions assaillirent son crâne devenu douloureux par un choc qu'elle avait certainement reçu en tombant de son siège. Elle remarqua avec désespoir qu'un de ses sacs s'était ouvert et répandait son contenu sur le sol, encombrant passablement l'allée mais dévoilant surtout des effets plus que personnels. Se redressant, Sila entreprit donc de remettre de l'ordre dans tout cela, profitant de ce que les autres passagers étaient trop occupés par leur propre bagage pour s'intéresser au sien. Durant cette activité, elle eut alors tout loisir de s'occuper des questions qui la taraudaient. Quel événement exceptionnel avait autoriser quiconque ou tout cahot que ce soit à la réveiller ? Pourquoi personne n'accourait-il pour l'aider ? Et d'abord, question qui ne manquait pas d'importance, que diable fichait-elle dans un train ?

    Son esprit ensommeillé se mit en quête des fraguements de sa mémoire un peu comme ses mains ramassaient ses affaires éparpillées. Elle se souvenait plus ou moins bien de la soirée de la veille. Il faut dire que fêter le réveillon de Noël avec plus de deux cents invités ne s'oublie pas aussi facilement. Mais entre les mondanités auxquelles elle était habituée depuis son enfance et son réveil dans ce train qu'avait-il bien pu se passer ? Sila se releva et se hissa sur la pointe des pieds pour replacer son sac à ce qu'elle supposait être son endroit initial, n'en ayant pas non plus un souvenir très clair, puis reprit place à côté de son voisin. Voyons voir... Le tout était de réfléchir calmement et avec logique. Elle avait reçu les invités pendant toute la première partie de soirée avec le reste de sa famille, puis ils avaient pris place autours de l'énorme banquet dressé à leur intention. Ensuite, elle avait accordé plusieurs danses avant de chercher à se reposer dans un des petits salons qui poussaient dans la demeure familial comme des champignons. Et à ce moment là... Sila serra ses bras sur sa poitrine, se tassant sur son siège et fermant les yeux pour ravaler ses larmes. Elle aurait voulu mourir à ce moment là, disparaître comme une petite souris. Et pourtant elle était restée figée ; écoutant aux portes la conversation de ses parents. Oh, comme elle avait été naïve ! Comme elle s'était leurrée bêtement en gobant leurs mensonges durant toutes ces années ! Non... Ce n'était pas la vérité. Elle le savait depuis toujours. Elle avait juste choisi d'ignorer cette douloureuse situation. Elle aurait même choisi de l'éviter encore si son père n'avait brusquement ouvert la porte avant qu'elle ne puisse s'enfuir. Devant le regard scandalisé de sa fille qui se remplissait de larmes, il n'avait su quels mots prononcés. Sila aussi en avait été incapable...

    Oui, elle était leur cinquième enfant. Une petite fille qui n'était d'aucune utilité si ce n'était peut être par un mariage qui servirait leurs intérêts. Une petite fille qui était née la honte rivée au corps, celle de ne pouvoir rivaliser un jour avec ses frères ainés qui étudiaient à la plus prestigieuse académie de magie. Et pour cause, lorsque l'on est dépourvu de la moindre once de magie, comment s'imaginer maîtriser ce don. Certes, ils avaient eu le bon goût de ne jamais le lui reprocher clairement. Bien sûr, ils l'avaient élevée de leur mieux et lui avait offert une vie heureuse, une vie de princesse. Mais n'était-ce pas la moindre des choses pour des gens qui régnaient en maîtres absolus de l'économie de la région ? Ce poids elle l'avait porté durant des années mais ce n'était qu'en l'entendant de leur bouche qu'elle l'avait soudainement réalisé. Elle s'était enfuie. Elle ne recherchait plus que la solitude de sa chambre pour laisser libre court à sa tristesse. C'était d'une ironie cruelle... Être née dans un monde où l'on n'avait aucune utilité. Évidemment, on était venu pour la consoler mais elle avait refuser d'ouvrir sa porte. Elle avait eu son quota d'hypocrisie pour ce soir. Elle voulait simplement qu'on lui fiche la paix, qu'on cesse de la regarder parfois avec ce reproche inavoué dans les yeux, qu'on ne lui impose pas des décisions qui allait à l'encontre de ses rêves. Oui, c'était égoïste, mais elle se fichait bien d'être égoïste.

    Finalement, ses larmes avaient fini par se tarir avant sa rage et elle tremblait encore lorsqu'elle s'était redressée sur son lit. Une petite voix dans sa tête la traita d'idiote. Ce n'était pas en pleurant qu'elle trouverait une solution. Quoique les autres en dise, elle était une Jones, elle valait mieux que tout cela. Une image imprécise s'imposa à son esprit. Le souvenir vague d'un visage connu mais qu'elle n'avait plus revu depuis deux ans. Oui... C'était vrai. Un autre qu'elle avait déjà été confronté à ce genre de situation. Il l'avait subi durant des années, crachant sans nul doute son fiel à qui se croyait assez présomptueux pour faire peser sur ses épaules le poids d'une injustice dont il n'était pas responsable. Puis il était partit. Sila avait brusquement relever la tête à la fois impatiente et effrayée à l'idée de mettre en œuvre le plan qui prenait vaguement forme dans son esprit. Et si elle partait ? Attendons une minute. Elle était une gamine d'à peine quinze ans et donc mineure qui voulait se jeter sur les routes alors qu'elle ne maîtrisait pas la magie, était proprement incapable de se défendre, et qui pour couronner le tout, était née avec une cuillère en argent dans sa bouche sans jamais avoir connu autre chose ou presque que le luxe fastueux dans lequel elle avait toujours vécu. Ça méritait réflexion. Elle ne réfléchit pas... Ils allaient voir ce qu'ils allaient voir ! La petite Sila allait se faire une joie de leur montrer de quoi elle était capable ! Ils seraient bien tous obligés de reconnaître qu'elle n'était pas qu'une gamine inutile et encombrante. Et quand bien même ils se désintéresseraient totalement d'elle, Sila vivrait une aventure exceptionnelle dont elle n'aurait jamais pu rêver en temps normal. Et puis, la perspective d'un voyage et d'une vie de bohème n'était-elle pas follement excitante ?

    C'est ainsi qu'elle avait fait ses valises, puis avait filer en douce avant de s'acheter un billet à la gare. Ils ne viendraient pas la chercher. Ce qu'elle avait mit dans la lettre abandonnée sur son lit les empêcherait de faire quoique ce soit. Elle les avait pris à leur propre jeu cette fois-ci ! Alors ? Qu'est ce que cela faisait d'être d'en l'incapacité d'agir ? Mouhahaha ! Était-ce cette joie secrète, un peu honteuse mais puissamment salvatrice qu'il avait ressentit avant de partir lui aussi ? Sila releva la tête, regardant défiler le paysage par la fenêtre du wagon avec un petit sourire vengeur qui devint vite nostalgique. Elle se souviendrait toujours de leur première rencontre. Elle n'en avait jamais fait d'aussi exceptionnelle après lui...

    ~ O ~

    « Lorsque l'on a sept ans et que l'on est paré comme elle l'était, on se croirait projeté dans un conte de fée. Sila tournoya lentement sur elle-même, juste assez pour admirer dans le miroir le jeu subtil de la lumière sur le satin violet de sa robe, l'ondulation élégante du jupon de dentelle, la légèreté de l'étoffe entièrement soumise au mouvement. A son cou, un nœud discret et élégant aux pattes terminés d'un petit diamant. Des diamants que l'on retrouvait à ses oreilles, sur son poignet ou ses doigts. Des bijoux fins et discrets, soulignant sa beauté sans l'occulter, adaptés à une enfant de cet âge. Dans ses cheveux artistiquement relevés, les fins rubans satinés ravivaient leurs reflets mordorés. Sur ses paupières, une ombre à peine visible mettait en valeur un regard curieux de tout. A ses pieds, de petites chaussures violacées au talon à peine relevé qui nouaient leurs rubans sur ses chevilles frêles et délicates.

    - Vas-tu te tenir tranquille Sisi ? !

    - Je m'appelle Sila !


    La petite fille se retourna pour foudroyer sa sœur du regard. Cependant, malgré le dédain évident que son aînée affichait à son égard, elle oublia bien vite sa colère. Adeline n'avait jamais été aussi belle. Sa robe bleu-nuit étincelait de paillettes argentées, épousant à la perfection les courbes harmonieuses de son corps tout en préservant un effet froissé que seul autorisait ce taffetas délicat. Les longues boucles d'un blond vénitien qui s'échappaient de son chignon parsemé de fleur bleue cascadaient jusqu'à ses épaules nues. Une parure de saphirs délicatement ouvragée complétait sa tenue sans rien enlever à son regard d'encre que mettait en valeur un maquillage sombre mais harmonieux.

    - Cessez de vous disputer toutes les deux et veuillez vous dépêchez. Nos hôtes nous attendent.

    Sila courut rejoindre sa mère avant de la suivre dans le carrosse tandis que Adeline la suivit d'un pas plus mesuré pour ne pas abîmer sa toilette. Aujourd'hui était un soir important. Elle allait enfin annoncer ses fiançailles prévues de longue date et qu'elle célébrerait dès qu'ils en auraient l'âge. Comment aurait-elle pu choisir meilleur moment que le réveillon du nouvel an où tous les membres de la haute société serait réunis au même endroit ? Ses amies seraient vertes de jalousie en découvrant le promis et elle avait eu toutes les peines du monde à leur cacher un si important secret. Nonobstant, elles ne lui avaient pas laissé le choix. Inconséquentes, les trois-quarts de leurs connaissances en auraient été informés avant l'heure. Elle croisa le regard de sa mère qui l'admirait avec bienveillance, ayant pour sa part choisi une robe plus sobre pour mettre sa fille davantage en valeur. Sila, de son côté, s'était réfugiée dans un silence inhabituel mais qu'expliquait sa grande appréhension à l'idée de prendre par à pareil événement.

    - Pourquoi la petite princesse Sisi doit-elle venir ?


    - C'est Sila !

    - Sois un peu plus gentille avec ta sœur. Tu sais qu'elle n'aime pas qu'on l'appelle ainsi.

    - Normalement c'était à moi de choisir les invités.

    - Je ne veux pas de dispute ce soir. Vous êtes toutes les deux parfaitement conscientes du fait que ce genre d'attitude est indigne de vous.


    Sous le regard lourd de menace de sa petite sœur, Adeline se renfonça dans son siège, distinguant déjà les lumières étincelantes dans la nuit noire de la demeure où aurait lieu la réception.

    - Quand notre père va-t-il nous rejoindre ?

    - Dans une heure environ, lorsqu'il aura achevé sa réunion.


    Sila s'attrista un instant mais toutes ses inquiétudes volèrent en éclat lorsque le carrosse s'arrêta à l'entrée de l'imposante demeure. Elle descendit la dernière comme l'exigeait la bienséance, ce qui lui laissa tout le loisir de détailler les autres invités qui ne manquèrent pas de les saluer avec courtoisie. Ombre de l'ombre de sa mère, elle se réfugia dans ses jupes lorsque parvenue dans le hall, elle fut présentée au maître des lieux. Cette formalité effectuée, la petite fille reprit vite le contrôle de ses émotions lorsqu'elle aperçue des enfants de son âge qu'elle eut tôt fait de rejoindre pour prendre la tête de leur petit groupe et organiser une partie de cache-cache géante, se désintéressant ainsi tout à fait de l'objet principal de cette soirée. Après un ou deux tour de jeu, ce qui devait arriver arriva et Sila se perdit tout à fait dans des couloirs parfois uniquement éclairés par la lumière de la lune où elle ne percevait plus que faiblement la musique de la réception. Après avoir constater qu'elle venait de tourner en rond, ou du moins après avoir eu cette impression, elle se résigna à accepter l'idée qu'elle ne parviendrait pas à retrouver son chemin seule. Elle se mit alors en quête d'un signe de vie, un domestique ou un invité capable de la ramener dans la salle de réception.

    Tournant dans ce labyrinthe à l'angle d'un escalier qu'elle venait de descendre, elle remarqua de la lumière s'échappant d'une porte entrouverte et se dirigea tout naturellement vers cette dernière. Elle l'ouvrit doucement et s'avança de quelques pas, s'apprêtant à demander si quelqu'un été présent car la chose n'était pas évidente dans une si vaste pièce. Les rayonnages succédaient aux rayonnages, les larges tables d'études aux fauteuils moelleux et les tapis précieux au parquet à la française. Cette bibliothèque était pratiquement aussi grande, si tant est qu'elle ne l'était pas davantage, que celle de sa propre maison. A vrai dire, elle aurait pu passer encore longtemps à l'admirer si un brutal rappel à la réalité présente de l'avait pas fait soudainement sursauter.

    - Qu'est ce que tu fous là ?

    Sila se retourna vers la source de la voix avec une expression contrite qui céda bien vite la place à de la surprise. Celui qui l'avait apostrophé de manière si familière était un jeune garçon légèrement plus âgé, vêtu avec distinction mais loin d'arborer des vêtements à la hauteur de ce genre de fête. Il était assis à l'une des tables qu'elle avait remarqué en arrivant, affairé à la lecture d'un livre, n'ayant même pas pris la peine de se lever pour la saluer comme il était d'usage. Il avait des cheveux d'un noir de jais à l'aspect un peu rebelle qui renforçait l'impression de négligé chic qui émanait de sa personne. Ses yeux brillaient d'un éclat d'émeraude et lui jetaient un regard sévère, confirmant qu'elle l'avait interrompu dans sa lecture. Son visage enfantin, arborait déjà des traits agréables même si une expression de constant agacement semblait en avoir prit définitivement le contrôle. Il était beau. Aux yeux de cette petite fille qui croyait encore au prince charmant il était même extraordinairement séduisant.

    - Tu es sourde ?

    Sortant de son mutisme et de sa torpeur, Sila s'inclina gauchement en une révérence qui semblait hors de propos avant de répondre et de revenir à son problème.

    - Excusez-moi, je ne voulais pas vous déranger.

    - C'est fait.

    - Je me suis perdue et je ne parvenais pas à retrouver mon chemin alors quand j'ai vu de la lumière, j'ai pensé que je pourrais trouver de l'aide.


    Le garçon la fixa encore un instant sans rien dire ce qui mit la petite fille mal à l'aise. Comptait-il vraiment la laisser dans ce pétrin ?

    - Et en quoi ça me concerne ?

    D'abord sidérée par son manque d'éducation, Sila contre attaqua en espérant que son argument ferait mouche. Puisqu'il semblait vivre ici, il devait connaître les maîtres des lieux et les secrets qu'ils entretenaient.

    - Je suis la sœur d'Adeline Jones, Sila.

