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 Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]

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Sila Jones
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MessageSujet: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Dim 21 Fév 2010 - 19:50

    [on vous l'avait promis, la voilà ! On respecte l'ordre Sila ; Oz ; Vasco]


    Une caresse effleura sa joue comme les souvenirs effleuraient son cœur. Elle se sentait grisée par chacun des pas qui s'enfonçait dans la neige, chaque inspiration glacée qui pénétrait dans ses poumons, chaque battement de cœur qui résonnait d'angoisse et d'espérance. Comme si les quelques secondes d'intense émotion qu'elle vivait à présent précipitaient l'intégralité de son corps dans un abîme vertigineux de doute et de d'attente. Un autre flocon de neige effleura son visage avant de glisser dans son cou, se logeant entre sa peau délicate, ses cheveux souples, le col doux de son manteau. Elle frissonna brusquement en cherchant à l'en déloger même si au contact de sa fièvre d'impatience la délicate structure glacée avait déjà fondu. D'autres, plus nombreuses, se déposaient délicatement sur ses vêtements ou glissaient doucement au rythme de sa marche. Les premiers flocons de neige qu'elle voyait à Sannom. Sila en était arrivée à ce degrés d'excitation où la chose la plus banale se révèle brutalement empreinte d'une beauté édénique, d'un charme émouvant, d'une singulière et poignante splendeur. Sans doute était-ce là le magique effet de noël auquel même une nomag comme elle ne pouvait s'empêcher d'être sensible. La jeune fille ferma ses grands yeux anthracite un instant pour en gouter la saveur au plus profond d'elle même, pour voir les images qui partaient à l'assaut de sa mémoire, pour s'imaginer celui qu'elle n'avait pas revu depuis deux ans.

    Deux longues années d'absence où n'avaient filtré que de rares nouvelles chaque fois rapportées de tiers. C'était une situation qu'elle connaissait déjà... N'était-il pas devenu un étranger chaque jour davantage depuis le départ de son frère ? N'avait-elle pas vécu à ses côtés tout en s'éloignant immanquablement de lui ? La différence ne résidait-elle pas simplement dans l'absence ? L'absence irrémédiablement, tangible et réelle... Celle qui lui faisait prendre conscience qu'elle ne le croiserait plus au détour d'une rue fréquentée, à l'entrée d'une salle de danse, au milieu d'une fête animée. Celle qui lui rappelait brusquement qu'elle ne faisait déjà plus partie d'une vie où elle n'avait jamais eu sa place, dont il l'avait chassé dès lors qu'il lui avait dit adieu dans le jardin au bord de la véranda. Celle qui lui assurait régulièrement qu'elle avait fait le bon choix en ne cherchant jamais à le retenir, à s'imposer ou à le contraindre. Son départ lui avait permis de grandir, de murir et peut être aussi, de réaliser qu'elle était seule à décider de ce qu'elle voulait faire de sa vie. Loin de lui, elle avait pu s'affirmer, prendre confiance en elle, s'imposer comme une personne propre avec ses rêves et ses convictions qui n'étaient pas inféoder au rôle qu'on lui avait assigné dès l'enfance. Fiançailles, Comme ce mot comportait une connotation ridicule et affligeante ! Comme il s'était révéler pathétique à leur égard ! Il était aberrant de se trouver fiancer à une personne que l'on ne connaissait même pas, une personne que l'on aimait même pas, une personne qui vous abandonnait dès que l'occasion se présentait. Non, elle était injuste. Cela faisait bien longtemps qu'elle lui avait pardonné d'être parti. Elle avait appris à affiner son jugement avec le recul. Elle n'était plus la gamine de treize ans à peine qui avait besoin de son aide pour se défendre. Du moins le croyait-elle...

    Sila pénétra dans l'auberge. La grande salle résonnait encore des conversations d'une dizaine de convives qui s'attardaient dans ce début d'après midi autours de leurs assiettes, rappelant à Sila le désagréable souvenir de son jeûne forcé depuis le plantureux repas de la veille. Rapidement assaillie par la chaleur, elle posa son sac près d'une table juste en face du comptoir et retira son grand manteau. Un vêtement qui par sa seule qualité laissait tout entendre sur l'aisance matérielle dont pouvait bénéficier la jeune fille. Un groupe de jeunes gens de l'autre côté de la salle, près de l'escalier, se mit à la détailler alors même qu'elle prenait ses aises dans l'établissement. Relativement petite, elle compensait sa taille par de fines bottines noires à lacet qui découvrait une cheville enfermée au même titre que ses mollets et ses genoux dans de fines et discrètes chaussettes de collant noir qui s'achevaient par une dentelle délicate sur la cuisse. Puis, apparaissait une mini-jupe plissée tout aussi sombre qui avait le mérite d'affiner ses jambes sans pour autant la rendre vulgaire. Par dessus cette dernière, un pull gris perle dissimulait un corps fin sans être exceptionnellement attirant à l'exception peut être de l'élégante encolure en cache-cœur qui offrait la vue d'un décolleté de bon goût tandis que les manches resserrées à hauteur du coude découvrait des avant bras aux muscles déliés et aux poignets ornés de bracelet en tout genre, s'accordant avec le long pendentif qui se trouvait à son cou et avec lequel s'harmonisaient de délicates boucles d'oreilles. Dissimulée par ses cheveux, elles scintillaient d'un éclat argenté au grès de ses mouvements lorsque sa cascade capillaire ondulait en laissant les mèches ricocher les unes sur les autres. Si elle était mignonne sans être véritablement jolie et encore moins un canon de beauté, les jeunes présomptueux qui l'observaient prêtèrent pour autant une grande attention à la demande qu'elle adressa à l'aubergiste. Inutile de décrire leur déconvenue :

    - Bonjour, vous sauriez où je peux trouver Oswald Roland ?

    - Je ne connais personne de ce nom là mais il y a bien un Oz Roland qui pourrait être de sa famille.

    - Pourriez vous lui annoncer que sa fiancée l'attend en bas ?


    Sila s'était préparée à toute sorte de réaction mais elle du bien avouer que celle de l'aubergiste avait de quoi être marquante. Ayant détourné son regard pour saisir un torchon propre, il le raccrocha soudainement dans une expression de surprise qui s'orna bien vite d'yeux écarquillés et d'un arrêt brutal de tout mouvement. A vrai dire, elle aurait craint qu'il ne fasse une attaque lorsque la dévisageant sans aucune gène, le brave homme faisait le rapprochement entre son fidèle mais néanmoins insupportable client et la délicate et douce créature qui venait de se déclarer liée à ce monstre d'égoïsme et d'égocentrisme. A sa décharge, il faut reconnaître que l'innocence et la fraicheur de Sila s'accordait mal avec l'arrogance et le dédain de son soit-disant cher et tendre. Considérant sans doute qu'il avait là à faire à une originale qui s'imaginait dieu sait quelle relation tordue avec l'autre original en question, il s'apprêta à débouter sa demande lorsqu'il remarqua en elle une cliente potentielle vu le sac de voyage apparemment conséquent avec lequel elle était entrée dans son établissement. Se remettant du choc, il reconsidéra son jugement et fit appeler un commis qui disparut en un éclair dans les escaliers.

    Fébrile, Sila jugea sage ne rien laisser paraître de son émoi. Du moins pas dans un premier temps, et elle s'assit sur la table près de laquelle l'attendaient ses affaires. De profil par rapport à l'escalier, elle ne chercha pas à y jeter son regard dans une attitude qui ne ferait qu'amplifier son angoisse. Aurait-il beaucoup changé ? La reconnaitrait-il ? Serait-il heureux de la revoir ? Et puisqu'elle abordait le sujet : serait-elle heureuse de le revoir ? Oh, délicieuses turpitudes que celles qui s'emparaient de son esprit à présent et s'évertuaient à le mettre à mal. Elle ferma les yeux, se figurant les contours flous du visage qui l'avait quitté deux ans auparavant, se remémorant une dernière fois les souvenirs qui revenaient de manière obsédantes depuis le début de la journée, façon de se rassurer, de se raccrocher à de maigres repères, perdue dans cette ville inconnue. Après tout, elle n'avait que quinze ans, s'il refusait de l'aider... Mais pourquoi s'inquiétait-elle ? Il ne pourrait nier ses arguments et se retrouverait de toute façon bien obligé de lui venir en aide. C'était peut cela au fond qui la dérangeait, le fait que ce ne soit pas spontanément qu'elle puisse se réfugier chez lui alors que les choses se passaient mal de son côté. Peut être la considérerait-il comme une gamine dérangeante et dont il n'aurait que faire. De toute façon, il était trop tard pour reculer. C'était le moment de vérité et même si elle jouait le tout pour le tout, il n'était pas dans sa nature de s'angoisser autant. Le passé appartenait au passé. Ce qui l'intéressait maintenant c'était aller de l'avant.

    Un affolant bruit de course retentit à l'étage et Sila nota le soupir excédé de l'aubergiste qui, sous réserve de nettoyer quelques verres, se gardait bien de repartir dans la réserve afin de ne rien raté de la scène qui allait se jouer. Étrangement, le jeune fille se sentit de plus en plus sereine à mesure que le bruit se rapprochait, à mesure qu'elle savait qu'il se rapprochait. L'escalier retentit des bruits de pas, elle se dissimula encore davantage sur le côté puis lorsqu'elle estima qu'il avait du atteindre le rez de chaussée, elle rejeta sa tête en arrière, les mains posées à plat derrière elle sur la table pour l'équilibrer, un chaleureux sourire plein d'espièglerie afficher au lèvres. Elle aurait voulu se lever et le rejoindre mais elle se sentait tétanisée, incapable de bouger. Elle aurait voulu prendre la parole, lui dire bonjour, lui souhaiter un joyeux noël mais ses lèvres ne trouvaient la force que de s'étirer dans ce sourire qu'il lui connaissait bien. Elle quitta la table, réalisant qu'un semblant de silence s'était fait dans la salle et s'en inquiétant. Sila n'aimait l'odieux, l'insidieux silence qui avait toujours dicté une part de leur relation. Debout, elle se tourna lentement et gracieusement dans la direction de l'escalier, le cœur battant la chamade, le sourire irradiant sa joie de vivre, sa bonne humeur, sa chaleur. Elle était de ces personnes qui par leur simple présence apaisent et réconfortent, tel le vent frais en été ou la douce chaleur de la cheminée en hiver.


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Dim 21 Fév 2010 - 22:52

    Du fait d’avoir traîné une bonne partie de la nuit au Jumble, la boîte branchée et incontournable de la capitale, Oz se prélassa au lit toute la matinée du lendemain. Il émergea des bras de Morphée seulement aux alentours de midi, mais vu qu’il n’avait absolument aucun engagement professionnel quelconque ou autre, en plus ou moins parfait petit gosse de riche héritier qu’il était, ce n’était pas comme si cela posait problème. Le jeune homme de 17 ans, quoique de bientôt 18 d’ici le dernier jour de l’année, à peine levé, fila tout d’abord dans la salle de bains qu’il chérissait tant. Dans la douche, il s’éternisa comme il en avait l'habitude sous l’eau brûlante, appréciant le contact mordant sur sa peau nue et la vapeur qui s’élevait dans l‘air. Lorsqu’il eut suffisamment utilisé de litres d’eau chaude, le gosse de riche consentit à arrêter l’arrivée d’eau, presque à contrecœur. Et une dizaine ou quinzaine de minutes plus tard, il sortait de la salle de bains, les cheveux noirs encore humides et l’air un peu plus réveillé qu’avant, vêtu d’un jeans très sombre, d’où pendait nonchalamment une ceinture plus claire, ainsi que d’une chemise blanche dont les manches étaient remontées jusqu’au niveau des coudes, et d’une veste sans manches noire glissée par-dessus, fine et laissée ouverte. A cela était ajoutée une cravate noire, négligemment glissée autour du col et nouée seulement à moitié, ainsi que quelques bracelets autour des poignets fins et une ou deux bagues à quelques doigts. Une tenue typique du fils cadet Roland, somme toute, mêlant à la fois cet aspect négligé au sophistiqué, le désinvolte au classe. Une tenue qui lui seyait à merveille, bien évidemment.

    Une fois le rituel de la douche brûlante effectué, l’habillage et le petit coup d’œil dans le miroir pour vérifier que la belle gueule était restée belle gueule durant la nuit, Oz s’étira d’un air ennuyé et se mit à bâiller. Il avait encore un très léger mal de crâne, dû à la quantité d’alcool qu’il avait encore ingurgité la veille, mais beaucoup moins incommodant que ce qu’il avait déjà pu supporter jusqu’ici. Il se contenta donc de dénicher un cachet d’aspirine dans la salle de bains, qu’il avala avec une gorgée de vodka dont la bouteille en verre traînait dans un fatras de fringues, lui-même abandonné négligemment sur le lit. Une fois cela fait, le jeune homme sortit dans le couloir, sa bouteille toujours en main, et effectua en premier lieu quelques pas vers les escaliers, dans l’intention mécanique de descendre pour aller déjeuner. Mais finalement, il s’arrêta. Parce qu’après réflexion, il n’avait pas si faim que cela. Et puis, les yeux se posant sur la porte de la chambre d’un certain client blond et musicien de l’auberge, une idée traversa l’esprit du délinquant, qu’il saisit au vol et qu’il trouva décidément beaucoup plus intéressante que d’aller tout bêtement manger. Et donc, de sa démarche nonchalante et avec l’air désinvolte de l’habitué, Oz s’en alla ouvrir brusquement la porte de la chambre de Vasco Fair d’un coup de pied - il fallait dire que ce dernier avait la fâcheuse habitude de ne quasiment jamais fermer à clés. Ce qu’il comptait faire en débarquant dans la chambre de quelqu’un d’autre comme si c’était la sienne ? Réveiller celui que beaucoup pourraient juger comme meilleur ami du gosse de riche, même si aux dires d’Oz, bien entendu, Vasco n’est qu’une « espèce de petit con qui me fait chier et que je me retiens de buter », et qu’il tient bien trop à sa fierté mal placée pour s’avouer s’y être beaucoup attaché. Naturellement.

    Tout en délicatesse, Oz alla assener une taloche du plat de la main sur le crâne de Vasco pour le réveiller, agrémenta cela d’un coup de pied dans la table de nuit histoire de faire encore plus de bruit, jura à voix haute parce qu’il se fit mal, soupira bruyamment en insultant les meubles qui, à son compte, n’étaient jamais placés au bon endroit, puis s’amusa à tapoter la joue visible du jeune homme blond avec sa petite bouteille en verre jusqu’à ce que ce dernier ne se réveille enfin. Encore mieux qu’un radio-réveil, achetez un Oz, disponible dans les magasins des particuliers. Faire son chieur de bon matin, voilà qui était une activité plutôt agréable aux yeux de ce cher Oswald, aussi se sentait-il de relativement bonne humeur pour le moment. Exprès pour Noël ? Ouais, allez savoir. Peut-être pas en fait, mais bon. La période de Noël le rendant grognon, ayant toujours eu horreur des réceptions mondaines organisées par son paternel ou les vieux d’une autre famille pour les fêtes, et la date fatidique de son arrivée au monde approchant, Oz en devenait encore plus désagréable que d’habitude, et ce n’était pas peu dire. Pour une fois, aujourd’hui, il ne semblait pas s’être levé du mauvais pied. Enfin, pas autant que d’habitude, dirons-nous, quoiqu’il restait toujours aussi emmerdeur et égoïste. M’enfin. S’il avait seulement imaginé ce que cette journée lui réservait… Nul doute que cela n’aurait pas été la même chose.

    Après quelques commodités de bon matin échangées entre les deux clients les plus bruyants de toute l’auberge réunie (du genre « Laisse-moi dormir. » qui recevait des « Pas envie, mec. » comme réponse, pour les plus gentils échanges), Vasco finit par se lever à son tour et quand il disparut dans la salle de bains, Oz en profita pour s’affaler sur le lit et terminer sa bouteille de vodka en quelques gorgées, le regard se baladant sur le plafond et une jambe se balançant mollement dans le vide. Adorable nonchalance faite homme. Et c’était bien sûr avec un parfait naturel qu’Oz squattait la chambre d’un autre client de l’auberge, vous vous en doutez bien - surtout lorsque l’on savait que ce client n’était autre que Vasco. Un temps d’accalmie passa, et ce fut donc vers une heure trente de l’après-midi, ou presque deux heures, que le commis envoyé par l’aubergiste débarqua en toquant à la porte laissée à moitié ouverte. Le dit commis était d’abord passé par la chambre du jeune Roland, mais n’y trouvant personne, il fit certainement demi-tour, et c’est en passant devant la chambre du musicien qu’il y trouva l’héritier qu’il cherchait. Si l’homme marqua un tant soit peu de surprise à le trouver là ? Oh non, pas du tout. Car il était certain qu’Oz et Vasco jouissaient d’une notoriété conséquente au sein de l’établissement, et il n’était certes pas rare d’en trouver un dans la chambre de l’autre. Sans équivoques. Ou presque. Mais passons.

    - Monsieur Roland ? C’est bien vous, Oswald Roland ?

    Voilà qui commençait bien. Oz fronça les sourcils d’un air mécontent et se redressa en position assise sur le lit dont il avait prit possession depuis qu’il avait réveillé Vasco, pour fusiller le commis de son regard hautain.

    - Ouais, çà se pourrait bien.
    - Votre fiancée vous attend en bas.

    Haussement de sourcil interloqué. Celle-là, on ne la lui avait encore jamais sortie, tiens - si on ne comptait pas les années passées à Koliam dans la riche demeure des Roland, du moins. Oz échangea un regard de franche incompréhension avec Vasco, un court instant. S’il pensa à une certaine Sila Jones ? Non, pas en premier lieu. Le déclic ne se fit pas instantanément, peut-être à cause de l’alcool ou parce qu’il avait fait un effort monumental pour refouler entièrement son passé. Sur le coup, il s’imagina une de ces filles qui lui trouvait une multitude de charmes, dans son physique et dans son caractère insupportable - parce que oui, mine de rien, il en existait. Peut-être même une ex qui aimait un peu trop les plans sur la comète et qui se voyait déjà comme la fiancée du cadet Roland ? On pouvait s’attendre à tout. Ce qui était certain, c’était qu’Oz n’allait pas se gêner pour lui remettre les points sur les i, à la demoiselle, et ceci devant tous les clients de l’auberge s’il le fallait. La discrétion et la délicatesse ? L’ex-dalavirien ne les connaissait que lorsqu’il le voulait bien. En tous les cas, pour le moment, peu importe l’identité de la fameuse fiancée car tout ce qui intéressait Oz dans l’immédiat, c’était l’expression de pure stupéfaction qu’arborait le visage de Vasco. Sur le coup, même, le gosse de riche s’accorda un petit sourire arrogant et proprement agaçant.

    - Je te l'avais dit, que j'avais du succès.

    La course qui s’en suivit ? Oh, elle s’explique facilement. Oz s’était à peine levé que Vasco s’était précipité en avant, désireux d’arriver le premier en bas pour voir la fiancée du gosse de riche de ses propres yeux. Et bien évidemment, Oz ne pouvait décemment pas laisser quelqu’un arriver avant lui, et certainement pas un certain rockeur ambulant. Aussi les deux jeunes hommes dévalèrent-ils les escaliers comme deux gamins, aussi vite qu’ils le purent, en se poussant et en se poussant encore comme si arriver en bas était la ligne d’arrivée d’une course imaginaire. Mignons ? Très. Oz déboula au bas des escaliers, une main encore plaquée sur la mâchoire de Vasco pour le pousser, et se figea quasi instantanément lorsque ses yeux de jade se posèrent sur une jeune fille. Non pas parce qu’il était subjugué par sa beauté, bien qu’elle soit nul doute agréablement mignonne, mais tout simplement parce qu’il la connaissait. Même si elle avait grandi, ses longs cheveux d’ébène restaient les mêmes, et il aurait reconnu ce visage probablement entre mille, même si cela faisait deux ans qu’ils ne s’étaient pas vus et que cela faisait maintenant plusieurs années qu’ils s’étaient éloignés l’un de l’autre - de l’initiative d’Oz, certes, mais passons pour le moment. Ces yeux, aussi, n’avaient pas changés. Et là, il comprit enfin pourquoi on était venu lui dire que sa « fiancée » l’attendait en bas. C’était tout simplement parce qu’Oswald Roland avait une fiancée.

    - Putain. Sila.

    Oz jura et prononça le prénom de la jeune fille inconnue du reste de l’assistance présente d’une voix atone, d’un ton posé et tranquille d’où perçait néanmoins une certaine incrédulité. Et il continuait de la fixer. Sans savoir absolument quoi penser dans l’immédiat. Pour le moment, il était juste tout bonnement stupéfié. Figé. Désemparé ? Oui, c’était peut-être le mot. Une claque en pleine face n’aurait même pas fait tant d’effet. Il fallait le comprendre. Tout faire pour oublier son passé, pour couper les ponts avec sa vie d’avant, avec les gens de cette vie mondaine qu’il avait mené au côté de cette famille qu’il exécrait, pour refouler tous ces sentiments, pour prendre plus ou moins sur soi, et voir tout sur le point de s’écrouler. De nouveau. C’était comme le planter de force face à son passé. Ou comme s’il y avait eu rupture entre passé et présent. Soudainement. Brusquement. Violemment. Il ne rêvait pas, hein ?

    Sila Jones était bel et bien là.
    Juste là.
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Lun 22 Fév 2010 - 12:56

    Elle lui souriait. Elle dansait au rythme de la mélodie qu’il jouait sur sa guitare, tout en lui souriant. Elle était vraiment charmante. Son prénom ne venait pas à l’esprit du jeune homme. Il ne comprenait pas pourquoi. Mais il était bien, dans cette pièce aux fenêtres et aux portes closes, en dehors du temps. Oui, le musicien se sentait étrangement bien, ici, seul avec cette fille et sa guitare. Ah, et son piano aussi. Il était là-bas, dans le coin. Il se sentait bien, cette fille suffisait à son bonheur… Du moins en avait-il eu l’impression, au départ. Mais une terrible sensation de vide lui restait. Comme d’habitude. Il l’aimait beaucoup, et de toute évidence ce sentiment était réciproque. Il ne discernait pas ses traits, tout juste une jolie silhouette. Jolie, mais pas exceptionnelle. Même plutôt banale, du genre de celles qu’il croisait tous les jours dans la rue. De vagues expressions, aussi. Un sourire constant qu’il lui rendit alors qu’il sentait qu’elle se demandait pourquoi il se mettait subitement à la détailler. Et puis, sans pour autant être las, il cessa de jouer. Il avait envie d’un câlin, d’affection. Encore ce vide, atroce, abominable et toujours omniprésent, bien qu’il fasse tout pour le combler. Maintenant qu’elle s’était arrêtée de danser, il espérait bien pouvoir voir à quoi elle ressemblait. Dans un geste absolument adorable, il tendit les bras vers elle pour qu’elle vienne s’y loger. Ses cheveux sombres, assez long, lui cachait encore ses traits. Elle le rejoignit avec le sourire. Toujours ce sourire aimable, adorable sans qu’il puisse réellement lui attribuer un visage. Il déposa un baiser sur le sommet du crâne de cette adorable inconnue. Et elle commença à repousser ses mèches de cheveux, il allait enfin pouvoir savoir à quoi elle ressemblait en détail…

    BAM ! Un boucan soudain tira Vasco des bras de Morphée – c’est le cas de le dire, n’est ce pas ? Nooon, pas maintenant ! Il allait savoir ! Enfin ! Et puis, il était fatigué. Quelle heure il était, déjà ? Il ne savait pas. Mais il n’avait pas envie de se lever. Pas tout de suite. Il lui fallait encore un peu de sommeil. Il faut dire que quand on veut se lever tôt, il vaut mieux se coucher à une heure décente et non pas à quatre heures du matin aux suites d’une fête quelconque, ou même d’un boulot aux allures de loisir. Or… La notion même de « se coucher tôt » n’existait pas chez Vasco. Franchement, se coucher à dix heures du soir lui semblait une idée grotesque. Idem pour onze heures. Minuit pouvait éventuellement passer, et encore. A partir d’une heure, cela commençait à lui sembler normal. Oui, je sais, la notion de normalité était extrêmement relative chez lui. Cerise sur le gâteau, il pensait que cette règle ne s’appliquait qu’à lui. Oui, que les autres se couchent à neuf heures du soir ne lui semblait pas anormal, de même s’ils se couchaient à cinq heures du matin. Mais bref. Donc, il venait de se faire tirer de son rêve et déjà songé à y retourner. Avec un peu de chance, Morphée – il avait décrété que la fille de son rêve s’appellerait comme ça, à défaut de ne pas connaître son vrai nom - l’avait attendu ! Donc, il se recroquevillait légèrement, se couvrant un peu plus de la couverture, qu’on vint lui donner un coup à l’arrière du crâne. Son cerveau embrumé eut tôt fait d’identifier la personne qui était généralement signataire de ce genre de coups. Toujours aussi charmant et délicat, cher Oswald.

    Bien entendu, non content de le frapper avec toute la délicatesse dont le jeune homme savait faire preuve, il fallait qu’il se mette à faire un bordel du feu de dieu en ayant l’excellente idée de frapper la table de nuit du rockeur avant de se mettre à l’insulter – la table de nuit, pas le rockeur, bien que celui-ci était largement habitué aux insultes et qu’il aurait sans aucun doute droit à son lot du jour. Ah oui, dans la foulée, l’adorable gosse de riche décida de décréter qu’il avait une dent envers tous les meubles du monde qui n’étaient de toute façon jamais bien placés. Vraiment adorable. Malgré le boucan que faisait son ami – je vous assure, c’est de l’amitié entre eux, pas la peine de faire ces yeux là -, Vasco espérait bien se rendormir. Oh, une fois qu’il aurait posé un pied par terre, il serait en pleine forme, et plus encore après une bonne douche. Mais pour l’instant, une seule idée demeurait dans sa cervelle : il voulait dormir, dormir et dormir encore. Tout un programme. Programme sérieusement corrompu par un gosse de riche qui n’était, de toute évidence, pas décidé à faire preuve d’un altruisme si rare qu’à vrai dire, Vasco en aurait été choqué et se serait levé immédiatement. Bref. Excédé par les multiples petits coups que lui offrait gracieusement Oz, Vasco fini tout de même par daigner ouvrir l’œil et montrer ainsi que oui, Oz, tu as réussi ton coup, à savoir tirer un pauvre rockeur ambulant de son sommeil réparateur et absolument nécessaire. Autant Vasco pouvait se montrer proprement invivable, autant Oz savait très bien le lui rendre, en perturbant son sommeil par exemple. Bien entendu, qu’il lui demande de le laisser dormir ne servit à rien. Vasco songea même un court instant à lui faire « Oh oui, réveille-moi ! » histoire de voir si l’esprit de contradiction légendaire de son ami était toujours opérationnel mais il sentait que ce ne serait pas une très bonne idée – à tous les coups il aurait droit à une réflexion du genre qu’il était déjà réveillé. Finalement, et puisqu’il ne servait à rien de rester allongé étant donné qu’Oz était au moins aussi obstiné que riche, l’artiste consentit à se lever et, après avoir tapoté la tête de son meilleur ami, ne lui tenant au final pas rigueur de l’avoir réveillé alors qu’il voulait retrouver Morphée, il prit quelques vêtements et alla se doucher, tout simplement.

    La douche, il la prit assez rapidement. En fait, il n’aimait pas trop y perdre beaucoup de temps. Non seulement parce que l’eau chaude lui coûtait et qu’il n’était pas aussi riche que son ami mais également parce qu’il préférait et de loin aller taquiner ledit ami, par exemple. Surtout qu’il était dans la pièce juste à côté. Vasco enfila ensuite son jeans abîmé et son pull fin, noir et moulant, suivant légèrement les quelques formes de son corps. Comme tous les matins - qui dans son vocabulaire signifiait plutôt début d’après midi pour le commun des mortels, mais bon -, il se coiffa, vérifia que son bandeau restait bien en place et après s’être regardé un instant dans le miroir, sortit tranquillement. C’est alors qu’il s’assit près de son piano, lui faisant dos, et réfléchissait à une nouvelle idée pour taquiner Oz, que quelqu’un entra dans la pièce. Il se retourna vers cette personne, sérieusement intéressée par ce qu’elle allait bien pouvoir lui annoncer pour qu’il entre sans même attendre qu’on lui réponde alors qu’il venait de frapper à la porte. Sauf que ce n’était pas après lui qu’il en voulait mais bel et bien après Oz. Cela amusa assez le jeune chanteur, qui commençait à se désintéresser de la conversation et se leva pour regarder s’il ne pouvait pas se trouver un chapeau sympa à mettre tout à l’heure. Il savait bien qu’ils étaient de minis-célébrités à l’auberge, et pas toujours pour des raisons très positives, mais passons. En fait, ça l’amusait plus qu’autre chose. Qu’on sous-entende parfois qu’il couche avec Oz l’éclatait sérieusement et il ne faisait rien pour empêcher cette rumeur, bien au contraire. Après tout, les gens pensaient ce qu’ils voulaient. Ce n’était pas vraiment l’avis d’Oz, mais qui s’en souciait ? ce type était de toute façon très rarement du même avis que lui. Les contraires s’attirent, comme on dit.