    Le garçon la considéra un moment comme s'il évaluait les conséquence qu'entrainerait un refus définitif devant une telle annonce. Nul doute qu'en temps normal il ne se serait pas plus préoccuper de son statut social que de la poussière qu'il foulait lorsqu'il marchait mais quelque chose semblait le faire hésiter jusqu'à le contraindre définitivement à une décision qu'il du détester d'emblée vu la tête qu'il faisait.

    - Je termine mon chapitre et je te raccompagne en bas.

    Loin de se formaliser ni de son attitude exécrable, ni du contre temps qu'il lui imposait alors même qu'elle était habituée à ce qu'on prévienne tous ses caprices, Sila songea avec fierté qu'elle avait vu juste lorsqu'elle avait pensé se trouver au premier étage. Elle s'autorisa à s'approcher de lui, profitant de l'attente pour observer la salle avec émerveillement.

    - C'est une magnifique bibliothèque.

    - C'est ma mère qui s'est occupée de la constituer.

    - Elle doit être très cultivée.

    - Oui, il paraît qu'elle l'était.

    - « Était » ?

    - Elle est morte.


    Sila s'immobilisa en observant le visage du garçon, ses yeux baissés sur les pages de son livre dissimulés par ses mèches sombres. Comment pouvait-il dire des choses si terribles de façon si abrupte ? Comment pouvait-il en parler avec ce détachement ? Et surtout : comment avait-elle pu commettre l'incroyable bêtise de souligner l'emploi du passé ? ! Il devait être blessé, il devait la trouver sotte.

    - Pardonnez-moi. Je ne voulais pas...

    - C'est bon.


    La dureté de ces derniers mots la laissèrent muette et désolée. Elle sursauta à nouveau lorsque il claqua le livre en le refermant avant de se lever. Il ne faisait plus aucun doute qu'il était plus âgé, il la dépassait d'au moins vingt centimètres.

    - Suis-moi.

    Sila ne se fit pas prier et courut presque pour rester à sa hauteur, intimidée par ce garçon si déboussolant et énigmatique. Elle qui n'avait jamais été impressionnée par personne d'autre que des adultes, voilà qu'elle osait à peine lever les yeux vers les siens. D'un autre côté, ce n'est pas comme si elle était totalement étrangère aux bourdes mais si habituellement on l'excusait de par sa jeunesse, qu'en serait-il dans la situation présente ? Laissant cette interrogation en suspend, se fut donc dans un silence pesant et coupable pour Sila qu'ils ne tardèrent pas à rejoindre l'escalier du hall.

    - Voilà, tu n'as qu'à descendre.

    Un jeune domestique parvint à leur hauteur à cet instant précis, leur souriant avant de prendre la parole avec réserve mais bon cœur.

    Joyeux anniversaire, jeune maître.

    - Tsss.


    Le garçon détourna ostensiblement le regard avec un mépris que Sila avait rarement eu l'occasion de contempler sur un visage aussi jeune mais d'autres préoccupations assaillaient son esprit. Ne venait-il pas de l'appeler jeune maître ? Il était né le 31 décembre ? En ce cas, il y avait certains usages que Sila devait respecter et ce à commencer par imiter les paroles du domestique. Juste un détail : cela semblait follement exaspéré son compagnon de fortune.

    - C'est ton anniversaire ?

    Elle s'était mise elle aussi au tutoiement puisqu'il semblait se préoccuper de la politesse comme de sa première paire de chaussettes.

    - Laisse tomber cette histoire tu veux ? Maintenant que je t'ai ramené j'me casse, je veux rien avoir à faire ici.

    - Hum... Merci.


    Il commença à faire demi-tour quand une autre domestique, une femme d'une cinquantaine d'année le retint en l'apostrophant.

    - Oswald, revenez ici s'il vous plaît.

    - C'est Oz !

    - Arrêtez avec cette manie et descendez immédiatement, votre père veut que vous soyez présent pour l'annonce.

    - Rien à faire.

    - Votre frère y tient sûrement aussi.

    - Tsss.


    Sila avait gardé un silence circonspect et prudent. De toute évidence, la domestique était une sorte de gouvernante et le garçon appartenait à la famille Roland. Oswald devait sans doute être le deuxième fils de la famille... enfin Oz puisque visiblement il ne supportait pas une autre appellation. Un garçon décidément très étrange... Ils descendirent donc les escaliers pour se rendre dans la salle de réception. La gouvernante lui glissa quelque mot lorsqu'ils passèrent devant elle.

    - Veuillez excuser l'attitude de Wilfrid. Il ne sait pas encore que c'est l'anniversaire de la mort madame votre mère. Il ne désirait pas vous offenser.

    Sila fit de son mieux pour ne pas laisser transparaître ses émotions mais elle ne put s'empêcher de rougir de honte en réalisant qu'elle n'avait fait qu'accumuler les gaffes depuis le début de cette rencontre qui en devenait désastreuse. Oz ne releva pas et fit comme s'il n'avait rien entendu. Sans doute la gouvernante avait-elle du penser que Sila était au courant pour avoir parler aussi librement devant elle. Quoiqu'il en soit, elle n'eut pas besoin de ressasser sa honte plus que de raison, déjà ils parvenaient à la salle alors que le discours de leurs pères respectifs venait d'être entamé.

    - ...C'est pourquoi je suis très heureux de vous annoncer ce soir que les liens entre nos deux familles vont se resserrer encore davantage. William et Adeline fêteront leur mariage dans les années à venir.

    Des applaudissements tantôt polis, tantôt enthousiastes emplirent la salle en même temps que des chuchotements de félicitations, d'étonnement ou d'agacement. D'une façon générale, l'accueil était plutôt chaleureux. Néanmoins, les surprises n'étaient pas terminées...

    - Et pour conclure définitivement la longue amitié que nous entretenons et que nous entretiendrons toujours avec ferveur dans l'avenir, nous prévoyons que Oswald et Sila suivent l'exemple de leurs ainés. Tout nos vœux de bonheur à ces quatre fiancés !

    Une même voix s'éleva de la gorge des deux enfants vers qui tout le monde fixa alors son attention.

    - Heeeeiiiinnnn ?!!! Pas moyen !

    Ce à quoi il ne fut répondu que des rires tandis qu'ils s'observaient avec la même étincelle scandalisée au fond des yeux. Comment est-ce qu'on avait pu leur faire ça ? ! Lorsqu'elle rentra chez elle ce soir là, Sila était trop épuisée pour réfléchir et réellement comprendre l'ampleur de la nouvelle, si tant est que ce fut possible à seulement sept ans. Elle se réveilla juste le lendemain avec le souvenir d'un rêve où elle ne se rappelait que le visage triste et farouche à la fois du prince charmant... »

    ~~~


Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 16:03, édité 3 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Lun 18 Jan 2010 - 5:29

    « Danse, danse et sentiment. »


    Un gamin d'environ six ans, pleurait dans les bras de sa mère en entrant dans le wagon. Sans trop savoir pourquoi, Sila leur prêta attention.

    - Non, tu n'auras pas de sucreries. On ne va pas tarder à arriver à Sannom. On mangera chez tante Irène à midi.

    Avait-elle bien entendu ? Sucreries ? Est ce que par hasard des marshmallows figuraient dans le lot ? Ce train possédait-il une oasis de bonheur et de douceur où elle pourrait se procurer cette merveille ? Se levant dans la seconde, armée de son porte-monnaie et de sa détermination, elle partit en quête du saint-Graal. Dépassant les autres passagers, elle traversa un second wagon puis un troisième avant de tomber dans un espace aménager en restaurant. A priori, aucune sucrerie à l'horizon mais Sila avait de la ressource, elle n'allait pas s'arrêter en si bon chemin. Elle se dirigea d'un pas décidé vers le bar où un serveur asticotait des verres à cognac. Il releva les yeux vers elle lorsqu'elle s'accouda au comptoir avec l'évidente intention de lui commander quelque chose. Néanmoins, il la devança.

    - Désolé, nous ne vendons pas d'alcool aux mineurs.

    Le regard de Sila s'assombrit un instant. Faisait-elle si jeune que ça ? Dire qu'elle serait majeure dans six mois, le rêve ! Même si son futur tuteur allait à coup sûr vouloir contrecarrer ses plans. Enfin bon, elle verrait en temps voulu. Et puis, mis devant le fait accompli, elle le voyait mal la foutre dehors...quoique... Bref, ce n'était pas le propos.

    - Vous auriez des marshmallows ?

    - Je vous demande pardon ?


    Sila s'assit sur l'un des tabourets, prenant ses aises avec cette faculté et ce naturel que seules ont les personnes habituées depuis leur plus tendre enfance à être servies.

    - Je vous demande si vous avez des marshmallows. Vous savez, ces petites choses blanches, roses ou bleues qui fondent dans la bouche tout en étant un peu élastique.

    - Oui je sais ce qu'est un marshmallow merci.

    - Alors où est le problème ?

    - Ici vous êtes dans un bar-restaurant pas dans une confiserie. On ne sert pas de marshmallow ou tout autre sucrerie.

    - C'est embêtant.

    - Je le conçoit.

    - Vous sauriez où je peux en trouver ?

    - Des vendeurs passent avec des chariots où ils en vendent. Ils allaient vers l'arrière du train tout à l'heure.


    Perdue dans ses pensées, Sila avait du les rater.

    - Merci beaucoup !

    Elle lança un sourire franc et joyeux au serveur qui acheva définitivement de la prendre pour une folle, puis partit sur les traces des chariots ambulants. Par bonheur, elle arriva juste à temps pour pouvoir prétendre se régaler du dernier sac. Elle se rassit à sa place, fraîche de cette péripétie et avalant généreusement l'une de ses confiseries préférée. Comment était-il possible que trouver des marshmallows soient si difficiles ? Pour passer le temps, un jeune homme au fond du wagon sortit une guitare et commença à entamer quelques morceaux avant de les abandonner et de passer à un autre jusqu'à ce qu'il en trouve un qu'il voulait jouer jusqu'en entier. L'écoutant distraitement, Sila réalisa qu'elle connaissait cette musique. Il ne respectait pas vraiment la version originale mais le doute n'était pas permis. C'était la mélodie d'un vieux tango qui avait plusieurs fois bercé son enfance. Un autre précieux souvenir..

    ~ O ~

    « - J'ai peur que si tes parents devaient encore te trouver fourrer dans ma salle de danse, ils ne se souviennent brusquement qu'ils en sont les propriétaires.

    - Ca ira. De toute façon, ils sont déjà plus ou moins au courant et si ça les embêtait vraiment ils ne m'auraient pas laisser venir.


    Sila allait presque sur ses dix ans et tourna vers sa locutrice un regard chaleureux. Calia était une femme qui approchait de la quarantaine, jolie et en parfaite condition physique pour exercer son métier de professeur de danse. Sila l'avait eu comme mentor dès don plus jeune âge lorsque ses parents avaient décrété qu'elle devait faire de la danse classique. Loin de lui déplaire, la petite fille avait persisté avec plaisir et talent, faisant de la salle de danse une seconde maison et de Calia une autre grande sœur. Sila commença lentement à s'échauffer, étirant ses membres, cabrant son corps, tournant ses articulations, aimant à sentir ses muscles se tendre et se relâcher, y trouvant un profond bien être.

    - Franchement, qu'est ce que je vais faire de toi...

    - Mes parents se le demandent surement aussi.

    - Tu devrais réfléchir un peu plus avant de prendre des décisions sur un coup de tête.


    Sila lui lança une moue boudeuse et déjà lasse des réprimandes. Si elle venait chez Calia, ce n'était certainement pas pour y trouver ce qu'elle entendait régulièrement chez elle. Elle aimait l'atmosphère particulière de la salle de danse. Ces miroirs qui renvoyaient aussi bien l'image de leurs mouvements que la lumière toujours un peu terne de la fin d'après midi et qui s'enflammait sitôt que le soleil s'échappait des nuages pour éteindre son rayonnement incandescent derrière les collines, loin à l'ouest. Elle aimait le parquet sombre et lisse qui brillait sous leurs pas tandis qu'ils semblaient glisser à sa surface, comme les cygnes se laissant porter par le courant d'une eau calme. Et plus que tout autre chose, elle aimait la danse. Mouvements aériens et brusques, cadencés et retenus, lents et précipités, puissants et doux, mais toujours harmonieux, sublimant les corps des danseurs, leur offrant d'une même chaleur la grâce et la beauté. Ressentir l'intensité de la musique et ne plus faire qu'un avec elle... Effort splendide qui l'épuisait dans une transe sublime... Extase d'un instant de grâce, intime et personnel... Lorsqu'elle dansait, Sila n'était plus la même. Autant était-elle futile, désordonnée, distraite et incapable de se maintenir
    en place en temps normal, autant devenait-elle sérieuse, concentrée, méticuleuse et posée dès qu'elle dansait. La danse était un exutoire dont elle ne comptait pas se priver de sitôt.

    Assise sur le sol alors que les autres élèves commençaient à arriver, Sila massait distraitement ses pieds en songeant au seul regret qu'elle avait. Elle dansait depuis l'âge de deux ans. D'abord de la danse classique, puis elle avait élargi ses horizons avec les danses de salon que l'on enseignait à tout enfant appartenant à son milieu. La danse contemporaine n'était venue que plus tard en même temps que les influences diverses et variées des danses populaires qui se rencontraient plus facilement dans la rue que dans les réceptions, ce qui avait pour conséquence de les lui rendre difficile d'accès. Le fait est qu'à dix ans, elle s'abandonnait toute entière à sa passion et ses efforts ne manquaient pas d'être récompensé par un talent qui ne cessait de croitre chaque jour grâce à ses entraînements. Il n'y avait qu'un seul plaisir auquel elle n'avait encore jamais gouté. Elle n'avait jamais dansé sur scène. Pour ses parents, ce qu'on voyait de sa passion aux différentes réceptions où elle les accompagnait était suffisant pour recevoir les félicitations de leurs amis et connaissances et donc, forcément suffisant pour ne pas risquer de se produire sur scène, d'échouer et de ridiculiser le nom de la famille Jones. Non, elle n'avait jamais fouler le sol nu, entouré des rideaux qui plongeait vers l'inconnu et le vide devant elle. Elle n'avait jamais ressenti l'éblouissement des lumières qui lui aurait dissimulé son public, l'excitation teintée d'inquiétude qui aurait précédé son entrée en scène, le plaisir unique de se voir applaudir... Calia frappa ses mains l'une contre l'autre pour rétablir le silence et Sila se leva pour imiter ses compagnons qui se mettaient en place. Après tout, ce n'était pas si grave... Ce n'était pas comme si elle courrait après la gloire ou la renommée. Pouvoir suivre les cours de Calia lui semblait déjà être une fin en soit dans la vie de tout danseur...

    Le cours s'acheva dans un soupir de satisfaction mêlé de soulagement de la part des élèves.Chacun s'empressa de récupérer ses affaires puis de quitter la salle, à l'exception de Sila qui profitait de la tolérance de Calia à son égard pour avoir le privilège de danser seule, sans musique, dans un moment qui n'appartenait qu'à elle. Calia la quitta en lui demandant de ne pas trop s'attarder si elle ne voulait pas rester enfermée toute la nuit et Sila acquiesça en silence avant qu'elle ne disparaisse par la porte qu'elle laissa ouverte. Sila se plaça au centre de la pièce, en respirant lentement. Elle leva sous bras droit avec lenteur jusqu'à ce qu'il se dresse verticalement au-dessus d'elle, puis avait mobilisé tout son corps, fléchissant ses genoux, reculant ses pieds, rentrant la tête dans les épaules. Elle joua, les yeux fermées à faire remonter ses mains de son ventre à sa gorge comme si elle s'éclaboussait le visage à grande eau. Puis elle bascula en arrière, se laissa porter sur ses poignets, avant de se dresser sur une jambe et de sauter de l'une à l'autre avant de s'immobiliser, accroupie, les bras serrés contre son corps comme si elle était meurtrie. Instant de grâce où le plaisir l'envahissait. Se détendre lentement, se redresser comme la tige se déploie au printemps, étendre ses bras dans une rotation légère, aérienne, puis les ramener le long de son corps. Elle fit lentement tourner sa tête sur son cou, laissant les cheveux qui s'échappait de sa queue de cheval recouvrirent son visage, se soulever au rythme de son souffle, étinceler à la lumière des rayons rougeoyants. Elle ouvrit les yeux et poussa un cri de surprise en découvrant qu'elle n'était pas seule.

    - Tu m'as fait peur.

    - Merci pour moi.


    Toujours ce ton terriblement arrogant et cette façon tordue de jamais agir comme une personne normalement constituée le ferait. Il était adossé à l'encadrement de la porte, parfaitement à son aise et affichant son habituelle expression d'insolence dédaigneuse comme si sa présence était un honneur insigne pour cette pauvre petite salle de danse et la misérable petite danseuse qui s'y trouvait. Minute...

    - Tu es là depuis longtemps ?

    - Je vois pas en quoi ça te regarde.


    Sila lui jeta un regard soupçonneux qu'il feint ne pas remarquer. Cela avait toujours été ainsi. Elle avait toujours du mal à déterminer si Oz se moquait d'elle ou s'il la méprisait, s'il lui mentait ou s'il était sincère, s'il se préoccupait de ce qu'elle pouvait lui dire ou si cela l'indifférait. Elle se surprit à le détailler. Puisqu'il boudait la quasi-totalité des rendez-vous mondains où elle aurait pu le croiser, cela faisait un petit moment déjà qu'elle ne l'avait pas vu. Non pas qu'il eut vraiment le temps de changer radicalement en seulement deux mois, mais il se comportait d'une façon tellement étrange pour un garçon de bonne famille que l'observer était un spectacle en soit. Il arborait un pantalon de survêtement et un tee-shirt, une tenue inhabituelle qui laissait présager une activité physique. Bien sûr, n'allez surtout pas imaginer qu'il s'agisse de vêtements ordinaires. C'est d'Oz dont nous parlons tout de même... Pour commencer, noirs et porteurs d'inscriptions rouges, ils mettaient à la fois son teint et sa silhouette en valeur. Il avait encore la stature d'un enfant, l'adolescence ne viendrait fondamentalement le changer que bien plus tard mais il se tenait davantage comme l'un de ces voyous dégingandés que l'on observaient au coin des rues. Pour le reste, les années n'avaient su que faire murir des charmes qui attendaient encore d'éclore. Toujours cette chevelure aussi sombre que les abysses et aussi brillante que la surface d'une eau frapper par les rayons solaires, toujours ces yeux verts qui étincelaient entre ses mèches éparses posant alentours un regard où le mépris se disputait à l'indifférence. On l'aura compris, petit, Oz était déjà celui que l'on connaissait... Sila prit soudainement conscience de son propre état. Elle était en sueur, échevelée, essoufflée. Pourquoi fallait-il toujours qu'elle apparaisse sous son plus mauvais jours dès qu'il se trouvait dans les parages ? Surprise, Sila secoua négativement la tête à ses propres pensées. Ce n'était pas vraiment comme si cela avait de l'importance. Tout le monde était bien conscient et eux les premiers que leur rapport n'était qu'une large farce. Elle était devenue sa fiancée à l'âge de sept ans, s'attirant par ce simple fait ses foudres éternelles qui auraient de toute façon finies par lui retomber dessus puisque dès les premières minutes de leur rencontre elle avait inconsciemment multiplié les gaffes. Et puis sincèrement, à part leur statut social, qu'est ce que ce délinquant insupportable pouvait bien avoir en commun avec la jeune fille bien sage et rangée qu'elle était ? Oh, bien sûr ce n'était pas comme si on leur avait demandé leur avis ou comme s'ils avaient le choix mais le fait est qu'en dehors de ce lien étrange qui d'une certaine façon les rapprochait, ils ne pouvaient certainement pas se considérer comme des amis. Ils connaissaient de l'autre bien des choses que la plupart de leur connaissance ignoraient, avaient plus ou moins grandit ensemble en se contentant de brèves rencontres irrégulières et toujours rendues spéciales par la distance qu'ils entretenaient, Oz le premier, et cette proximité gênante et apaisante à la fois qu'ils géraient comme ils pouvaient. Le silence commençait à s'installer quand Calia arriva à la porte.

    - Vous êtes en retard la vieille.

    - Toujours aussi charmant à ce que je vois.


    Oz s'inclina avec déférence en lui lançant un sourire purement hypocrite.

    - Pour vous servir.

    Calia leva les yeux au ciel. Sila était bien placée pour savoir que cette attitude l'excédait. Mais si elle se permettait de remettre la jeune fille à sa place quand elle le mérité, c'était uniquement grâce à l'affection qu'elle lui portait. Ainsi elle n'avait pas à craindre les représailles de ses parents... Auprès de leurs employés, les gosses de riches étaient tout puissants et Oz le savait bien... C'est pourquoi Calia tue jalousement la remarque cinglante qui n'aurait pas manqué d'éclater en temps normal, préférant s'intéresser au problème présent.

    - J'avais oublié que vous deviez passé ce soir.

    - C'est bien ce que je vous reproche.


    Sila eut bientôt l'impression d'être de trop dans cette discussion. Comme souvent, Oz l'ignorait et il n'avait pas tord en cela qu'elle n'avait pas vraiment son mot à dire dans quoique ce soit qui le concernait. Elle se demandait souvent si c'était une des raisons pour laquelle il ne se montrait pas aussi désagréable avec elle qu'avec les adultes qui cherchaient toujours à lui imposer leur vue et exigeait qu'il agisse conformément à leur projet. Forte de cette réflexion, elle rassembla ses affaires et s'apprêta à partir tandis que Calia et Oz s'envoyaient toujours des politesses, l'une à demi-mot, l'autre en ne passant pas par quatre chemin.

    - Tsss... Vous êtes chiante à la fin.

    - Je vais rentrer maintenant. Merci de m'avoir laissé rester encore un peu Calia. Roland.


    Elle le salua d'un signe de tête et s'apprêta à passer par l'espace qu'ils avaient libérés au fil de leur discussion quand Calia la retint par le bras.

    - Un instant ! Tu seras sa partenaire.

    Sila lui lança un regard à mi-chemin entre l'étonnement ravi et le désespoir résigné.

    - Alors là vous pouvez toujours courir !

    - N'avions nous pas convenu que j'avais toute autorité concernant les leçons ?

    - Dans la mesure où il s'agissait de cours particuliers.
    Grogna-t-il au comble de la mauvaise humeur.

    Calia choisit de l'ignorer et s'occupa d'une Sila qui se sentait un peu prise au piège d'une bataille qui ne la regardait pas et à laquelle elle était mêlée à son insu.

    - C'est que... Il va bientôt faire nuit et...

    - C'est bon ! Il te raccompagnera.

    - Hey...

    - De toute façon ça ne peut pas lui faire de mal. Il veut s'entraîner seul pour ne pas blesser sa fierté mais avec toi ça devrait aller.

    - Hey !

    - Et puis j'ai besoin de quelqu'un pour lui faire travailler sa coordination.

    - Dans ce cas...

    - HEY !


    Elles se retournèrent vers un Oz excédé qui s'apprêter à les envoyer balader avec tact et délicatesse comme il en avait pris le pli dans son âge enfantin lorsque Calia le pris de vitesse.

    - Allons Mr. Roland, vous savez que vous n'avez pas vraiment le choix. Où trouverez vous un autre professeur ?

    Sila observa le visage du jeune garçon. Il inspira profondément pour se calmer après avoir flingué Calia du regard, se faisant manifestement à une idée qu'il n'aimait guère et pour des raisons obscures. En effet, qu'est ce qui pouvait bien le pousser à vouloir prendre des cours particuliers. Sila n'en était pas bien sûr vu la rareté de la chose mais il lui semblait qu'il n'était pas mauvais, largement au-dessus de ce qu'exigeait l'éducation de base de tout futur gentleman même si cet avenir là semblait depuis longtemps compromis pour lui. C'était définitivement intriguant...

    - Vous êtes VRAIMENT chiante.

    Si tout dans son attitude exprimait sa mauvaise humeur, sa voix était restée calme, détachant distinctement les mots comme pour bien signifier sa désaprobation. Calia se permit de le toiser un instant avant de se détourner pour aller se placer au fond de la salle où elle les verrait mieux. Sans doute ne voulait-elle pas trop risquer sa chance en abusant de son étonnante disposition à bien vouloir supporter ses exigences. Sila quand à elle reposa ses affaires contre le mur alors que Oz se débarassait de son blouson. Lorsqu'elle revint vers lui, elle ne put s'empêcher d'aborder le sujet de sa curiosité.

    - Je ne savais pas que tu t'intéressais à la danse.

    - Je suis un mec parfait, tu l'as déjà oublié ?

    - On en reparlera quand Sila vous aura remis à votre place.


    Pardon ??? Elle avait bien entendu ? ! D'une, elle n'avait aucune envie de remettre Oz à sa place. Si elle pouvait éviter un conflit avec lui, ça l'arrangerait formidablement si en plus leurs familles s'obstinaient à mettre leur projet en œuvre. De deux, elle était scandalisée que Calia se serve d'elle pour atteindre Oz et le blesser. Certes, il était arrogant, prétentieux, désagréable, égoïste, égocentrique, insolent, impoli, impertinent, méprisant, nonchalant, plein de morgue et de suffisance - Oz quoi - mais ce n'était pas une raison pour se féliciter de lui infliger une humiliation ! Est-ce que les adultes stupides qui les entouraient n'avaient jamais réfléchi au fait qu'il était justement comme ça par leur faute ? A quoi cela servait-il d'enfoncer le clou ? Pourquoi se réjouir de lui faire davantage de mal qu'il n'en avait déjà reçu à cause d'eux ? Sila se raidit dans la seconde et jeta un regard chargé de fiel à Calia. Quand bien même avait-elle été une personne très chère à ses yeux jusqu'à maintenant, elle n'avait pas le droit de lui faire ce coup bas. Oz s'apprêtait déjà à répondre quand Sila le devança. Les bras croisés sur sa poitrine, l'innocence même dans la voix et un visage impertinent pris sur le modèle qu'elle avait sous les yeux, elle se chargea de répliquer.

    - Si vous pensez vraiment qu'Oz à besoin de quelqu'un pour lui dicter sa conduite, c'est que vous n'avez vraiment rien compris.

    Les deux secondes de stupeur qui suivirent sa déclaration l'informa qu'elle venait sans doute de proférer soit une merveille d'intelligence soit la dernière des âneries. Encore une fois elle avait parler trop vite sans savoir retenir sa langue... Ne souhaitant surtout pas voir les regards et les sourires moqueurs des deux autres si elle venait de sortir une absurdité, elle se retourna prestement vers Oz, profitant de ce qu'il était plus grand qu'elle pour fuir son regard derrière son épaule et prenant ses mains pour se mettre en position.

    - Bon alors ? On commence ?

    Son sang battait encore à ses tempes des suites de son emportement. L'énervement bouillonnait en elle et la rendait presque tremblante tant elle était agacée et frustrée. Danser... Danser lui ferait du bien. Lorsque la musique commença, elle se calma lentement. Les mains d'Oz, froides, apaisaient les siennes qui brûlaient du feu de la colère. C'était agréable. De son piano, Calia leur donnait des instructions. Aucune erreur n'échappait à ses yeux de lynx et ils durent se séparer plusieurs fois pour recommencer certains passages. Contre son torse, la joue chatouillée par ses cheveux courts, Sila ne comprenait pas pourquoi son cœur ne cessait de tambouriner dans sa poitrine. Bien sûr, elle était toujours énervée mais elle se savait bien incapable d'en vouloir très longtemps à Calia. La fatigue alors ? Cela faisait plus de deux heures qu'elle suivait le rythme d'entraînements éreintants. Oui, ce devait être la fatigue.

    - Ça ira pour la valse. On passe au tango.

    Elle leur accorda une pause durant laquelle Sila se jeta sur sa bouteille d'eau comme la pauvreté sur le monde. Le tango ne figurait pas parmi ses danses préférées. Elle était brusque, autoritaire, violente et passionnée. Sans parler du jeu de séduction qu'elle comportait et qui à ses yeux de petite fille, n'évoquait rien d'autre qu'une préoccupation vague qui ne lui effleurait même pas encore l'esprit. Elle jeta un coup d'œil à Oz qui se passait une serviette fraîche sur le visage. Lorsqu'il la reposa, il semblait tendu. Ses sourcils froncés lui donnaient un air boudeur et autoritaire qu'elle avait du mal à déchiffrer. Sous l'impulsion de Calia qui semblait ignorer le sens du mot fatigue, ils se mirent en place. Elle leur avait parlé des mouvements, rien de très compliqué, presque la base. Sila avait été surprise. Oz était à l'aise et même s'il faisait des erreurs, elle sentait que c'était plus par inattention et mauvaise volonté que par la faute de réelles lacune. Pour quelqu'un qui ne se destinait pas à la danse, c'était amplement satisfaisant. Pourquoi cette soudaine inquiétude ? Calia avait ensorcelé les instruments nécessaires et guettait leurs mouvements à venir avec une impatience inhabituelle. Ils commencèrent. D'abord, faire un pas en avant, s'attarder contre lui un temps, jusqu'à ce que le violon arrive, puis se retourner deux fois... Oz venait de rater la mesure. Il s'était arrêté, ayant pris conscience de son erreur et n'avait rééquilibré son mouvement. Sila s'appuya comme elle le put sur son épaule le temps de faire un pas en arrière et de retrouver une position stable. Calia arrêta la musique.

    - C'est de ça dont je vous parlais.

    - Ca va merci. On a compris.

    - Non, vous ne comprenez pas. Là est le problème.

    - Le problème c'est que si vous étiez une meilleure prof j'apprendrais plus vite.