    Vasco connu néanmoins un regain d’intérêt pour le commis quand soudainement, il évoqua une fiancée. Il avait bien entendu, Oz, son meilleur ami, le gosse égoïste, narcissique et souvent proprement insupportable, était demandé à l’accueil par une fiancée ? Impossible. Cette idée se confirma alors qu’il échangea un regard, un instant, de franche incompréhension avec Oz. Apparemment, il n’avait pas l’air tout à fait au courant de cette histoire de fiançailles. A moins que l’ex-académicien ait caché des pertes de mémoires à son compagnon, il avait l’air aussi surpris que lui. Ce qui ne fit bien entendu qu’accentuer l’expression de Vasco. Et ce jusqu’à ce qu’Oz lui offre une réponse typiquement Ozienne et qui n’expliquait au fond rien du tout à la situation très peu claire qui s’offrait à eux, avec un sourire terriblement arrogant et que n’importe qui de normalement constitué – n’importe qui d’autre que Vasco … Oh, et que Blanco aussi, mais lui c’était un cas à part – aurait également trouvé agaçant.


    - Je te l’avais dit, que j’avais du succès.

    « C’est ça. »


    Et il abandonna sa recherche de chapeau pour se ruer à l’extérieur, après avoir tout de même saisit sa guitare et l’avoir déposée sur son dos, sans penser à fermer sa porte qui était de toute façon ouverte les trois quarts du temps histoire de voir la jeune fille qui se targuait d’être la fiancée de son meilleur ami – et la taille de l’hématome qu’avait dû se faire ladite jeune fille en tombant sur la tête. Qu’on se comprenne, malgré sa réponse sceptique précédente et à toutes les remarques que Vasco avait pu faire à Oz précédemment, il était parfaitement conscient que celui-ci pouvait fort bien remporter un succès envers des filles… De là à avoir une fiancée, le pas était quand même énorme. Oh, Vasco n’était bien entendu pas du même milieu qu’Oz et Sila : sinon, peut-être aurait-il pensé à une fiancée désignée à la naissance, ou lors de la petite enfance. Mais pour lui, ce genre de chose, c’était des fables, des légendes anciennes et passées. Il avait hâte d’arriver en bas… Mais visiblement, Oz avait tout aussi hâte. Aussi se fit-il pousser brutalement alors qu’il était persuadé qu’il allait arriver le premier. Eh ! Plus par envie d’embêter Oz que pour réellement arriver en premier, il le poussa en retour. S’ensuivit l’adorable remue-ménage dans les escaliers dont il a déjà été question précédemment. Des regards se tournaient déjà vers eux alors qu’ils courraient tous deux comme des cinglés dans les escaliers. Par chance, Vasco ne tomba pas dans ceux-ci – ce qui lui était déjà arrivé à plus d’un titre à cause d’une trop grande précipitation. Finalement, alors qu’Oz était en train de le repousser avec la douceur habituelle, il se figea soudainement. Vasco ne comprit pas vraiment pourquoi aussi se libéra-t-il sans problèmes de la main de son ami. Et puis il regarda dans la même direction que lui.

    Elle était adorable, vraiment. Oui, je vous vois venir, pour Vasco toutes les filles ou presque sont des déesses. Mais si elle ne possédait pas une beauté fatale, il allait sans dire qu’elle était absolument mignonne. Et puis surtout, elle avait un sourire à en faire chavirer plus d’un. Bien entendu, Vasco ne se pâma pas immédiatement devant elle. Encore que « pâmer » est un verbe un peu fort. Non, il écouta d’abord la réponse d’Oz… Qui, malgré le fait qu’il le connaissait depuis suffisamment longtemps, le choqua une fois encore « Putain. Sila » ?! Etait-ce une façon d’accueillir une jolie demoiselle ? N’importe quoi ! Ne le croyez pas totalement stupide, il comprit à la stupéfaction d’Oz qu’il y avait réellement quelque choses entre eux deux, tout comme il dû comprendre que Sila et Oz étaient du même milieu social en remarquant les jolies tenues, sobres mais visiblement de grande qualité, de celle-ci. Néanmoins, si c’était vraiment le cas, il dû juger l’attitude d’Oz d’autant plus impardonnable. Si c’était VRAIMENT sa fiancée, il n’avait pas à l’accueillir ainsi, enfin ! Surtout qu’elle lui semblait en tous points charmante. Aussi assena-t-il un coup sec à l’arrière du crâne d’Oz, identique à celui qu’Oz lui avait fait subir un peu plus tôt pour le réveiller et tout en lui faisant quelques légères remontrances, sourcils froncés.


    « Ou tu as vu qu’on accueillait aussi charmante personne de manière aussi rustre ? »

    Outré par le manque de distinction dont faisait preuve Oz en si charmante compagnie, Vasco s’avança vers Sila et, avec un grand sourire charmant, lui saisit la main pour y déposer un baiser et prendre la parole à la suite de cela. Oh, il ignorait que Sila en avait connu, des baisemains courtois, et tous plus hypocrites les uns que les autres. Mais Vasco, lui, était sincère et jamais contraint quand il embrassait délicatement la main d’une demoiselle. Cette sincérité se lisait d’ailleurs parfaitement dans son œil océan non dissimulé. Il était véritablement ravi de la rencontrer.

    « Etant donné que l’homme grossier qui me sert d’ami et qui est vraisemblablement votre fiancé n’est visiblement pas décidé à le faire, je me présente : Vasco Fair, ravi de vous rencontrer. Pourrais-je apprendre le nom de la magnifique jeune femme que vous êtes ? »

    Oui, il était sincère. Et au fond, c’était peut-être bien ça le pire.



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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Lun 22 Fév 2010 - 17:28

    Un éclair vert qui obscurcit tout le reste. Il n'y avait pas besoin d'aller plus loin que ces yeux-là pour qu'elle le reconnaisse. Elle les avait cherché si souvent par le passé, se rassurant dans leur éclat tout simplement inimitable, s'agaçant de leur regard terriblement arrogant, s'inquiétant tout à la fois qu'ils ne l'observent avec acuité ou l'ignorent indifféremment. Et soudain elle fut happée par leur profondeur. Devant elle c'était un abîme ressurgit du passé qui s'ouvrait et faisait trembler les bases de ses résolutions, émiettaient ses certitudes. Elle était redevenue la petite fille qui l'avait surpris dans la bibliothèque, qui lui avait appris la danse, qui avait une dette envers lui depuis bien longtemps, qui lui avait dit adieu après l'avoir accompagné durant toutes ces années. Des années qui lui revenaient brutalement, se condensaient imperceptiblement dans ce simple contact visuel, lui jetant au visage les souvenirs qu'elle avait scellés au plus profond d'elle. Définitivement, avait-elle pensé.

    - Putain. Sila.

    Sa voix fut le premier choc qui la ramena à la réalité présente. Elle s'était dotée de nuances plus basses mais aussi plus équilibrées, d'une tonalité assez douce pour un garçon mais à l'intonation clairement plus mûre. Il y avait aussi son visage qui avait considérablement changé. Elle le retrouvait tout à fait, là n'était pas la question, mais ses traits s'étaient affirmés avec la fin de l'adolescence, sa mâchoire s'était durcie et il n'était définitivement plus possible de le confondre avec un gamin. Ses cheveux avaient poussés, toujours indomptables et rebelles, toujours aussi noirs que l'eau sombre des abysses dont la surface nacrée luit brillamment à l'effleurement de la lumière. Ils le vieillissaient encore un peu tout comme ses joues qui s'étaient définitivement affranchies du rebondi de son enfance, affinant un visage qui, s'il n'avait jamais manqué de charme, ne s'en trouvait que davantage mis en valeur. Puis il y avait son corps qui était typiquement celui d'un jeune homme. En fait, Sila se serait attendu à le voir plus grand compte tenu de la haute stature qu'avait son frère dans son souvenir. Mais elle-même était véritablement petite à cette époque, sans doute la comparaison était-elle faussée. Ses épaules avaient pris en étoffe et l'on devinait à travers ses vêtements des membres qui s'ils restaient fins, trahissaient une musculature légère mais néanmoins présente qu'elle ne lui connaissait pas vraiment avant qu'il n'entre véritablement dans l'adolescence même s'il avait toujours été loin d'être un enfant chétif. Comme d'habitude, il arborait cette allure de négligé chic qui horripilait ou fascinait son entourage mais que Sila avait toujours connu comme étant sienne. Il avait changé... Non. Il avait grandi tout en restant parfaitement le même, aussi élégant et aussi beau que dans son souvenir.

    A croire que son champ visuel ne faisait que s'élargir au reste de son environnement, Sila remarqua immédiatement et avec une certaine surprise qu'il n'était pas seul. Qui était ce blondinet terriblement séduisant lui aussi qui l'accompagnait ? Plus grand, il paraissait lui aussi tout en longueur sans pour autant paraître gringalet. Plus négligé que Oz sans doute, il en semblait aussi plus naturel. Son visage était on ne peut plus avenant et respirait la bonté et l'honnêteté même si pour l'heure, c'était surtout la surprise la plus totale qui y était inscrite alors que son œil unique détaillait Sila de la tête au pied. Pardon ? Œil unique ? Oui vous avez bien entendu, puisque l'intriguant inconnu se promenait le plus naturellement du monde avec un bandeau qui dissimulait entièrement l'un de ses yeux incroyablement bleus et qui s'harmonisaient parfaitement avec les mèches blondes qui descendaient elle aussi jusqu'à la nuque du garçon. Garçon ? Pas tout à fait non. Homme se révèlerait beaucoup plus approprié. Non pas que le rockeur déjanté se trouvait à l'article de la retraite, qu'on se comprenne. Sila aurait été bien en peine de lui donner un âge. Jeune sans l'être autant que Oz, vieux sans être pour autant un adulte, il possédait ce charme étrange et attirant de la maturité et la candeur séduisante de la jeunesse. Néanmoins, il ne figurait pas encore sur la liste de ses priorités immédiates.

    « Chassez le naturel, il revient au galop ». Ça vous dit quelque chose ? Dans le cas de Sila, la métaphore se trouvait tout à fait de circonstance. Elle ne réfléchit pas – pourquoi en aurait-il l'habitude sous prétexte d'être enfin débarquée à Sannom ? – et s'avança vers eux sitôt qu'Oz l'eut reconnu, ne leur laissant absolument pas le temps de réagir. Ce qu'elle avait en tête ? Assouvir un besoin qui lui avait été interdit depuis longtemps et que son émotion présente rendait impérieux. Elle était toute seule dans une grande ville inconnue. Elle venait de retrouver un être qu'elle n'aurait jamais pensé pouvoir revoir un jour. Elle était fatiguée par son voyage et elle avait faim. En d'autres termes, Sila avait besoin de réconfort et elle alla le trouver tout naturellement vers la personne qui ne le lui avait jamais refusé, sans s'offusquer de cette tendresse inhabituelle, de ce réflexe naturel que la jeune fille ne manquait jamais de mettre en pratique, surtout depuis qu'il était parti. La distance qui les séparait se réduisit brutalement sous l'impulsion de la jeune fille, s'évanouit tout à fait lorsqu'elle se jeta littéralement contre son torse non pas avec une excitation violente et passionnée mais bien comme l'on s'accrocherait à une bouée pour ne pas tomber. Elle passa ses bras dans son dos, laissant l'un d'entre eux remonter pratiquement jusqu'à l'omoplate tandis que l'autre saisissait vaillamment sa taille afin qu'elle se retrouve plaqué contre ce corps chaud dont elle ne reconnaissait plus les formes. S'il avait grandit, elle aussi et Sila observa avec plaisir qu'elle se trouvait toujours à la parfaite hauteur pour enfouir son visage dans le creux entre son épaule et son cou, apposant son front contre ce dernier, fermant les yeux tout en le serrant contre lui. Y-avait-il véritablement quelque chose à dire ? Pour sa part, Oz répliquerait sans doute une remarque arrogante mais elle doutait qu'il la repousse. Quoique...

    Il s'était passé tellement de temps et tellement de choses. Lui gardait-il rancune pour ce qu'elle lui avait dit le fameux soir où il était parti ? Ne l'avait-il justement pas fuit avec tout ce qu'il avait abandonné chez eux ? Elle resserra son étreinte une dernière fois avant de le lâcher et de reculer de quelques pas. Décidément, elle ne savait pas se comporter avec un minimum de bon sens. Comment réagirait-elle maintenant si elle venait de le blesser ? Et puis qu'est ce que sa voulait dire de tomber littéralement dans ses bras à peine venait-elle de le revoir ? C'était ridicule et pathétique, c'était honteux et déshonorant, c'était... immensément salvateur et rien que ça méritait qu'elle oublie un instant sa fierté et ses inquiétudes. Sila avait toujours été elle-même, et ça ne risquerait pas de changer. Fidèle à elle-même, elle n'aurait pas pu trouver le courage de le battre froid. Mais l'on vous voit venir... N'allez pas vous imaginer que notre petite Sila n'était qu'une naïve petite fille qui s'était mise dans la tête dieu sait quel idéal d'un bonheur quelconque et illusoire. Oz était Oz et cette constatation seule se suffisait à elle-même. Néanmoins, pour les quelques récalcitrants simplistes qui liraient ces lignes, il nous faut développer le concept. Il était arrogant, prétentieux, insupportable, râleur, mesquin, menteur, insolent, impertinent, égoïste, égocentrique, limite nombriliste et surtout incroyablement méprisant. Il était aussi un petit crétin, un vantard de première, un pur enfoiré dès qu'il le décidait, un bellâtre qui ne s'intéressait sérieusement à personne d'autre que lui-même, un abruti qui n'entendait que ce qu'il voulait, un obstiné qui croyait sa parole sortie des évangiles et refusait d'admettre une quelconque erreur venant de sa merveilleuse et adorable petite personne. Mais au delà de tout ça, Sila ne pouvait s'empêcher de lui pardonner systématiquement tous ses écarts, de le soutenir quelque soit la situation ou presque, de se trouver présente quand bien même il ne lui avait rien demander. Parce que contrairement aux autres elle croyait savoir, elle savait ce qui se cachait au delà et qu'il avait laisser entrevoir il y a de cela une éternité, alors qu'il n'était d'un enfant et que son frère était encore à ses côtés. Il ne lui avait pas rendu la pareille de son affection qui s'obscurcissait déjà de la gène qu'elle ressentait à présent et qui ne la quittait que rarement en sa présence depuis qu'ils s'étaient éloignés l'un de l'autre. Elle raccrocha ses yeux plus farouches et pleins de défis aux siens, sans n'avoir encore prononcé un seul mot quand soudain...

    « Ou tu as vu qu’on accueillait aussi charmante personne de manière aussi rustre ? »

    Oz se prit une magnifique taloche adroitement placée juste derrière la tête par l'inconnu dont Sila réalisait l'existence en moins de deux minutes. Elle établissait des records, mais passons... Elle était trop choquée pour réagir immédiatement, ce qui permit à l'étonnant jeune homme de poursuivre ce qu'il convient d'appeler une mission suicide même si Sila n'en avait pas exactement conscience.

    « Etant donné que l’homme grossier qui me sert d’ami et qui est vraisemblablement votre fiancé n’est visiblement pas décidé à le faire, je me présente : Vasco Fair, ravi de vous rencontrer. Pourrais-je apprendre le nom de la magnifique jeune femme que vous êtes ? »


    La jeune fille en fut tellement sidérée qu'elle en ouvrit les lèvres avec l'intention de répondre et se trouva soudainement incapable de s'exécuter. Elle lui avait abandonné sa main sans ressentir la moindre surprise ou la moindre inquiétude à se sujet. S'étonnant simplement de leur chaleur et de leur contact râpeux, ferme et calleux à la fois mais en réalité très agréable. A vrai dire, seul les mots « ami » et « magnifique jeune femme » avait activé à toute allure les cellules de son cerveau. Pour commencer, il était antinomique d'associer « ami » à la personne de Oz. Il fallait être fou ou suicidaire, voire peut être les deux – non, toutes similitudes avec un certain chanteur existant seraient totalement fortuites – pour se reconnaître dans ce rôle et, tour de force encore plus impressionnant, être reconnu comme tel. Et puis quelqu'un l'avait-il un jour qualifier de « magnifique jeune femme » avec cette sincérité dans la voix ? Elle croisa son regard pétillant, y reconnu une honnêteté qui la chamboula, une franchise à laquelle elle n'était ni habituée, ni préparée. Son regard, d'autant plus insistant que, étant plus grand qu'elle et de loin, il la regardait légèrement en contre bas, l'électrisa soudain et elle devint capable d'articuler la première parole intelligible et audible depuis qu'ils étaient descendus de l'escalier. Reprenant son naturel et son aplomb malgré la légère rougeur qui apparaissait sur ses joues et dont elle n'avait conscience, elle lui répondit avec cette aisance qu'on les gens qui depuis leur plus tendre enfance n'avait jamais su que se présenter à autrui avant qu'on ne les relègue aux conversations de second plan en attendant la fin de la soirée.

    - Tout le plaisir est pour moi.

    Sannom la faisait plongé dans un autre univers et elle venait de trouver son premier représentant dans la personne ce Vasco, chaleureux, honnête, séduisant et prévenant. Autant de qualités qui firent fortes impressions sur la jeune fille même si elle ne laissa rien paraître de son trouble, se contentant de répondre avec la classe et l'assurance qui caractérisait cette annonce rodée depuis des années à présent :

    - Je suis Jones. Sila Jones.

    Elle lui décocha un sourire magnifique en s'attardant sur ce nouveau visage dont elle remarquait qu'il se trouvait parfaitement à son goût avant de revenir à des préoccupations moins volage et plus bassement matérielle. Quoique... Compte tenu du sujet, on risquait fort de partir dans des délires métaphysique alors ma foi...

    - Ca fait du bien de te revoir et ton ami est charmant.

    Si ce qu'elle soupçonnait se révélait exact, Oz en serait pour ses frais d'exaspération à peine Sila serait-elle revenue dans sa vie. Si le pauvre chou savait à quel point...


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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Oz Roland
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Lun 22 Fév 2010 - 21:54

    C’était bien elle. Aussi invraisemblable ou surprenant que cela puisse paraître, la fiancée d’Oswald Roland était bel et bien en ville. Si Oz avait peine à y croire, une fois le choc passé et la stupéfaction plus ou moins envolée, il fut forcé d’admettre la vérité. Sila Jones, qu’il connaissait depuis si longtemps, désignée d’office par leurs familles respectives comme sa fiancée, cette petite fille qu’il avait débusqué dans la bibliothèque de sa mère, cette jeune fille qui l’avait toujours généralement compris et qui avait toujours été là pour lui malgré tout, cet être qu’Oz avait choisi volontairement d’éloigner de lui depuis la trahison impardonnable qu’avait été pour lui le départ de son frère, Sila, donc, était là. A quelques mètres à peine. Pardon, j’ai dit à quelques mètres ? Et bien non, la distance fut en vérité bien vite comblée par la jeune fille qui, sans prévenir, fondit sur notre gosse de riche pour l’étreindre. Le jeune homme, encore figé de stupeur, n’eut ni le temps ni l’idée de la repousser. Il ne lui rendit pas non plus cette étreinte. S’il aurait pu encore avoir des doutes au sujet de la jeune fille, la douce odeur émanant de ses longs cheveux parfaitement identifiable aurait suffit à le conforter sur son identité. Car elle aussi avait grandi, mais elle était restée néanmoins la même. C’était elle, il n’y avait absolument aucun doute.

    Sila finit par se détacher de l’ex-dalavirien, pour s’écarter de quelques pas. Elle n’avait pas encore prononcé un seul mot. Elle le fixait cependant d’un drôle d’air, mais d’un air qui n’était pas totalement étranger à Oz, une lueur de défi dans le regard farouche, un savant mélange qui s’accordait parfaitement. Le gosse de riche se mit alors à froncer les sourcils, doucement, mais il n’eut pas le temps d’ouvrir la bouche une nouvelle fois car Vasco, qui était alors juste à côté de lui, se manifesta soudainement. Oz se prit une tape à l’arrière du crâne de la part du rockeur ambulant, ce qui le fit sursauter et ce qui lui déplut considérablement. Oui parce que bien évidemment, si sa Seigneurie avait le droit de frapper quelqu’un, ce quelqu’un n’avait en aucune manière le droit de lever la main sur sa magnifique personne. Bien évidemment. Comment çà, « où tu as vu qu’on accueillait aussi charmante personne de manière aussi rustre » ? C’était une remontrance ? Ce crétin de blondinet se permettait de lui faire une remontrance, à lui, Oswald Roland alias Oz pour qui que ce soit désireux de ne pas s’attirer ses foudres ? Et bien, visiblement, oui. Certes, le jeune homme aux cheveux noirs comme la nuit pouvait concevoir que son accueil était loin d’être des plus distingués. Après tout, il avait baigné dans le monde mondain, luxueux et doré des riches durant toute son enfance, ne l’oublions pas, on lui avait donc inculqué les bonnes manières. Seulement, Oz, c’était Oz. Et il n’allait certainement pas faire une révérence devant qui que ce soit, si ce n’était pas hypocrite tout du moins. Vous comprenez. Mais passons.

    Le gosse de riche fusilla donc Vasco du regard, tout en se passant machinalement la main dans les cheveux, là où le musicien l’avait frappé, les sourcils froncés. Il observa d’un air à la fois irrité et blasé ce dernier s’approcher de Sila, pour la saluer typiquement à sa manière et lui faire un baisemain. Oz se demanda d’ailleurs sur le coup, en haussant un sourcil, s’il n’y avait que lui pour trouver l’excès de galanterie dont faisait toujours preuve ce type envers la gente féminine au grand complet proprement inquiétant. Oui, même s’il côtoyait désormais le jeune homme blond depuis deux ans, Oz trouvait toujours ce changement radical de comportement assez stupéfiant. Néanmoins, il ne fit aucune remarque à ce sujet pour une fois. Non, ce qui avait davantage de chance de l’interpeller, ce fut le qualificatif d’« ami » dont usa le musicien à son sujet. Parce qu’étant d’une mauvaise foi au moins aussi forte que son entêtement légendaire, le gosse de riche arrogant se refusait encore à considérer Vasco comme tel. Il réfutait cette affirmation auprès de n’importe quelle personne qui oserait venir s’en informer, et comme il passait la plupart de son temps à frapper ou insulter le blond, d’un point de vue extérieur, on pouvait se poser de sérieuses questions sur la relation qu’ils entretenaient tous deux. Pourtant, rassurez-vous, il était certain que Vasco n’était pas n’importe qui pour Oz. Sinon, il ne resterait pas auprès de lui, tout d’abord, c’est une évidence. Il était certain que le jeune délinquant avait une manière bien à lui de gérer les relations humaines, mais croire que Vasco n’était absolument rien pour lui serait une erreur. Il était certain qu’Oz y était attaché, et cela, il pouvait même s’en rendre compte tout seul. Peut-être même trop attaché, à son compte. Mais de là à l’avouer clairement à la personne concernée ou à qui que ce soit d’autre, vous vous doutez bien qu’il y avait un monde. Car encore une fois, c’était Oz.

    - Ca fait du bien de te revoir et ton ami est charmant.
    - Ce n'est pas mon pote.

    Réponse purement mécanique, proférée d’une voix atone. Rompu à cet exercice, le gosse de riche répondit instantanément, une fois que la voix de Sila, cette voix qu’il n’avait pas entendu depuis deux ans, se fut éteinte sur ses derniers mots. Comme pour montrer que non, il n’était attaché à personne, que non, cela ne risquait pas d’arriver, que non, il n’avait besoin de personne, que non, pas la peine de le considérer comme plus humain. Nier, encore et toujours. Les sourcils froncés, sans faire un pas dans la direction des deux autres jeunes gens, Oz resta à la place qu’il n’avait pas quitté depuis qu’il était parvenu au bas des escaliers. Il semblait maintenant retrouver son assurance, ainsi qu’un masque lisse de tout sentiment autre que le mépris ou l’arrogance. Indifférent au fait qu’une bonne partie des clients et convives de l’auberge puisse les écouter ou suivre carrément ostensiblement leur échange, le jeune homme ne conserva qu’un court instant le silence après ces derniers mots, et reprit bien vite la parole, à l‘adresse de Sila.

    - Qu'est-ce que tu fous là ?

    Tout comme son assurance factice, il retrouvait son agressivité qui, même si elle était à l’instant mesurée, restait tout de même perceptible. Son ton, le ton de l’homme qui a l’habitude de voir ses caprices comblés à l’instant, ses ordres exécutés sur le champ et des réponses immédiatement accordées à ses questions cinglantes, ce ton à l’inflexion à la fois arrogante et agressive, pouvait faire écho aux souvenirs de la jeune fille, comme il pouvait paraître habituel à Vasco. Car même s’il avait grandi et changé sous certains points, cette manie de s’exprimer lui était restée, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Et Oz continuait de la fixer, les sourcils froncés. Cette question lui paraissait primordiale. Car en effet, que pouvait donc bien foutre Sila ici ? Comment pouvait-elle se pointer à Sannom, dans cette Auberge dont il était devenu un client fidèle et habituel, et sourire comme si absolument de rien n’était ? Comme si c’était normal, comme si c’était prévu ou comme si c’était anodin ? Oz n’en savait rien. Les images de leur dernière rencontre assaillirent alors son esprit. Il fronça encore un peu les sourcils, imperceptiblement, et continua de fixer la demoiselle en attente d’une réponse. Ce qui était sûr, c’était qu’il n’allait pas jouer les ravis. Hors de question de faire comme s’il était enchanté de la voir. Car même si quelque part, au fond, dans un entrelacs de sentiments compliqués, Oswald Roland pouvait apprécier de revoir Sila Jones, il n’empêche qu’il avait voulu briser tout lien qui puisse encore le rattacher à sa vie qu’il jugeait passée, il y avait de cela deux ans, lorsqu’il fut envoyé à l’Académie. Et mine de rien, il avait bien prit garde à ne jamais parler de son passé à qui que ce soit depuis, pas en détails en tous les cas, et ceci même pas à Vasco. Jamais il n’avait cité ne serait-ce que le nom de sa mère en deux ans, jamais il n’en avait parlé dans cette ville, à qui que ce soit, et tout ce qu’il s’accordait à dire, c’était que son père était un salaud et qu’il avait vécu dans le luxe, point à la ligne. Rien d’autre. Car si Oz pouvait exiger de savoir des choses sur les autres, égoïstement, il refusait d’en faire de même à son sujet. Or, voir Sila débarquer, c’était comme voir un château de cartes soigneusement construit s’effondrer soudainement. Ou sur le point de s’effondrer. Et s’il devait trancher entre son plaisir inavoué de la revoir et sa colère face au risque de voir certaines choses à son sujet accidentellement dévoilées, en raison de la venue de la jeune fille qui le connaissait à son compte peut-être un peu trop bien, Oz choisirait bien évidemment la colère sans une once d’hésitation. Solution de facilité ? Non, c’est juste que lorsque l’on est habitué à emprunter les pires chemins de la vie, on en fait de même dans toutes les situations ou presque. Et encore une fois, cela s‘expliquait tout simplement par le fait qu‘Oz était juste Oz.

    Heureusement ou malheureusement.
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mar 23 Fév 2010 - 9:33

    Avant que vous ne criez au mensonge selon le fait que Vasco se targue d’être l’ami de notre riche héritier favori – même le meilleur ami mais on va éviter de trop choquer Sila pour le moment, la pauvre chérie venait tout juste d’arriver - sous prétexte qu’il n’aura pas relevé le fait qu’étrangement, Oz ait laissé la demoiselle l’enlacer, apprenez que vous vous trompez du tout au tout concernant cela. Car s’il avait fait son petit numéro tout à fait naturel – je vous assure que cela est possible, de faire le joli cœur sans arrière pensée hypocrite et de manière aussi naturelle que séduisante, puisque c’est bel et bien le cas le concernant – à Sila par la suite, il avait bien remarqué que ce n’était pas tout à fait normal. Bon, si le jeune arrogant avait rendu son étreinte à la demoiselle, il aurait sûrement hurlé au scandale et à l’imposture avec toute l’exubérance que nous lui connaissons et pour laquelle nous l’aimons tant. Mais, voyez-vous, contrairement à ce qu’il laissait largement entendre, Vasco n’était pas idiot. Fêlé, sans le moindre doute, surprenant et original aussi. Mais idiot, non. Et il avait bien compris qu’il y avait bel et bien quelque chose entre Sila et Oz. Quoi, il ne savait pas. Mais quelque chose de suffisamment puissant pour troubler son ami. Or, Oz était ce genre de personne qui voulait paraître à l’aise en toute circonstance. Mais là, il était évident qu’il n’était pas si bien que ça. Et Vasco se disait qu’il ne servirait absolument à rien de le lui faire remarquer. Au bout de deux ans d’amitié plus ou moins violente, Vasco savait parfaitement taper là où ça faisait mal quand il se disputait sérieusement avec Oz. Et pointer ses faiblesses était le meilleur moyen pour rendre l’ex-dalavirien furieux. Or, le rockeur n’avait absolument aucune envie de mettre le feu aux poudres en cet instant. Il préférait de loin attendre qu’ils soient seuls tous les deux, ou ne pas lui dire quoi que ce soit à ce sujet du tout. Et donc, il faisait comme si de rien n’était et se comportait comme il aimait à se comporter avec les charmantes demoiselles comme elle envers Sila.

    Le manque d’assurance d’Oz le mettait tout de même un peu mal à l’aise, à vrai dire, bien qu’il le dissimula à merveille. Il avait tellement l’habitude de le voir se comporter comme un roi, comme si tout lui était dû, qu’il était désarçonné que son ami perde de sa belle assurance. C’était un peu comme un spectacle obscène auquel il aurait préféré ne pas assister. N’allez pas croire qu’il pensait Oz insensible au point de n’avoir jamais le moindre doute, jamais la moindre faille, bien que parfois, sous le coup de la colère, il se demandait si ce n’était pas vraiment le cas et connaissait de ce fait des périodes de doute insoutenable. Seulement, il trouvait cela terriblement triste. Il ne savait rien de ce qu’il en était vraiment entre ces deux là mais se doutait que c’était plutôt grave, ou du moins important, pour qu’Oz réagisse ainsi. Et ça lui faisait de la peine. Le mal-être de son ami était également le sien, tout simplement. Parce qu’à force de le voir jouer les sans-cœurs au quotidien, il remarquait plus souvent ses changements d’humeur, infime, alors si cela pouvait se voir à ce point, il allait sans dire qu’il s’agissait de la chose la plus grave qu’il n’avait jamais vécue devant le chanteur jusqu’à présent… Mais Vasco ne laissait rien paraître. Il était inutile, à son idée, qu’ils se regardent tous les trois dans le blanc des yeux en attendant qu’Oz se soit remis. Non, il montrait du coup toute la joie de vivre dont il faisait preuve au quotidien. Bien entendu, il serait grossier de prétendre qu’il agissait par masque, surtout envers Sila : il était tout à fait honnête en s’annonçant ravi de la rencontrer. La seule personne envers qui il n’était pas tout à fait sincère, en fait, c’était lui-même. C’était envers lui-même qu’il faisait comme si tout allait bien, comme si voir Oz dans un tel état ne lui faisait pas si mal et comme s’il ne s’inquiétait pas pour lui. De là découlait l’assurance qu’il n’avait pas perdue et qui n’était de ce fait pas malhonnête sans être tout à fait franche. Il libéra la main de la demoiselle presque à contrecœur avant de se redresser, admirant le merveilleux sourire de l’inconnue qui était vouée à ne plus l’être tant que ça dans un futur très proche et ce sans que Vasco ne s’en doute vraiment.

    Oz semblait retrouvait peu à peu de son aplomb alors que la demoiselle s’adressa à lui. Cela rassura Vasco, quoi qu’il se doutait que le jeune homme n’était pas forcément mieux pour autant. Ce type avait l’art et la manière de se couvrir d’une grosse et lourde carapace et d’empêcher les gens de s’approcher trop de son cœur, se contentant de relations superficielles et s’en prétendant largement satisfait. Et c’était sûrement pour cette raison que Vasco restait auprès de lui. Parce que comme ça, il savait qu’il n’était pas seul, malgré tous ses efforts pour éloigner les autres. Aussi naïve que paraisse cette idée, l’artiste espérait bien qu’un jour, Oz lui fasse suffisamment confiance pour lui parler quand il allait mal, pour qu’il se confie un tant soit peu à lui, sans forcément avouer à quel point il l’appréciait, juste lui faire comprendre qu’il savait qu’il était là pour lui. Oh, il ne s’imaginait pas que c’était prêt d’arriver tout comme il n’attendait aucune reconnaissance de la part ce cet ingrat, il avait tout de même fini par comprendre comment il était. Mais il était intimement persuadé qu’Oz finirait par réussir à communiquer avec lui quand il était blessé. De la même manière qu’il avait appris à remarquer les quelques changements d’humeur de son ami, il savait déceler les rares choses qui montraient qu’il le tenait en plus haute estime qu’il voulait bien le faire croire en le tabassant et l’insultant dès que l’occasion se présentait à lui. Une fois encore, il connaissait des périodes de doute terrible, durant lesquelles il se demandait s’il n’était pas rien de plus qu’un nouveau jouet dont le gosse de riche finirait par se lasser, sous le point de vue de celui qu’il considérait comme son ami malgré toute la bizarrerie de leur relation. Mais de manière générale, il savait qu’il existait aux yeux d’Oz. Même si celui-ci avait une drôle de façon de le montrer, mais passons. D’ailleurs, en parlant d’amitié entre eux, voilà qu’Oz venait de lâcher qu’ils n’étaient pas potes. Bien entendu. Le mécanisme robotisé de la phrase, le ton sur lequel il disait cela et qui trahissait bien entendu son habitude d’avoir à offrir une telle réponse ne faisait étrangement qu’apporter de l’eau au moulin des pensées de Vasco qui, de toute évidence, tournait de travers. En effet, il était persuadé que cela ne faisait que confirmer ses dires et, du coup, alla tapoter la tête d’Oz avec un air terriblement sérieux – même trop sérieux. Mais il se dit qu’il ne servait à rien de commenter. Son geste parlait pour lui et indiquait très clairement que oui, Oz, tu pouvais dire ce que tu voulais, personne n’était dupe quand à votre lien qui existait bel et bien malgré tout tes efforts. Et forcément, sachant parfaitement ce que pouvait entraîner son geste, Vasco s’éloigna d’Oz histoire de ne pas se prendre de coup de la part de son ami qui était toujours si prévenant envers lui.

    Au fur et à mesure, il lui sembla qu’Oz reprenait du poil de la bête. Exit, la stupéfaction, exit, le trouble, exit, les doutes, exit, l’incompréhension. Il avait repris ses masques habituels. Ce moment partagé avec ces deux personnes avait cependant une grande incidence sur Vasco : malgré tout ce que son meilleur ami voulait lui faire croire, il avait eu la preuve que cela n’était que masque et comédie, qu’il n’était pas totalement insensible et, par conséquent, que les moments où il se montrait plus dur que jamais envers Vasco n’était peut-être bien que des moments où il s’agrippait à sa couverture de type insensible avec l’énergie du désespoir pour une raison qui échappait encore au décoloré. Merci, Sila. Très sincèrement, il l’aurait presque remerciée s’il n’était pas tout d’abord blessé de voir son ami aussi mal. Il ne lui en tenait bien entendu pas rigueur. D’ailleurs, il dû se retenir de frapper de nouveau Oz alors qu’il répondait avec une pointe d’agressivité à la demoiselle. Ne la connaissant pas et peu désireux d’attirer plus encore l’attention sur eux, il décida qu’ils n’étaient pas au bon endroit pour parler de tout ça. Après tout, on ne cessait de les regarder, et si lui s’en fichait, si Oz ne semblait pas s’en soucier, cela n’était peut-être pas le cas de la demoiselle. Quoi qu’il en soit, ce qu’ils avaient à se dire ne concernait qu’eux, et pas tout ces curieux. S’il lui vint à l’esprit qu’il pouvait gêner et qu’il n’était peut-être pas à sa place ? Oui. Mais il était décidé à rester un petit moment, au moins pour avoir une réponse à ses questions mais également pour s’assurer que tout irait pour le mieux pour Oz sans pour autant qu’il ne se montre trop brusque envers Sila. Tout un programme. Dans un souci de discrétion, il saisit brusquement le poignet d’Oz, en fit de même mais avec une très grande douceur avec celui de Sila et les entraîna tous deux à sa suite dans les escaliers, comptant sur son effet de surprise par rapport à Oz et à sa force pour Sila sans non plus la traîner de force derrière lui. Ce ne fut qu’une fois qu’il atteignit le couloir supérieur qu’il daigna enfin les lâcher, désormais certain d’être un peu plus à l’abri des oreilles indiscrètes. Après un léger sourire, il décida de prendre la parole à son tour, s’adressant tout d’abord à Oz.


    « Tu pourrais m’expliquer pourquoi tu ne semble pas au courant que tu as une fiancée ? »

    Il ne lui laissa pas vraiment le temps de répondre que déjà il se tournait vers Sila. Bien sûr qu’il attendait une réponse de son ami mais il avait une autre question, non moins importante ou alors juste un peu, à poser à la demoiselle. Après, peut-être s’en irait-il pour les laisser seuls tout les deux. Peut-être en avait-il besoin et peut-être qu’il gênait. Certes il pouvait se montrer terriblement sans-gêne, mais il y avait des limites à tout. Et puis, avouons-le, il se sentait clairement de trop. A cause du passé qu’il partageait, à cause des non-dits qu’il décelait de temps à autre dans le regard de l’un, à cause du trouble qu’il ressentait chez l’autre. A cause du fait qu’ils semblaient bel et bien unis par des fiançailles, aussi. Mais surtout du fait qu’il sentait qu’ils étaient deux et qu’il n’avait rien à faire entre eux. Si jamais il extrapolait, il ne s’en rendait pas compte. Car après tout, il n’avait aucun lien concret avec Sila et Oz refusait d’avouer qu’ils en partageaient un. Et l’histoire entre les deux-là, bien que cela déchirait presque Vasco d’y penser, ne le concernait pas. Tout simplement parce qu’Oz ne le considérait pas comme suffisamment important, digne de confiance ou autre chose, le musicien ne savait quoi, apparemment. Et Sila, il venait de faire sa connaissance. Alors rien de tout cela ne le concernait. Il ferait certainement mieux de les laisser seuls mais d’abord, avisant le gros sac que transportait la demoiselle, il lui fit un franc sourire pour faire part de son avis concernant sa venue à la capitale.

    « Fabulerais-je en pensant que vous venez vous installer ici, à ma grande joie ? »

    En effet, Vasco étant un habitué des voyages, il savait reconnaître un sac de voyage quand il en voyait un et il était par ailleurs plus perspicace qu’il le laissait croire : et vu comme celui de la jeune fille semblait plein, il ne faisait quasiment aucun doute qu’elle comptait s’installer ici. Mais si Vasco était ravi à l’idée de faire plus ample connaissance avec elle, il s’inquiétait cependant : elle paraissait si jeune, avait-elle de quoi survivre ? Admettons qu’elle ait des biens, n’était-il pas dangereux pour elle de vivre seul ? Jamais il ne lui viendrait à l’idée qu’elle comptait se faire héberger par son égoïste meilleur ami. Parce que bon, imaginer Oz jouer les bons samaritains, c’était un peu le monde à l’envers étant donné que ce type n’agissait que pour lui-même et, s’il lui arrivait de rendre un service, il ne le faisait jamais sans que cela lui profite au final. L’idée qu’elle vienne s’installer chez son ami – chez qui lui-même squattait sans lui demander son avis, de temps à autre, quand il était à cours d’argent – lui effleura l’esprit. Tout de même… Si c’était bien le cas, il se demanda quel trésor d’inventivité la jeune fiancée allait dévoiler pour qu’Oz accepte de la prendre sous son aile, si je puis dire ainsi.



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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mar 23 Fév 2010 - 18:51

    - Ce n'est pas mon pote.

    Elle lui jeta un regard en coin, réservée. En effet, que s'était-elle imaginée ? Après l'avoir toujours vu s'affranchir et s'écarter autant que possible des autres, méprisant et reléguant les relations humaines à une contrainte désagréable, elle ne pouvait même pas concevoir qu'il ait seulement réfléchi à la question, et ce, pas plus au cours de ces deux dernières années que durant les quatre ans qu'elle avait passé à ses côtés. De plus, si elle se basait sur ce que Vasco lui avait laissé voir de sa personnalité, il y avait de fortes chances pour qu'il représente le stéréotype même du genre de personne qu'Oz ne pouvait supporter plus de dix minutes sans se montrer désobligeant, mesquin, agressif et monstrueusement chiant. Une constante chez lui dès qu'il n'était pas traité avec le respect et l'incommensurable estime qu'il croyait naturellement suscités par sa petite personne, dès que l'on comprenait que le gosse de riche prétentieux et insupportable qu'il était ne s'arrêtait pas qu'à la superficialité et l'indifférence qu'il affichait pratiquement en toute circonstance. Elle se rasséréna, confiante. Minute. Ce sentiment, par horreur ou par inadvertance ne serait-ce pas du soulagement ? Pouvait-elle décemment se sentir apaisée après pareilles conclusions ? Honteuse, Sila se chercha les excuses qui lui servaient habituellement de refuge. Évidemment, il n'y avait aucun motif de réjouissance à voir que la situation n'avait pas changé. Ce constat avait même de quoi attristé quiconque aurait connu le temps où il n'était pas encore tout à fait stérile à l'échange, enfermé dans sa tour d'ivoire. Nonobstant, la jeune fille ne pouvait s'empêcher de se sentir réconfortée par cette certitude. A ses yeux, la raison en demeurait inavouable tant elle lui paraissait égoïste et cruelle. Le fait est qu'écarté de son monde, de sa solitude, de ses secrets, nul ne pouvait prétendre à connaître l'intimité de ses pensées. Qu'Oz ne reconnaisse personne comme digne de son amitié préservait d'une certaine façon la relation on ne peut plus ambigüe et complexe qu'ils entretenaient à ce niveau et qui, même tombée en désuétude, affleurait sous les dehors de la banalité placide et réciproque. Sila n'était pas son amie, elle l'avait déjà dit. Elle ne cherchait même pas à l'être. Elle savait juste à son propos les pièces manquantes au puzzle qui permettaient quelque fois de saisir ses intentions, de comprendre son jugement... Comme lorsqu'elle avait proférer ces horreurs alors même qu'elle lui disait adieu, comprenant qu'au delà de ce qu'elle pensait au plus profond d'elle, il attendait qu'elle lui permette de briser le lien infiniment fragile qui l'avait sans doute retenu jusqu'ici.

    Un sourire discret mais radieux s'inscrivit sur ses lèvres. Hors de question qu'elle lui permette de deviner les troubles intérieurs qui l'agitaient. La seule et unique raison pour laquelle elle se trouvait devant lui le jour de noël à Sannom était un caprice on ne peut plus irréfléchi et innocent. Et puis de toute façon... Sila écarquilla les yeux, figée dans une expression de stupeur muette et contemplative. Les doigts fins de Vasco rebondirent gentiment sur le tignasse rebelle de celui qu'il s'obstinait vraisemblablement à considérer comme un ami. En soi, le geste n'avait rien de bien choquant, combien de fois avait-elle vu des gens se prétendre proches du cadet Roland se permettre des familiarités encore bien plus osées et en particulier parmi la gente féminine où une certaine Alice de leur connaissance figurait en tête de liste ? Non. Ce qui la scandalisa fut le regard et l'expression de sérieux avec lesquels Vasco accompagnait son geste, comme s'il ne s'était absolument pas offusqué d'être déchu du titre d'ami qu'il pensait visiblement mérité, comme s'il témoignait dans ce geste l'affection et la tolérance qu'il avait exprimé dans ses mots, comme si... il le comprenait. Au fond de lui, devait-elle en conclure que Oz... ? Et c'était bien ici que se situait l'opprobre, l'impardonnable aveux, l'inacceptable comportement... Mais que racontait-elle au juste ? Elle quitta bien vite son expression choquée pour en revêtir une autre clairement amusée et fascinée. Assurément, Vasco était une personne haute en couleur qui ne cessait de gagner des paliers de plus en plus élevés dans l'estime de Sila. Il fallait être incroyablement fou ou courageux pour se risquer à ce genre de petit jeu. En effet, elle doutait fortement que la capacité à exercer un grand contrôle sur soi pour retenir des coups qui ne demanderaient qu'à pleuvoir, ne risquait pas de s'être amoindrie avec les années. Néanmoins, ce fut à un tout autre problème auquel il choisit de s'intéresser en priorité. Le genre de détail primordial dont Sila se préoccupait comme de la poussière qu'elle foulait du pied et qui soudainement s'imposaient de façon critique à son esprit lorsqu'elle était obligée d'y faire face. Pourquoi fallait-il qu'elle le mette si vite en colère ? Allons, un peu de répit, il aurait tout le loisir de lui en vouloir si ce n'était déjà fait ! Sauf qu'à bien y réfléchir, savoir ce que Sila Jones, héritière d'une des plus grosses fortunes du pays, faisait toute seule à Sannom et se précipitait tout droit retrouver une personne avec qui elle avait coupé tout contact, présentait en effet un attrait digne d'intérêt. Malheureusement, il a déjà été fait état de l'incapacité de Sila à pouvoir réagir autrement que sous le coup du naturel et de l'impulsivité. Autrement dit, elle lui adressa un clin d'œil plein de malice avant de lui répondre le plus naturellement du monde.

    - Qu'est-ce que tu fous là ?

    - Te souhaiter un joyeux noël !

    Si Sila jouait avec le feu ? Oui, il faut l'admettre. Mais lorsque vous ne désirer pas entrer dans une conversation fort compliquée quand bien même vous savez que vous ne pourrez pas y échapper, tous les prétextes sont bons afin de s'y soustraire. Heureusement, elle fut sauvée par l'adorable blondinet qui avait gagné son affection lorsqu'il lui prit délicatement le poignet et l'entraina à sa suite dans l'escalier, tirant Oz de la même façon quoique nettement plus rudement. Ça dénotait une certaine expérience qui ne manqua pas de renforcer la conception admirable que Sila avait du rockeur. Tenir tête à Oz de la sorte ça ne s'était jamais vu, la mémoire de Sila faisant foi. La performance avait de quoi être saluée. De plus, elle avait le mérite de les soustraire à la vue des autres clients de l'auberge ce qui conférait à leur trio une intimité plus appréciable et plus opportunes à diverses confidences. C'est ainsi que Vasco exprima sa question concernant la réaction ozienne depuis l'arrivée de Sila. La formulation ne manqua pas d'intriguer la jeune fille. Donnait-il une telle impression de surprise ? Elle devait avouer que son sens de l'observation l'avait abandonné sitôt qu'elle avait senti l'angoisse et l'espérance passer le stade extrême où elles occultent toute autre perception. Bien que curieuse de la réponse, elle riva elle aussi son regard à celui de Vasco lorsqu'il se tourna vers elle.

    « Fabulerais-je en pensant que vous venez vous installer ici, à ma grande joie ? »

    Sila prit une rapide inspiration histoire de rassembler son courage à deux mains. Il n'était plus temps de tergiverser. Ce qui devait être fait devait être fait et tant pis pour le reste. Par là, comprendre tant pis pour Oz.

    - Tout à fait, je viens emménager chez Oz.

    Elle détourna son regard de Vasco pour le fixer sur notre adorable crétin narcissique avec une fraicheur et une innocence rare, comme si elle venait d'énoncer une vérité qui suivait l'ordre naturel des choses. Une théorie sur laquelle il y aurait beaucoup à redire évidemment... L'objectif de Sila était on ne peut plus simple voire simpliste en venant à Sannom. Elle allait intégrer une troupe de danse réputée et ne tarderait pas à connaître succès et célébrité puisque tout deux se pâmeraient aux pieds de son talent. Mais avant de pouvoir fièrement brandir sa réussite aux regards de sa famille, elle devait se préoccuper de trouver un endroit ou dormir. C'est là qu'intervenait le rôle d'Oz. Il était à la fois une part du caprice qui avait saisi cette adorable gamine qui venait de débuter sa crise d'adolescence et à la fois un moyen pratique d'accéder à ce rêve. Maintenant, tout l'art allait consister à le lui dire sans le vexer, le blesser, le braquer, l'énerver, le stresser. Une véritable partie de plaisir n'est ce pas ? Surtout que nous vous ferons remarquer que son annonce précédente était bel et bien une affirmation et non une question. Sûr d'elle la petite ? Il fallait l'admettre. Oz de toute façon ne pourrait pas la mettre dehors après qu'elle se soit expliquée. Par prudence, nous allons croiser les doigts pour elle tout de même, juste au cas où notre chieur de service se sentirait lui aussi d'humeur mutine.


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."




Dernière édition par Sila Jones le Mer 24 Fév 2010 - 20:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mer 24 Fév 2010 - 0:28

    Evidemment, quelques secondes après qu’Oz ait précisé machinalement que Vasco n’était pas son ami, il fallut que le blond vienne le contredire complètement en lui tapotant la tête, dans un geste qui, bien que terriblement adorable, continuait d’agacer prodigieusement notre gosse de riche, dans la mesure où l’on devinait aisément l’affection qui en découlait. Déjà que l’ex-dalavirien se fatiguait de devoir répéter toujours la même chose avec autant de conviction qu’il avait pu manifester les premiers mois, si en plus Vasco venait sans cesse le contredire avec une tête sérieuse qu’il n’affichait pas tous les jours, il était certain qu’Oz n’arriverait plus à convaincre qui que ce soit qu’il n’était pas lié à ce grand dadais de blondinet. Et si cela l’embêtait ? Bien évidemment que oui, parce que comme on pouvait déjà le savoir, le gosse de riche était d’un entêtement monstre et d’une mauvaise volonté gargantuesque. Il s’était toujours targué d’être seul, depuis qu’il s’était complètement refermé aux autres, suite au départ de son frère qu’il n’avait plus jamais eu l‘occasion de revoir ; il s’était toujours targué d’être un mec complètement insensible et d’un égocentrisme tel qu’il était parfaitement inconcevable qu’il puisse s’attacher un tant soit peu à qui que ce soit. Les personnages de son entourage superficiel, les quelques dernières années passées à Koliam, pouvaient parfaitement en témoigner, et Sila en faisait d’ailleurs partie. Bien que la jeune fille soit encore un élément à part, du fait qu’elle ait toujours su qu’Oz n’était pas fondamentalement ce qu’il voulait à tout prix que l’on croit qu’il était. Ce qui était en soi certainement une bonne chose, mais qui, bien entendu, déplaisait fortement au cadet Roland - tout serait tellement plus simple si l’on arrivait à dissimuler entièrement nos véritables sentiments, n’est-ce pas ?

    Oz adressa une nouvelle fois un regard noir à celui qui, malgré tout, quoiqu’il puisse dire ou se dire, serait sans conteste le seul meilleur ami qu’il pourrait avoir et qu‘il aurait très certainement jamais de toute son existence. Et si Vasco ne se serait pas écarté, c’était sûr qu’il se serait prit un coup, ne serait-ce que pour la forme, bien entendu. Parce que oui, Oswald Roland restait toujours aussi violent et agressif dans ses rapports à autrui, du moins concernant Vasco Fair surtout. Enfin non, d’ordinaire, même si le musicien s’écartait prudemment après lui avoir tapoté la tête ou ébouriffé les cheveux, pour les gestes les plus normaux dirons-nous, Oz ne se privait pas pour le frapper quand même, soyez-en sûrs. Sauf que là, l’attention du gosse de riche fut momentanément détournée une nouvelle fois par Sila, qui répondit à sa question avec un clin d’œil qui l‘agaça. Comment çà, lui « souhaiter un joyeux noël » ? Non mais il s’en foutait de Noël, il l’avait déjà suffisamment clamé haut et fort depuis qu’il était tout gamin. Et puis même, sérieusement, elle espérait sincèrement qu’il allait se satisfaire d’une réponse pareille ? Genre je débarque après deux ans d’absence, comme si de rien n’était, juste pour te souhaiter un joyeux noël, comme si on était potes à l’instar de n’importe quels petits abrutis qui peuvent traîner dans ce monde ? Bien évidemment que non, cela ne suffirait certainement pas à notre cher Oswald. D’ailleurs, il s’apprêtait déjà à répliquer, les sourcils toujours froncés et l’air peu avenant, lorsque Vasco choisit son moment pour lui saisir brusquement le poignet, tout comme il le fit avec la nouvelle venue mais avec beaucoup plus de douceur, afin de les tirer avec lui. L’effet de surprise jouant son rôle, Oz ne commença à se débattre qu’une fois qu’ils eurent atteint les escaliers. Et encore, il n’agita qu’une ou deux fois violemment le bras, mais il abandonna bien vite dans un soupir excédé, car mine de rien, le rockeur savait avoir une sacré poigne quand il le voulait - et cela, Oz avait d’ailleurs pu le constater dès leur première rencontre, mémorable soit dit en passant.

    Vasco ne les lâcha qu’une fois qu’ils furent arrivés à l’étage supérieur. Le gosse de riche l’assassina une nouvelle fois du regard, d’un air hautain et irrité à la fois, comme s’il s’offusquait d’être traîné de la sorte dans un endroit plus discret. Mais là encore, il ne protesta pas de vive voix où à l’aide de ses poings, parce que l’on s’adressa de nouveau à lui. Ou en l’occurrence ici, Vasco lui demanda carrément de lui expliquer pourquoi il ne semblait pas au courant d’avoir une fiancée. Le jeune homme aux cheveux d’ébène haussa un sourcil. Avait-il eu l’air si surpris que cela ? Car oui, il était au courant au sujet de sa « fiancée », bien évidemment. Il se souvenait encore du jour où on leur avait annoncé la nouvelle, à tous les deux, alors qu’ils n’étaient encore que deux gamins. Certes, d’accord, à l’arrivée du commis, il n’avait pas pensé immédiatement à Sila. Après tout, comment aurait-il pu deviner qu’une personne faisant partie intégrante d’un passé qu’il cherchait à oublier débarquerait sans prévenir, hein ? Oui, cela, c’était sûr, il ne s’y attendait pas. En tous les cas, Oz n’eut pas à répondre immédiatement, car le blondinet se tourna ensuite vers la demoiselle, pour lui poser une question, question que le gosse de riche n’écouta que d’une oreille distraite. Enfin si, quelques mots l’interpellèrent immédiatement. Comment çà, « s’installer ici » ? Non mais çà voulait dire quoi, çà ? Sila Jones ne pouvait pas s’installer ici, hein ? Toujours en fronçant les sourcils, l’air peu ravi de tout ceci, Oz déporta son regard de jade sur la jeune fille en attente de sa réponse. Réponse qui ne tarde pas à venir.

    - Tout à fait, je viens emménager chez Oz.

    Pardon ?

    C’était fou ce que cette phrase paraissait complètement absurde, aux oreilles du concerné notamment. Non parce que sous-entendre que l’on pouvait s’installer chez lui, où qu’il puisse habiter, ou sous-entendre que le gosse de riche arrogant puisse connaître le sens de l’hospitalité, était une sacré blague. Et puis même, elle décidait çà toute seule, sur un coup de tête ? Sans même lui demander avant, sans le prévenir, sans lui en toucher un mot ? Oh, pas comme si cela aurait changé grand-chose, de demander l’autorisation à quelqu’un comme ce cher Oswald, bien sûr. Mais cela n’empêcha pas le délinquant de paraître proprement scandalisé.

    - Tu déconnes, là ? Tu t'es pris un sacré coup sur la tête ou tu te crois drôle ?

    Oui, Oz avait tout du fiancé parfait, aimable en toutes circonstances, prévenant et accueillant, si semblable au prince charmant des comptes de fées, n’est-ce pas ? C’était certain. Cela contrastait énormément avec la manière qu’avait Vasco de s’exprimer, par ailleurs. Le jeune homme agrémenta ses paroles cinglantes d’un regard noir, les sourcils toujours froncés et l’air irrité, puis il finit par détourner les yeux de Sila pour les poser sur Vasco, afin de répondre à sa question première. Oui parce qu’éluder ne serait certainement pas passer inaperçu, cela, même lui pouvait le concevoir. Il haussa donc les épaules pour prendre un air détaché, tout en conservant cependant cette allure de l’homme irrité et terriblement agacé.

    - C'est bon, je le savais que j’avais une fiancée. C’est juste une histoire à la con de gosses de riches, qu'on fiance sans leur accord lorsqu'ils sont gosses. Je ne voyais pas l'intérêt d’en parler, mec.

    Comme il n’avait pas vu l'intérêt de parler de bien d’autres choses, bien entendu, mais cela, il ne se garderait bien de l'avouer. Néanmoins, par ces mots, Oz ne cherchait pas vraiment à se justifier. Non, il cherchait plutôt à clarifier les choses, disons. Peu soucieux de savoir s’il avait blessé ou non quiconque par ces paroles, Oz se tourna ensuite de nouveau vers Sila, pour la fixer un instant en silence. Le regard dur, la voix froide, il lui adressa alors quelques mots d’un ton sec et claquant, des mots qui, pour lui, résumaient assez bien ce qu‘il pensait dans l‘immédiat.

    - Rentre chez toi.