    Calia soupira.

    - Sur le tango vous avez plus de mal à dissimuler vos erreurs et à les rattraper que lors d'une danse moins technique comme la valse. Voulez-vous que je vous dise pourquoi ? Vous dansez sans passion. Vos mouvements sont en retard ou en avance parce que vous ne faîtes qu'écouter la musique, vous ne la vivez pas. Le tango est une danse passionnée par excellence. Si vous n'êtes pas capable de vous investir pleinement en elle, de guetter les mouvements de votre partenaire pour être en harmonie avec elle, alors vous n'arriverez jamais à la maîtriser. Sila ?

    - Tsss.


    Calia vint prendre la place d'Oz et lança la musique, attendant la seconde mesure pour débuter.

    - Observez Sila. C'est tout juste si elle ne respire pas déjà en rythme.

    - C'est ridicule.


    Calia ne dansait pas vraiment. Elle se contentait du rôle de faire valoir. Ce qu'elle voulait montrer c'était l'aptitude de Sila à entrer immédiatement dans cet état étrange mêlant abandon et concentration. La jeune fille, esquissa le premier pas en avant, ralentissant son mouvement comme si la guitare le lui commandait. Elle plaqua sa main sur l'épaule de Calia avec la rapidité violente du rythme qui commençait à s'accélérer. Puis elle se tourna, une fois, puis deux dans le court intervalle qu'offrait la mesure avant d'entamer élégamment le jeu de jambes qui suivait. Calia la libéra tout en arrêtant la musique.

    - C'est ça que je veux que vous fassiez. Sila ne réfléchit pas comme vous le faîtes. Elle ne se demande pas si c'est étrange de danser un tango avec une femme, elle ne se demande pas si sa main va glisser ou si elle va se tromper dans les pas. Elle n'écoute pas la musique en se préparant au prochain mouvement, elle les enchaine comme s'ils étaient naturels. En un mot, elle s'abandonne. Elle me fait entièrement confiance et elle réagit à mes mouvements comme je réagis aux siens. Tant que vous danserez les danses de couple comme si vous étiez tout seul, sans comprendre cela, alors vous n'y arriverez jamais. Vous ferez illusion mais vous ne serez pas un véritable danseur.

    Pourquoi la regardait-il avec ce regard mauvais ? Qu'avait-elle fait ? Calia avait parfaitement raison, il ne dansait pas en y prenant réellement plaisir.

    - Vous me faites tous chier. J'espère que tu es contente de toi Jones.

    Il les dépassa pour ramasser ses affaires.

    - Oz attend !

    Sila le suivit mais il venait déjà de passer la porte et de la claquer voilemment.

    - Quelle susceptibilité !

    La jeune fille prit son sac en y fourrant ses affaires avant de se lancer à sa suite. Calia et elle aurait des problèmes si elle ne rentrait pas chez elle avec quelqu'un pour veiller sur elle. Ce que son père pardonnerait à Oz, il en coûterait la place de Calia. Elle entendit la porte de l'entrée claquer alors qu'elle atteignait le haut de l'escalier qu'elle descendit à toute vitesse avant de sortir dehors.

    - Attends moi ! Qu'est ce qui te prend ? !

    Oz se retourna vers elle, éminemment méprisant.

    - Comme si j'allais accepter que vous vous foutiez de moi.

    - Calia avait raison.

    - C'est ça, j'me casse...

    - Pfff... Oz, arrête !


    Il l'ignora et continua son chemin tandis qu'elle le rattrapait de quelques pas.

    - Pourquoi veux-tu apprendre à danser ?

    - Ca ne te regarde pas.

    - C'est vrai, mais ça me permettrait de t'aider.


    Il stoppa net et elle se prit son dos avant de reculer, elle aussi de mauvaise humeur du coup.

    - Si tu veux savoir danser ce n'est pas en partant comme ça ou en arrêtant de t'entrainer que ça s'arrangera.

    - Encore une fois...

    - ...ça ne me regarde pas, je sais.


    Oz se retourna et leva un sourcil en jaugeant la petite fille de deux ans sa cadette.

    - Qu'est ce que tu veux au juste ?

    La question prit Sila totalement au dépourvu. Ce n'était pas comme si elle attendait quelque chose... Disons que ça lui paraissait naturelle d'agir ainsi.

    - C'est juste que ça semblait te tenir à coeur et que tu es plutôt doué. Je me suis dit que ce serait dommage de gacher ça.

    Il garda le silence encore un instant ce qui eut le don de l'exaspérer et de la mettre mal à l'aise à la fois. Puis il reprit.

    - Mon vieux a décrété que la danse n'avait aucun intérêt et que je devais consacrer plus de temps à mes études sous prétexte que j'aurais déjà du intégrer une école de magie. Du coup, je me suis découvert une nouvelle passion.

    Il afficha un petit sourire narquois qui exprimait bien tout le mépris qu'il avait pour son paternel. Il suffisait qu'il désapprouve quelque chose, un petit rien, une couleur, une fréquentation, pour que le jeune homme s'empresse de le contrarier. Ca aussi ça durait depuis des années.

    - C'est une raison pourrie.

    - Je t'ai pas demander ton avis Jones. Maintenant tu m'excuses mais j'ai autre chose à faire que glander dans les parages.

    - Ramènes moi chez moi, mon père va me tuer sinon.

    - Personnellement je t'ai rien promis du tout, la vieille s'est avancée toute seule. J'ai rien à voir là-dedans.

    - Faisons un marché.

    - Tu me gonfles...

    - Raccompagne moi ce soir et j'accepte de t'aider pour la danse. Comme ça tu n'auras pas à subir les remarques de Calia, moi je ne me ferais pas taper sur les doigts et ton père sera fou de rage.

    Il réfléchit un instant en cherchant où était le piège mais Sila savait déjà qu'il accepterait. Il suffisait qu'Oz entrevoit son intèrêt personnel pour quelque chose et il ne pouvait refuser.

    - Amène-toi.

    Elle sourit et en s'avança près du jeune homme, lui fit un bisous sur la joue ce qui entraina immédiatement un soupir las.

    - Je sais que je suis irresistible mais apprends à te maîtriser tout de même.

    Elle lui tira la langue avec un air moqueur. Qu'il se plaigne va ! C'est ainsi, qu'ils parvinrent jusqu'au portail du manoir où Sila vivait lorsqu'ils remarquèrent l'agitation qui y régnait.

    Qu'est ce qui se passe ?

    - C'est à propos de votre sœur.

    - Bon, j'y vais.

    - Comment ça ?

    - Apparemment ils se sont disputés et William aurait décider de rompre les fiançailles afin de partir.


    Sila ne portait pas réellement sa sœur dans son cœur. Elle était égoïste, coquette, hautaine, médisante et méchante à son égard. Mais cela n'empêcha pas la nouvelle de lui porter un coup.

    - IMPOSSIBLE !

    Oz s'était retourné vers eux, leur offrant un visage dénué de son flegme habituel. Un visage inquiet, presque effrayé.

    - Il m'en aurait forcément parlé avant !

    - Oz...


    Sila esquissa un pas vers lui puis se retint. Les deux frères avaient toujours été très proches. Si William était réellement parti sans le lui dire...

    - Fiche-moi la paix ! C'est forcément un mensonge ! Je rentre chez moi.

    Il s'enfuit. Courant jusque chez lui pour y trouver e son frère tandis que Sila était prise en charge par un domestique et escorté jusqu'à ce qu'elle se retrouve chez elle. Son père était dans une fureur inimaginable, sa sœur dévastée, et sa mère dépassée par les évènements. Mais ce n'était pas cela qui plongeait Sila dans l'inquiétude. Qu'allait-il se passer maintenant ? William était la seule personne qui avait un minimum de prise sur son frère ? Où était Oz en ce moment ? Comment allait-il ? Le départ de son frère, même avec les meilleures raisons du monde, ne le vivrait-il pas comme un abandon ? Elle n'aurait pas du le laisser partir... Ou plutôt si, mais elle aurait du l'accompagner. Il allait se retrouver tout seul. Il avait perdu un être cher, encore...»


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Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 16:05, édité 3 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Mar 19 Jan 2010 - 9:00

[list]
« Heureux les simples d'esprit, mon mépris leur est acquis. »



Au bout d'un petit moment, l'atmosphère du wagon évolua progressivement. La doucereuse indolence qui avait régné jusqu'alors et qui caractérise les longs voyages s'enfuit devant une impatience fébrile et délicieusement anxieuse comme c'est toujours le cas à l'approche de la destination souhaitée. Sila ne pouvait s'empêcher de ressentir un certain mélange de soulagement à l'idée de descendre enfin du train et d'angoisse à celle d'arriver seule et livrée à elle-même dans la capitale totalement inconnue. Les doutes choisirent de profiter de cette faiblesse momentanée pour l'assaillirent. Pour quelle raison suprême avait-elle quitté son petit nid douillet où chacun ne faisait que veiller à son confort ? Qu'était-elle venue faire ici au juste ? Qu'essayait-elle de prouver dont elle ait la garantie qu'elle ne s'en reviendra pas chez elle avec un échec cuisant ? Elle avait beau être maligne, une jeune fille de quinze ans qui n'a jamais eu à se débrouiller toute seule reste vulnérable. Dans quelle folie s'était embarquée ? Serrant son sac à dos contre elle, Sila se jeta dans la course à la descente du train lorsqu'il se fut arrêtée, s'apercevant qu'elle n'avait même pas pris la peine de détailler son nouvel environnement par les fenêtres alors qu'il ralentissait. Elle se retrouva bientôt dans une foule dense et bruyante à laquelle elle n'était pas habituée et se réfugia inconsciemment vers l'un des piliers de la gare pour ne pas paniquer et accéder à un peu plus d'espace.

Sila soupira avec un sourire. Que lui arrivait-il ? Elle n'était pas du genre à se laisser impressionnée pour si peu d'habitude. Elle n'était pas ici sans raison ou par un hasard douteux. C'était un choix...mieux, c'était son choix, et pour rien au monde elle ne l'aurait renier maintenant. Ce qu'elle quittait était peut être agréable mais le petit moineau en avait assez de sa cage dorée et se sentait prêt à tester ses ailes en pleine tempête. Et si elle se faisait cueillir en plein vole ou se brulait les ailes, elle aurait au moins gouter un peu à la liberté. Non franchement... ça ne lui ressemblait pas de se laisser aussi soudainement abattre ! Sila redressa la tête et en profita pour secouer ses cheveux histoire de leur redonner un semblant d'ordre. De toute façon, il était trop tard pour reculer et ce n'était pas comme s'il venait de lui arriver quelque chose. Son avenir à la capital était plein de promesses, pourquoi s'inquiétait-elle ? Et puis pourquoi une si belle ville la trahirait-elle ? Sila chassa donc ses inquiétudes d'un haussement d'épaule aussi simplement qu'elles étaient venues, retrouvant son insouciance habituelle.

- Jones ! Mademoiselle Sila Jones ? !

- Oups !

Elle s'élança sur le quais en se faisant allègrement bousculer et rejoignit rapidement le chef de gare qui avait réceptionné son sac de voyage à sa place puisque contrairement à tous les autres passagers, elle ne s'était pas préoccuper d'accourir pour le chercher juste après sa descente du train.

[b]- C'est à vous ?

- Oui, désolée.

[b]-Vous allez le porter toute seule ?

La jeune fille n'apprécia pas le ton dubitatif de sa question. Elle n'en avait absolument pas l'air, c'était vrai, mais sa musculature de danseuse la rendait parfaitement capable de s'amender de cette tache. Aussi répondit-elle avec arrogance sur un ton cassant.[/jusitfy]

-Je l'ai porté pour venir, je saurais le porter pour partir, merci.

[justify]Aussitôt dit, aussitôt fait. Le sac se retrouva rapidement pris en main et hisser sur l'épaule. Même si Sila fut un instant déséquilibrée par l'élan un peu trop enthousiasme qu'elle avait eu en le saisissant, elle ne tarda pas à se rétablir et chercha la sortie des yeux. La gare était tout simplement immense. Le magnifique bâtiment découvrait sur le ciel ses deux plus petites façades et son toit par en entremêlement ingénieux et esthétique de verre et d'acier tandis que des piliers minces, longilignes et élégants par leur ligne épurée, soutenait ce toit improbable en délimitant un rectangle équivalant à l'espace dégagé par les quais et les rames. Malgré tout le faste auquel elle était habituée, Sila ne manqua pas d'être impressionnée et devant son air de provinciale tout juste débarquée de sa campagne, on se sentit le droit de venir la renseigner.

[b]- Vous avez besoin d'aide ? Je peux vous guider jusqu'à la sortie vous savez.

- Hein ?

Sila avisa l'homme qui venait de l'accoster. Entre deux âge, elle ne pouvait déterminer s'il avait trente-cinq ans ou s'il se baladait sur ses cinquante. Plutôt avenant sans être beau, il lui offrit un sourire aimable de l'ordre de ceux que l'on feignait dans ces réceptions où Sila avait passé son enfance. C'est ce qui lui intima de se méfier... On ne lui ferait pas le coup de l'aide bienfaitrice et du service à rendre.

- Non, merci. J'attendais simplement mon petit ami et sa famille mais ils sont surement dans le hall et non pas sur le quais.

Elle s'éloigna rapidement, sans savoir si elle se dirigeait vers une sortie ou non, rendue de plus en plus agoraphobe à chaque minute qui s'écoulait. Puis, elle finit par parvenir à un grand espace parcouru en tout sens par une foule moins nombreuse mais qui donnait surtout sur une volée d'escalier à l'extérieur. Satisfaite de ne pas avoir tourné des heures, elle réajusta son sac sur son épaule puisque son poids le faisait glisser et s'approcha d'un employé.

- Excusez moi, vous pourriez m'indiquer la direction à prendre pour me rendre à cette adresse ?

[b]-Bien sûr, ce n'est pas bien loin. Vous devez longez la rue à droite jusqu'au croisement avec une autre grande artère qui viendra perpendiculairement. Remontez-là puis tournez à droite au parc. C'est environ à la moitié de la rue, vous ne pourrez pas vous tromper. Et joyeux noël !

Sila le remercia tout en répétant ses instructions dans sa tête. De toute façon, si elle oubliait, elle ne doutait pas qu'elle pourrait le redemander à quelqu'un d'autre. Elle s'inquiétait davantage de son estomac qui criait famine puisqu'il était une heure de l'après midi et qu'elle n'avait rien mangé depuis la veille. De toute façon, s'il ne se trouvait plus là-bas... Elle chassa à nouveau ses questions de son esprit en décidant qu'elle verrait bien lorsqu'elle y serait et commença à descendre les escaliers avec rivée au coeur cette petite pointe d'excitation qui l'accompagnait toujours dans des moments semblables, complice de ses escapades interdites. Même si la première d'entre elles avait connue un revirement effrayant...