    Il n’y avait bien entendu pour lui aucun « chez nous » qui tenait, malgré le fait qu’ils viennent tous deux de la même ville et d’une famille richissime, Sila et lui. Non car si, égoïstement et peut-être faussement, Oz se jugeait complètement détaché de sa famille, il se permettait bien sûr de choisir pour les autres si eux l’étaient ou non. Il ne cherchait pas à comprendre, bien entendu, les raisons qui faisaient que Sila était ici aujourd’hui. Il ne voulait même pas forcément savoir. Il ne voulait juste pas qu’on vienne le déranger, tout modifier, tout ébranler, tout chambouler. C’était une erreur. Forcément une erreur. Non ?
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mer 24 Fév 2010 - 2:57

    Elle était toute candeur, toute délicatesse, toute fraîcheur. Lui était toute arrogance, toute violence et toute colère. Contraste brutal entre les deux fiancés. Brutal mais nécessaire. Car jamais, jamais Oz ne pourrait bien s’entendre avec quelqu’un de la même trempe que lui, c’était une certitude dans l’esprit de notre rockeur adoré. Imaginez-vous deux Oz ensemble, en même temps… Autant un, c’est adorable, mais deux, c’est très certainement à se flinguer. Donc, elle était tout son contraire. Vasco sentait le lien entre ces deux là, il sentait que Sila n’était pas n’importe qui aux yeux d’Oz. Cela se remarquait au trouble qui avait saisit Oz précédemment et qui avait décidément marqué notre blondinet adoré, de toute façon. Le plus étrange dans tout ça était que, s’il pouvait parfaitement remarquer que Sila comptait pour Oz sans que celui-ci ne veuille l’avouer, autant aux autres qu’à lui-même, il était parfaitement incapable de réaliser qu’Oz tenait également à lui. Il ne comprenait pas que le simple fait qu’il le laisse rester à ses côtés soit si significatif. Il n’avait pas le recul nécessaire pour s’en rendre compte, contrairement à la situation entre Oz et sa fiancée. Il ignorait tout de leur passé commun et ne connaissait rien de plus que l’identité et l’origine sociale de la demoiselle. C’était peut-être cela qui lui permettait d’observer la situation avec un minimum d’objectivité, malgré sa grande amitié envers Oz et son affection croissante pour l’adolescente. Ainsi, œil parfaitement extérieur à la situation, il était en position idéale pour constater que malgré tout ce que faisait Oz pour l’éloigner, malgré son attitude pour le moins désagréable, Sila était bel et bien un point d’ancrage pour lui. Un point d’ancrage à son passé, qu’il ne s’attendait sûrement pas à retrouver, ou du moins pas dans ces conditions. Mais un point d’ancrage tout de même, un repère. Une importance. De la même façon que lui-même devenait, petit à petit, un point d’ancrage à Sannom. Mais ça, il n’était bien entendu pas fichu de le remarquer. Parce que quand il s’agissait de sa relation avec Oz, il ne pouvait pas rester objectif. Ses sentiments entraient systématiquement dans la balance. Ils obscurcissaient inévitablement son jugement et il ne pouvait parfois s’empêcher de penser qu’au fond, il n’était rien pour Oz. Il ne comprenait pas pourquoi celui-ci s’évertuait à repousser aussi rudement tous ceux qui cherchaient son amitié, mais parfois, Vasco se demandaient quand même si Oz le faisait consciemment ou s’il n’avait vraiment cure de l’amitié.

    Bien entendu, ce n’était pas la préoccupation du moment. Vasco attendait les réponses à ses deux questions… Et ma foi, celle de Sila lui fit un plus grand effet. Cela allait au-delà de ses espérances, à un point qu’il ne savait même plus s’il devait en rire ou en pleurer. Plus encore que de « croire » qu’Oz « pourrait éventuellement » l’héberger, elle imposait ça comme une vérité : elle s’installait chez lui. Cette demoiselle était décidemment pleine de surprise. Et très agréable. Vasco dû quand même maîtriser une immense envie de partir dans un fou rire hallucinant. Ce qui l’arrêta le plus, ce fut l’expression d’Oz. A le voir, la demoiselle venait de lui annoncer une véritable horreur, un cataclysme, la venue de l’apocalypse ! … Bon d’accord il exagérait un peu, mais l’idée restait la même. Fondamentalement, Vasco était incapable de comprendre Oz sur ce point. Cette fille était vraiment charmante, comment pouvait-il avoir l’air aussi choqué à l’idée qu’elle vienne s’installer chez lui ? Et puis, rêvait-il ou il décelait bien de la peur chez Oz ? Une peur bien plus abstraite que celle de Sila, bien entendu, qui aurait été terriblement grossière par ailleurs étant donné que celle-ci s’était montrée tout à fait charmante. Une peur dissimulée aux raisons totalement obscures à Vasco. Une fois encore, peut-être que Sila détenait la réponse du fait de leur passé commun. Une fois encore, ils étaient deux et lui était automatiquement exclu. Du moins, tel était son ressenti. Oh, n’allez pas croire non plus qu’il était particulièrement attristé de ne pas faire partie du passé du gosse de riche. A vrai dire, le milieu des nantis n’était sûrement pas fait pour lui, et ce malgré toutes ses expressions distinguées. Non, le monde d’Oz et de Sila n’était tout simplement pas le sien. Cette vérité ne le blessait pas, mais le fait qu’il se sente automatiquement à côté d’eux, qu’il ait l’impression d’être constamment en dehors de la vie d’Oz et maintenant de Sila ne faisait que s’en accentuer. Rarement leur différence de rang social n’apparaissait aussi clairement aux yeux de Vasco. Certainement parce que le passé venait de resurgir face à Oz tel un diable sorti de sa boîte en la personne de sa fiancée, mais bon. A vrai dire, Vasco n’accordait aucune importance à ce fait, que ce soit de manière générale ou à l’instant. Tout comme il faisait mine de ne pas attacher d’importance au passé. Pour la première chose, c’était vrai. Concernant son passé, c’était irrévocablement faux.

    Mais bref. Dans l’immédiat, il s’intéressait plutôt à la réaction d’Oz. Brusque, comme d’ordinaire. Mais comment pouvait-il penser qu’elle plaisanta alors même qu’elle avait l’air si sincère ? L’idée était tout simplement absurde. Il devait bien le savoir puisqu’il connaissait Sila bien mieux que Vasco qui venait à peine de la rencontrer mais qui l’appréciait déjà pour sa franchise et son audace. Parce qu’il fallait le faire, pour annoncer tout sourire à Oz qu’on venait s’installer chez lui. Vasco ? Oh, les quelques fois où il squattait, il ne se donnait même plus la peine de le lui annoncer. Ben oui, parce que s’il commençait à le lui annoncer, il était certain de se faire jeter. Alors que s’il venait, installait ses affaires et sa personne, il se faisait râler dessus mais au moins, il était certain de ne pas avoir à dormir à la rue. D’une certaine façon, Sila agissait de manière similaire. Elle venait avec ses affaires et assurait qu’elle allait vivre avec Oz, au moins quelque temps. Après que celui-ci lui ai répondu de manière on ne peut plus agressive, il se tourna vers Vasco pour lui dire qu’en fait, il savait très bien pour sa fiancée. Oh, Vasco savait que son meilleur ami n’était pas du genre à se confier, et il l’acceptait tel quel. Il n’empêchait que le fait d’apprendre qu’il n’ait jamais songé à lui parler de Sila le blessa quelque peu. Si encore elle n’était vraiment rien de plus qu’une fiancée désignée à la naissance… Mais là, de toute évidence, elle était un peu plus que ça. Elle avait quelque chose, c’était sûr. Quoi, il l’ignorait. Mais c’était suffisamment intense pour causer un réel trouble chez Oz. Vasco avait du coup l’impression que le fossé entre Oz et lui était d’autant plus grand qu’il apprenait qu’il lui cachait encore plus de choses qu’il le pensait. Bien entendu, Vasco n’aurait jamais la prétention de tout connaître d’Oz, loin de là. Il savait très bien que celui-ci ne lui avait pratiquement rien dit concernant sa vie. Et que le jour des confidences n’était pas prêt d’arriver. Mais se retrouver de nouveau face à l’ignorance n’était pas facile du tout pour lui. D’autant plus que leur différence sociale s’en retrouvait plus marquée encore. Une fiancée désignée. Pour Vasco, c’était tiré des contes de fées. Mais il savait que c’était la réalité, surtout vu à quel point cela semblait gonfler Oz. Une nouvelle chose qui mettait Oz et Sila d’un côté, ensemble, et qui le mettait seul.

    Finalement, Oz ordonna à la jeune fille de rentrer chez elle. Chez elle, logiquement, ce n’était pas près du lieu qui avait vu grandir Oswald ? Si, logiquement. Vasco aurait pu être surpris qu’il ne souhaite pas l’accompagner ou autre, mais non. En réalité, il ne voulait pas lui-même retourner sur les lieux de son enfance. Donc, il comprenait bien qu’il ne connaissait aucune des motivations d’Oz. Ah si, il avait entendu une paire de fois que son père était un connard, mais rien de plus. Il ignorait ce qu’il lui avait fait pour qu’il le tienne en si basse estime, mais après tout… Ce n’était pas qu’il s’en fichait, loin de là. Mais si Oz ne voulait pas lui en parler, tant pis. Vasco se demanda sérieusement s’il n’était pas de trop. Après tout, sa présence gênait peut-être Sila. Elle se sentirait peut-être plus libre pour parler à Oz si l’inconnu qu’il était pour elle s’en allait. C’est dans cette idée qu’il s’avança vers Oz et posa, un court instant, sa main sur son épaule.


    « Ecoute au moins ce qu’elle a à te dire. Je crois que je n’ai rien à faire ici, je vais vous laisser tous les deux. »

    Et tranquillement, il commença à s’avancer en direction de sa chambre. Si on ne le retenait pas, il irait certainement y jouer un morceau ou deux. En tout cas, mentalement, il souhaitait bien du courage et un soupçon de chance à la charmante demoiselle. Pour qu’elle convainque Oz, elle en aurait sans doute besoin…



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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mer 24 Fév 2010 - 20:14

    Poste court et pourri, je suis désolé T___T]

    Petit haussement d'épaule désinvolte, sourire réprimé et œil pétillant, telle était l'expression de Sila devant l'incrédulité narquoise du petit gosse de riche accueillant son annonce pourtant sans réplique. Oui. Sila décidait des choses comme cela, sans en avertir personne, sans prendre le temps d'y réfléchir, sans même en demander la permission. Lorsque vous êtes habitué depuis toujours à obtenir tout ce que vous voulez et à n'en faire qu'à votre tête, vous perdez rapidement pied avec des notions de base comme la raison et la mesure ou les responsabilités. Pour être même affreusement honnête, Sila s'amusait beaucoup de la présente situation. Évidemment, il aurait fallu être d'une naïveté aussi pathologique qu'exceptionnelle pour croire que Oswald Roland l'aurait accueilli les bras grand ouverts en acceptant qu'elle chamboule la vie bien protégée qu'il s'était créé à Sannom. Sila était la mini-tornade qui venait ravager en un carnage cataclysmique le château de carte patiemment élaboré de l'autre narciquo-mesquino-égocentrique. Le tout en parfaite innocence bien entendu, n'allez surtout pas vous imaginer que Sila prenait la mesure des évènements. Pour elle, il s'agissait simplement d'un contact anodin comme ils avaient pu en avoir des milliers par le passé et qui ne prêtait à plus de conséquences que cela. Insouciante ? Sans aucun doute. Quoique...

    - C'est bon, je le savais que j’avais une fiancée. C’est juste une histoire à la con de gosses de riches, qu'on fiance sans leur accord lorsqu'ils sont gosses. Je ne voyais pas l'intérêt d’en parler, mec.

    Un résumé on ne peut guère plus fidèle. Un point sur lequel ils étaient d'accord du début à la fin. Sila l'approuva d'ailleurs d'un guilleret petit hochement de tête, ravie mais quelque peu coupable à l'idée qu'elle avait utiliser la situation à son avantage sans même consulter Oz justement sur des questions aussi cruciales. Nul doute qu'il allait lui en vouloir.

    - Rentre chez toi.

    Prévisible. Tellement que Sila lui lança du tac au tac un sourire proprement radieux aux lèvres, une certaine réserve exprimée par ses bras croisés sur sa poitrine mais qui révélait aussi sa détermination.

    - Impossible.

    Puis elle détourna le regard vers le plafond, consciente de dire une absurdité aux yeux de Oz qui ne conduirait qu'à un refus pur et simple, mais une absurdité nécessaire pour qu'il comprenne qu'elle n'avait pas le choix.

    - Je refuse et ce n'est pas négociable.

    Si elle craignait de lui avouer les raison qui l'avait amené ici ? Oui, un peu. Elle ne voulait pas entendre ses sarcasmes et sa mauvaise foi, pas sur un sujet qui lui tenait tellement à cœur, pas avant qu'elle n'ait pris suffisamment de recul avec les évènements de la veille. Ce fut à cet instant précis qu'elle réalisa soudain ce qu'elle avait fait. Elle venait de s'enfuir de chez elle, jetant aux orties toute sa vie d'avant, envoyant au diable sa famille qu'elle ne parvenait tout de même pas à détester malgré tous les motifs qui pourraient la pousser à le faire. Pire, Sila ne s'était pas contenté de prendre une valise et de partir comme une voleuse. Elle s'était sciemment arrangée pour que personne ne puisse l'empêcher de le faire. La lettre qu'elle avait rédiger et que ses parents avaient du trouver à présent les laissait pieds et poings liés. Qu'auraient-ils à redire sur le fait qu'elle parte rejoindre le garçon qu'ils lui avaient personnellement désigné comme futur époux ? Comment s'opposeraient-ils à ce qu'elle se trouve sous son autorité avant d'atteindre enfin sa majorité ? Comment pourraient-ils faire pression sur elle si elle leur assurait qu'elle ne comptait pas utiliser leur fortune, ni celle d'Oswald par ailleurs ? Si elle s'était permise un petit mensonge sur ce dernier point, elle savait que ses parents ne seraient pas suffisamment vicieux pour demander à Roland père de couper les vivres à son fils sous prétexte de la ramener chez eux. Ne serait-ce que par esprit de contradiction, elle se serait entêter à rester à Sannom. Du moins l'aurait-elle voulu avant de ses rendre compte sans doute des réalités du monde réel. Un monde où l'argent ne tombait pas du ciel, où les toutes jeunes filles nomags de surcroit se trouvaient vulnérables, où se faire un nom à côté de celui de Jones ne serait pas aussi évident qu'elle le pensait. Elle s'apprêtait à argumenter lorsque Vasco la prit de vitesse.

    « Ecoute au moins ce qu’elle a à te dire. Je crois que je n’ai rien à faire ici, je vais vous laisser tous les deux. »

    Il comptait la laisser seule face à Oz ? Autant la jeter tout de suite dans la gueule du loup ! Les deux années qu'ils avaient passé loin de l'autre, ce lieu on ne peut plus neutre qu'était le couloir de l'étage, la présence d'une tierce personne... tous ces éléments contribuaient pour l'instant à lui laisser la situation plus ou moins sous contrôle. Se retrouver seule face à Oz ? Elle savait d'ores et déjà qu'elle ne serait pas capable de maintenir l'illusion déjà précaire qu'elle lui servait sur un plateau comme à chaque fois qu'elle avait des ennuis, se refusant de confier à qui que ce soit ce qu'elle considérait comme des désagréments personnels, des choses minimes et sans importance dont de toute façon elle finirait par s'affranchir toute seule. Elle sentit la pression montée d'un coup et un nuage de panique s'inscrivit sur son visage, rapidement suivit d'une appréhension certaine et gênée. Elle refusait catégoriquement cette confrontation directe qui la remplissait d'angoisse. Prendre le risque de lui parler seul à seul c'était être assurée de ressentir à nouveau le malaise constant qui n'avait fait que lui peser davantage sur les épaules au cours de ces dernières années et dont elle commençait tout juste à saisir l'ampleur. Par ailleurs, elle voyait en Vasco un allié de poids. Quand bien même avait-elle encore beaucoup de mal à accepter le constat qu'elle avait fait dès le début, celui d'après lequel il était bien plus proche d'Oz que ce dernier ne voulait bien le dire, elle avait compris qu'avoir le soutient de Vasco pèserait dans la balance. Et il était proprement hors de question qu'elle cède, qu'elle échoue à le convaincre. Si tel était le cas, il ne lui resterait plus qu'à retourner à Koliam sans avoir réaliser aucunes des choses qui l'avaient incité à partir, sans avoir gouter à sa petite part de liberté affranchie des dogmes familiaux, sans avoir pu connaître davantage Vasco vers lequel elle se sentait immanquablement attirée sans en avoir pleinement conscience, sans avoir pu profiter d'une présence qui lui semblait aussi naturelle que dérangeante, réconfortante et irritante.

    -Attends !

    Le corps de Sila réagit sans même qu'elle ne lui en donne l'ordre, comme si elle n'agissait que par pur instinct de survie et finalement, peut être n'en était ce pas si éloigné. Sa main se leva, son bras s'étira, son corps se tendit, ses jambes équilibrèrent son élan. D'une seule détente mue par la crainte et peut être une touche de désespoir, elle venait de se cramponner au bras de Vasco. Ses doigts, fermes se resserrèrent au-dessus de son coude tandis que ses yeux inquiets cherchaient un visage qui ne manquerait surement pas de se retourner. Retenant sa respiration, elle jugeait perdre une grande part de ses chances pour mener à bien son projet d'émancipation s'il partait à ce stade de la conversation. Et puis, il fallait bien avouer que faire face à Oz avec cet autre jeune homme la rassurait grandement et lui donnait plus d'assurance. Lorsqu'elle eut retenu son mouvement, elle réalisa enfin ce qu'elle faisait. Un poil excessive ou désespérée la Sila ? Pas faux. Mais comment le justifier sans se trahir ?

    - Je veux dire...comment as-tu rencontré Oz ?

    Phrase tout à fait hors contexte qui s'abattait dans le silence. Sila ou comment rattraper une bourde monumentale tout en gagnant du temps. Tout un art n'est ce pas ?


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Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mer 24 Fév 2010 - 22:52

    - Impossible. Je refuse et ce n'est pas négociable.

    Encore une fois, en quelques mots, Sila venait de prononcer ce qui paraissait à Oz comme des absurdités sans aucune mesure. « Impossible », « refuse », « pas négociable ». Bim, bim et bim. Réponses rejetées. « Impossible » n’entrait pas dans le vocabulaire Ozien, premièrement. Ou tout du moins, on ne lui disait pas à lui qu’une chose qu’il venait de dire n’était pas réalisable. S’il disait à Sila Jones de rentrer chez elle, s’il lui ordonnait de le faire, elle devait le faire, point. Pourquoi chercher plus loin ? Ah et c’était comme ce verbe, là, « refuser ». On ne refusait rien à Oswald Roland, fils cadet d’une des plus colossales fortunes du continent. Jamais. Quant-au « pas négociable », il n’avait tout simplement aucune signification aux yeux de l’égocentrique arrogant. Les enchères montaient toujours, constamment ; le marchandage et le chantage n’étaient pas que de vulgaires moyens de parvenir à ses fins, mais un art véritable. On ne disait pas à un gosse de riche que son caprice ne pouvait pas être comblé dans l‘instant, on ne disait pas à un gosse de riche que telle situation était ainsi et qu’il n’avait qu’à l’accepter, même si elle lui déplaisait. On ne disait pas à un gosse de riche de se la boucler et de courber l’échine. Ou si, tout du moins, on pouvait le lui dire. Mais il fallait dans ce cas bien entendu s’attendre à des contestations pures et dures, égoïste et nombrilistes, à des protestations et des révoltes, des obstacles, des problèmes conséquents. Et pour s’en sortir, si on n’avait aucune envie de faire front, mieux valait céder face à des personnes comme celles-ci. Seulement, ici, le problème, c’était qu’Oz tout comme Sila étaient de jeunes héritiers, issus du monde mondain, doré et luxueux de la richesse. Or, lorsqu’un gosse de riche imposait sa volonté à un autre gosse de riche, attendez-vous à ce que la confrontation ne se règle pas le plus simplement du monde. Pour sûr.

    Aux mots si absurdes de Sila, donc, mots si absurdes aux oreilles de ce cher Oswald tout du moins, l’ex-dalavirien eut un petit ricanement incrédule, tout en haussant un sourcil méprisant pour bien marquer son désaccord. Elle ne croyait tout de même pas qu’il allait accepter de céder quoi que ce soit avec des arguments qui à, son compte, étaient loin d’être convaincants ? Si c’était le cas, elle allait bien vite déchanter, Oz le comptait bien. Il s’apprêtait d’ailleurs une nouvelle fois à répliquer, avec ce mécanisme propre aux habitués des joutes verbales, quelque chose d’agressif, d’implacable et de typiquement lui, lorsque Vasco s’approcha pour lui poser une main sur l’épaule, un instant. En tout premier lieu, Oz lui décocha un regard agacé, persuadé que le chanteur allait encore lui faire des reproches sur sa manière peu conventionnelle de s’adresser à une demoiselle, ou, au pire, lui dire carrément qu’héberger Sila serait une bonne idée et qu’il ferait mieux d’y réfléchir. Mais il n’en fut rien. Il prononça une première phrase, tout d’abord, plutôt pertinente. « Ecoute au moins ce qu’elle a à te dire ». Certes, c’était la moindre des choses, n’est-ce pas ? Mais rien qu’écouter, seulement écouter, c’était trop en demander à Oz. Il n’avait jamais été d’une patience et d’un altruisme à toutes épreuves, bien évidemment. Bref, le jeune homme aurait très certainement envoyé bouler Vasco proprement, comme il savait malheureusement si bien faire, s’il n’aurait pas été si surpris par la suite. Comment çà, « je crois que je n’ai rien à faire ici » ? Comment çà, les laisser seuls tous les deux ? Il déconnait ou quoi ? En tous les cas, ce fut la première question que se posa notre adorable gosse de riche, aux mots du blond, et son expression agacée laissa alors place à la surprise, légère mais néanmoins visible sur ses traits, bien qu’il conserva cependant ce froncement de sourcils qu’on commençait à lui connaître.

    Ce qui était certain, c’était qu’il ne voulait pas que Vasco parte. Car quoiqu’il puisse dire, se dire ou faire croire, Oz s’était inévitablement et irrévocablement attaché au rockeur ambulant, et ceci au point même d’avoir littéralement besoin de lui. C’était d’ailleurs là tout le problème, aux yeux du plus égoïste des deux concernés, et ce qu’il s’entêtait à nier à tout le monde ou presque, à défaut d’y arriver avec soi-même. Et puis, très sincèrement, Oz ne se voyait pas rester seul avec Sila. Pas maintenant, pas tout de suite, pas quand elle venait de débarquer sans prévenir alors qu’il ne s’y attendait pas. Leur dernière rencontre flottait encore entre eux comme un mauvais esprit dont on n’arrivait pas à se débarrasser, et rien ne garantissait qu’avec l’agressivité d’Oz et la volonté de Sila, la situation ne dégénère pas encore davantage. Car quoiqu’il puisse se trafiquer dans l’agréable petite tête de la demoiselle, du côté d’Oz en tous les cas, les choses étaient simples comme la plus banale des équations : il voulait qu’on lui foute la paix, tout simplement, la décision de son paternel de l’envoyer à l’Académie pour se débarrasser proprement de lui lui ayant au final été bénéfique, et pour cela, il était hors de question que l’on vienne se raccrocher à lui sous prétexte que des liens avaient existés il fut un temps. Tout du moins, c’était ainsi qu’il voyait les choses dans l’immédiat. La situation l’horripilait davantage du fait que ce soit Sila qui soit venue ainsi ruiner tous ses plans premiers, parce que si cette personne aurait été n’importe qui d’autre, comme une certaine Alice ou un certain Kenzo, il aurait été terriblement plus simple pour le gosse de riche de les évincer d’une remarque cinglante et blessante. Oh, agir en sorte de blesser volontairement les gens, même ceux à qui il tenait malgré tout, cela, Oz savait le faire. Même involontairement, souvent, d’ailleurs. Mais Sila restait différente du fait qu’elle n’était pas dupe, et que même si elle pouvait être blessée comme n’importe qui, elle n’abandonnait pas si facilement. Problématique ? Très.

    En tous les cas, donc, Oz ne voulait pas que Vasco parte. Il ne prit pas le temps de réfléchir posément à la question, et en synchronisation presque parfaite avec Sila, il s’avança d’un pas pour saisir le bras du musicien qui lui était le plus proche, tandis que la demoiselle en faisait de même avec l’autre. Il ouvrit même la bouche en même temps que la benjamine des Jones.

    - Non, tu restes.

    Trois mots pour lui, plutôt autoritaires, un mot pour elle, davantage inquiet, mais l’idée générale et principale restait la même. Chacun ayant sa manière de trahir ses sentiments. Le silence se fit, soudainement et pendant un temps. Oz jeta un regard furtif à Sila, tout aussi dur que les précédents qu’il avait déjà pu lui lancer, lorsqu’il se rendit compte de la similitude de leur action. En toute logique… elle ne devait guère avoir plus envie que lui qu’ils se retrouvent seuls tous les deux, qu’elle ait ou non des raisons et motivations différentes que celles de celui chez qui elle comptait s’installer. Oz n’aurait su dire si cela le rassurait ou non, et il ne voulait de toutes façons même pas savoir. Il libéra le bras de Vasco pour jeter un coup d’œil irrité au plafond, comme si c’était de la faute de ce dit plafond s’il s’était ainsi précipité à l’instar de Sila sur celui qui, loin d’être un élément mis à part et dérangeant, semblait plus être une présence tangible et rassurante pour les deux gosses de riches. Alors qu’Oz reculait d’un pas, la voix de la demoiselle s’éleva dans le silence qui s’était abattu un instant.

    - Je veux dire...comment as-tu rencontré Oz ?

    …Non mais c’était quoi cette connerie, encore ? En quoi cela la regardait-elle ? Et en quoi cela avait-il à voir avec le problème immédiat, soit cette idée saugrenue qu’avait eu Sila Jones de débarquer à Sannom et décréter s’installer chez Oswald Roland ? Oz, encore une fois, n’en savait rien et ne voulait pas le savoir. Il poussa ostensiblement un soupir exaspéré, les paupières un instant closes, l’air toujours aussi irrité, et se laissa légèrement tomber en arrière pour que son dos vienne se caler contre le mur du couloir. Il croisa alors les bras, d’un air désinvolte, et rouvrit les paupières pour poser son regard de jade ennuyé sur la demoiselle, ne se privant pas pour répondre à la place de Vasco - ou juste lui voler la parole avant qu’il ne la prenne lui-même à son tour.

    - Il m'a énervé, je lui ai pété la gueule, fin de l'histoire. Repars, Jones. Je ne sais pas ce qui t'a traversé l‘esprit, mais si tu crois que j'allais gentiment accepter de jouer les nounous, tu te goures. Complètement.

    Comment, si Oz revenait à la charge ? Mais bien entendu, on ne parlait pas d’entêtement monstre pour rien. Oh et si vous vous posez la question, bien évidemment que oui qu’Oz avait une manière bien à lui de résumer sa rencontre avec Vasco, là. A vrai dire, il espérait surtout faire diversion avec ces quelques mots, et revenir sur le sujet principal, comme s’il refusait que la conversation lui échappe complètement. Eluder, quoi. Parce que ce qu’Oz oubliait de préciser dans ce résumé plus qu’express, notamment, c’était que c’était lui qui avait prit l’initiative d’aller provoquer le chanteur, ce fameux soir à l’Auberge, et qu’il s’en était lui-même prit sacrément sur la gueule. Entre autres. Sur le coup, Oz se rendit compte qu’une rencontre entre Vasco et Sila ne risquait pas de l’arranger ou de lui être bénéfique, à lui. Si Vasco commençait à raconter à sa manière des choses à Sila, des choses qui auraient parues complètement absurdes concernant le Oswald Roland que la jeunesse dorée de Koliam connaissait, aux yeux de ces derniers, et si Sila commençait à dévoiler des choses sur Oz et sa vie passée dans leur ville, des choses que le concerné avait plus ou moins volontairement choisi de garder sous silence pour différentes raisons, tout allait vite partir en vrille. C’était con, çà, hein, mon cher Oz ? Pour sûr. En se faisant la réflexion, Oz fronça imperceptiblement davantage les sourcils. Il ne savait pas dans quel pétrin on le fourrait, de nouveau, mais pour le moment, çà ne lui disait rien. Forcément. Alors le plus simple, c‘était que Sila reparte et que tout reprenne comme si de rien n‘était. Mais comme si cela allait se faire seulement parce que monsieur l‘avait décidé…
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Jeu 25 Fév 2010 - 3:43

    Vasco se dirigeait donc vers sa chambre à une allure tranquille. Il pensait retrouver son piano, avec lequel il jouait plus dans l’intimité que devant un public. Ce n’était pas par manque de talent, au contraire, il était très doué, et les dix sept ans durant lesquels il avait pratiqué de cet instrument l’avait élevé à un excellent niveau. Non, c’était par réserve pure et simple, parce qu’il préférait que tout le monde ne l’écoute pas jouer de cet instrument si lié à son passé… Et à sa mère. Car c’était elle qui lui avait transmis cette passion pour le piano et la musique en général, c’était elle qui lui avait appris à jouer de ce merveilleux instrument. Donc, jouer seul, dans sa chambre, en espérant de tout cœur que la charmante demoiselle qu’était Sila réussisse à convaincre la tête de mule qui lui faisait office de meilleur ami était son projet. Mais bien évidemment, quelques facteurs l’obligèrent à modifier tous ses plans. En réalité, il était persuadé que les deux autres arriveraient mieux à communiquer s’il s’éclipsait. Après tout, il n’était qu’un inconnu pour Sila… Sa présence devait donc la gêner. Quelle ne fut pas sa surprise alors qu’elle s’accrochait à son bras, lui demandant d’attendre ! Il ne la comprenait pas vraiment. Certes, se retrouver seul avec Oz pour aborder des sujets délicats n’était jamais facile. Mais en quoi sa présence pourrait faciliter les choses pour la jeune femme ? Bonne question, très bonne question. En tous cas, il tourna le regard vers elle alors qu’elle le saisit. Mais une chose fut encore plus surprenante quoi que presque attendue pour Vasco. Oui, c’était possible. Vous savez, quand vous attendez quelque chose tout en étant persuadé de ne jamais l’obtenir ? Ben, vous êtes surpris quand vous l’avez. Et qu’Oz le retienne, c’était un peu comme un cadeau de noël qu’il aurait cru ne jamais obtenir pour une raison ou pour une autre et qu’il découvrait avec une énorme surprise.