[b]~ O ~

« Sila commença à avancer prudemment puis se recolla bien vite à l'angle du mur au passage d'un domestique. Elle dissimula son souffle dans sa main pour être certaine de ne pas être entendue et lorsque le silence se rétablit, elle estima qu'elle pouvait poursuivre. Si elle se faisait prendre, elle pourrait à jamais faire une croix sur le fait d'avoir une vie sociale et peut être même qu'ils pousseraient jusqu'à lui interdire la danse. Normal qu'elle ait appris très vite l'art de l'évasion... En deux ans, la petite fille ne méritait déjà plus qu'on l'appelle exactement ainsi même si la toute jeune fille n'avait pas fini de s'épanouir dans son adolescence. Tenant ses talons hauts à la main pour ne pas risquer que ses pas ne retentisse dans la demeure rendue silencieuse par la nuit tombée, elle entreprit donc de la quitter prestement pour ensuite déjouer la surveillance des gardes dans le parc dont elle avait appris depuis longtemps la fréquence des tours de garde. Pour le reste, ce fut un jeu d'enfant de se hisser sur la première branche d'un jeune bouleau et de rejoindre le mur d'enceinte. Sila joint ses mains et imita un cri d'oiseau lorsque un autre similaire lui répondit. Elle pouvait descendre en toute quiétude. Elle sauta du mur qui était raisonnablement haut pour qu'elle se le permette et se réceptionna en bas agenouillée, en profitant pour enfiler ses chaussures, puis se redressa pour faire face à son amie.

-Tu en as mis un temps !

-J'avais un domestique insomniaque à éviter.

Julia avait trois ans de plus qu'elle mais cela n'affectait en rien l'amitié que se vouaient les deux jeunes filles. Jolie mais effacée, c'était elle la première qui lui avait soumis l'idée de cette sortie nocturne et avait su attiser la curiosité de Sila pour la convaincre d'enfreindre pour la première fois clairement et définitivement des années d'éducation et moult règles liées à cette dernière. L'adolescente trainait un regret coupable quelque part au fond de son cœur car si l'idée de décevoir ses parents ne l'effleurait pas, elle craignait en revanche sa punition si cela devait se découvrir. Il faut dire que tout parent censé ne laisserait pas sa fille de douze ans se promener dans les rues en plein milieu de la nuit et cela dans le but de rejoindre une boîte de nuit. Julia l'avait déjà fait une fois bien qu'elle ait un an de moins que l'âge légal mais il faut dire que les gérants n'étaient pas trop regardant au vu des chiffres qu'ils faisaient. Heureusement pour Sila, la frêle constitution de sa comparse lui permettait de faire illusion à ses côtés et elle ne paraissait pas si éloignée des seize ans requis si l'on ne regardait pas de trop près. Sa mini-jupe de coupe droite et noire sur laquelle serpentait une fine ceinture argentée avait le mérite d'allonger ses jambes et de la faire paraître plus grande et plus féminine qu'elle ne l'était vraiment. Un top dans les teintes rose et orange lui seyait une taille fine tout en se plissant sur sa peau qu'elle laissait apparaître aux épaules et à l'aide d'une encolure de bon goût. Recouvrant tout ceci, une veste noire dont elle avait en partie relevée les manches et sur laquelle tombaient, éparses, ses cheveux noirs qui s'enfuyaient d'un chignon à la durée de vie d'ors et déjà compromise. Retombant en partie sur son visage, ses mèches lui permettraient de le dissimuler un peu si elle baissait la tête pour cacher sa jeunesse.

Fortes de cette ruse, les deux jeunes filles passèrent néanmoins le cœur battant sous le regard des videurs et soupirèrent allègrement de soulagement lorsqu'elles se retrouvèrent enfin à l'intérieur. Inutile de préciser que l'atmosphère de la boite de nuit les grisait sitôt qu'elles avaient mis un pied à l'intérieur. Se réfugiant aux toilettes pour échanger leurs premières impressions, Julia entreprit de retoucher un maquillage qui n'avait pas eu le temps de s'abîmer en si peu de temps, laissant une Sila perplexe lui expliquer son ressentit. Son amie se tourna vers elle avec un sourire de cachotière.

-Oz est ici.

Sila reçu la nouvelle d'une façon curieuse. Passé l'instant de surprise, elle baissa les yeux en se mordant la lèvre en se contentant d'acquiescer.

-Ah...

Julia se retourna en s'appuya sur le rebord des lavabos avec des yeux inquisiteurs.

-Comment ça « ah » ? Il est beau garçon, très riche, hyper populaire malgré son sale caractère et comble du bol, il est ton fiancé. Tu pourrais au moins faire semblant d'être contente.

Sila se renfrogna dans la seconde. Pour commencer, elle détestait qu'on ramène sans arrêt ce qui la concernait à Oz comme si l'aboutissement de son existence était de l'épouser et de ne vivre qu'à travers lui. Elle détestait qu'on en parle comme si chacun en connaissait tous les ressorts et feignant que leur relation soit d'une simplicité parfaite. Elle détestait surtout qu'on lui dise comment elle devait agir et pensér sur ce point. Elle ne voyait pas en quoi ça les concernait pour reprendre une expression de son cher et tendre mais surtout cela l'agaçait prodigieusement que l'on méprise constamment ses propres sentiments.

-C'est plus compliqué que ça...

-Tu ne l'aimes pas ?

-Non. Enfin si... mais pas vraiment...

-Je comprends que ce soit compliqué si tu t'embrouilles comme ça.

Sila poussa un long soupir et s'adossa au mur. Elle n'aimait pas aborder ce sujet et n'en avait pas envie. Elle ne comprenait pas le besoin de Julia et des autres filles de toujours vouloir parler de leur dernier coup de foudre ou des relations des autres.

-Je suis attachée à lui depuis que je suis toute petite mais ce n'est pas comparable à de l'amour.

C'était vrai. Contrairement à ses amies, elle ne sentait pas son cœur palpiter dès qu'elle lui adressait la parole, elle ne se mettait pas à sourire bêtement à tout bout de champs, il n'obsédait pas ses pensées, elle ne s'inquiétait pas vraiment pour lui dès que la rumeur d'une bagarre qu'il avait eu parvenait à ses oreilles, elle ne cherchait absolument pas à passer chaque minute de son temps avec lui.

-J'ai de la tendresse pour lui mais c'est plus fraternel qu'autre chose. En même temps nous n'avons jamais été suffisamment proches pour qu'il soit l'égal d'un ami mais ce n'est pas non plus une personne avec laquelle je n'ai aucun lien.

Enfin...elle croyait bien que c'était ça...

-Pourquoi tu ne cherches pas à te rapprocher de lui ?

-Pourquoi devrais-je me rapprocher de lui ?

Sila en avait assez. Elle avait été bien gentille pour répondre jusqu'à maintenant mais elle ne voulait pas subir un interrogatoire. Tout ce qui se rapportait à Oz la rendait agressive et irritable quand c'était les autres qui en parlaient alors que lui savait paradoxalement faire disparaître son irritation et l'aider à se sentir à l'aise. De toute façon, elle ne voulait pas se rapprocher de lui. Elle avait toujours su qu'ils étaient très différents et elle refusait d'imiter les petites niaises qui se pâmaient devant lui en espérant qu'il daigne les regarder. Elle s'estimait loin au dessus de ça et refusait d'imaginer qu'il puisse la traiter avec le même mépris qu'il leur destinait. Elle préférait encore être ignorée, ne faire que le croiser de temps en temps plutôt que d'être rabaissée à cela. De toute façon, lors de leurs rencontres qui s'étaient considérablement raréfiées au cours de ces deux dernières années, elle ne se complaisait pas à jouer ce rôle idiot et ridicule. Elle ne l'avait jamais fait et ne voyait pas pourquoi elle commencerait. Et puis il y avait autre chose...

Sila avait clairement remarqué que depuis le départ de son frère, Oz n'était plus tout à fait comme avant. Adeline s'était vite remise en se mariant à un autre prétendant et en faisant étalage de sa beauté aussi souvent qu'elle le pouvait, bannissant le nom de William à jamais de son vocabulaire. Oz en revanche s'était encore davantage replié sur lui-même comme elle s'en était rendue compte pendant les leçons de danse qu'elle lui avait donné et auxquelles elle avait mis un terme à regret devant ses progrès. Et bien qu'il affirmât le contraire, il avait éviter Sila pendant les mois qui suivirent. Lorsqu'elle l'avait retrouvé, le fossé qui les séparait n'avait fait que s'élargir et il semblait tout faire pour que cela demeure ainsi. Sila n'avait jamais reparlé de William. Elle ne lui avait jamais demander comment il allait, comment il gérait son départ, se contentant d'agir normalement comme s'il ne s'était rien passé. Entre eux, il y avait un champs de silence où murissait un léger malaise sur les tiges des non-dits. Petit à petit, ils s'étaient éloignés l'un de l'autre. Il n'avait pas eu besoin de lui dire qu'il ne voulait plus qu'elle fasse partie de son monde, elle l'avait compris et s'était abstenue de s'imposer à lui. Elle ne voulait pas que sa présence l'ennui, l'énerve ou le blesse. Au fur et à mesure, le malaise avait grandi bien que Sila fut incapable de dire s'il s'agissait uniquement de son ressenti ou s'il était partagé. Lorsqu'ils se croisaient à présent, elle n'avait pas le cœur à lui raconter des banalités et il ne cherchait pas davantage à animer leurs échanges. Et malgré tout, elle ne pouvait pas se détacher totalement de lui...

-Parce que...

Julia se tut. On venait de pousser la porte des toilettes et un groupe de trois jeunes filles entrèrent à leur tour. Immédiatement, les deux amies se renfrognèrent... Il fallait qu'Alice se mêle de la partie évidemment...

-Tient ? Regardez qui voilà.

L'éloignement entre Oz et Sila était connu de toute leur génération qui se plaisait naturellement à échanger ragots et anecdotes. Du coup, certaines se sentaient le droit de laisser libre court à leur vue sur l'héritier Roland. Alice était de celles-ci et elle se montrait d'autant plus insupportable qu'elle sortait actuellement avec lui. Il faut dire que peu de jeune homme aurait hésité devant cette jeune fille de quatorze ans. Grande, de beaux cheveux bruns-roux, des yeux bleus à tomber à la renverses, un visage délicat et des lèvres qui appelaient aux baisers, elle avait l'apparence et le maintient d'un mannequin. En soit, ça n'avait rien de gênant... Oz avait déjà eu trois ou quatre petites copines avant elle et ça n'avait pas de quoi rendre Sila jalouse, au grand désespoir de Julia. Cependant, Alice était avant tout une crâneuse insupportable qui avait décidé d'humilier Sila dès que l'occasion se présentait depuis qu'elle avait décrété qu'elle aimait son fiancé. Typiquement le genre d'histoire qui excédait Sila d'une part parce qu'elle n'en avait rien à faire et d'autre part parce qu'elle n'envisageait pas une seconde se prendre la tête avec cela.

-Alice...

-C'est bien, tu as essayé de te faire belle aujourd'hui Sila mais honnêtement tu es infiniment trop jeune pour porter cette jupe.

Sila rougit violemment et eut grande peine à maîtriser sa colère. Pour qui se prenait-elle ? Comment pouvait-elle la prendre de haut ?

-Merci pour ton conseil mais sauf erreur, je n'en ai malheureusement rien à faire.

Alice lui envoya un charmant sourire qui convainquit presque Sila de lui sauter dessus. Elle était bien consciente de ne pas être aussi belle qu'Alice, mais elle ne voyais pas en quoi cela posait problème. Pourquoi cette fille se plaisait-elle à toujours vouloir la blesser ?

-Comme tu veux mais ça ne doit pas être pratique de danser en se demandant toujours si l'on reste dans les limites de la décence. A moins que tu cherches justement à attirer l'attention ?

Sila s'avança, menaçante mais Julia la retint.

-Sila danse déjà avec plus de classe et de grâce que tu ne saurais le faire alors je te rassure, elle n'a pas besoin de ça pour attirer l'attention contrairement à toi. Maintenant on s'en va.

-C'est bon, je n'ai rien d'autre à vous dire de toute façon.

Sila bouillait intérieurement. Comme si elle avait le droit de les congédier ! Revenue dans la salle, elle du se pencher à l'oreille de son amie pour lui parler.

-Je hais cette fille ! Un de ses jours je vais me faire une joie d'orner son joli visage d'une grosse marque rouge.

-Compte sur moi pour te filer un coup de main.

Elles s'éloignèrent à la recherche d'un petit salon libre où elles pourraient commander quelque chose lorsque Julia attira son attention sur un groupe de jeunes gens qui en occupait justement un avec des places libres.

-Il y a Kenzo, on pourrait y aller.

Que Julia atteste de la présence de son cousin pour légitimer le fait qu'elle le rejoigne camouflait simplement sa manœuvre pour l'amener à s'asseoir à cette table. Sila choisit de refuser tout net.

-Il va encore vouloir me monopoliser.

Pour une raison inconnue, Kenzo qui n'avait qu'un an de plus qu'elle était le seul garçon de sa connaissance qui se permettait de lui laisser clairement entendre qu'il ne voulait pas n'être qu'une connaissance. Et quand bien même leurs histoires d'amour à cet âge restait mignonnettes et innocentes, le problème était qu'il l'indifférait prodigieusement.

-Ne t'inquiète pas pour ça, je m'en occupe.

Elle s'était faite avoir...

-On va devoir passer la soirée avec Alice.

-Ne vois pas tout en noir, on la passera aussi avec Oz.

Sila se retint de dire que ce serait sans doute tout aussi gênant même si ce n'était pas pour les mêmes raisons. Trainée par son amie, Sila parvint enfin devant le dit groupe. Il y avait Kenzo, Alice et ses trois groupies, deux garçons plus âgés inconnus au bataillon et bien sûr...Oz.

-Hey petite, tu sais que ce n'est pas un endroit pour les fillettes ?

Alice gloussa à la remarque que venait de formuler l'un des deux inconnus.

-Sila est plus mature qu'il n'y paraît.

Évidemment, il fallait que Kenzo prenne sa défense... Sila se désespéra silencieusement tandis que Julia se pendait au cou de son cousin en lui demandant si elles pouvaient rester un moment. Sila évita volontaire de croiser le regard vert qui ne manquerait pas de la faire flancher. Elle aurait tout donner pour s'enfuir de ce guêpier.

-Je n'appelle pas vraiment mature quelqu'un qui part de chez elle en douce.

Répliqua implacablement Alice en se blottissant contre son petit-ami.

-Comme si tout le monde autour de cette table pouvait se trouver ici sans avoir de problème avec leur famille.

Julia venait de faire mouche et Alice se renfrogna dans son coin.

-Maintenant que tu es là, assied-toi.