    Oui, aussi égoïste que lui semblait cette idée qu’il était retenu par Oz, il ne pouvait s’empêcher de l’apprécier. Il était alors dans l’une des phases « Je crois bien que je suis important pour lui ». Elles venaient parfois par surprise. En ces moments, il pouvait lui faire une confiance presque aveugle. Presque parce que bon, il serait stupide de tomber dans un trou alors qu’il pouvait tout aussi bien ouvrir l’œil… Or, les chemins avec et vers Oz était semé de pièges tous plus fourbes les uns que les autres. Mais bref. Avec une simultanéité qui aurait sûrement amusé le rockeur s’il n’était pas si surpris d’être retenu des deux côtés, Sila lui demanda d’attendre, d’un ton où perçait une inquiétude pour laquelle il allait l’écoutait sans même réfléchir, alors qu’Oz lui ordonnait de rester là, ce qui donnait grandement envie à Vasco de se barrer rien que pour l’embêter, d’un côté. Mais soit, puisque sa présence était désirée, il allait rester. Certes, il avait très envie d’embêter Oz à l’instant et de ne pas lui obéir. Néanmoins, d’autres choses jouaient en la faveur de sa présence. L’inquiétude de Sila, déjà. A force, vous devriez le connaître, mais Vasco refusait de laisser seule une jeune demoiselle en détresse si celle-ci ne s’était pas attiré ses foudres d’une façon ou d’une autre – chose qui n’était pas très facile. Rien que pour cela, pour la rassurer, il était prêt à rester. Mais bien sûr, il n’y avait pas que Sila. Oz également y était pour quelque chose. D’abord, le choc et le trouble qu’il avait ressenti en voyant de nouveau Sila restait gravé au fer rouge dans l’esprit de Vasco. Et puis, qu’il exige de lui qu’il reste dans de telles conditions… Ca lui faisait chaud au cœur. Parce qu’il ne se sentait pas inutile, parce qu’il avait bien l’impression qu’Oz ne lui demandait pas cela pour qu’il tienne la chandelle mais bel et bien parce qu’il voulait qu’il reste. Pourquoi, cela restait à voir. Vasco avait bien entendu sa petite idée sur la question et aurait adoré que ce soit bel et bien pour cette idée, tout simplement parce qu’Oz tenait à lui et souhaitait sa présence à ses côtés. Mais cela restait à vérifier, car la carapace d’Oz était terriblement dure à percer.

    Alors qu’il restait à la fois surpris et flatté d’être sollicité, Sila décida de poser une question ma foi plutôt surprenante. Comment il avait rencontré Oz ? Mwahahaha. Très honnêtement, il adorait cette question. Sa rencontre avec Oz était, il faut dire, des plus mémorables. L’académicien de l’époque avait eu le loisir de voir toute l’excentricité et le lunatisme aigu de celui qui s’imposerait par la suite comme son meilleur ami, et ce même s’il ne semblait pas tout à fait, voire pas du tout d’accord. Vasco commençait déjà à sourire d’un air espiègle, malicieux à la demoiselle qu’on lui vola la parole. Oz résuma à sa sauce la situation. Pardon ? Eh, Oz, si tu demandais à Vasco de rester, tu aurais au moins pu le laisser parler ! C’est vrai, quoi, il n’allait pas rester planté tel un piquet à regarder les deux autres causer. Même s’il semblait bien qu’ils souhaitaient qu’il reste, il ne supporterait que très difficilement de n’avoir rien à faire et de se sentir aussi inutile qu’il s’était supposé avant de décider qu’il était tant pour lui de s’éclipser. Sourcils légèrement froncés firent vite place à un nouveau grand sourire joueur. Oz avait sûrement préféré faire le récit de la soirée à sa façon, c’était tout. Il devait se méfier terriblement de la version du rockeur, tout simplement parce qu’elle serait plus complète et qu’il ne le supporterait pas vraiment. Parce que bon, dire ce que Vasco allait dire était totalement suicidaire dans ces conditions. Conditions qui sont : stationnement dans un couloir ni trop étroit ni trop large et Oswald Roland à proximité. Mais l’artiste refusait de faire ce récit sans qu’Oz soit là pour l’entendre. Appelez cela des pulsions suicidaires, lui l’appelait franchise et honnêteté. Il n’irait pas raconter cela dans le dos d’Oz mais le disait bien en face, tout comme lorsqu’il déclarait qu’il était son amant ou autre réjouissance toute aussi fantasque. Voilà donc qu’il prenait la parole à son tour, d’un air faussement mécontent qui contrastait avec la malice de son regard.


    « Eh oh, Oz, c’est pas à toi qu’on a posé la question ! Donc, en fait, Oz est venu m’embêter, j’ai répondu, on s’est battu puis embrassés. Voilà pour notre rencontre, je crois bien que je n’ai rien oublié. »

    Oui, son résumé était bien plus complet que celui d’Oz. Surtout sur ce dernier point, le fait qu’ils se soient embrassés. Assurément, il cherchait les ennuis, aux yeux de n’importe qui. En fait, il essayait juste de gagner un minimum de temps. Il fallait absolument qu’il trouve une solution pour que le truc obstiné qui lui servait d’ami daigne bien écouter la charmante demoiselle qui se révélait être sa fiancée. Et c’était bien plus dur que ce qu’il aurait tout d’abord cru. Il voulait rendre service à Sila. Or, dans l’immédiat, elle voulait loger chez Oz. Problème, lui ne voulait visiblement surtout pas l’accueillir, lui ordonnait de rentrer chez elle. Véritable sac de nœuds. A ce rythme, jamais Oz n’accepterait d’écouter la demoiselle. Vasco pensait donc que la seule chose qu’il pourrait faire pour l’héritière serait de lui assurer l’écoute et l’attention qu’elle méritait. Ce qui ne serait pas chose facile étant donné le tempérament de l’homme qui devait l’écouter. Par la suite, s’il le pouvait, il lui assurerait un soutien sûr. Une solution pour Oz… L’artiste itinérant n’étant pas stupide, il trouva bien vite. Oz lui avait donné un ordre, tout à l’heure. Un ordre qu’il avait eu très envie de ne pas respecter. Et bien, pourquoi ne pas braver les interdits ? Après tout, il était libre de ses actes et puis, ce qu’il ne fallait pas oublier, c’était que l’ex-dalavirien était un enfant de riche. Habitué à voir ses ordres et ses caprices exécutés, il ne tolèrerait que très difficilement que le blondinet ne l’écoute pas. En lui commandant de rester, Oz s’était mis dans un piège tout seul. Vasco haussa donc les épaules, au bout de sa réflexion qui ne lui prit pas tant de temps que cela, et récupéra la parole.

    « Tu m’as demandé de rester, Oz… Je ne resterais que si tu écoutes Miss Jones et ses arguments jusqu’au bout. »

    Restait à croiser les doigts pour que son léger bluff fonctionne. Car lui-même ne se voyait pas laisser Sila et Oz se débrouiller entre eux, maintenant qu'ils avaient réclamé sa présence. Mais il était tellement imprévisible que ça pouvait passer comme une lettre à la poste. Au fait, admirez un peu : au lieu « d’ordonner », il avait bien dit « demandé », comme s’il n’avait pas pleine conscience qu’il s’agissait ni plus ni moins d’un ordre. Et ce, juste pour taquiner Oz, pour voir s’il tiquerait dessus et le relèverait.



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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Jeu 25 Fév 2010 - 17:04

    - Il m'a énervé, je lui ai pété la gueule, fin de l'histoire. Repars, Jones. Je ne sais pas ce qui t'a traversé l‘esprit, mais si tu crois que j'allais gentiment accepter de jouer les nounous, tu te goures. Complètement.

    Pour qui la prenait-il ? Comme si elle avait besoin d'une nounou ? Et entre nous d'ailleurs il aurait fallu faire preuve d'un manque totale de clairvoyance pour ne serait-ce qu'imaginer Oz dans ce rôle. C'était si difficile que ça de demander qu'il la dépanne juste cinq petits mois ? Était-ce de sa faute s'il était la seule personne vers qui elle pouvait se tourner ? Certes ce n'était pas non plus de la sienne mais de là faire preuve d'une si mauvaise volonté ! ...non. En fait c'était parfaitement normal... Après tout, nous parlons d'Oz ici, ne l'oublions pas. La légère pointe de colère et d'indignation que Sila ressentit dans la seconde suivant les paroles sans réplique d'un brun ténébreux s'effaça aussi vite qu'elle était apparue et sans qu'elle ne se l'explique. Il y avait des choses auxquelles elle avait fini de chercher des raisons dès qu'il s'agissait d'Oz, comme si toute approche logique ou rationnelle l'abandonnait dès l'instant où il entrait dans l'équation. Quoiqu'il en soit, ils étaient parvenus à une impasse et si Sila était au moins aussi bornée que lui, elle se targuait de faire preuve de davantage de finesse. Si l'affrontement frontal échouait, il ne lui restait plus qu'à passer au plan B. Aux côtés de Vasco, elle s'était emparée de son bras de ses deux mains et si elle s'y raccrochait sans une grande fermeté, il n'empêche qu'elle ressentait un grand réconfort à sentir cette chaleur à ses côtés, surtout qu'elle contrastait radicalement avec la présente attitude ozienne, froide et hautaine comme d'habitude mais aussi défensive avec ces bras qu'il croisait sur sa poitrine, cet affaissement qui dissimulait un repli sur soi, peut être de la honte... S'il la regarda dans les yeux pour lui répondre, et si elle tressaillit imperceptiblement en se demandant à quelle sauce il allait la manger cette fois, il lui avait dérobé son regard un instant. Conséquence de son agacement ou avènement de son mensonge ? Qui sait... Toujours est-il que Sila s'apprêtait à appliquer un autre angle d'attaque lorsque son allié – oui elle avait décidé que Vasco ne pouvait qu'être que son allié – n'intervienne pour rétablir la vérité. Pardon ? Lui aussi c'était une version arrangée ? Ah... autant pour nous.

    « Eh oh, Oz, c’est pas à toi qu’on a posé la question ! Donc, en fait, Oz est venu m’embêter, j’ai répondu, on s’est battu puis embrassés. Voilà pour notre rencontre, je crois bien que je n’ai rien oublié. »

    Sila se crispa dans la seconde avec une petite inspiration d'effroi avant de s'écarter du biceps Vasconien pour se tourner vers lui avec une expression de stupeur indignée et en même temps admirative. Que l'un ait agressé l'autre, c'était plausible, que Oz ait tabassé Vasco et que celui-ci se soit défendu, hautement probable, mais que ça se soit terminé en profusion d'affection au point qu'ils s'embrassent, là on nageait en plein délire. Néanmoins, Sila avait de nouveau la sensation de nette franchise de la part du blondinet. Non, ne lui dite pas que... Le soupçon remplaça la surprise sur son visage. Impossible, il la faisait marcher. Sila releva le menton avec un petit sourire à moitié réprimé tout en plissant ses grands yeux sombres qui montraient clairement son incrédulité. Pourtant, aussi incroyable que cela puisse paraître, le doute était lancé. Pour commencer, Vasco arrivait aux côtés d'Oz chahutant et le connaissant suffisamment bien pour se permettre de se montrer familier avec ce dernier. Deuxièmement, il le frappait s'il estimait que sa conduite avait dépassé les bornes. Troisièmement, il le comprenait suffisamment pour ne pas s'offusquer de son comportement et se montrer présent si tant est qu'il lui demande de rester. A ce propos d'ailleurs : Oz lui avait demander de rester ! Il semblait tolérer sa présence ! Il acceptait sans trop de manière qu'il le remette à sa place ! Et par dessus le marché, ils s'étaient battus et embrassés le jour de leur rencontre ? Qu'est ce que c'était que cette relation de « Je t'aime moi non plus » ? Définitivement, la chose eut été proprement impensable du temps où l'héritier Roland vivait à Koram, en particulier depuis que son frère était parti. Sila en était même encore si retournée qu'elle ne savait trop si elle jalousait la place que Vasco avait su acquérir auprès de lui et dont elle ne voyait que la partie émergée de l'iceberg, ou si elle le plaignait d'avoir été mêlé de grès ou de force à la vie de ce sale petit hypocrite. Jusqu'à nouvel ordre, jusqu'à maintenant en fait, elle pensait que personne ne pouvait le supporter et avoir la patience de chercher à le comprendre, de deviner les émotions qui l'affectaient. Personne sauf elle... elle se sentait tout à fait mise à l'écart et culpabilisait face à quelque chose dont elle prenait réellement tout juste conscience et contre laquelle elle n'avait rien fait. C'était frustrant. Soudain elle vit Vasco non plus comme un allié mais comme un traitre. Il n'avait pas le droit de...de quoi au juste ? Sila en resta dépitée. Pourquoi diable se sentait-elle énervée et blessée ? Qu'est ce que cela pouvait bien lui faire ? Ce n'était plus son problème désormais et elle en était bien consciente. Après tout, n'était-elle pas ici pour prendre sa vie en main ? Pas question qu'elle ne soustrait sa liberté et son indépendance nouvellement acquises à sa tendance naturelle à s'inquiéter et à prendre soin des autres et de Oz en particulier.

    « Tu m’as demandé de rester, Oz… Je ne resterais que si tu écoutes Miss Jones et ses arguments jusqu’au bout. »

    Sila regarda son sauveur avec des étoiles dans les yeux et c'est tout juste si sous l'impulsion d'une reconnaissance éternelle, elle ne se jetait pas à ses pieds en lui jurant allégeance dans sa quête pour gagner l'amour du Oswald des cavernes. Comment un ange de sa catégorie pouvait vivre au côté de l'autre démon qui l'accompagnait ? Un instant, elle songea qu'il pourrait avoir la même pensée que lui au sujet de l'innocente jeune fille qu'elle était. Parce qu'elle était parfaitement logique et sereine, parce qu'elle était incroyablement constante et raisonnable, parce qu'elle se montrait toujours réfléchie et fidèle aux décisions qu'elle venaient juste de prendre, Sila oublia en trente seconde son analyse qui faisait état de la traitrise de Vasco pour le considérer comme son compagnon d'arme. Qu'à cela ne tienne, elle ne laissera pas passer la chance qu'il lui offrait ! Et sans laisser le temps à Oz d'en placer une, de répliquer avant qu'elle ne termine, de refuser l'offre de son ange gardien, elle se jeta dans la brèche.

    - Surtout que tu es concerné au premier plan. J'ai dit à mes parents que tu me prenais sous ta responsabilité et j'ai falsifié la signature de mon père sur un acte de décharge. Autrement dit, tu es officiellement mon tuteur légal et jamais mes parents ne diront quoique ce soit puisque, comme tu es bien placé pour le savoir, ils sont trop fiers pour avouer qu'ils se soient trompés sur ton compte ou pour avouer qu'ils se sont fait avoir par leur fille.

    Elle lança alentours un petit sourire satisfait, reprenant son souffle et croisant les bras dans une attitude tout à fait arrogante mais qui n'en restait pas moins charmante.

    - Autrement dit, si tu me mets à la porte tu peux être sûr d'avoir aussi bien les Jones que les Roland aux trousses. Je suis sûre que la perspective doit follement t'amuser.

    Imaginez deux des dix plus grandes fortunes du pays, implantés à peu près partout, bénéficiant de soutient effrayant dans tous les secteurs, s'acharner contre votre petite personne. On a beau s'appeler Oz Roland, on y réfléchit à deux fois avant de s'attaquer à deux superpuissances qui ont toutes les chances de l'emporter dans un combat monstrueusement inégal. Machiavélique la Sila ? Peut être sur les bords... oui certes ils sont larges ces bords mais que voulez-vous, elle n'était pas non plus une Jones pour rien. Elle s'avança vers lui, toujours affalé contre son mur et posa ses bras sur ses épaules, mi-charmeuse, mi-moqueuse comme elle savait si bien le faire à la fois joueuse et entreprenante et tout simplement incroyablement effrontée et charmante.

    - Je sais que tu serais assez dingue pour t'opposer à eux alors je te donne un joker : tu peux me demander tout ce que tu veux. A part évidemment me demander de repartir mais cette exception mise de côté je ne pourrais refuser une demande expresse en vertu de cet accord, ce qui te laisse une sacré carte en main au cas où tu craindrais que je sois trop ingérable. Je sais que tu n'es pas fait pour les responsabilités Roland...

    Cette dernière phrase était lancée avec une ironie qui n'était même plus criante, mais qui s'époumonait dans un hurlement à vous déchirer les tympans de la compréhension. Voilà une bonne chose de réglé ! Comment ça « qu'est ce qui est réglé ? » ? Sila Jones était présentement à cours d'argument alors Oz ne pouvait qu'accepter puisqu'elle refuserait catégoriquement de partir. Sauf que oui, vous avez raison, autant ne pas lui laisser croire avoir l'ascendant sur cette affaire. Sila tourna les talons dans la seconde et descendit les escaliers pour retrouver son sac. Aussitôt arrivée sur le pallier, elle fut l'objet d'une inspection générale menée par dix regards avides et suspicieux. Ainsi donc elle avait survécu aux deux fous du premier étage ? Par hasard serait-elle de la même espèce de timbrés ? Elle s'était bien présentée comme la fiancée d'Oz non ? Si ça ce n'était pas une preuve de sa déficience mentale... Méprisante et indifférente aux murmures qu'elle suscitait, elle s'empara de son sac avec classe, distinction, élégance...lorsque son ventre se mit à gargouiller de façon parfaitement audible et humiliante.

    - Un petit creux ma demoiselle ?

    Oh que la tentation était grande ! Comme le sourire commerçant de l'aubergiste insistait à la consommation ne serait-ce que pour lui faire plaisir ! La pensée qu'elle avait dépensé tout son pactole qui aurait permis à une famille gamaëlienne moyenne de vivre trois bonnes semaines sans s'inquiéter, entre la veille et aujourd'hui et en un seul et même voyage en train, lui effleura vaguement l'esprit mais elle la chassa d'un signe de la main comme un dérangeant insecte dont elle n'avait que faire. Une fille de sa condition ne s'inquiétait pas de l'argent. Elle s'approcha du comptoir et lui offrit son plus craquant sourire.

    - Vous me mettez ça sur la note ?

    - Sitôt arrivée que vous voulez déjà qu'on vous fasse crédit ?


    L'aubergiste s'était renfogné. En bon commerçant, il aimait les clients qui payaient comptant et tous les sourires du monde ne changeraient pas l'affaire.

    - Ne vous inquiétez pas, Oz réglera mes frais.

    - Ah ! Dans ce cas ! Qu'est ce que je vous sers ?

    - Je fonderais pour une caille aux champignons et au gingembre accompagné de marrons et de pommes de terre le tout avec une délicieuse sauce madère.


    L'aubergiste la regarda avec le regard vide, limite désespéré. Alors il était bien comme l'autre qui exigeait les meilleures vodkas, les meilleurs whisky, les meilleures rhum en se foutant royalement de leur prix... Mais où allait la jeunesse ?

    - J'ai des spaghettis bolognaises.

    Sila le considéra un instant l'air de réfléchir avant de trancher joyeusement la question.

    - Ouais, ça aussi ça fera l'affaire.

    L'apprentissage des habitudes culinaires populaires faisaient aussi parti des défis qu'elle aurait à relever, autant commencer tout de suite. Oui on sait, elle est mignonne cette petite mais ne brisons pas ses illusions tout de suite voulez-vous ? En attendant son plat, elle jugea bon de s'informer sur quelques détails qui lui semblaient ne pas manquer d'importance.

    - Dîtes moi, Oz et Vasco...

    - Ah non pas ces deux là !


    Sila le regarda avec une franche surprise pour laquelle le brave homme crut bon de s'excuser.

    - Ils sont d'excellents clients donc je sais bien que je ne devrais pas me plaindre mais ils sont ingérables. Et c'est les beuveries jusqu'à quatre ou cinq heures du matin, et se sont les bagarres continuelles quand ce n'en est pas un qui défenestre l'autre, et c'est une connerie aberrante dont ils savent faire preuve une fois bourrés, et les hurlements qui retentissent dans toute l'auberge en pleine nuit ou tôt le matin, et c'est l'eau chaude qu'ils monopolisent, et c'est les jeunes filles qui rentrent et sortent comme dans un moulin pour les voir, et c'est les chambres jamais fermées à clef, la guitare ou le piano toutes les cinq minutes, les insultes permanentes...

    - Ça a l'air plutôt marrant !


    L'aubergiste releva les yeux en lui mettant son plat sur le comptoir et la fixa avec désespoir.

    - Et comment vous qualifieriez leur relation ?

    - J'hésite entre la comparaison d'un chat qui s'acharnerait sans être très doué à vouloir chopper un pigeon suicidaire qui refuse de s'envoler et s'amuse à lui lancer des coups de bec, et celle de la relation passionnée entre un marteau et un clou sans pouvoir vous dire le rôle respectif de chacun.

    - Je ne suis pas sûre de vous suivre.

    - Soit ce sont les meilleurs amis du monde et il paraîtrait même qu'ils sont amants, soit leur vie est en sursis et ils ont promis l'exclusivité du crime à l'autre.

    - Je vois.

    - En tout cas vous avez bien du courage mademoiselle. Je compati.


    En fait Sila ne voyait pas du tout mais son plat de patte l'appelait irrésistiblement et elle était encore plus perdue qu'au départ concernant la relation qu'entretenaient les deux garçons. D'ailleurs, ils étaient restés à discuter là-haut ? Elle se retourna pour vérifier et tomba nez à nez avec l'un des petits présomptueux qui l'avait repérée lorsqu'elle était entrée dans l'auberge.

    - J'ai cru comprendre que vous comptiez vous installer ici ?

    - En effet, je viens tout juste d'arriver à Sannom.


    Le plus innocemment du monde, Sila lui offrit un sourire radieux qui du l'encourager puisqu'il s'accouda au comptoir dans l'attitude même de celui qui déploie son numéro de charme.

    - Une si charmante jeune fille devrait se montrer prudente dans ce genre de ville.

    - Que voulez-vous dire ?

    -Je m'inquiète de votre sort auprès de ce délinquant de Roland. Si vous avez besoin d'aide, ma porte vous ai ouverte. En fait, je serais ravi de partager ma chambre avec vous si vous avez besoin d'un pied à terre. J'ai cru comprendre tout à l'heure que vous aviez du mal à le convaincre ?

    - Ooohhhh ! C'est vrai ? Vous feriez ça ?

    - Bien sûr !


    L'aubergiste se retourna soudain en regardant derrière le playboy et son innocente victime et il devint livide avant de virer au rouge vif.

    - AH NON ! LES BAGARRES J'AI DÉJÀ DIT DEHORS !!!


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Jeu 25 Fév 2010 - 23:23

    - Eh oh, Oz, c’est pas à toi qu’on a posé la question ! Donc, en fait, Oz est venu m’embêter, j’ai répondu, on s’est battu puis embrassés. Voilà pour notre rencontre, je crois bien que je n’ai rien oublié.

    Putain, il allait le buter. Encore. D’ailleurs, le pied partit tout seul, par réflexe, pour percuter la jambe de Vasco la plus proche au niveau du genoux, ou un peu plus bas, Oz n’aurait su dire. Ce n’était pas vraiment comme s’il faisait attention, de toutes façons, quand il réagissait instinctivement par la violence. Son coup s’agrémenta d’un regard assassin, à l’adresse du chanteur bien évidemment, et à l’instant, on aurait pu croire que l’adorable gosse de riche avait proprement envie de tuer l’ingénieux rockeur ambulant. Oh, çà n’en était peut-être pas très loin, mais Vasco avait déjà fait bien pire par le passé, alors les pulsions meurtrières seraient probablement contrôlées sur ce coup, en grande partie du moins. En tous les cas, si Oz avait volontairement oublié de mentionner le passage de l’embrassade double, ce n’était pas pour rien. Non mais sérieusement, c’était de lui qu’on parlait, là, Oswald Roland. Il avait peut-être tendance à se lâcher complètement quand l’alcool lui montait trop à la tête, mais de là à embrasser sciemment un individu comme Vasco Fair dès la première rencontre ou même tout court, il y avait un monde. Pas qu’il soit homophobe ou prude, le petit crétin, non, loin de là. Dans un élan narcissique, il pouvait parfaitement affirmer haut et fort à tout le monde qu’il était tout à fait normal que n’importe qui puisse avoir envie de lui, et plus particulièrement de son corps, je cite, « si monstrueusement divin ». Donc ce n’était pas le fait qu’on puisse croire qu’il pouvait embrasser un mec qui dérangeait notre Oswald national, non, c’était juste le fait que ce soit Vasco. D’ailleurs, le blondinet avait tendance à oublier de préciser que c’était lui qui avait embrassé le gosse de riche, et pas l’inverse. Oz tenait à faire la distinction. Mais pas Vasco, visiblement, bien entendu. Non mais sérieusement, c‘était un véritable combat que menait Oz pour tenter de convaincre tous ceux qui pourraient se faire des idées qu‘il n‘y avait absolument rien de cet ordre-là, entre le rockeur et lui. Combat dur à mener, d’ailleurs, quand on savait que la moitié de l’auberge au moins avait tendance à croire que les deux jeunes hommes couchaient carrément ensemble. Enfin, il fallait dire aussi que si un certain chanteur ne faisait rien pour contredire les rumeurs, et ceci juste pour emmerder royalement ce cher Oswald, ce n’était pas étonnant. Mais passons.

    Oz aurait très certainement ouvert sa jolie bouche pour insulter Vasco comme il se doit, si ce n’est pour préciser tout de suite que lui n’avait embrassé personne dans l'affaire, mais de nouveau, ce ne fut pas lui qui saisit la balle au bond, mais encore une fois Vasco, qui reprit la parole.

    - Tu m'as demandé de rester, Oz… Je ne resterais que si tu écoutes Miss Jones et ses arguments jusqu'au bout.

    Ah, l’enfoiré. Oser lui faire du chantage, à lui. Comme çà, en plus. C’était traitre. Oz se mit à froncer les sourcils, de nouveau, d’un air profondément irrité. Il ne supportait pas que l’on puisse lui dire des trucs pareils, que l’on puisse le faire chanter d’une manière ou d’une autre. L’idée même lui était tout simplement insupportable. Alors, s’il en voulu à Vasco, sur le coup ? Bien évidemment que oui. Parce qu’il savait pertinemment qu’il s’était mis dans le piège tout seul, en le retenant. Si Sila aurait été la seule à le faire, nul doute que le charmeur de ces dames serait resté sans faire d’histoire. Là, le joker qu’était Vasco se trouvait favorable à Sila, et cela emmerdait royalement notre égocentrique, vous vous en doutez bien. Ah, et il n’avait rien « demandé » du tout, il avait ordonné. C’était si difficile à comprendre ? Visiblement, oui. Il décrocha donc un regard mauvais à Vasco, noir et infiniment frustré. Un instant, l’idée de se tailler lui-même en lâchant un « Très bien, dans ce cas je me casse » lui parut alléchante, mais encore une fois, on ne lui laissa pas le temps de la mettre à exécution. Ce fut Sila, cette fois, qui prit la parole, pour débuter ce qui semblait visiblement être des explications. Et quelles explications… Disons plutôt des arguments qui entravaient complètement le gosse de riche. Comment çà, « tuteur légal » ? Comment çà, lui, « tuteur légal » de qui que ce soit ? Elle plaisantait ou quoi ? Oh pour sûr, Oz aurait préféré. Mais Sila Jones ne plaisantait pas.

    - Autrement dit, si tu me mets à la porte tu peux être sûr d'avoir aussi bien les Jones que les Roland aux trousses. Je suis sûre que la perspective doit follement t'amuser.