Le deuxième inconnu qui n'avait pas pris la parole jusqu'ici lui indiqua une place à côté de lui. Il avait le look de mauvais garçon avec un percing sur la lèvre et une boucle à l'oreille. Ça promettait... Sila appela alors à l'aide la seule personne qui aurait pu l'aider. Elle leva ses yeux vers ceux d'Oz qui la fixaient déjà. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire sardonique. Elle ne pouvait pas s'enfuir... S'asseyant, elle prit soin de ne pas trop se coller à l'autre type et attendit impatiemment de prendre une commande pour pouvoir aller danser en attendant et échapper à cette situation.

-Sila.

Elle sursauta légèrement au souvenir de cette voix qu'elle n'avait pas entendue depuis au moins un mois.

-Désolée de venir comme ça, je ne savais pas que tu serais là.

-C'est pas grave tu sais, je m'en fous.

Sila réalisa que ses paroles pouvaient être interprétées comme si elle avait cherché à l'éviter. Elle essaya de se rattraper.

-Je ne pensais pas que je te trouverais dans une boîte de nuit.

Dans son souvenir, Oz était plutôt solitaire et préférait la bibliothèque aux endroits trop bruyants. Devant l'étonnement de ses amis, elle comprit qu'elle se trompait et qu'il était devenu un habitué des lieux. Elle ne le connaissait vraiment plus aussi bien qu'avant...

-Je ne pensais pas que tu aurais le cran de désobéir à ton père en venant dans un endroit pareil.

Alice jeta un regard mauvais à la jeune fille. C'était un compliment ? Elle comprit que c'était le moment de battre en retraite. Elle se leva et demanda à Julia en grande discussion avec son cousin qui aurait préféré que ce fut Sila et lui demanda de lui commander ce qu'elle voulait, que ça ferait l'affaire. Puis elle disparut dans la foule, heureuse de se défouler sur la musique mille fois trop forte et s'arrangeant pour dénicher l'un de ses camarades de danse qui allait avec elle aux cours de Calia. Comme ça elle était sûre d'éviter une mauvaise rencontre... alors même qu'elle bougeait, ses pensées vagabondèrent vers un visage qu'elle aurait préféré reléguer dans un coin de son esprit. Quatorze ans, rempli d'arrogance et de nonchalance, aussi élégant qu'il était beau, à la fois moqueur et indifférent... Sila s'excusa et quitta la piste, remarquant au passage les regards qu'on lui lançait. Alice et Julia n'avait pas tord, elle se faisait facilement remarquer. Quelque part, elle était un peu triste mais elle ignorait pour quelle raison. Elle n'était pas amoureuse, elle n'était pas jalouse, elle n'était même pas soucieuse de ce qui pouvait lui arriver alors pourquoi était-elle si oppressée par son regard ? Elle revint vers le groupe au moment même où Alice et Oz le quittait pour rejoindre la piste qu'elle abandonnait. Le tenant par la main, la jeune fille ne manqua pas de jeter un regard triomphant à Sila qui lui répondit par une attitude méprisante et assez indifférente. Qu'il vive sa vie, elle avait la sienne.

Son verre était arrivé et elle constata que Julia avait décidé sa mort en lui commandant de l'alcool. Elle n'y était certes pas tout à fait étrangère. Dans leur monde, le champagne, le bon vin ou les alcools de prestige coulaient à flot lors des soirées mais Sila ne voulait pas vraiment se laisser aller et manquer de vigilance. Un sentiment qui ne fit que s'amplifier lorsqu'en enlevant sa veste elle sentit sur elle le regard appuyé de son voisin. Il avait facilement dix-sept ou dix-huit ans alors que son comparse de l'autre côté de la table semblait en avoir quatorze ou quinze mais il avait une attitude qui mettait définitivement Sila mal à l'aise. Oh, il était cool, rien à dire à ce niveau ! Mais quelque chose dans son regard et dans sa voix alors qu'il lui faisait la conversation hurlait à Sila qu'il n'était pas quelqu'un en qui elle puisse avoir confiance. Lorsqu'il passa son bras autours de ses épaules, elle se raidit avec un frisson de frayeur. Il fallait qu'elle parte, de toute urgence.

-On va dans un endroit plus tranquille si tu veux. Murmura-t-il à son oreille.

Elle paniqua et se leva d'un coup.

-Julia, tu m'accompagnes aux toilettes ?

-Hum.

Son amie semblait avoir compris ce qui se passait et comptait bien l'aider à fuir. Un plan qui ne semblait pas du goût du garçon et qu'il entreprit de contre carrer en se levant à son tour.

-Ne panique pas comme ça, j'essayais juste d'être agréable.

Il lui prit le bras et Sila tenta de reculer mais il ne la lâcha pas.

-Merci mais je n'ai pas besoin de ce genre de gentillesse.

-Qu'est ce qui vous prend ?

Si Kenzo s'en mêlait, ça risquait de dégénéré, Sila choisit de reprendre le contrôle de la situation.

-J'ai vu des amis tout à l'heure et je leur ai promis d'aller les voir. J'aimerais que tu me laisses tranquille.

-Je peux très bien t'accompagner.

-Ce ne sera pas nécessaire je t'assure.

Sa voix tremblait.

-Lâche-là.

Une main chaude et douce se posa sur son épaule alors que sa voix méprisante lâchait son ordre d'un ton calme et flegmatique tout en restant sans réplique.

-Tu me dis ce que je dois faire Oz ?

Il y eut un silence.

-Ça se pourrait... C'est surtout que Sila m'a promis une danse et comme elle ne devrait plus tarder à rentrer chez elle, je ne voudrais pas que tu me gâche ce plaisir.

La main d'Oz glissa sur son bras qu'il serra calmement. Percevait-il le tremblement léger qui la saisissait ? Sentait-il sa respiration irrégulière qu'elle maîtrisait à peine ? Sila aurait voulu abonder dans son sens, mentir pour se sortir de là mais elle en était incapable. Julia intervint pour elle.

-C'est vrai qu'il est déjà tard. Je t'avais promis que tu serais de retour chez toi avant que les gardes ne se relaient. Heureusement qu'Oz me le rappelle, on avait toutes les deux oublié.

Un court silence s'installa durant lequel, Sila savait que les deux garçons devaient s'affronter du regard.

-Danny ?

Le prénommé Danny desserra lentement son emprise sur le bras de Sila.

-Fais donc Oz.

Elle se laissa conduire rapidement hors de vue encore secouée par ce qui venait de se passer.

-Tu me laisses tomber pour aller danser avec elle ?

Alice les croisa et le jeune homme soupira de lassitude.

-Aux dernières nouvelles j'ai encore le droit de faire ce que je veux. C'est clair ?

Ils s'éloignèrent, laissant en plan une Alice rageuse. Puis lorsqu'il estima être suffisamment loin, Oz lui fit face, offrant un visage qui témoignait d'une colère qu'il dissimulait mal sous un voile d'agacement. L'attirant contre lui, il entreprit de continuer le slow qu'il avait commencer avec Alice et qu'il achevait avec Sila. Cette danse avait le mérite de pouvoir être dansée par n'importe qui et de ne pas demander beaucoup d'efforts. Surtout, elle permettait à Sila de se réfugier dans le creux de son épaule pour y chercher le réconfort dont elle avait besoin.

-Je...Désolée pour ça...C'est que...

-Calme-toi avant.

Sila se laissa bercer dans ses bras, se décidant à passer les siens autours de son cou et cherchant à se rassurer. Tout allait bien maintenant, elle était avec Oz. Heureusement, il ne lui était rien arriver et il ne se serrait de toute façon rien passé avec Kenzo et Julia dans les parages. C'est vrai qu'elle avait manqué d'à propos en ne mettant pas les holà tout de suite mais maintenant c'était une affaire réglée, elle n'avait aucune raison de continuer à paniquer de la sorte. Elle prit des inspirations profondes et, le parfum d'Oz et son corps chaud aidant, retrouva sa sérénité.

-C'est ma faute, je n'aurais pas du venir dans un endroit comme ça.

-Je confirme.

Elle sourit. Au fond il restait le même.

-Merci d'être intervenu.

-T'inquiète, j'avais bien compris que tu ne t'en sortirai pas toute seule.

-Hey ? ! Pour qui tu me prends ?

Elle se redressa un peu pour le regarder dans les yeux d'un air farouche.

-Pour une gamine trop innocente pour flirter avec un mec comme Danny et trop vulnérable pour se passer d'un mec merveilleux dans mon genre pour te sortir de situations de cet ordre.

Sila se mit à rougir et détourna le regard.

-Ce n'est pas comme si je flirtais avec lui.

-Mais bien sûr.

Sila fut surprise. C'était quoi cette attitude tout à coup ?

-Ça te va bien de me faire la morale alors que tu sors avec cette pimbêche d'Alice.

-Évite la crise de jalousie c'est le genre de truc chiant qui me gonfle très vite.

-Comme si j'étais jalouse.

Oz s'arrêta de danser.

-Ravi de l'apprendre.

-Je veux dire que je ne suis pas du tout jalouse du fait que tu t'amuses avec elle, que tu lui mentes à longueur de temps et qu'elle se pavane devant toi en minaudant. Rien de tout ça ne me fait envie et si tu penses le contraire, tu as mal cerné à qui tu avais à faire.

-...

Il marqua une pause durant laquelle elle ne sut déchiffrer son expression.

- Quoiqu'il en soit, tu ferais bien d'éviter Danny, je n'ai pas de temps à perdre pour te surveiller comme une gosse.

Sila baissa les yeux, honteuse. Il y avait de nouveau un malaise entre eux.

-On ferait mieux de les rejoindre maintenant.

-Non, un instant.

-Qu'est ce qu'il y a ?

-Puisque tu es là autant que tu te rendes utile et puis comme tu m'en dois une...

Bizarrement, Sila ne le sentit pas du tout ce coup-là.

-Qu'est ce que tu attends de moi ?

-Que tu augmentes ma côte de popularité.

-Tu te préoccupes de ce genre de chose maintenant ?

-Disons qu'Alice n'est pas très bonne danseuse et que tant qu'à faire j'aimerais bien laisser mes dons naturels emplirent cette sale de leur prodige.

-Dans le genre « don naturel » et « prodige » tu repasseras Oz.

-La ferme Jones.

Il lui lança un sourire méprisant en coin, elle répondit par un autre, éclatant. Peut être que des bribes de leur passé parvenaient lentement à fragiliser la surface de glace qui les séparaient ? Elle aussi vive et changeante que l'eau, lui aussi froid et coupant que le vent. La musique ne tarda pas à se montrer plus appropriée à une démonstration digne de ce nom. S'il n'y avait que cela pour lui faire plaisir, elle ne voyait pas pourquoi elle le lui refuserait... Sila recula d'un pas, laissant ses talons frapper le sol en même temps que le rythme battant de la musique entraînante, montant ses mains à sa tête qu'elle tourna brusque à gauche puis à droite, libérant définitivement ses cheveux du chignon puis laissant retomber ses bras le long de son corps avec une lenteur calculée, fléchissant un peu les genoux et faisant rouler ses épaules et ses hanches en rythme. Oz tourna sur lui-même, frappa dans ses mains et esquissa un pas glissé sur le côté, se rapprochant ainsi de Sila dont il saisit la main, la fit tourner en un mouvement vif puis qu'il réceptionna en appuie sur son bras alors qu'elle remontait sa jambe et tendait ses bras en arrière pour s'équilibrer et se cambrer au maximum dans une courbe qui serrait harmonieuse. Puis elle se redressa brusquement, passant un bras au cou d'Oz, avant de de tourner en s'éloignant puis d'être retenue par sa main et d'enchainer par des mouvements plus conventionnels qu'il dirigeait avec brio. Rien que leur début avait fait place nette autour d'eux et c'est un cercle admiratif qui applaudit à grande force de cris leur final tout aussi impressionnant de savoir faire et volontairement provoquant lorsqu'il redressa la tête le long de sa gorge tendue. Alice serait folle mais honnêtement il y avait fort à parier qu'ils s'en foutaient tout les deux.

Ils revinrent une dernière fois vers les autres et Sila ne laissa aucune opportunité au fameux Danny de lui causer des ennuis.

-Julia ? On y va ?

-Je dirais même qu'on est parti, au revoir tout le monde.

Seul Oz réagit avant qu'elles de tournent les talons et s'enfuient.

-C'est ça.

Elles coururent presque et jouèrent des coudes pour atteindre la sortie. Après l'atmosphère bruyante de l'intérieur et la sensation de chaleur depuis qu'elle avait dansé, l'air frais de la nuit et la vaste rue presque vide agirent sur Sila comme une douche glacée qui lui fit un bien fou. Maintenant elle ne pensait plus qu'à une chose, rentrer chez elle et s'endormir. Insouciantes, les deux amies s'éloignèrent rapidement en direction des beaux quartiers où elles résidaient.

-Je vous ai vu.

-Hein ?

-Quand vous dansiez.

Sila choisit d'éviter le sujet où Julia voulait venir.

-Je l'ai remercié pour être intervenu. J'avoue que j'ai un peu paniquée tout à l'heure.

-Tu rigoles ? Tu étais toute pâle !

-Comment un mec de son âge peut être intéressé par une fille comme moi ? Je n'ai que douze ans !

-Faut reconnaître qu'habillée comme ça et maquillée comme tu l'es, tu ne fais pas douze ans mais que veux-tu ? Il y a des types comme ça.

Julia haussa les épaules, défaitiste.

-Des types comment ?

Elles stoppèrent net. Elles auraient mieux fait de courir... Sila fut saisie par le poignet et lancée dans l'entrée d'une ruelle avant que son dos ne rencontre brusquement un mur de pierre froid. Ouvrant un œil, elle réalisa que Julia était retenue par un autre type qui la baillonait de sa main et l'empêchait de bouger de l'autre. Elle ne fut réellement terrifiée que lorsqu'elle reconnue dans l'agresseur de Julia le deuxième garçon de la boite de nuit. Elle voulut hurler, une main vint se plaquer contre sa bouche. Elle voulut la retirer de sa main libre mais en fut incapable. Après tout ce n'était qu'une gamine incapable de se défendre ou d'user de magie. Sa vulnérabilité et son impuissance ne fit qu'ajouter à sa terreur. Lentement, elle regarda le visage de Danny tandis que son poignet la lançait terriblement.

-Quelle coïncidence n'est ce pas ? Si tu cries Julia risque d'avoir plutôt mal. Jusque là tu me suis ?

Elle hocha la tête en tremblant. Il libéra sa bouche.

-Bien... Je savais que tu étais une gentille fille.

Sila échangea un regard de panique avec son amie.

-C'était plutôt pas sympa de me laisser tout seul pour te barrer avec Oz.

Inconscience ou courage...

-J'ai un scoop pour toi, j'en ai rien à foutre.

Il sourit d'un air mauvais.