    Oh oui, c’était fou ce que cela pouvait l’amuser... Bon sang, tout ce qu’il cherchait à éviter, quoi. Il ne manquerait plus que çà, que sa famille et celle de la demoiselle se mettent à ses trousses pour le scandale qu’il aurait provoqué en refusant d’héberger celle qui, techniquement, n’était ni plus ni moins que sa fiancée. Qu’on lui foute la paix, bordel, c’était trop demander ? On dirait que oui. Oz fixait de nouveau Sila, avec ce froncement de sourcils et cet air contrarié qui laissaient clairement comprendre ce qu’il pensait de tout ceci, toujours adossé contre le mur. Il ne cilla pas et ne bougea pas d’un muscle lorsque Sila vint poser ses bras sur ses épaules, comme si tout cela ne l’ébranlait pas d’un poil, comme si tout cela l’indifférait, comme s’il était intimement persuadé d’avoir toujours le contrôle. Alors qu’il n’en était rien. Ah si, il haussa juste un sourcil, l’air plus ou moins intéressé par le fameux « joker » que lui offrait si généreusement et plus ou moins justement la demoiselle. Ainsi donc, il pouvait lui demander tout ce qu’il voulait avec cette carte ? Et pourquoi pas qu’elle reparte immédiatement ? … Ah bah non, elle y avait déjà pensé, mince alors. En tous les cas, cela avait tout de suite de quoi faire réfléchir Oz, voyez-vous. Quand il décelait son intérêt dans une affaire, il était tout de suite plus enclin à faire des efforts. Enfin, quelques efforts. Un minimum d’efforts, disons plutôt. Mais c’était toujours çà.

    Il posa un instant ses yeux de jade sur le plafond, comme s’il prenait le temps de réfléchir à la question. Mais Sila eut tôt fait de tourner les talons et de disparaître dans les escaliers. Oz ne chercha pas à la retenir immédiatement, et prit le temps de se décoller lentement du mur. Toute cette histoire l’horripilait sans aucune mesure. Elle horripilait parce qu’il ne pouvait rien y faire. Si ce que disait Sila était vrai, qu’elle avait fait en sorte qu’il devienne son tuteur d’un point de vue légal, et s’il voulait rester le plus éloigné possible de sa famille, il ne pouvait pas refuser ce qu’elle lui demandait, soit l’héberger. Génial. Tout simplement génial. On lui en voulait, quelque part, ou quoi ? C’était sérieusement à se demander. En tous les cas, Oz était mis au pied du mur, et cela l’agaçait fortement. Il lâcha un soupir exaspéré, tira machinalement et sans s’en rendre compte sur le nœud à moitié fait de sa cravate, un instant, puis posa de nouveau ses yeux sur Vasco, qui lui, était encore là. Sans prévenir, Oz balança alors brusquement son poing dans l’estomac de celui qui avait malheureusement trop tendance à subir la violence des coups et des humeurs du gosse de riche, depuis qu’ils étaient devenus étrangement meilleurs amis. Alors qu’il ramenait son poing le long de son corps d’un air détaché, le jeune homme aux cheveux de jais lâcha quelques mots d’un ton froid et coupant.

    - Ne me refais plus jamais çà.

    Encore une fois, de l’impératif. Oz parlait bien évidemment de la scène précédant les explications de Sila, soit l’odieux chantage que Vasco avait osé lui faire, et que le jeune délinquant n’avait bien entendu pas digéré. Un peu trop susceptible, le Roland ? Si vous saviez, sa fierté pouvait être bafouée pour un rien, vraiment pour un rien. Déjà suffisamment vexé d’avoir retenu Vasco sans réfléchir, si en plus le musicien en profitait, c’était sûr qu’il y avait là de quoi suffisamment frustrer ce cher Oswald. Et il le faisait clairement comprendre. Il tourna les talons, ensuite, sans se soucier de savoir s’il avait vraiment fait mal au blondinet ou non -comme toujours-, et s’engouffra dans les escaliers pour descendre à son tour, sans ajouter un mot. S’il se croyait tout permis ? Bien trop souvent, il est vrai. Mais on savait tout aussi bien le faire déchanter, après tout. Sa seigneurie débarqua dans la salle du rez-de-chaussée avec sa nonchalance habituelle, quoique teintée de cet agacement dont il ne voulait visiblement pas se départir tout de suite. Ses yeux ne se baladèrent pas longtemps sur les convives avant de trouver Sila qui non, n’était pas partie, mais se trouvait près du comptoir. Elle avait peut-être du faire connaissance avec le gérant des lieux, soit cet aubergiste qui devait littéralement adorer nos deux énergumènes masculins. Ah et il n’y avait pas que lui. Oz haussa un sourcil en constatant qu’un garçon d’approximativement leur âge s’était accoudé juste à côté de la demoiselle, et qu’il était visiblement en pleine conversation avec. Tiens, mais ne serait-ce pas ce petit con de la chambre 87 dont Oz n’avait jamais cherché à retenir le nom, et que le gosse de riche avait eu l’occasion de rencontrer un soir en l’insultant proprement parce qu’il avait eu le simple malheur de se trouver sur son passage dans les escaliers ? Ah mais si, c’était bien lui. Un sacré petit con. S’il avait abordé la nouvelle et délicate inconnue, ce n’était certes pas seulement pour lui demander l’heure, cela, Oz pouvait aisément le deviner sans pour autant faire preuve d’une grande ouverture d’esprit. Il s’approcha donc à grands pas, sans même regarder derrière lui pour voir si Vasco avait suivi, et son expression devait toujours être aussi mauvaise qu’à l’étage, parce que l’aubergiste se mit à vociférer illico que les bagarres, c’était dehors. L’ex-dalavirien s’arrêta alors, et tourna la tête vers ce cher aubergiste en haussant un sourcil parfaitement méprisant.

    - C'est bon, Pop, comme si j'allais me salir les mains à frapper pareille lavette.

    « Pop », c’était juste un surnom comme un autre que le gosse de riche et le rockeur ambulant avaient attribué au pauvre aubergiste qu’ils connaissaient maintenant depuis deux ans - parce que d’après eux, quand l’aubergiste s’énervait, çà faisait comme une bouteille de soda qu’on ouvrait après l’avoir secouée, « pop ». Comment çà, surnom complètement stupide ? Je vous l’accorde, mais bon, il ne fallait pas chercher bien loin, c’était resté et c’était tout. En tous les cas, le fameux aubergiste se mit à soupirer d’un air extrêmement blasé aux mots d’Oz, et plus encore lorsque le présomptueux qui avait abordé Sila se décala pour toiser l’arrogant.

    - Un problème, Roland ?
    - Plutôt, oui, c'est gentil de demander.

    Ah, le retour des sarcasmes, de l'arrogance et de la provocation ! Que pouvait-il y avoir de mieux, vraiment ? Pas grand-chose, certainement, surtout lorsque vous étiez un expert à ce jeu-là comme l’était Oswald par la force de l’habitude.

    - A vrai dire, ce n'est pas comme si je m'en souciais. Cà ne te dérange pas d'interrompre une conversation aussi grossièrement ?
    - Pas du tout, mec. Dis, je viens d'avoir une brillante idée : et si tu dégageais fissa pour voir ?
    - Oh et je devrais faire çà juste parce que tu me le demandes si gentiment ?
    - Non, surtout parce que tu pollues mon espace vital, là, en fait.

    Et un petit sourire en coin atrocement énervant et insupportable d’arrogance, un. L’autre jeune homme fronça les sourcils, et l’aubergiste intervint de nouveau, mais d’une voix plus forte.

    - J'ai dit que les bagarres se faisaient dehors.
    - Je ne suis pas sourd, on ne fait que discuter gentiment, je te signale.
    - Comme si tu savais discuter, Roland...
    - N'ouvre pas ta sale petite gueule devant moi, çà me répugne.
    - Stop.
    - Mademoiselle, je suis vraiment navré pour vous si vous vous retrouvez forcée de côtoyer un tel individu.
    - Pop, les parasites pullulent dans cet établissement, il faudrait vraiment arranger çà.
    - J'espère que tu parles pour toi.
    - En vérité je parlais surtout de la chose sans nom qui se trouve actuellement dans mon champ de vision, mais si tu n'as pas compris la subtilité, c'est certainement en raison de ta déficience mentale évidente.
    - Tu…
    - J'AI DIT STOP ! ENCORE UN MOT ET JE VOUS FOUS A LA PORTE, LES GOSSES !

    Dernier affrontement du regard entre les deux adolescents, puis avec un soupir méprisant et résigné, l’adversaire d’Oz se détourna du gosse de riche pour s’excuser auprès de Sila avec un sourire et un clin d’œil équivoque. Il tourna ensuite les talons pour retourner à la place qu’il avait quitté, non sans jeter un regard assassin qui voulait tout dire à notre cher égocentrique. Oz eu un reniflement dédaigneux, puis il se détourna à son tour pour adresser quelques mots désinvoltes au pauvre aubergiste.

    - Sérieux, il faudrait vraiment que tu revois ta manière d‘accepter les clients, Pop.
    - C'est ce que je me dis sans cesse depuis le jour où vous êtes arrivés avec monsieur Fair, Roland.
    - Genre.

    Oz leva les yeux au ciel. Il posa un instant les yeux sur Vasco, qui avait du en fait le suivre puisqu’il était juste là, puis tourna cette fois la tête vers Sila, l’air proprement agacé. S’il avait agit ainsi par pure et simple jalousie ? Pas du tout. De un, c’était juste dans sa nature de chieur invétéré de s’en prendre ainsi à toute personne susceptible de l’agacer un tant soit peu. De deux, il connaissait suffisamment Sila pour savoir que sa naïveté à ce sujet était assez conséquente. L’histoire avec un fameux Danny lui revint à l’esprit, d’ailleurs, mais il ne vit pas du tout l’intérêt de l’évoquer pour se justifier. Il se contenta donc de soupirer de nouveau, d’un air proprement ennuyé par tout ce remue-ménage, et posa un coude sur la surface du comptoir.

    - Bref. Le joker me tente bien, et l'idée d‘avoir les cons de nos familles respectives à mes trousses ne me tente pas trop. Mais sache que tu fais vraiment, sincèrement chier, Jones.

    Ce qui voulait plus ou moins dire qu’il acceptait. Du moins, dès qu’il aurait son mot à dire, la moindre protestation à faire ou la moindre plainte à soulever, soyez sûrs qu’il serait le premier à le faire. Disons plutôt qu’il acceptait l’éventualité que la demoiselle s’installe chez lui, donc. Ce qui était déjà un pas considérable en soi, certes.

    - Et il va falloir m'expliquer ton pétage de plomb, là.

    Soit le pourquoi du comment qui faisait qu’elle débarquait subitement en ville, alors qu’Oz avait tout fait pour couper entièrement les ponts avec sa vie passée. Il l’observa fixement en disant çà, l’air déterminé et implacable. Parce que si elle avait décidé de le faire chier en ne lui laissant autre choix que d’accepter sa demande, il voulait au moins en connaître les raisons. Rien n’était gratuit chez Oswald Roland, vous vous imaginez bien. En attendant, Oz tourna la tête vers Vasco comme si de rien n’était, et pour montrer une nouvelle fois qu’il arrivait parfaitement à conjuguer ce merveilleux temps qu’était l’impératif, il lui adressa gentiment la parole à sa façon.

    - Commande-moi une vodka.

    Oui, il avait soif, oui, il avait toujours cette tendance à ne boire que de l’alcool, oui, il avait les sous nécessaires pour s’acheter ce qu’il voulait, mais non, il ne voyait pas pourquoi il devrait toujours prendre la peine d’aller voir ce cher aubergiste pour lui demander un verre. En gros, il avait une envie soudaine de refiler la tâche à Vasco, quoi. Sauf que bien évidemment, la politesse et la courtoisie, il ne connaissait pas. Comme d’habitude.
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Ven 26 Fév 2010 - 12:59

    L’expression sur le visage de Sila amusa grandement Vasco. Elle le lâcha brusquement et son visage reflétait son choc. Bon, s’il avait su l’impact que pourrait avoir l’histoire de leur rencontre sur Sila, peut-être l’aurait-il contée plus délicatement, avec des pincettes. Enfin, ce qui était fait était fait. Il ne pouvait que s’amuser légèrement de la stupeur sur le visage de la fiancée d’Oz et… Ouille ! Oz venait de lui donner un coup de pied. C’était pas vrai, quelle petite brute ! Cependant, il ne répliqua pas à ce coup comme il l’aurait dû. En fait, il l’avait très certainement mérité, et il en avait conscience. C’est bien pour cela qu’il n’allait pas protester comme il l’aurait pu. De même pour le regard assassin que lui lança son ami. Il lui répondit à vrai dire par un grand sourire espiègle. Car oui, il savait parfaitement qu’Oz n’appréciait pas vraiment qu’il raconte la soirée de leur rencontre. Oui, cessons d’euphémiser. A vrai dire, Oz ne le supportait pas. Vasco adorant l’embêter, il ne pouvait résister à la tentation de raconter ce qui s’était passé plus en détail que ce qu’Oz voulait bien avouer. Et puis, si cela gênait son ami, l’artiste fêlé ne voyait aucun problème au fait que les habitués de l’auberge croient qu’ils étaient amants. Pire encore, il aidait parfois cette rumeur en gueulant à Oz qu’il ne devait pas le violer là sur place, qu’il ferait mieux d’attendre qu’ils soient dans l’une ou l’autre des chambres. Ce genre de remarques débiles avait le don d’énerver Oz plus que de raison, ce qui amusait énormément notre rockeur ambulant. Bon, c’était un peu moins drôle quand il se prenait des coups, mais il faisait avec. A chacun sa manière d’exprimer son amour, pas vrai ? Pour Oz, c’était en cognant, pour Vasco c’était en braillant n’importe quoi à propos de leur relation à longueur de journées. Spéciaux, ces mecs ? Vous n’avez pas idée d’à quel point. Cela justifiait très certainement le fait que leur relation soit si particulière. Mais bref. Donc, il avait reprit la parole pour faire un léger chantage à Oz, sans faire plus attention que cela aux réactions provoquées par son récit.

    Visiblement, Sila savait saisir les perches tendues. Sans laisser à Oz le temps de s’indigner à haute et intelligible voix de l’odieux chantage que venait de lui faire son meilleur ami, elle s’empara de la parole. Car oui, Vasco savait parfaitement que le chantage auquel il l’avait soumis ne lui plairait pas du tout. Il risquait même de lui en vouloir. Mais bon, le musicien avait l’art et la manière de se faire pardonner par Oz sans même présenter des excuses. N’allez pas demander comment il s’y prenait, il y arrivait, c’était tout. Le fait qu’il n’exigeait jamais d’excuses de son ami devait y être pour quelque chose. Bref. Par ailleurs, ses craintes n’étaient pas infondées : il en reçu confirmation dans le regard noir que lui adressa le gosse de riche. Mais son attention était toute entière portée sur Sila. Ainsi donc, cette demoiselle, non contente d’être véritablement mignonne et absolument adorable, était également dotée d’une certaine intelligence. Elle avait vraiment tout planifié pour que, d’une manière ou d’une autre, Oz se retrouve contraint à l’héberger. Vasco ne comprenait pas grand-chose à leurs histoires de riches, mais il était sûr de trois choses. La première, et évidente en le voyant, c’était qu’Oz avait tout fait pour échapper au monde fermé duquel il était issu. Preuve en était que celui qui se faisait passer pour le meilleur ami d’Oswald Roland était pour le moment tout sauf riche. Ensuite, il pensait bien que ce n’était sûrement pas très bon pour qui que ce soit de se faire traquer par deux des familles les plus riches de tout le continent. En fait, il ne retenait pas les plus grandes fortunes du continent mais l’avait bien compris à la façon dont avaient les deux phénomènes de parler de leurs familles respectives. Pas qu’Oz parlait énormément de la sienne, en fait, mais les mots de Sila lui avait suffit à bien comprendre où se situaient les deux familles. La troisième chose dont il était sûr, c’était qu’Oz aurait pu tomber sur bien pire que Sila. Ben oui, c’était un truc de riches de désigner des fiancées d’office, okay. Mais cette fille était tellement adorable que Vasco ne trouvait encore pas cela si terrible que cela. Bien entendu, il n’aimait pas les mariages arrangés, prônant l’amour par-dessus tout. Mais bon, si l’on avait de la chance de tomber sur une personne aussi agréable que Sila… Et puis, ce n’était pas comme si Oz croyait en l’amour, ça, Vasco en avait bien conscience.

    Bref. Sans laisser le temps à Oz de répondre, Sila s’éclipsa, tranquille. Vasco était plutôt surpris de deux choses. D’abord, qu’Oz ne la suive pas pour lui demander des comptes. Parce que bon, quand Oz n’était pas satisfait, il n’était pas ce genre de personnes qui se taisaient et laisser courir, bien au contraire. Et comme le gosse de riche n’était JAMAIS satisfait ou presque, on l’entendait toujours. Donc, Vasco était assez surpris qu’il n’aille pas chercher plus loin. Sûrement parce qu’il se sentait quelque peu pris au piège. Bref. La seconde chose qui surprit Vasco fut de… Ah, non, pour celle-ci, il ne fut plus surpris très longtemps. Il eut droit à un charmant coup de poing en plein dans le ventre, avec la délicatesse habituelle de celui qu’il prétendait de temps à autre son amant. Le coup fut si puissant qu’il se plia légèrement en deux. Et au départ, il ne comprit pas pourquoi il l’avait mérité. C’est vrai quoi, dans l’immédiat, il n’avait rien fait ! Et même quand Oz lui ordonna encore une chose, il ne compris pas tout de suite. Qu’est ce qu’il ne devait plus jamais refaire ? La douleur ne l’aidait pas à se concentrer sur cette question. Ah ! Ca devait être le chantage pour lequel il avait été surpris de n’avoir rien collecté de plus qu’un énième regard assassin. Ouais, ça se tenait, étant donné que Sila ne lui avait nullement laissé le temps de réagir. Okay, il avait déconné. Mais c’était pas une raison pour le frapper aussi fort, bon sang. En fait, Vasco dû se douter qu’il n’y avait bien entendu pas que cela, dans le coup. C’était certainement plus le motif pour le frapper, d’ailleurs. L’histoire qu’il avait contée plus tôt et sa frustration de ne rien pouvoir faire contre l’installation de Sila devait être de la partie et ce même si ce second point n’était pas de la faute du rockeur ambulant. Mais il commençait à avoir l’habitude de se prendre des coups pour le premier prétexte venu et de servir un peu de défouloir à l’arrogant qui lui servait de meilleur ami. Et il savait qu’il avait légèrement abusé en le faisant subtilement chanter sur une demande – d’accord Oz, un ordre - qu’Oz ne faisait pas souvent.

    Sans rien ajouter, pensant certainement et avec raison que le message était passé, la petite brute tourna les talons dans le but évident de rejoindre la salle principale de l’auberge. Vasco maîtrisa la douleur et décida de le suivre, légèrement en retrait. Il pu donc remarquer que Sila était en compagnie de Pop que Vasco appréciait beaucoup malgré toutes les misères qu’il lui faisait subir et… D’un autre mec. Il lui semblait l’avoir déjà vu. Croisé dans le couloir, certainement. Un peu plus jeune que Vasco, il semblait tourner autour des âges de Sila et d’Oz. En entendant les bruits juste à côté de lui, alors qu’il atteignait la fin des escaliers, il comprit qu’il avait toute sa bande de pote prête à intervenir. Il saisit également qu’il comptait bien héberger Sila puisque « ce con de Roland était débile au point de la laisser filer », dixit ses potes. Vasco aurait très bien pu s’énerver contre ceux qui avaient insulté son ami, mais il n’en fit rien. Il savait qu’il était loin d’être un ange et s’était fait bien des ennemis. A la place, il s’approcha avec un sourire débile du groupe et tapota la tête du plus petit du groupe qui le fixa d’un air furieux. Tout cela sans se défaire de son air stupide, bien entendu. En fait, Vasco avait parfaitement conscience qu’il ne pourrait rien faire contre eux tous. Donc, il se contentait de prendre son air le plus débile et de les faire chier à sa façon. Parce qu’il était évident que ce geste pouvait avoir de nombreuses significations selon l’air qu’il prenait. Avec Oz, c’était de l’affection sérieuse. Avec eux, c’était une façon comme une autre de se foutre de leur gueule. Méchant ? Bah, ils avaient insulté Oz, quoi. Avec ce geste, il marquait bien le fait que malgré tous les airs qu’ils se donnaient, ils ne restaient rien de plus que des sales gamins. Sans vraiment leur laisser le temps de protester, il rejoignit ensuite le petit groupe formé un peu plus loin.

    Comme d’ordinaire, Oz était d’une amabilité sans pareille. Il répondait toujours aussi gentiment. Pop s’agaçait peu à peu et c’est alors qu’il hurlait que Vasco arriva tout à fait à hauteur de son petit groupe. Oz et son adversaire du jour s’échangèrent un dernier regard avant que le mec de la chambre 87 n’aille rejoindre son groupe d’ami. Lui et ses potes allaient certainement insulter le gosse de riche et le rockeur de tous les noms, mais ce dernier n’en avait strictement rien à faire. Les insultes et les critiques ne le touchait que quand elles venaient de quelqu’un qu’il aimait beaucoup et qui n’était pas Oz, celui-ci étant une exception à la règle puisqu’il l’insultait et le critiquait les trois quart du temps qu’ils passaient ensemble. Non, vraiment, les insultes, ça lui passait généralement au dessus. Cela dépendait de qui l’insultait. Bref. Oz se retourna vers l’aubergiste et lui adressa quelques mots sur « sa manière d’accepter les clients ». La réponse de Pop amusa follement Vasco. Certes, Oz et lui dépensaient une bonne partie de leur argent pour cette auberge mais… Il avait bien conscience qu’ils devaient être une véritable horreur, niveau comportement. Et ça l’éclatait. C’est bien pour cela qu’il fit un grand sourire à Pop après ses paroles. Franchement, ce mec était cool. Oui, il venait de sous entendre qu’il regrettait de les avoir acceptés mais Vasco le trouvait cool. Surtout, ne pas chercher à comprendre. Après leur altercation, l’aubergiste s’éloigna pour s’occuper d’autres clients et Oz se retourna vers Sila. D’un air absolument ravi, il laissa entendre que, okay, elle allait vivre avec lui. Oz tuteur légal… L’idée avait de quoi faire rire n’importe qui qui le connaissait un minimum et Vasco faisait partie de cette catégorie. A l’idée d’un Oswald soudainement responsable, le sourire de Vasco s’élargit. Cela lui semblait totalement impossible, pas avec la mentalité qu’il avait pour le moment en tous cas. Un jour, peut-être… Mais qui sait, peut-être que cette expérience le ferait grandir. Cela restait à voir. En fait, Vasco pensait que son ami ne grandirait vraiment qu’une fois qu’il n’aurait plus une fortune colossale à claquer, une fois qu’il se mettrait à travailler. Chose hautement improbable et qui se voyait bien dans sa manie à donner des ordres à tout le monde.

    Tiens, en parlant d’ordre, voilà qu’Oz lui en donnait encore un. Vasco aurait pu jouer les outragés, protester, râler et ne pas le faire. Cette conduite aurait été on ne peut plus normale. Par ailleurs, au départ, il regarda son ami avec un air mi-scandalisé, mi-blasé qui trahissait son habitude. Ses protestations auraient été longues. Encore de l’alcool, Oz ? C’était le premier point. Surtout que pour Vasco, on était encore un peu le matin étant donné qu’il ne s’était réveillé il n’y a que très peu. A force, il avait l’habitude, bien entendu, et s’il l’appelait de temps à autre l’alcolo, c’était bien parce qu’il avait remarqué qu’Oz buvait énormément. Ensuite, il venait ENCORE de lui donner un ordre. Il le prenait pour son larbin ou quoi ? Question à laquelle Oz aurait certainement répondu qu’il ETAIT son larbin. Bien entendu. Vasco ne râla pas sur ce point non plus. Il aurait pu, voire même dû. Mais nous parlons de Vasco, ou l’homme qui n’agissait pratiquement jamais selon des critères de normalité. Donc, une fois une stupeur à moitié feinte passée, le jeune homme ébouriffa les cheveux d’Oz avec affection et un petit sourire mutin avant de s’envoler vers Pop histoire ne pas se recevoir de coups. Avec un sourire aimable, il lui demanda aimablement une boisson. Oui, il avait eu une idée pour emmerder Oz bien plus drôle que de s’opposer tout de suite à lui. Bien entendu, il comptait sur les explications éventuelles de Sila pour couvrir sa voix basse. Parce qu’il ne s’agissait pas non plus de gueuler qu’il allait arnaquer Oz, hein. Avec un grand sourire, il ramena le verre de soi-disant Vodka à Oz et le posa devant lui.


    « Voilà mon chou ! »

    S’il disait cela d’un ton tout à fait naturel qui trahissait quelque peu l’habitude de cette appellation et qu’il restait d’apparence aussi docile, il était intérieurement mort de rire. Pourquoi il embêtait Oz comme ça ? Parce qu’il n’oubliait pas tous les coups qu’Oz lui infligeait, d’une part, mais également parce que c’était, très sérieusement, hilarant. Ce n’était pas de la vodka qu’il avait ramener à Oz mais une toute autre boisson, qu’il avait eu gratuitement bien entendu et qui réglait par ailleurs le fait qu’il ne voulait pas être à sec niveau argent pour avoir payé des consommations à un mec qui pouvait tout à fait se les offrir. D’accord, si jamais il lui avait prit une boisson payante, il aurait sûrement dit à Pop que c’était Oz qui payait. Mais bon. Quelle était cette boisson gratuite ? Et bien… Tout simplement de l’eau. Il avait profité du fait qu’elle soit aussi transparente que la vodka pour leurrer Oz avant que celui-ci ne trempe ses lèvres dans la boisson la plus naturelle au monde. Parce que Vasco n’avait jamais ou presque vu Oz boire de l’eau. Peut-être lui avait-il déjà demandé pourquoi, il ne s’en souvenait plus. Toujours est-il qu’il avait hâte de voir la réaction de son meilleur ami. Cela donnerait sûrement un résultat digne des plus grands duos comiques, pas vrai ?



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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 27 Fév 2010 - 8:35

    Pourquoi Sila n'était pas intervenue à grande force d'indignation durant l'altercation des deux garçons ? Ce n'était pas l'envie qui lui manquait, l'on vous rassure. En premier lieu, elle ne comprenait pas pourquoi Oz agressait ce jeune homme parfaitement aimable et serviable. Certes, l'idée que la révulsion du jeune Roland à l'égard de ces qualités pouvait être le seul motif de son agressivité lui traversa l'esprit. Il faut dire qu'il tenait en si basse estime la bonté d'âme qu'il avait tendance à voir le mal partout, comme si toute sorte de dangers sommeillait dans l'ombre et n'attendait que de frapper d'un destin mortel la gamine qu'elle était. Vous l'aurez compris, elle n'adhérait pas une seconde à cette conception défaitiste. Et pour cause ! Depuis qu'elle était jeune, Sila a évidemment toujours vécue dans un environnement protégé où chacun prévenait ses désirs et prenait garde à son bien être. Ce n'était qu'au début de l'adolescence qu'elle avait commencé à côtoyer des milieux moins honnêtes sans pour autant être aller aussi loin que Oswald à ce niveau – qui l'eut pu ? Entre parenthèse. Néanmoins, elle n'avait jamais été inquiétée de quoi que ce soit. A Koliam, tout le monde la connaissait et personne ne voulait avoir le moindre problème auprès de sa puissante famille à laquelle se joindrait très certainement les Roland.

    Il était donc de notoriété commune qu'elle était promise à Oz et aucun jeune homme ne se faisait d'illusion, ce qui impliqua pour Sila le droit à une paix royale. En fait, lorsque l'on y réfléchit, compte tenu de sa naïveté effrayante à cet égard, il est même étonnant qu'elle n'ait jamais eu de problème majeur. Jamais ? Pas tout à fait. Il y avait bien eu un incident qui répondait au nom de Danny mais l'affaire ne lui avait pas réellement servie de leçon puisqu'elle ne s'était jamais réitérée depuis l'intervention que nous qualifierons de musclée par un certain jeune homme de sa connaissance qu'elle n'avait toujours pas remercié à ce propos, rappelons-le. En conséquence de quoi la jeune fille qu'elle était ignorait pratiquement tout des manœuvres plus ou moins tordues que la gente masculine pouvait déployer à son égard. D'ailleurs, elle n'avait vu dans la proposition du jeune homme qui venait de l'aborder qu'une simple préoccupation altruiste digne d'un gentleman, ne réalisant pas une seconde qu'ils n'étaient pas sur la même longueur d'onde. A ses yeux, il était parfaitement normal de considérer qu'on ne s'intéresse pas à elle, un état de fait qui quelque part la rassurait et lui convenait parfaitement. C'est pourquoi la joute triviale et verbale qui commença la laissa perplexe et agacée. N'était-elle pas capable de gérer les choses toute seule ? De quoi Oz se mêlait-il ? Cela devrait même l'arranger de refiler la charge de Sila à quelqu'un d'autre non ? Elle ouvrit la bouche mais tout à la gauche de son champs de vision les gesticulations de l'aubergiste attirèrent son regard et son élan retomba tandis qu'elle comprenait à son doigt sur les lèvres qu'elle devrait se taire.