-Tu lui en voudras sûrement davantage quand j'en aurais fini avec toi et que tu te souviendras que ce fut pour beaucoup de sa faute. Comme il a l'air de tenir à toi je vais avoir d'autant plus de plaisir à imaginer la tête qu'il fera lorsqu'il l'apprendra.

Julia se débattit violemment mais le comparse de Danny tenait bon. Sila blêmit d'un coup.

-Magne toi, je voudrais pas qu'on nous surprenne.

-Ouais t'inquiète.

Il fit glisser sa main de la gorge de Sila à sa hanche avec un regard appréciateur qui la dégoutta.

-Il ne l'aura pas voler.

-Celle-là non plus tu ne l'auras pas voler.

Danny tituba sous la violence du coup de poing qu'il n'avait pas pu éviter, trop occupé à tenir Sila. La jeune fille glissa au sol, incapable de se tenir debout. Kenzo et Oz s'interposèrent entre elle et son agresseur. Julia avait été relâchée dans la foulée, l'autre ayant certainement compris qu'il devrait d'abord s'occuper des troubles fête qui venait de débarquer.

-Faut toujours que tu interviennes au plus mauvais moment, n'est ce pas Oswald ?

-Toi t'es mort.

Oz était petit en comparaison de son adversaire, de constitution moyenne quand l'autre était un jeune adulte mais cela ne le fit pas hésiter une seconde. Kenzo, qui était plus costaud, eut juste le temps de le retenir en arrière pour lui éviter de se prendre le mauvais coup que Danny lui envoyait et ensuite il ne fut pas bien simple de distinguer quelque chose dans la mêlée qui suivit et auquel les quatre garçons se livrèrent. A un moment, Kenzo fut projeté contre le mur près de Julia et le temps de se relever lui demanda de prendre Sila avec elle et de rentrer aussi vite que possible. Elle lui prit la main et elles s'enfuirent, courant comme jamais, pleurant sans pouvoir se contrôler. A bout de souffle, elle parvinrent enfin devant chez elles.

-Ça va ?

Julia ne répondit pas et se contenta de la serrer dans ses bras.

-Et c'est toi qui me demande ça ? Idiote, c'est de ma faute...si je ne t'avais pas convaincue de venir...

Sila lui rendit son étreinte.

-Tu ne pouvais pas le prévoir... Ne t'inquiète pas, je vais bien. On devrait leur envoyer de l'aide.

-Si on découvre ce qui c'est passé, toi comme moi on est morte.

-Mais si on ne fait rien...!

-J'ai l'amitié d'un domestique chez moi, je vais l'envoyé avec quelques uns de ses amis. Il me rendra ce service. Toi ne fait rien.

-Mais...!

-Sila, laisse-moi faire. Ne t'inquiète pas pour eux, tu sais bien qu'il ne vont pas se laisser faire. Rentre maintenant.

Elle considéra son amie un moment et vit qu'elle ne lui mentait pas pour la rassurer.

-D'accord... Mais viens me voir demain.

-Hum.

Sila se détourna et entra par un portillon dérobé qui était sans surveillance à cette heure. Ce ne fut que lorsqu'elle parvint à sa chambre qu'elle prit conscience des larmes qui coulaient sur ses joues. Serrant son poignet orné d'un magnifique hématome, elle sanglota doucement. Elle avait été tellement stupide ! Qu'aurait-elle fait si les deux garçons ne lui avaient pas permis de s'enfuir ? Qu'aurait-elle fait s'ils étaient arrivés trop tard ? Comment avait-elle pu naïvement croire que sa condition la mettait à l'abri ? Comme beaucoup de victime, Sila se sentit assaillie par la culpabilité. Tout était de sa faute. Elle n'aurait pas du désobéir et sortir la nuit. Elle n'aurait pas du porter une jupe si courte. Elle n'aurait pas du s'asseoir à côté de ce garçon. Elle n'aurait pas du rentrer seule avec une amie. Elle n'aurait pas du rester paralyser, incapable de se défendre. Une autre inquiétude lui étreignit le cœur. Que ferait-elle s'il arrivait quelque chose à Kenzo ou à Oz ? Et s'ils étaient blessés par sa faute ? Et si c'était plus grave... Oulah, minute...on se calme là. Julia a dit qu'elle envoyait quelqu'un et quand elles sont parties, ils avaient l'avantage. Non, ça allait bien se passer. Ça ne pouvait que bien se passer... Sinon, elle ne se le pardonnerait jamais. Épuisée, elle s'endormit en se raccrochant à cette espoir...


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"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."




Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 15:59, édité 1 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Ven 22 Jan 2010 - 8:09

Sila s'immobilisa. Elle fit lentement glissé son sac sur le sol avant de baisser les yeux et d'inspirer profondément. Elle n'aurait jamais pensé que les derniers mètres seraient si difficiles à faire. Ses doigts se resserrèrent sur les lanières, elle prit une profonde inspiration, se prépara mentalement à faire un pas... puis se dégonfla et s'assit sur le banc qui se trouvait juste derrière elle. Il lui suffisait de traverser la rue. Par la porte ouverte de l'auberge, elle voyait le comptoir, une table où quelques clients s'attardaient, d'autres qui sortaient ou entraient par petits groupes, rarement en solitaire. Rien que d'imaginer qu'il se trouvait dans une des chambres qui se trouvaient dans l'un des trois étages que comportait le bâtiment, son cœur s'emballait, sa gorge se serrait et elle sentait sa volonté fléchir. Aurait-il changé ? La reconnaitrait-il ? Serait-il heureux de la voir ? Et puisque l'on est dans ce registre : serait-elle heureuse de le voir ? Questions stupides... Bien sûr qu'il la reconnaîtrait. Elle avait beau avoir considérablement grandit depuis la dernière fois qu'ils s'étaient vu, elle n'avait pas fondamentalement changée, se muant simplement en une adolescente plus mûre, au corps déliée qui n'avait déjà plus tout à fait les contours de l'enfance. S'il aurait changé ? Bien sûr, l'image du pré-adolescent trop fin, aux traits trop lisses et à la voix pas tout à fait mûre qu'elle en avait gardé risquait certainement de ce briser sur l'écueil des années. Non, ce n'était pas cela qui l'inquiétait, elle le savait... La véritable question était de savoir si elle allait retrouver le garçon qui l'avait quitté.

Lançait-il toujours des remarques hypocrites le plus naturellement du monde ? Sans se préoccuper de savoir si les autres pouvaient s'en sentir blessés ? Par hasard, aurait-il appris à être aimable et prévenant ? Était-il toujours mélancolique ou au contraire plus épanoui ? Savait-il toujours déstabiliser les autres par ces regards assassins qui n'appartenaient qu'à lui ? Lâchait-il toujours d'une voix égale et méprisante des ordres sardoniques et irritants ? Regardait-il toujours autours de lui avec cette indifférence prétentieuse qui le plaçait de facto dans une catégorie spéciale d'êtres toujours en décalage avec les situations, les actions, les réactions considérées comme normales ? Avait-il poursuivit la danse ou s'était-il concentré sur ses études ? Comment vivait-il ? S'était-il fait des amis ? Cette dernière interrogation lui fit prendre conscience qu'un tel événement la choquerait. Oz avait toujours été entouré par des gens attirés par son magnétisme, qui cherchaient simplement à se faire valoir, recherchant davantage leur intérêt personnel dans ces relations superficielles plutôt que sa véritable amitié. Que cette situation ait pu changer la perturbait au delà de la perte de simples repères. Elle n'aimait pas cette idée et elle ne s'aimait pas de ne pas l'aimer. D'ailleurs, en parlant d'amitié, l'avait-il seulement accorder à quelqu'un dans sa vie ? Son frère peut être... Une amitié et une affection teintée d'estime jusqu'à ce qu'il le quitte. Et la concernant... la concernant... Non. Elle n'était pas son amie. On ne s'enferme pas dans une tour d'ivoire face à ses amis, on ne s'évertue pas à les maintenir à distance, on ne les abandonne pas lâchement. Elle se souvenait encore de ce qu'il lui avait dit ce jour-là. Ces mots qu'elle avait préféré oublier ressurgissaient avec violence dans son esprit maintenant qu'elle s'apprêtait à le revoir. C'était douloureux, sans qu'elle ne sache pourquoi, sans qu'elle n'accepte de savoir pourquoi.

« Sila sursauta en entendant la clef actionner la serrure de sa porte. Le lendemain matin de son escapade, le récit des évènements s'était répandu comme une traînée de poudre. D'abord limité au cercle des jeunes branchés, il s'élargit à celui de la jeunesse dorée à laquelle appartenait nos jeunes héros. Puis de fil en aiguille, il avait été rapporté aux domestiques, enjolivé ou empiré au possible. Enfin, il était parvenu aux oreilles des adultes de tout ordre et de toutes les couches sociales, soulevant un courant d'indignation vis à vis du manque de sécurité dans les rues qui menaçait leurs enfants. Toujours est-il qu'à onze heures six précises du matin quand Sila s'était réveillée, toute la ville était informée de ce qu'il s'était passé et, concernant des préoccupations plus immédiates, ses parents l'étaient aussi. Jamais encore elle n'avait subi les foudres de son père. L'apprenant réveillée, il avait fait irruption dans sa chambre dans une fureur qui avait immédiatement renseigner l'intéressée sur sa connaissance des crimes qui lui étaient reprochés. Pendant près d'une demi-heure, ce ne fut qu'invectives et hurlements auxquels la jeune fille se gardait bien de répondre, repliée sur elle même avec un petit air effrayée sur le visage. De toute façon, elle aurait été bien incapable de se défendre. A entendre son père, c'était elle qui avait aguiché la moitié de la boîte de nuit avant de suivre Danny et son pote dehors accompagnée de Julia. En somme, heureusement que Oz et Kenzo étaient intervenu sinon, on ne savait pas quelle opprobre pour la famille Jones Sila aurait pu commettre. S'en suivit un chapitre sur la réputation familiale et l'immense déception qu'elle représentait pour son père.

La version trafiquée faisait paraître Oz comme un ange de bonté et d'altruisme qui se serait lancé au secours des deux jeunes filles en n'écoutant que son courage, aux côtés du fidèle et charmant Kenzo afin de les protéger du mal, à savoir Danny et son pote. On oubliait simplement au passage que Oz connaissait visiblement personnellement les deux agresseurs et qu'il avait donc une part de responsabilité dans cette affaire, sans parler du fait évidemment qu'il ne s'était pas plus inquiété que les autres à première vue lorsque les deux amies avaient quitté la boîte de nuit, vulnérables et démunies face aux dangers que pouvait représenter le fait de trainer seules dans la rue le soir pour deux jeunes filles innocentes. Finalement, son père était sorti en claquant la porte sans qu'elle n'ait placé un seul mot, lui indiquant qu'elle serait privée de sortie pour une période indéfinie et qu'il ne voudra la revoir que lorsqu'elle se montrera raisonnable et lui fera des excuses. Ce fut à peu près à ce moment là que Sila était sorti du brouillard comateux qui suit généralement le réveil tout en se préparant à subir les conséquences de son inconséquence... De fait, lorsqu'en début de soirée elle entendit le fameux mécanisme de verrouillage de la porte de sa chambre s'actionner, elle fut éminemment surprise d'être si vite pardonnée. Elle aurait du se douter que quelque chose de louche se cachait là-dessous.

-Mademoiselle, votre père vous demande de descendre dans la véranda si vous le voulez bien.

Pour commencer elle ne le voulait pas, mais dans sa situation refusée eut été signer son arrêt de mort. Elle se leva donc, apprêtée comme toute jeune fille de bonne famille se devait de l'être quand bien même elle était consignée dans sa chambre et suivit la domestique jusqu'à la véranda à la porte de laquelle elle s'immobilisa.

-Sila ! Je t'en prie, vient saluer nos invités.

Sa mère avait pris ce ton mondain que Sila lui connaissait concernant toute personne étrangère au cercle familial des Jones même si en l'occurrence les fameux invités pouvaient sans problème être considérés comme des membres à part de la famille. Bizarrement elle sentait le piège. Que faisaient-ils chez elle, surtout après ce qui venait de se passer ? Pourquoi tout le monde l'observait avec cet air légèrement géné mais en même temps condescendant ? Pourquoi son père lui souriait-il avec un petit air désolé et solidaire ? C'était on ne peut plus louche. Elle s'avança donc à leur rencontre avec une légère appréhension qu'il n'était guère difficile de deviner jusqu'à ce qu'elle parvienne devant l'adulte qui l'avait tant intimidée lorsqu'elle l'avait vu pour la première fois petite.

-Bonjour monsieur Roland.

-Bonjour Sila, je suis heureux de voir que tu vas bien.

-Oui, merci.

Faisait-il référence à la soirée qu'elle venait de passer ? N'était-ce qu'une simple formule de politesse ? Elle lui tendit une main qu'il baisa en parfait gentleman, cette attitude que son fils détestait tant parce qu'irréprochable et hypocrite, cette attitude dans laquelle ils avaient toujours baignés sans jamais en être dupes. La jeune fille ne lui prêta qu'une attention minime, cherchant le regard de son fils en grand échange de banalités avec Jones père. Oz sourit avec charme, chaleur et humilité à une réflexion de son soit-disant futur beau père, ce qui acheva de paniquer Sila. A quoi tout cela rimait-il ? Alors que son père se relevait et lui s'écartait pour lui laisser la place, Oz se tourna enfin complètement vers elle comme s'il avait patiemment attendu de pouvoir la saluer en bonne et due forme. Les yeux de Sila abandonnèrent leur calme observation pour se mettre à le dévisager alors que ses muscles se tendaient sous l'effet de la surprise puis de la colère. Les traces d'une griffure apparaissait sur son coup, juste au-dessus du col de sa chemise tandis que son arcade sourcilière gauche restait toujours un peu enflée dans une affreuse teinte jaunâtre malgré qu'elle ait été dument soignée comme l'attestaient les fils qui l'avaient recousu et les deux minuscules pansements blancs qui servaient visiblement à maintenir les chairs en place. Impossible que sa réaction surprise et choquée ait pu échapper à qui que ce soit et surtout pas à lui qui devait savoir mieux que quiconque ce qui la suscitait. Néanmoins, si ce fut le cas, il l'ignora magistralement et s'inclina à son tour pour lui prendre une main tétanisée et l'effleurer de ses lèvres comme le voulait l'étiquette de leur milieu. Petite fantaisie pour rajouter à l'illusion dramatique de la scène ? Alors que Sila reprenait peu à peu ses esprits, encore tétanisée par ce jeu d'acteur époustouflant, il se permit de lui faire la bise, signifiant de ce fait à leurs parents respectifs un rapprochement qui n'avait jamais eu lieu.

-Je...
-Tu dit quoique ce soit, la moindre remarque et je te tue.