    - A vrai dire, ce n'est pas comme si je m'en souciais. Cà ne te dérange pas d'interrompre une conversation aussi grossièrement ?

    - Pas du tout, mec. Dis, je viens d'avoir une brillante idée : et si tu dégageais fissa pour voir ?

    - Oh et je devrais faire çà juste parce que tu me le demandes si gentiment ?

    - Non, surtout parce que tu pollues mon espace vital, là, en fait.

    Sila leva les yeux au ciel, laissant ses mains retombées dans un mouvement agacé contre ses cuisses mais Pop la prit de vitesse afin de calmer le jeu.

    - J'ai dit que les bagarres se faisaient dehors.

    - Je ne suis pas sourd, on ne fait que discuter gentiment, je te signale.

    - Comme si tu savais discuter, Roland...

    - N'ouvre pas ta sale petite gueule devant moi, çà me répugne.

    - Stop.

    - Mademoiselle, je suis vraiment navré pour vous si vous vous retrouvez forcée de côtoyer un tel individu.

    Lui adressa un petit sourire dépité et voulu répondre lorsque Pop lui mis sous le nez un verre d'eau, l'obligeant presque à le boire plutôt que de dire quoi que ce soit et d'empirer la situation. Suite à quoi la jeune fille flingua un aubergiste, bien en peine à lui expliquer la situation par de simples mimiques et regards implorants. Sans suivi donc une conversation muette et parallèle à celle des deux garçons durant laquelle Pop et Sila se livraient un combat acharné pour faire valoir leur droit respectif à gérer la situation. Heureusement, l'aubergiste possédait une certaine autorité naturelle et las de ces discussions vaines tout comme de son client problématique, il mit fin à l'escalade d'amabilité qu'Oz échangeait présentement avec le playboy de Sila.

    - J'AI DIT STOP ! ENCORE UN MOT ET JE VOUS FOUS A LA PORTE, LES GOSSES !

    Assez frustrée que Pop l'ait tenu à l'écart, elle choisi de lui faire la tête en lui tournant le dos, s'adossant au comptoir, les coudes sur la desserte et le regard ténébreusement rageur. Par la même, on aurait presque pu penser que son attitude s'étendait aussi à Oz mais c'eût été négliger les années d'expérience qu'elle avait à son sujet. Si elle en voulait à Oz ? Pas le moins du monde. Si l'on commençait à s'indigner à chaque fois qu'il dépassait les bornes, l'on ne finirait jamais. Surtout qu'en l'occurrence, l'autre type était un parfait inconnu pour Sila et même si elle le trouvait sympathique, ce n'était pas comme si Oz s'était montré désobligeant avec quelqu'un qu'elle appréciait vraiment. D'ailleurs, à bien y réfléchir, peut être se connaissaient-ils et en ce cas le jugement d'Oz aurait sans doute plus de valeur que le sien non ? Oui, l'on vous comprend. Le jugement d'Oz lui même laisse amplement à désirer mais l'on vous a déjà informer de la naïveté de Sila non ? Elle choisit donc de lui faire confiance et relégua l'incident à la place minime qu'il se devait d'occuper dans ses préoccupations, à savoir : aucune. De toute façon, elle avait d'autres chats à fouter.

    - Bref. Le joker me tente bien, et l'idée d‘avoir les cons de nos familles respectives à mes trousses ne me tente pas trop. Mais sache que tu fais vraiment, sincèrement chier, Jones.

    Elle se détacha du bar et le regarda avec un grand sourire ravi avant de venir lui faire un bisou sur la joue pour le remercier. Elle savait qu'il ne fallait pas le prendre au pied de la lettre mais elle se sentait toujours un peu coupable de l'avoir mis au pied de mur. En même temps, elle se consolait en se disant que si elle avait du compter sur sa bonté d'âme elle aurait d'ores et déjà pu songer à passer la nuit à la belle étoile.

    - Et il va falloir m'expliquer ton pétage de plomb, là.

    Aïe. Là il y allait y avoir un soucis. Sila se redressa en plaçant un mèche de cheveux derrière son oreille par réflexe mais aussi pour se donner contenance. Elle lui lança un regard éminemment suspect, peu désireuse de se lancer dans une explication laborieuse qui ne manquerait pas de lui déplaire. Si elle jugeait un peu vite ? De toute façon, elle pensait très bien savoir ce qu'il allait lui dire et elle ne pourrait pas sans sortir avec l'une de ses pirouettes habituelles. Ses yeux le lui interdisaient impérativement. La jeune fille prit appuie sur ses poignets posés sur le bar et se hissa souplement pour passer en position assise sur celui-ci. Hors de question qu'elle le laisse la regarder de haut et autant être à l'aise vu la complexité de l'explication.

    - Je suis vraiment obligée ?

    Ce n'était qu'une pure question de rhétorique qui s'éleva timidement lorsque Vasco revint avec le verre demandé par Oz. Heureusement qu'il était là à nouveau, il pourrait retenir Oz de l'étriper.

    - J'ai fugué.

    Déjà, elle se préparait à l'effet cataclysmique qu'aurait l'annonce. De toute sa vie, Sila n'avait désobéit à ses parents qu'en une seule chose. Depuis maintenant deux ans, elle s'autorisait des sorties nocturnes et arpentaient les endroits les plus branchés de la ville, reconnues et attendues partout pour sa gaité et son dynamisme. Mettez Sila sur une piste de danse un peu morne et vous êtes sûr que la fête retrouve de son intérêt. Cependant, mis à part ce besoin impérieux de se retrouver parmi d'autres jeunes de son âge, affranchie des dogmes familiaux, Sila était une enfant modèle. Ce n'était pas tant parce qu'elle vouait une adoration sans borne à ses parents, surtout que l'adolescence aidant, elle se laissait parfois aller à des sautes d'humeur conflictuelles. Non. Principalement c'était parce qu'elle avait conscience de faire parti des meubles. Sila n'était promise à aucun autre avenir que celui d'épouser l'héritier Roland. Si l'idée ne la révulsait ni ne la charmait pas particulièrement, elle ne supportait pas que l'on nie de façon si désagréable, la personne qu'elle était et qu'elle devenait. Ne serait-ce que par principe, elle finirait sans doute un jour par tout rejeter en bloc pour qu'on s'aperçoive enfin qu'elle existait en dehors de cette perspective atrocement rabaissante et dévalorisante. Non pas que la faute incombe à Oz, loin de là, s'il eut la s'agit de quelqu'un d'autre, le problème eut été le même. Non, ce qui l'irritait c'était la simple idée qu'on ignore ce qu'elle pense et ce à quoi elle se destinait. Paradoxalement, puisque l'on ne contraignait pas plus que ça sa nature ou ses passions, par indifférence ou par dépit, elle ne voyait pas de motif de réelle dispute avec ses parents, d'où une coexistence pacifique qui l'arrangeait d'autant plus qu'elle ne supportait pas les conflits. Pourquoi avait-elle fugué alors ? Parce qu'elle avait fait l'erreur de les surprendre alors qu'ils parlaient d'elle, de la comparer à ses frères et sœurs ainés qui avaient tous brillamment réussi chacun dans leur domaine, de se plaindre de l'utilité qu'ils pourraient bien lui trouver. Oh, elle était parfaitement au courant de façon plus ou moins consciente mais l'entendre, c'était une autre histoire. Ça faisait mal. Sila aurait même prit la fuite et choisi de tirer un trait sur cette histoire en continuant d'agir comme s'il ne s'était rien passé mais son père l'avait surprise et dès lors il était impossible pour eux comme pour elle de jouer les hypocrites.

    Maintenant se posait un problème de taille. Elle avait en horreur que l'on s'inquiète à son sujet. Sila Jones n'avait pas de problèmes. C'était une jeune fille gentille, charmante, curieuse, souriante, espiègle, réconfortante, revigorante. Elle n'attirait pas l'attention sur ses propres soucis. Elle n'autorisait pas qu'on puisse penser qu'elle n'allait pas bien, d'autres vivaient des choses tellement pires. La devise de Sila aurait pu être : Laissez moi m'occuper de vous mais ne vous occupez pas de moi. Être disponible pour les autres lui permettait de se détourner d'elle même et cela lui faisait du bien. Il n'y avait pas à chercher plus loin. Pourquoi Oz cherchait-il plus loin ? Un moment, elle fut tentée de s'arrêter là dans son explication. Sa fugue était une parfaite justification pour son arrivée ici et puis ce n'est pas comme s'il devait savoir tout de l'histoire qui l'avait amené à lui demander de l'aide alors qu'elle ne l'avait plus revu depuis deux ans. Sauf qu'il avait accepter de l'héberger. Elle se devait d'être honnête. La tromper maintenant, alors même qu'elle venait de le retrouver lui semblait être d'une injustice et d'une cruauté extrème. Elle soupira pour évacuer un peu de la tension qui la saisissait et plongea ses yeux dans le regard de Vasco pour y prendre le courage de livrer quelques éléments supplémentaires. Assise sur le comptoir, les jambes immobiles le long du meuble, les mains posées sur la desserte en bois, les épaules rentrées et tendues, la tête basse et le regard fuyant, elle tacha de ne pas lui mentir sans se trahir, consciente qu'elle échouerait dans l'un ou l'autre.

    - Je me suis disputée avec mes parents et je suis partie tout simplement. En fait, je n'avais pas d'idée précise, je me suis juste dit qu'il fallait que je quitte Koliam. J'ai pris mes affaires, je me suis dit que je serais majeure dans cinq mois et qu'à partir de là je ferais ce que je voudrais y compris devenir pro si ça m'intéressais alors qu'ils y sont formellement opposés, tu le sais. La seule personne que je connaissais sur Sannom c'était toi alors je suis venu te demander de m'aider en attendant que je sois capable de le faire seule.

    Si elle mentait ? Pas vraiment. Elle enjolivait un peu la réalité. Il n'y avait eu aucune dispute entre ses parents et elle. Il n'y en avait pas eu besoin. Elle avait eu une idée précise immédiatement et elle était parfaitement consciente de ce qu'elle faisait à défaut de se montrer raisonnable. Elle avait immédiatement pensé à s'adresser à Oz, un réflexe qui lui avait paru naturel et sur la nature duquel elle s'interrogeait à présent. Elle ne s'imaginait pas une seconde vivre seule. La solitude pour elle c'était comme baisser les bras, être la seule à savoir que Sila Jones existait. Ça lui rappelait trop ce qu'elle pensait de la réalité parfois... Elle se redressa et sauta à bas du comptoir avec un air espiègle et lumineux sur le visage. Elle fit un pas vers Oz, s'amusa à toucher son nez de son index et reprit les modalités de son installation en main.

    - Alors ? Tu es dans quelle chambre ? Il faut que j'installe ça et puis je reviendrais manger avant d'aller dormir. Pop, tu me gardes ça au chaud ? De toute façon, il faut impérativement que tu m'emmènes à la Jumble ce soir. J'en rêve depuis mes treize ans.

    L'aubergiste prit son assiette de spaguettis avec un soupir tendre et paternel devant tant d'énergie alors que Sila ramassait son sac et se déplaçait perceptiblement vers l'escalier.

    f]]- Oh et tu devrais vraiment arrêter de boire si tôt dans l'après midi. Même toi ça va te flinguer de boire ce verre là trop vite.[/b]

    Sila n'aimait pas la vodka. Ce n'était pas un alcool fin mais simplement le moyen le plus rapide de finir saoul à ses yeux. Inutile de dire, qu'elle ignorait la petite ruse de Vasco n'est ce pas ?


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 27 Fév 2010 - 16:42

    Oubliant bien vite l’incident mineur qu’était cet espèce de petit con de la chambre 87, et sans même à vrai dire jeter un seul coup d’œil à la clique de petits présomptueux que ce dernier rejoignit à une table, Oz se détourna vers Sila, l’air de nouveau de maîtriser parfaitement la situation. Lorsqu’elle lui colla une bise sur la joue avec un grand sourire ravi, par pur esprit de contradiction, le jeune délinquant se demanda s’il n’aurait pas mieux fait de refuser quand même, quitte à prendre le risque d’avoir son paternel et les Jones aux trousses par la suite. Oui parce que monsieur détestait faire dans la générosité, bien entendu. Donner satisfaction à quelqu’un, cela l’horripilait toujours, d’une manière générale. Forcément. En tous les cas, il était maintenant trop tard pour reculer et changer d’avis, surtout que l’on serait certainement fatigué de son obstination et qu’après tout, les arguments de la demoiselle étaient suffisamment convaincants à eux tous seuls. Donc Oz prit sur lui en poussant simplement un soupir mi-résigné, mi-agacé, et conserva son coude calé sur la surface du bar dans un geste désinvolte. Il fut relativement satisfait de voir que Vasco s’exécutait, et alla chercher son verre de vodka sans protester. Il fit juste la grimace d’un air profondément agacé lorsque le jeune homme lui ébouriffa les cheveux d’un geste souple de la main, à défaut d‘avoir le temps de lui foutre une détente dans les côtes ou sur l‘épaule. Puis après avoir levé les yeux au ciel, le gosse de riche posa de nouveau ses prunelles de jade sur Sila, alors qu’elle se hissait sur le bar pour s’y assoir. Lorsqu’elle lui demanda si elle était vraiment obligée de s‘expliquer, ce cher Oswald ne prit même pas la peine de répondre, tellement la réponse lui paraissait évidente. Il lui avait explicitement demandé de lui raconter, non ? Alors elle devait le faire, point. Encore une fois, le concept était d’une simplicité effarante, dans l’esprit de l’ex-dalavirien.

    - J'ai fugué.
    - Pardon ?

    La réponse fut immédiate, incrédule. Comment çà, elle avait fugué ? Elle, Sila Jones, benjamine d’un couple plein aux as, s’était enfuie de chez elle ? C’était quoi, cette histoire ? Fronçant de nouveau les sourcils, Oz prit d’abord le temps de fusiller Vasco du regard pour le « mon chou » qu’il lui sorti en lui tendant le verre de soit disant vodka. Les doigts refermés autour du verre, il posa ce dernier doucement sur le comptoir et détourna une nouvelle fois le regard sur Sila, en attendant des explications plus poussées que ces simples et quelques mots. Parce que bon, le fils à papa délinquant qui n’écoutait rien, qui se révoltait sans arrêt, qui ne causait que des problèmes, qui tenait tête à son paternel, qui passait ses journées à se battre dans les rues et ses nuits à traîner dans les boîtes insalubres, c’était lui. Cela avait toujours été lui, lorsqu’il était encore à Koliam. Alors oui, il avait de quoi être étonné que Sila, qu’il ne connaissait peut-être plus aussi bien en vue des deux années écoulées, avait passé le pas pour carrément s’enfuir de chez elle. A moins qu’elle ne fasse juste sa crise d’adolescence ? Allez savoir. Bon peut-être qu’Oswald n’était pas franchement le mieux placé pour critiquer, très certainement même, mais comme d’habitude, s’il estimait qu’il avait raison de faire certaines choses, il pouvait très bien penser que les autres avaient tort de faire ces mêmes choses. En bref, lui avait raison, et les autres faisaient juste de sacrés conneries, quoi. Comme toujours.

    Des explications plus précises suivirent, cependant. Oz conserva son froncement de sourcils, certes plus léger que précédemment ou qu’il avait pu avoir à l’étage, et attendit en silence, sans l’interrompre pour une fois, que la demoiselle finisse. Il gardait toujours son verre apporté par Vasco posé sur le comptoir, les doigts vissés autour, mais il n’y avait pas encore touché. Non, l’attention focalisée sur ce que lui conta sa fiancée désignée d’office, il attendait d’abord qu’elle termine. Ainsi donc, elle s’était « disputée » avec ses parents. Typique. Oz devait sincèrement se douter que son père ne devait pas être le seul homme richissime à être salaud. Et puis, de toutes façons, à son compte, rien que le fait que les parents Jones côtoyaient ce paternel qu’il haïssait tant lui apportait une piètre opinion d’eux. Bon, certes, d’accord, Oz n’avait pas franchement une haute estime des gens, il fallait le dire. Mais tout cela pour dire qu’il ne fut pas véritablement étonné que la demoiselle se soit disputée avec eux. Que cet événement la pousse carrément à quitter Koliam pour venir à Sannom, c’était davantage étonnant. Mais sans être d’un altruisme et d’une ouverture d’esprit conséquentes, Oz pouvait comprendre l’envie qu’avait eu la jeune fille de s’enfuir de chez elle, loin de cette famille aliénante. Après tout, il avait fait parfaitement la même chose, il y avait de cela maintenant deux ans. Bon, certes, en vérité, il s’était proprement fait éjecter par son hypocrite de paternel, qui avait eu le culot de simuler une joie et une fierté fictives devant les autres à l’idée de voir son fils cadet accepté à la célèbre Académie de Sannom. Alors qu’en vérité, c’était tout simplement lui qui avait fait les démarches nécessaires pour refiler son ingérable de fils à quelqu’un d’autre. Si Oz lui en voulait, d’ailleurs ? Bien sûr. Il était d’une rancune tenace, de toutes façons. Seulement, se faire ainsi envoyer à Sannom se révéla être un avantage de liberté qu’Oz avait tout de suite apprécier de bénéficier. Et il lui paraissait normal que Sila puisse penser la même chose.

    Il eut également un furtif hochement de tête à l’évocation de l’idée qu’avait la demoiselle de « devenir pro ». Il savait pertinemment qu’elle parlait de la danse, cette passion qu’elle avait depuis toute petite et qu’il avait partagé, mais dans une mesure moindre qu’elle cependant. C’était assez amusant de voir à quel point leurs parents jugeaient que la danse était une activité indigne de leur rang. Après tout, quand il était jeune adolescent, Oz s’était mit à la danse juste pour énerver encore plus son paternel, qui lui ordonnait sans arrêt de se concentrer davantage sur ses études. S’il s’était avéré ma foi doué et qu’il avait apprit à y prendre goût, il savait que pour Sila, c’était une véritable passion et qu‘elle pourrait en faire un métier. Comme il savait bien que ses parents s’y opposaient fortement. En tous les cas, l’explication était plausible. Il ignorait la teneur de la dispute, mais pour le moment, il ne voyait pas l’intérêt d’insister. Surtout que Sila eut tôt fait de retrouver le sourire et de sauter à bas du comptoir, pour lui demander le numéro de sa chambre afin de s’y installer. Ah et il devait déjà l’amener au Jumble ce soir ? Décidément. Oz leva une nouvelle fois les yeux au ciel.

    - Chambre 61.

    Il décolla son verre de la surface du comptoir et se détourna pour s’adosser au meuble, l’air toujours aussi nonchalant, un coude toujours appuyé contre la surface. Il apportait le verre de ce qu’il croyait être de la vodka à ses lèvres lorsque Sila reprit la parole, alors qu’elle partait vers les escaliers.

    - Oh et tu devrais vraiment arrêter de boire si tôt dans l'après midi. Même toi ça va te flinguer de boire ce verre là trop vite.

    Une expression blasée passa sur le visage d’Oz, alors qu’il décrochait un regard arrogant et un tantinet méprisant à la demoiselle. Mais voyons, elle le prenait pour qui ? Il n’était pas n’importe qui, justement, enfin. S’il voulait boire de l’alcool, il en buvait, point. Et ceci à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit. Présomptueux, le Oswald ? Toujours. Il lui arrivait bien souvent de se « flinguer » en buvant trop et trop vite, et ceci depuis longtemps, mais cela ne l’empêchait pas de boire. Ni mêmes les gueules de bois et les affreux mal de crânes qu’il se tapait les lendemains de cuite ne l’arrêtaient pas. D’une nécessité pour oublier, la boisson était devenue une habitude sans être une obsession. Il lui arrivait de boire du café, également, et peut-être des sodas, mais à moindre mesure. L’alcool, çà restait tout de même LA boisson. Et qu’on le dise alcoolique ne le dérangeait pas, en vérité. Oz eut donc un haussement d’épaules désaffecté, apporta le verre à ses lèvres et esquissa un petit sourire goguenard.

    - C‘est gentil de s'inquiéter.

    Typique. Et Oz percuta que ce qu‘il était en train de boire n‘était pas de la vodka à peine une fois qu‘il eut avalé une première gorgée. Il se mit soudainement à recracher ce qu’il reconnut comme de l‘eau et qu‘il avait dans la bouche, comme si ce qu‘il venait d’avaler était une mixture royalement infecte, indigne de sa bouche divine. Ce qui était à peu près çà pour lui. Oui, Oswald Roland détestait l‘eau. Ou plutôt boire de l‘eau, vu qu‘il adorait prendre des douches, à contrario. Grimaçant, révolté, dégoûté, Oz s‘essuya la bouche d‘un revers de la main et leva les yeux sur le coupable, soit Vasco Fair en personne, tenant toujours le verre d‘une main. Il le fixa d’un air proprement scandalisé, les sourcils froncés et le regard assassin. Derrière le comptoir, l’aubergiste leva une nouvelle fois les yeux au ciel en claquant la langue contre son palais d’un air irrité, comme s’il pressentait déjà ce qui allait arriver.

    - Roland…
    - Tu n'es qu'un… putain d'enfoiré.

    Sur ces derniers mots pleins de charme, Oz détendit le bras dans un geste élégant, rapide et efficace pour balancer le reste du verre d‘eau à la tronche du jeune homme blond, un peu comme ce dernier l‘avait fait avec un certain verre de jus de pomme au même endroit, lors de leur toute première rencontre. Puis l’air dédaigneux et offusqué, il posa d’un geste brusque le verre vide sur le comptoir, alors que ce cher Pop se retournait, proprement exaspéré.

    - ROLAND !
    - Il a voulu m'empoisonner avec de l'eau, bordel de merde !

    Oui, Oz se demandait toujours sincèrement comment les gens pouvaient boire de l’eau. C’était dégueulasse, non ? A son compte, cela l’était complètement. Se détournant d‘un air hautain de Pop, l‘adorable gosse de riche s‘approcha de Vasco pour le chopper par le col d‘un geste brusque et le fusiller proprement du regard.

    - Si tu tiens tant que çà à ce que je te pète la gueule, tu n'as qu‘à demander, Fair.

    Petite scène typique d‘un jour comme un autre de l'histoire fabuleuse d‘Oswald Roland et Vasco Fair dans le monde merveilleux et enchanteur de l’Auberge de Sannom, somme toute. Comme toujours. Ah et sinon je vous assure, ils s'adoraient vraiment.
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Ven 26 Mar 2010 - 22:06

    Alors, voilà que le chou de Vasco venait de le flinguer des yeux pour cette appellation somme toute familière. Si Vasco avait l’habitude de se faire fusiller du regard pour un peu tout et n’importe quoi, il ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi Oz ne s’était toujours pas habitué au « mon chou ». Encore, s’il l’avait appelé « ma petite fleur des monts sauvages de Spirifex »… Oh, quelle idée cool, tient ! Suicidaire le Vasco ? Mais non. Il ne s’agissait que d’une idée, après tout. Il n’avait jamais dit qu’il la mettrait en œuvre. Mais cela restait tentant. Pour l’instant, il écoutait Sila. Fuguer à quinze ans… Il pourrait dire que ça faisait jeune, de quitter sa ville, ses racines, sa vie, à quinze ans. Il y songea franchement, à vrai dire. Mais il savait combien telle parole serait hypocrite, de sa bouche. Parce que c’était à quinze ans qu’il quitta son foyer, lui aussi. Pas vraiment à la suite d’une dispute. Quoi que. C’était assez complexe, dans son cas. Bref. Son air un peu perdu à la suite de cette histoire de fugue disparu au plus vite. Son intérêt revint tout entier sur les paroles de Sila plutôt que sur ses propres pensées, trop sombres, dans lesquelles il ne préférait pas s’abîmer. C’était tellement plus simple de faire semblant de rien et de continuer à sourire en écoutant attentivement la demoiselle…

    Par ailleurs, son expression de nouveau joviale se mua soudainement en franche surprise. Passer pro ? En quoi donc ? Etant lui-même un artiste, cela l’intéressait énormément, d’autant plus qu’il trouvait Sila vraiment charmante et donc d’autant plus intéressante. Il brûlait de la connaître mieux. A vrai dire, c’était le cas pour tous les gens qu’il appréciait, ou presque. C’était le cas pour Oz, par exemple, car il en connaissait bien peu sur lui. Mais d’ordinaire, il n’était pas nécessairement aussi curieux face à une inconnue, aussi charmante soit-elle. Sila devait avoir quelque chose de particulier, outre son lien avec Oz qui intriguait Vasco, pour qu’il ressente un tel désir de mieux la connaître et de la protéger. Si Vasco aimait bien les gosses de riches ? Il semblerait que oui, si l’on prend l’exemple des deux personnes qui l’entouraient actuellement. Mais bien entendu, Vasco n’avait que faire des origines sociales de son entourage. Donc, son affection pour Oz restait assez inexpliquée du ait que ce dernier soit tout bonnement détestable, et celle qu’il ressentait envers Sila du fait qu’il ne la connaissait que depuis quelque minutes. Bref, il avait hâte de pouvoir lui demander dans quel domaine elle comptait passer pro. Mais pour l’instant, elle devait avoir besoin de se reposer de son long voyage… Koliam, ce n’était pas tout près. La distance devait être équivalente à celle entre sa propre ville natale et Sannom. C’est alors que Vasco saisit quelque chose… Avant que Sila n’arrive, il ne connaissait même pas le nom de la ville où avait grandit Oz… Le cafard s’insinuait dans son esprit, dissimulé par son sourire quasi-constant.

    Pour ne pas se laisser envahir par le blues qui se logeait dans sa tête, le rockeur se concentra sur la plaisanterie qu’il avait faite à Oz. Il se demandait comment l’ado le prendrait ; avec dignité, feignant de rien ? C’était la réaction si peu drôle qui plairait le moins à Vasco. N’allez pas non plus croire qu’il adorait qu’Oz lui gueule dessus : seulement il préférait cent fois qu’Oz ait une réaction quelconque. L’artiste guettait donc, la conversation entre les deux autres ne le dérangeant nullement, bien entendu, et il restait attentif à ce qui se disait. Il prenait son mal en patience. Mais il avait terriblement hâte de voir Oz boire de l’eau devant lui, certainement pour la première fois. Vasco fit mentalement un éloge de Sila, en même temps. Cette demoiselle était vraiment courageuse de venir vivre loin de chez elle, loin de son monde doré, avec Oz qui plus est ! Parce que, elle le connaissait, pas vrai ? Oui, forcément. Elle avait une place dans le passé et dans l’avenir de Roland fils que Vasco n’aurait jamais, pensait-il. Il ne savait pas du tout combien Oz tenait à lui, que c’était bien pour cela qu’il n’était pas mort à l’heure qu’il était pour les nombreux affronts déjà réalisés… Quoi que, sur le fait qu’il demeure miraculeusement en vie, attendons la suite des évènements avant de nous prononcer. Bref. S’il enviait Sila, la jalousait d’une façon ou d’une autre ? Non. Elle faisait partie du passé et du futur d’Oz, et pas lui. C’était tout, il n’y avait pas à chercher une quelconque jalousie. Juste une certaine forme de tristesse, peut-être… Car elle lui faisait réaliser qu’il n’était rien, qu’il était seul dans cette ville, la capitale. D’un autre côté, il était profondément heureux pour Oz qui avait ainsi eu quelqu’un sur qui compter, et qui aurait de nouveau une personne sur laquelle il pourrait se reposer s’il en avait besoin. Et au fond, c’était bien ce qui comptait le plus aux yeux du chanteur.

    Quoi qu’il en soit, il dû retenir un phénoménal mais doux éclat de rire aux dernières paroles de Sila. Qu’elle ne s’inquiète donc pas, Vasco avait les choses en mains – chose qui, avouons-le, n’était pas faite pour rassurer Oz. Ou du moins le rockeur avait pour cette fois momentanément empêché Oz de se saouler à l’ivresse… Cet éclat de rire, il ne le contint plus alors que notre Oswald national rejetait la gorgée d’eau qu’il venait de glisser entre ses lèvres ? Un « putain d’enfoiré », hein ? Okay, mais un putain d’enfoiré très fier de son coup. Bon, au moins, il cessa de rire alors qu’il se prit une belle petite douche. Enfin, qu’Oz lui versa le contenu de son verre dessus, quoi. Si cela lui rappela quelque souvenir, plus ou moins bons ? Bien sûr ! Non seulement Sila leur avait demandé comment ils s’étaient rencontrés peu avant mais il s’agissait en plus pour Vasco d’une scène inoubliable. Il s’estima alors plus chanceux qu’Oz : le jus de pomme, ça collait, pas l’eau. Si Vasco eu le reflexe de se protéger de ses bras en remarquant le mouvement d’Oz ? Pas du tout. En fait, s’il leva les bras, ce fut pour protéger le manche de sa guitare, qui dépassait de son épaule. Pour lui, qu’il soit mouillé n’avait aucune importance. L’essentiel, c’était que sa précieuse guitare n’ait rien. Malgré l’eau glacée qu’il venait de se prendre en pleine figure, il dû se faire violence pour ne pas repartir dans un fou-rire hallucinant. Empoisonner avec de l’eau ? Oz planait carrément. Enfin, non, il ne devait juste pas se rendre compte du ridicule de ses paroles. L’idée de rire de nouveau s’évanouit alors qu’Oz le saisit violemment par le col pour… Eh bien, une fois n’est pas coutume, le menacer. Vasco ne perdit pour autant rien de son sourire, ne tenta pas de se libérer. Par contre, geste annonciateur des prémices de sa mise à mort, il laissa doucement sa guitare glisser le long de son bras pour la saisir et la poser contre le bar. Et voilà, prendre la parole, maintenant.