Ça avait le mérite d'être clair. Au moins, Sila sentit une profonde angoisse volée en éclat. Oz était bel et bien lancé dans un numéro d'acteur, elle n'avait pas besoin de s'inquiéter, simplement de lui faire confiance. Peu importe la façon dont il s'y était pris, il avait certainement trouvé un moyen d'apaiser les foudres de son père à propos de sa fille. Elle ne voyait que ça. Lorsqu'il s'écarta, ils furent invités à prendre place autours du salon qui donnait sur la véranda et les domestiques s'occupèrent à leur servir à boire tandis qu'une conversation immensément banale s'engageait. Le plus sidérant dans cette histoire étant qu'Oz y participait. C'était limite traumatisant pour être honnête mais ne sachant où il voulait en venir, elle ne pouvait que lui faire confiance.

-Oui, c'est un mobilier terrien que l'on a fait venir de France.

-De très bon goût comme toujours.

-J'avais quelques doutes mais finalement le style classique ne cessera jamais de me séduire.

-Personnellement, j'ai un penchant pour l'esthétisme anglaise.

-Son bureau en est la parfaite illustration.

-Moi même j'aurais quelques conseils à vous demander sur ce sujet puisque nous en parlons.

Sila se contenta de rester silencieuse tout en sirotant son verre de champagne. Du champagne ? Que fêtait-on au juste ? Et à quoi rimaient toutes ces simagrées ? Oz franchement... Ce devait être une raison suprême pour qu'il accepte de se comporter avec cette hypocrisie, feignant presque d'être intéressé. A le regarder comme ça, on aurait presque eu l'impression qu'il était le garçon modèle et rêvé que toute riche famille désirait pour héritier. La question de la boîte de nuit fut soigneusement éviter et plus que jamais Sila s'interrogeait sur la raison de ses tergiversions. Lui faisait-on une mauvaise blague ? Si seulement elle avait su...

-D'ailleurs en parlant de Sannom, je propose un toast !

Richard Roland se leva en présentant son verre à un domestique qui s'empressa de le remplir, immédiatement imité par son ami et collègue de toujours à savoir le père de Sila puis par l'épouse de ce dernier pendant que Sila lançait un regard qui témoignait de sa totale incompréhension à l'ignoble individu qui se faisait passer pour l'archange de cet univers. Elle se leva à son tour en tenant son verre, ne trouvant aucune raison de se dérober à l'usage, imitée en miroir par l'imposteur qui ne fuyait son regard. Lorsqu'elle retrouva ses yeux, elle sentit son cœur bondir d'angoisse dans sa poitrine. Que signifiait ce regard-là ? Qu'essayait-il de lui dire ? Pourquoi avait-elle le pire pressentiment qui soit ?

-A Oswald et à son admission à l'Académie !
-A Oswald !
-Bonne chance mon garçon !

Trahison. Colère. Vide. Regret. Mensonge. Rage. Le verre de champagne tomba dans un bruit mat sur le tapis qui passa totalement inaperçu tandis que les autres venaient de lever leur verre à leur lèvres et en savourait une gorgée. Dire qu'il les imitait. Dire qu'il osait, c'était le cas de le dire, se joindre à cette réjouissance minable et usurpatrice. A quoi jouait-il ? Qu'est ce que c'était que cette dégoutante mise en scène ? Est ce que... Le sale traitre... Comment il pouvait lui faire ça à elle ? Il n'aurait pas pu la prévenir ? Bien sûr qu'il avait le droit d'aller où il voulait et pourquoi pas élever des poules sur Sandorte tant qu'on y était ! Mais il aurait tout de même pu lui en parler ! Et puis c'était quoi cette histoire d'Académie ? Il n'avait jamais montré un intérêt débordant pour la magie ! Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce soir ? Pourquoi d'une façon si abrupte, si dégueulasse ? Il le savait pourtant non, qu'il la blessait en cet instant. Il savait qu'elle se serait attendu à ce qu'il lui en parle. Mais Oz ne lui parlait plus... Cela faisait deux ans qu'il ne lui adressait que quelques mots sans importance et vide de sens au détours d'une rencontre fortuite. Pourquoi ? Qu'avait-elle fait ? C'est vrai. Elle était aussi responsable que lui. Elle n'avait jamais cherché à inverser la vapeur. Mais ici, maintenant et avec les personnes dont tout deux n'avaient que faire, avec l'impossibilité d'exploser et de lui en vouloir, avec la nécessité de le féliciter à son tour puisque visiblement c'était pour ça qu'il faisait tant d'efforts. C'était injuste...

**C'est un coup bas Oz, tu n'as pas le droit de faire ça... Tu n'as pas le droit...**

Il rabaissa son verre sans l'avoir lâché du regard cependant, laissant son père s'occuper des mondanités l'espace d'un instant. Sila le regardait, interdite, interloquée, blessée... Ses lèvres entrouvertes témoignaient de sa surprise, de son indignation, de sa volonté de cracher les mots qu'elle taisait au plus profond d'elle-même. Ses yeux hurlaient la question lancinante à laquelle elle n'était pas sûr de donner du sens : pourquoi ? Il profita du prétexte de reposer son verre sur la table pour la fuir. C'était minable Oz... Toute cette mascarade et maintenant la lâcheté qui suintait de tous les ports de sa peau. Sila ne comptait pas faire preuve de gentillesse, de bonne volonté et d'altruisme ce soir. Au diable les convenances ! Elle ne pouvait pas accepter qu'il la traite ainsi... pas elle.

-Je peux savoir d'où te vient cette lubie mon cher Oswald ?

Il tressaillit imperceptiblement. Pour un peu, il n'aurait pas été capable de tenir son rôle de petit gentleman hypocrite. Oui, elle n'avait que faire de le pousser à bout ce soir. Elle s'était trop préoccupée de ce détail durant ces six dernières années pour s'en priver maintenant qu'il se comportait de la sorte. Les adultes présents lui lancèrent un regard surpris dont Sila n'avait cure mais Oz semblait vouloir éviter un scandale pour une raison obscure.

-Monsieur Jones, je m'excuse mais pourrais-je vous emprunter votre fille ? J'aimerais lui parler en privée.

-Mais bien sûr, je comprends que la nouvelle l'affecte.

-Je n'en ai rien à faire qu'il se casse à l'autre bout du monde si tu veux savoir. Je lui suis promise, pas dévouée et jusqu'à présent je n'ai jamais laissé entendre que son sort pouvait m'intéresser en quelque manière que ce soit.

-Sila ! ! !

Sa mère indignée de son comportement la fusilla du regard mais la jeune fille n'avait pas fini sur sa lancée et tant pis si ça déplaisait, ce serait même parfais si ça déplaisait au petit Roland.

-Je sais que vous avez du mal à concevoir que je sois capable de penser et d'agir par moi même ma mère mais il vous faudrait ouvrir rapidement les yeux sur la question. Etes-vous dupe au point de ne pas vous rendre compte des délicates et hypocrites attentions qu'il déploit en ce moment sur ordre de son père certainement ?

-Sila, ça suffit maintenant. Richard, je m'excuse. Vous êtes surement au courant de ce qui s'est passé hier, elle a été assez choquée et...

-Tient très bonne idée papa ! Parlons-en de ce qui s'est passé hier comme ça Oswald pourra vous raconter dans le détail le rôle qu'il y a jouer et vous oublierez bien vite ses défauts devant la courageuse action dont il a fait preuve. Parfois je me demande si vous n'avez aucun remord ou alors aucun intérêt pour votre fille que vous fiancée au premier délinquant venu.

-Ca suffit à présent ! Je...

-Sila, viens avec moi.

Oz lui prit le bras et s'apprêta à l'entrainer à l'extérieure mais elle ne se laissa pas faire.

-Je ne suis pas le jouet que tu balades à ta guise Roland.

Il lui fit face et Sila se tue en regrettant aussitôt de s'être emportée. Pourquoi devait-il la regarder avec ce sérieux teinté d'une arrogance blasée qu'elle savait feinte ? Pourquoi lui parlait-il avec ce clame et cette douceur alors même qu'il l'aurait envoyé promené en tant normal ? Pourquoi ne se comportait-il pas comme d'habitude ? Ça aurait été tellement plus facile s'il était parti en la détestant. Elle n'aurait pas eu à se reprocher de l'avoir fait souffrir. Une réflexion miroir dont elle ignorait tout... pour laquelle elle était encore trop immature pour comprendre...

-Viens.

Elle sentit sa résolution flanchée. Pas avec cette voix là... Pas avec ces yeux là... Pas ici, pas maintenant, pas ce soir... Ses yeux devinrent brillants mais elle fit un grand effort sur elle-même pour maintenir sa fierté. Comme si elle allait pleurer pour ce minable ! Minable... Lequel des deux était le plus minable actuellement... ? Il lui reprit le bras et l'obligea à le suivre dans le jardin sans qu'elle ne se débatte cette fois, laissant les adultes commenter la scène et faire valoir leurs réelles inquiétudes. Oz hériterait de la fortune et de l'entreprise de son père, il était impératif que Sila devienne sa femme pour lui assurer une prospérité sans pareille et sans égale alors que du côté Jones, il était impératif que Sila se révèle utile en leur fidélisant définitivement un allié de poids dans le monde économique. Des enjeux qui les dépassaient tous les deux... Dont ils n'avaient que faire...

-Lâche-moi.

Il l'attira encore un peu plus loin pour être sûr de ne pas être entendu.

-Lâche moi je te dis ! Tu me fais mal !

Elle se dégagea et serra son poignet où était apparu un effrayant hématome par la faute de la poigne de Danny. Il l'observa sans rien dire avant de pousser un soupir consterné.

-Tu me fais quoi là ?

-Pardon ???

-Cette petite scène qui a failli ruiner tous mes efforts, tu as une explication ou tu t'es juste dit que tu allais me pourrir l'existence ?

-Excuse moi d'avoir été un peu surprise par la nouvelle, c'est vrai que je ne suis qu'une quantité négligeable qui sert simplement à faire grimper ta côte de popularité quand tu en as besoin... Tu veux qu'on aille en ville ce soir ? Avec un peu de chance j'aguicherai un autre de tes sympathiques camarades et tu pourras de nouveau passé pour un ange en me sauvant de ses griffes.

Ironie, invective, rancœur... Mais aussi le regret de sa mauvaise foi, cette reconnaissance qu'elle lui témoignait mais qu'elle ne pouvait lui exprimer, pas après ça...

-Désolé, j'ai un emploi du temps plutôt chargé.

-Enfoiré.

-C'est ça.

Ils restèrent silencieux à se faire face. Il n'y avait plus rien à dire pourtant ni l'un ni l'autre n'esquissait le moindre pas, comme si maintenir cet échange était la dernière chose de leur passé commun à laquelle ils pourraient se raccrocher. Et cette distance encore... ces horribles non-dits qui les meurtrissaient de l'intérieur...

-Pourquoi cette mise en scène ?

-C'est un accord avec mon paternel. Il y a une semaine juste après son anniversaire dont tu as certainement eu des échos...

Effectivement, la fameuse soirée avait défrayé la chronique vu la conduite que ce magnifique petit salopard y avait tenu.

-...nous avons eu une « discussion » très intéressante. En gros il cherche à se débarrasser de moi et je n'attendais que d'être débarrassé de lui. La seule chose qu'il a exigé fut que je me comporte bien avec toi et ta famille quand on viendrait vous l'annoncez. C'était juste histoire de quitter cette foutue vie bien rangée pour de bon avant la liberté si tu vois ce que je veux dire.

-Ravie d'apprendre que tu as accepté cette délicate attention. Et il ne t'a pas effleurer que j'aurais aimé être au courant durant cette fameuse semaine ?

-Parce que ça aurait servi à quelque chose que tu le sois ? Écoute, que je sois très clair : je n'en ai plus rien à foutre maintenant de ces histoires. Tout ce que je veux c'est aller à Sannom et vivre aussi loin que possible de tout ceux qui se trouvent ici.

Encore un coup au cœur... Encore une déchirure... et la certitude du mensonge qui transparaissait de ses paroles. Pourquoi lui infliger ça ? Pourquoi vouloir qu'elle le déteste ? Pourquoi attendre que... La vérité s'imposa à elle brutalement : il voulait rompre tout contact avec son passé, disparaître sans laissé la trace de regret dans le cœur de quiconque, partir aussi libre et sans attache que cela était possible.

-Je ne te reverrais plus donc.

-En effet.

**Pardonne moi de dire ça... Mais j'ai compris ce que tu attendais de moi...**

-C'est parfait dans ce cas. En fait, je suis même soulagée, je pourrais enfin exister sans qu'on me rattache immédiatement à ton nom. Quand tu seras enfin partie, je serais certainement beaucoup plus heureuse.

-Je le pense aussi.

Savait-il qu'elle mentait pour lui faciliter la tache ? Savait-il la difficulté qu'elle avait à retenir ses larmes de rage, d'impuissance et de tristesse ? Savait-il ce qu'elle sacrifiait pour lui permettre de s'enfuir de cette ville ? Avait-elle elle-même seulement conscience de tout ceci ? Non. Elle savait juste que leurs chemins se séparaient là, que tout était fini avant d'avoir commencé, qu'elle ne le verrait sans doute plus jamais. Elle resta debout, laissant le vent nocturne sécher les larmes qu'elle avait autorisé à couler maintenant qu'il lui avait tourné le dos, qu'il l'avait abandonné... »

Soudain, Sila se leva et releva la tête. Doucement, d'une démarche assurée et gracieuse, un sourire joyeux et confiant au lèvres, des yeux pétillants et malicieux, elle traversa la rue. Elle fit le dernier pas pour combler la distance...

Clip du générique de fin.


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Dim 21 Fév 2010 - 15:42

« J'aime les marshmallows. »
« ET OU EST LE RAPPORT ! »



    Guilde où vous souhaiteriez être :
    J'hésite avec les Arimages vu son rang social (et surtout parce que je brûle d'être en vert anis *_*) et les ryseurs d'or pour son travail (mais Sila en rose ça ne me plait pas T_T). Autrement dit, tranchez pour moi !

    Comment avez-vous connu le forum ?
    Il était une fois un petit Liven...

    Rps :
    Autre :
    Merci à Oz et Vasco qui ont inspiré ce personnage.


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."




Dernière édition par Sila Jones le Dim 21 Fév 2010 - 20:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Dim 21 Fév 2010 - 18:33

Sans surprise aucune je valide et je te mets avec les Arimags.




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Arya Evans
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MessageSujet: Re: Sila Jones [Terminé - Mise en page UC]   Mer 24 Fév 2010 - 0:26

C'est un peu long quand même, je sais pas combien de temps j'ai mis à lire cette fiche xD

Il nous manque comment elle a réussit à obtenir sa place de serveuse !
Non non tu n'es pas obligé de l'écrire je te fais tout à fait confiance xD

Bon je valide aussi même si ça sert à rien , juste pour le plaisir de l'écrire xD Et je vais me coucher.


T'es mort
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