    « Je m’en passerais bien, ma petite fleur des monts sauvages de Spirifex ! »

    … Suicidaire, assurément. Oui, il savait qu’il risquait sa vie sur ces mots, lâchés d’un ton guilleret. Il le savait avant même d’ouvrir la bouche. Et alors ? Vasco pensait que, puisque même lorsqu’il était plus ou moins innocent, il finissait par se prendre de belles droites de la part de son adorable gosse de meilleur ami, autant en profiter pou s’amuser un peu ! S’il écourtait sa vie en suivant cette philosophie ? Ouais, peut-être. Et peut-être même qu’Oz allait se faire un réel plaisir de le tuer dans l’instant au nom de cette ultime provocation.



[Kit  by Ozouzou.]


Dernière édition par Vasco Fair le Dim 25 Juil 2010 - 11:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 24 Juil 2010 - 11:57

    Inconscience... Il est incroyable de constater à quel point Sila incarnait cette notion à la perfection. Se rendait-elle véritablement compte de ce qu'elle faisait ? Que ses actes auraient des répercussions violentes et sans doute irréversibles ? Assurément non. Le sens des responsabilités lui était totalement inconnu. Elle agissait par caprice, dans l'instant, impulsivement. Elle se jetait à corps perdu dans les événements sans chercher à en saisir l'ampleur ou la complexité. Sila ne prétendait même pas avoir un poids quelconque sur son avenir. Elle se contentait de le vivre, en acceptant les joies qu'il lui offrirait tout comme les déconvenues. D'ailleurs, l'aurait-elle voulu qu'elle n'aurait sans doute pas été capable d'y changer quoique ce soit. Cette fraicheur et cette innocence faisait son charme, sans jamais altérer son caractère optimiste et jovial malgré les déceptions ou les peines qui pouvaient en découler parfois. Oui, Sila était une jeune fille inconsciente, vive, douce et innocente. Elle était de ces gens qui ne saisissent pas forcément tous les enjeux d'une situation mais ne reculent jamais quand vient le moment d'y faire face. L'hésitation l'avait longuement torturé mais maintenant elle était redevenue sereine, laissant sa curiosité et son naturel reprendre le dessus sur ses angoisses. Elle ne savait pas ce qui l'attendrait dans cette nouvelle vie dont elle ignorait tout, c'était vrai. Elle ne savait pas ce que pensait le jeune homme qui l'avait abandonné il y a deux ans, c'était vrai. Elle ne savait même pas, en arrivant dans le couloir de l'étage, le drame qui se jouait dans la grande salle de l'auberge entre le gosse de riche insupportable et le rockeur ambulant suicidaire. Sila devait bien avouer qu'elle les avait fui. Pour ne pas répondre à d'éventuelles questions bien sûr mais aussi pour intégrer doucement qu'elle venait de retrouver Oz. Pour ne pas avoir à affronter les deux années de silence qu'il y avait entre eux mais aussi pour ne pas laisser ses yeux s'attarder sur le grand blond qui semblait s'entêter à se lier au brun. Comme elle ? Elle ralentit légèrement la cadence, les doigts toujours collés au mur pour le plaisir de sentir la caresse du papier peint au fil de sa marche.

    C'était un acte spontané, parfaitement irréfléchi, totalement instinctif. Elle s'était enfuie de chez elle par pur caprice, sur un coup de tête, dans le seul but de s'affranchir de ses obligations de petite fille gatée et de prendre son destin en main, peut être même pour blesser ces parents qui ne la considérait pas tel qu'elle pensait le mériter. Elle avait voulu se lancer passionnément dans la création de cette personne qu'elle désirait être à tout prix. Danser pour exister et profiter de son existence... Alors pourquoi avait-elle filé chez le fils Roland ? Il était hors de question qu'elle admette l'idée qu'elle avait besoin de lui et qu'elle ne pourrait certainement jamais être tout à fait indépendante. La solitude et les difficultés lui pèseraient trop et ses velléités d'indépendance se verraient détruites en même temps que ses résolutions d'adolescente en pleine rébellion. Toutefois, il lui semblait discerner ce qui avait guidé ses pas. Même si elle avait craint sa réaction, même s'il s'était inexorablement éloigné d'elle, même si les liens qu'ils avaient pu avoir n'existaient plus, il ne lui avait jamais fait faux bonds. Jamais... Un souvenir rejaillit dans sa mémoire, suspendant sa respiration dans un regret ému et coupable. Même lorsqu'il comptait partir, alors qu'il savait qu'il la laisserait seule et la blesserait, il lui était venu en aide. Une aide qu'elle n'avait toujours pas remercié... Sila releva enfin la tête, plus pour échapper à ces pensées qui la torturaient que par réelle nécessité. Du moins était-ce là son avis lorsqu'elle réalisa qu'elle avait dépassé la chambre d'Oz d'une dizaine de numéro. Inutile de préciser que Sila Jones était aussi particulièrement distraite par moment... La jeune fille revint sur ses pas, s'arrêtant devant la porte avec une légère excitation mêlé de curiosité. Elle posa sa main délicate sur la poignée, l'autre contre le bois tendre, puis exerça une pression légère, goûtant à d'autant plus de plaisir qu'elle prenait largement tout son temps pour une action qui n'aurait pu prendre qu'une poignée de seconde.

    Elle entra en se sentant comme une intruse, tirant sa valise derrière elle. Alors c'était ici qu'il vivait ? La chambre était spacieuse mais raisonnablement. Une large fenêtre donnait sur la rue mais les battants étant refermés, l'on ne distinguait que bien faiblement les bruits qui en provenaient. Malgré que l'on soit en pleine hiver, la lumière qui filtrait à travers les vitres embuées restait importante bien que froide. Un lit, collé contre le mur était défait alors que ce qui ressemblait à un gilet trainait à son bord septentrional. A moitié caché sous le lit on distinguait une chaussure orpheline, sa consoeur ayant d'ores et déjà certainement rejoint les moutons plus avant sous le meuble. Une grande armoire ouvrait l'une de ses portes sur la chambre, vomissant ci et là des vêtements pour certains proprement rangés et pour la plupart amateurs d'un anarchisme débridé. La table de nuit offrait la vue d'un livre partiellement recouvert de colliers et de bracelets de différentes natures. Au fond, une commode qui servait aussi de bureau était encombré de divers babioles allant des courriers à l'enveloppe déchiquetée, à la montre luxueuse pitoyablement abandonnée sur place, en passant par un manteau jeté en travers de la chaise. La porte de la salle de bain n'était qu'entrouverte mais l'on distinguait suffisamment le lavabo pour réaliser que le même bordel y régnait. En même temps, ils étaient des gosses de riches et avaient toujours eu des domestiques pour passer derrière eux. Il ne fallait pas s'étonner qu'ils donnent naissance à des porcheries chics. Outre l'apparence générale de la pièce cependant, Sila fut happée par l'odeur des lieu. Comment la qualifier autrement que par les deux lettres qui constituaient le diminutif du jeune homme ? Il y avait son parfum tiré d'une de ces marques hors de prix et qui ne constituait qu'un achat comme un autre à ses yeux. Un mélange à la fois suave et musqué, une fragrance incontestablement plaisante et loin d'être entêtante, comme si l'odeur était davantage suggérée... Il y avait son odeur propre aussi, celle qu'elle lui avait toujours connu et dont elle s'enivrait à chaque fois qu'elle avait enfoui son visage dans son cou. Un air flottant de shampoing ravivait le tout d'une odeur fraiche et mouillée qui n'était pas désagréable. Sila laissa ses doigts se balader sur les affaires jetées sans le moindre intérêt sur la petite table basse. Ses rêves délirants de petite fille riche l'avaient préparée à totalement autre chose mais à présent elle sentait qu'il n'aurait pas pu en être autrement. La jeune fille abandonna sa nostalgie passagère pour laisser sa vivacité de feu follet reprendre le dessus. N'avait-elle pas dit qu'elle s'installait ?

    En trois mouvements secs et rapides, la valise fut ouverte. La salle de bain accueillit une trousse de toilette dont il était à se demander si elle avait nécessairement besoin des matériaux de haute qualité dont elle était constituée. Les shampoings, crèmes et autres produits de beauté trouvèrent naturellement leur place sur le bord de la douche ou dans les placards. Inutile de préciser que sitôt qu'ils en seraient sortis, la jeune fille ne considèrerait pas du tout comme une priorité de les ranger à nouveau. L'armoire se vit partiellement réaménagée mais le grand talent de la demoiselle et sa grande expérience des voyages conduisirent à un résultat qui laissait autant à désirer que celui d'Oz. La valise vidée, elle la glissa sans état-d'âme sous le lit, ne sachant qu'en faire et parfaitement satisfaite de son installation dans ce qu'il conviendrait d'appeler un luxueux dépotoir. Sila s'empara d'un de ses jeans qui suivait ses fines jambes de danseuse sans épargner une seule de ses courbes, avant de chiper proprement l'une des chemises bleues de l'insupportable fiancé qui était le sien. Le plus naturellement du monde, elle se dirigea vers la salle de bain, d'ores et déjà chez elle. L'eau chaude lui fit un bien fou et elle se laissa aussi aller à la fantaisie de laver ses cheveux bien qu'ils n'en aient eu pas particulièrement besoin. Délassée de la fatigue de son voyage et surtout aussi fraiche que pimpante, elle revêtit sa tenue composite avant d'enfiler des bottines noires vertigineuses s'arrêtant à sa cheville. Se redressant, et comme toute princesse, elle s'admira dans le miroir. La chemise d'Oz étant bien trop grande pour elle, elle en avait retroussé les manches qui s'arrêtaient ainsi désormais juste en dessous de son coude, recouvrant près de la moitié de son avant bras. Une ceinture fine et élégante venait cintrée sa taille tout en relevant légèrement la chemise, rééquilibrant ainsi une silhouette diablement allongée par le jean et les talons hauts. Habituée à leur indiscipline chronique, elle préféra laisser ses cheveux lâchés pour une fois alors que déjà presque secs, ils recommençaient à lui tombé devant les yeux. Une petite collection d'accessoires minutieusement choisis et un maquillage très léger achevèrent de la mettre en valeur. Là, n'avait-elle pas l'air d'une jeune fille de la capitale ? Un jour il faudrait expliquer à Sila le mot simplicité et respect des affaires d'autrui...

    Lasse d'être seule et surtout affamée, elle redescendit dans un état d'esprit apaisé et particulièrement heureux. Ce qu'il y a de bien avec la simplicité c'est avant tout les petits plaisirs qui suffisent à nous offrir le bonheur. Enfin, si on entend par simplicité un luxe débridé... Sila descendit donc les escaliers, rayonnante. C'est fou comme on peut avoir l'incroyable sensation qu'elle contraste radicalement avec un certain brun ténébreux de notre connaissance quand un blond provocateur venait justement de le pousser à bout non ? Toujours avec cette inconscience qui la caractérisait, Sila n'avait absolument pas pris soin de détailler son nouvel environnement lorsqu'elle s'apprêta à prendre la parole pour exiger de Pop qu'il lui rende son assiette de spaghetti. Grand mal lui en fit... Une main au moins quatre fois plus grande que la sienne la saisit par le bras et l'attira brusquement contre le mur. C'est en voyant le séduisant jeune homme borgne et blond s'affaler précisément à la place où elle se trouvait une seconde plus tôt qu'elle comprit que l'aubergiste venait de lui sauver la vie. Un aubergiste qui avait deux mots à dire à un certain Oswald Roland concernant le chapitre sur la violence. Il lâcha le bras d'une Sila éberluée qui se penchait déjà pour aider le blond. Le géant se profila devant son client dans une attitude menaçante qui aurait pu effrayer n'importe qui. Très calmement, il posa une simple question, mais rien que le son de sa voix vibrait d'une menace explicite.

    - C'est fini maintenant ?

    La petite tête interloquée de Sila se profila juste derrière le bras de l'aubergiste qui aurait sans difficulté pu être une de ses cuisses. Elle dévisagea Oz d'un air curieux, à moitié choquée et à moitié interrogatrice. Elle regarda derrière elle le grand blond qu'elle tenait par la main, tout aussi choquée de son manque visible d'une colère quelconque. Puis elle revint vers Oz et le plus naturellement du monde :

    - Tu aurais pu nous faire mal.

    Ce n'était même pas un ton de reproche, juste une information prononcée avec l'incrédulité enfantine et légendaire de Sila et l'intonation légère des caprices mécontents d'une gamine pourtant dans le droit te tempêter contre vents et marrées qu'il méritait la peine capitale. Si Sila avait bon caractère ? Et comment... Comment pensez-vous qu'elle a survécu à Oswald Roland durant toutes ses années ?


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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 24 Juil 2010 - 18:35

    Suicidaire, le Vasco Fair ? Mais carrément, indubitablement.

    Oswald n’aimait pas l’eau, non. Oh, elle était bien mignonne et bien gentille dans le pommeau de la douche, dans une baignoire ou dans une piscine, certes. Mais dans un verre, quand il s’agissait de la boire… Non. Décemment non. Était-il le seul au monde à trouver complètement aberrant le fait que les gens boivent sans arrêt de l’eau ? Que pouvaient-ils bien trouver à ce liquide incolore et inodore, cette chose immonde à l’atroce goût de vieux ? Il y avait ce grotesque prétexte de survie élémentaire, le soit disant fait que l’être humain ne pouvait survivre sans boire de l’eau. Mais c’était que de la connerie, pas vrai ? Ouais, complètement ; de la daube pure et dure. Ou tout du moins, cet abruti de gosse de riche en était-il intimement persuadé. Alors oui, il n’appréciait guère la petite blague du blondinet qui lui servait bien trop souvent de punching-ball. Pire, c’était un affront. Il avait essayé de l’empoisonner, ni plus ni moins, oui. Pourtant - pourtant ! - dans un élan magnanime des plus admirables, dans un excès de bonté magnifique et altruiste, Oz aurait pu passer l’éponge. Il aurait peut-être collé une nouvelle fois son poing dans le ventre de l’artiste, mais il l’aurait lâché après cela, avec un air dédaigneux ou méprisant tout au plus, avant d’aller se chercher une boisson digne de ce nom, c’est-à-dire une vodka. Admirable de magnanimité, n’est-ce pas ? Certes. Seulement… Seulement, toute trace abstraite et supposée de magnanimité disparu intégralement de l’esprit d’Oz, alors que Vasco reprenait la parole, tel un masochiste qui suppliait allégrement que l’on le maltraite. Et çà, çà, vraiment, non, çà ne pouvait pas passer.

    - Je m’en passerais bien, ma petite fleur des monts sauvages de Spirifex !

    Bon, prenons dans l’ordre.

    Il s’en passerait bien, hein ? Mais cela, bien évidemment, Sa Majesté n’en avait strictement rien à faire. Alors non, inutile de s’attarder sur cette affirmation ridicule et inutile. Après, il y avait ce mot, là, Spirifex, qui l’agaça. Pourquoi ? Parce que ce mot ne trouvait aucune signification immédiate dans son esprit, et que par conséquent, il sonnait par défaut comme une insulte aux oreilles d’un gosse de riche rongé par la fierté et un peu trop susceptible. Qu’est-ce qu’il voulait, avec ces monts sauvages de machin, cet abruti de dégénéré peroxydé ? Il le cherchait, ou quoi ? C’était une insulte déguisée ? Un stupide code qu’il n’avait pas compris ? Les sourcils froncés, les mains rivées au col de Vasco, Oswald se le demanda, oui, pendant quelques furtives secondes. Et puis ces mots, ces horreurs, ce blasphème ozien, percutèrent enfin sa conscience avec la violence d’un poids-lourd terrien. « Ma petite fleur » ? Ma petite fleur ? Ma PETITE fleur ? Non. Il avait forcément mal entendu, pas vrai ? Etre suicidaire à ce point, c’était risible, aberrant, impossible. Déjà, ce stupide mot, là, « fleur ». Non mais sérieusement, il avait fumé quoi, cet imbécile, hier soir ? En quoi lui, Oswald Roland, gosse de riche exécrable, irascible, colérique et violent de son état, avait-il à voir avec une abrutie de fleur ? Une fleur ! Il fallait arrêter le délire, là. Mais ce n’était pas le pire, non. Le « ma » vrilla les oreilles délicates du jeune homme aux cheveux de jais, et déjà, ce fut trop pour lui, trop à assimiler, trop à supporter. De un, il n’appartenait à personne. C’était une évidence, une vérité générale, un fait établi. Il n’appartenait à personne, non, donc les adjectifs possessifs à son égard, on se les mettait où il pensait, pigé ? Rien que pour cela, il était hors de lui. Mais comme si çà ne suffisait pas, il fallait que ce soit MA. Même pas MON ? Comment devait-il prendre ce féminin sournoisement glissé dans la phrase, hein ? Bien, peut-être ? Non, indubitablement non. Mais ce ne fut pas le pire, toujours pas, aussi incroyable que cela puisse paraître - Vasco était vraiment, vraiment très fort, oui. Si toute cette phrase hérissa le poil d’un chat beaucoup trop prompt à sortir les griffes, le dit chat vit carrément rouge au son d’un mot, un seul, comme aurait pu le faire un petit décoloré, apprenti délinquant, de notre connaissance. Oz ne bougea pas tout de suite, ne desserra pas sa prise, et haussa lentement, dangereusement, un sourcil, ses yeux de pâle émeraude rivés sur l’impertinent, sur l’insolent, sur le suicidaire. Quelques secondes infimes mais menaçantes passèrent, le suspense atteignit son paroxysme, et les lèvres s’entrouvrirent, calmement.

    - …Petite ?

    Et le premier coup parti, tout seul, comme on aurait pu s’en douter.

    Ce fut une droite, tout d’abord, spontanée et impulsive, qui alla percuter la mâchoire du jeune homme blond. Un coup de poing réflexe, illustration parfaite de l’explosion d’un agacement devenu fureur, un coup de poing irréfléchi qui rendait la main douloureuse, les phalanges brûlantes. Non, là, c’était vraiment le mot de trop. Comprenons-nous bien. Oswald n’était pas aussi complexé qu’un certain Jimmy Foch au sujet de sa taille, non. Mais il n’empêche qu’il n’aimait pas, pas du tout, qu’on lui rappelle le fait qu’il n’atteignait même pas le mètre soixante-quinze. Quand bien même sa taille restait une taille raisonnable, il n’en avait rien à foutre. Comment pouvait-il assumer sa taille moyenne s’il côtoyait sans arrêt un mec comme Vasco qui atteignait injustement le mètre QUATRE-VINGT CINQ ? Non, il ne pouvait pas accepter çà. Surtout qu’il y avait encore une fois cet odieux féminin dans l’adjectif, et vraiment, çà lui vrillait les tympans. Si Oz était une petite brute impulsive ? Malheureusement, oui. Rongé par une colère constante, sourde et flamboyante, il n’avait guère souvent de contrôle sur cette fureur qui explosait sans prévenir, qui ne demandait qu’à se manifester. Un nouveau coup de poing suivi le premier, moins de cinq secondes plus tard, pour cette fois aller s’écraser dans le ventre de la pauvre victime qui l’avait cherché. Et dès que Vasco se plia en deux, la petite brute ayant mis suffisamment d’impulsion, la dite brute abattu alors son coude dans la nuque de celui-ci, jugeant visiblement que ce n’était pas suffisant. Oz pivota, agrippa la nuque de Vasco de ses doigts, et pliant brusquement la jambe pour balancer un brutal coup de genoux dans le flanc de ce dernier, prit ensuite son élan pour pousser violemment le blond contre le mur. Il eut un perfide sourire satisfait, au coin des lèvres, lorsque le choc sourd résonna agréablement à ses oreilles, et il n’eut pas le temps de faire trois pas qu’une masse se planta face à lui, le coupant brutalement dans son élan de violence.

    - C'est fini maintenant ?

    Pop s’était exprimé calmement, mais son regard, son attitude et son ton ne trompaient pas. La menace était plus qu’explicite, elle grondait, elle vibrait. Oz s’arrêta malgré lui, et leva la tête vers le géant aussi paternaliste que dur, le fusillant furieusement du regard, les yeux étincelant d’une lueur frustrée et rageuse, les poings serrés, silencieux. Il n’aimait pas çà. Il détestait çà, qu’on lui impose de manière aussi évidente une limite, qu’on lui ordonne implicitement mais sûrement d’arrêter quelque chose. De quel droit le gérant d’une imbécile d’auberge se permettait-il d’agir de la sorte envers lui ? De quel droit ? Il n’en avait rien à foutre, que la violence soit prohibée dans les établissements publics. Il voulait péter la gueule à Vasco, alors il le ferait. Personne ne l’en empêcherait, d’accord ? Personne n’avait le droit de décider pour lui, jamais. Sauf que… Sauf que c’était plus facile à dire qu’à faire, surtout quand un colosse menaçant contre lequel vous n’avez aucune chance vous barre la route, vous menace de la sorte, et surtout, vous regarde de cette façon, comme un père qui imposerait des limites à un fils récalcitrant. Oz avait terriblement envie de contourner l’aubergiste pour aller s'acharner sur celui qui avait bien trop tendance à lui servir de défouloir, mais il ne bougea pas. Il se mordit la lèvre, furieusement, tremblant de rage.

    - Salopard, va te…

    Le « faire » et le « foutre » s’évanouirent sur ses lèvres sans les franchir, et il se tut, soudain. Bon sang, pourquoi se dégonflait-il comme un ballon face à Pop, à chaque fois ? Il était si couard que çà ou quoi ? Oz n’en savait rien, mais toujours est-il que Pop n’eut pas besoin de faire un pas ; le regard suffit. Et le gosse de riche abandonna toute volonté de rébellion, pour forcer le passage et aller achever son œuvre. Si sa frustration perdurait, cuisante et difficilement supportable, la colère soudaine, dévastatrice et malsaine, elle, retomba aussi vite qu’elle était venue. L’œil noir et le dernier regard meurtrier adressé à Pop, où se mêlait vexation, frustration et haine, étaient les marques indélébiles d’une colère avortée ; mais le fait qu’Oz baisse légèrement le menton pour détourner la tête et regarder ailleurs, avec cette pudeur propre à la fierté bafouée, démontrait que oui, c’était fini, maintenant.

    - Tu aurais pu nous faire mal.

    La douleur pulsait de ses phalanges au même rythme que les battements furieux de son cœur. Oz pinça les lèvres un instant, fusillant du regard un ou deux clients au fond de la salle, laissa un soupir particulièrement agacé franchir ses lèvres, puis tourna enfin de nouveau la tête vers Pop, Sila et Vasco. Il n’avait pas vu que la demoiselle les avait rejoint, ni même qu’elle avait manqué de se faire percuter par un blond malmené. Il aurait pu leur faire mal, hein ? C’était quoi cette stupide accusation ? S’il avait frappé Vasco, ce n’était pas dans l’intention de lui faire du bien, qu’il sache, à moins que le dit blond soit réellement un masochiste. Et il n’avait pas fait attention, il ne faisait jamais attention, alors comment pouvait-il savoir que Sila était descendue et se trouvait malencontreusement dans la zone de bagarre ? Ce n’était pas sa faute, non. Alors pourquoi cette phrase l’agaçait-il autant ? Pourquoi le regard accusateur de Pop le dérangeait-il autant ? Pourquoi était-ce si mal de frapper Vasco ? Pourquoi les gens prenaient-ils toujours les choses de cette façon ? Pourquoi se mêlaient-ils de ce qui ne les regardait pas ? Pourquoi avait-il l’impression qu’on lui hurlait que c’était sa faute ? Pourquoi le dégoût et la lassitude remplaçaient sournoisement la colère et l’agacement bien-aimés, lentement ? Il n’avait rien fait. D’accord, il avait frappé Vasco, d’accord, ce n’était pas un comportement acceptable, mais il était comme çà, non ? Mince alors, c’était dégueulasse de le regarder de cette façon et de lui dire çà ; il n’avait PAS voulu faire du mal à Sila et n’en avait PAS fait, présentement, non, alors pourquoi avait-il l’impression de lire l’accusation dans chaque regard, chaque visage ? Parce qu’il délirait complètement, que personne n’avait dit que c’était sa faute, et que c’était lui-même qui se le disait, en vérité, peut-être ? Bordel, pourquoi ne le laissait-on pas se défouler comme il en avait envie, merde ? Il aurait pu faire mal à Vasco, d’accord, mais c’était ce qu’il avait voulu faire, non ?… En fait, il ne savait même plus. Là, il en avait juste marre. D’être comme çà. Pourquoi diable prenait-il aussi mal une remarque qui n’était même pas prononcée sur un ton de reproche, hein ? Pourquoi déchaînait-il toute sa violence sur Vasco alors qu’il ne supportait pas que quelqu’un d’autre y touche ? Pourquoi agissait-il de la pire des façons tout en étant très sensible au regard des autres ? Pourquoi sentait-il un agacement particulièrement douloureux pointer dans sa poitrine en voyant que Sila et Vasco se tenaient la main ? Et puis surtout, pourquoi tous ces pourquoi, alors qu’il n’en avait rien à foutre et qu’il s’empresserait de se réfugier dans sa forteresse pour y crever ? Franchement... Il avait un sérieux problème.

    - Je m’en fous.

    Et le mensonge pullulait, encore et toujours, il ne faisait plus qu’un avec le naturel, il trouvait parfaitement sa place dans le ton agacé et désabusé d’une phrase aussi simple. Oz tourna les talons, les sourcils froncés, pour s’éloigner de ces personnes qui perturbaient sa putain de tranquillité néfaste, sans rien ajouter de plus. Il avisa une bouteille de vodka qui trônait sur la table de deux trentenaires qui se tapaient la discute ; il la choppa au passage avec un naturel et un sans-gêne désarmants, tirant quelques billets de la poche arrière de son jeans et les jetant ensuite sur la table à la place de la bouteille, plus pour s’assurer une certaine tranquillité que par soucis de conscience, et poursuivit sa route. Il s’arrêta à une table libre, près d’un mur, tira une chaise et s’affala dessus, la mine sombre et agacée. Appuyé contre le dossier, les jambes croisées nonchalamment, il posa un coude sur la surface de la table, sa mâchoire reposant dans la paume de sa main, et leva la bouteille qu’il tenait dans sa main libre pour boire au goulot. Qu’on lui foute la paix. Toute son attitude criait ces mots. Qu’on lui foute la paix, qu’on le laisse tranquille avec ses mauvais choix, avec son mal, avec ses états d’âme. Il n’aimait pas quand tout partait en vrille. Et là, çà commençait déjà. Non. Tout était parti en vrille dès sa naissance, en vérité. Oz renversa la tête pour que l’arrière de son crâne repose contre le mur et ferma un instant les yeux. Peut-être qu’avec un peu de chance, quand il les rouvrirait, tout redeviendrait normal. Normal pour lui. Normal dans son monde. Sila ne serait pas venue tout bouleverser, et il n’aurait pas cette peur honteuse au fond des entrailles. Il se complairait dans son arrogance, et il ne se prendrait pas autant la tête pour des futilités. Il contrôlerait sa putain de vie, et il n’aurait pas l’impression de voir tout lui échapper. Ouais, peut-être. Mais non, en fait. Comme lorsqu’il avait fermé les yeux, plusieurs nuits, quand William était parti, et qu’il avait espéré fort qu’il revienne, comme un gosse : au final, on a beau espérer fort, quand on ouvre les yeux, l’implacable réalité est toujours là ; aucun frère ne revient, aucun père ne pardonne, aucune mère n’est là et on se demande toujours ce qu’on fout ici au juste.
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 24 Juil 2010 - 20:14

    La guitare était en sécurité et donc, Vasco Fair n’était nullement inquiet. Pardon, sa propre survie ? Bah… Ce n’était pas la première fois qu’il frôlait la mort des douces et toujours si délicates mains d’Oz, donc bon, il était persuadé de s’en tirer. Après tout, au pire des cas, il écoperait juste de quelques coups, rien de bien grave. Il réfléchit un court instant à ce qui, dans ses propos, mériterait le plus la peine capitale. L’adjectif possessif, sûrement. Quoi que… La métaphore florale ne conviendrait sûrement pas non plus à notre adorable petite brute. Petite. Ca non plus, ça ne risquait pas de plaire. A vrai dire, Vasco n’en avait strictement rien à faire. Il savait juste, durant ces quelques secondes menaçantes, lourdes, qu’il allait prendre cher pour avoir osé dire tout ce qu’il avait dit à l’instant. Et ça aussi, il s’en moquait. Après tout, il n’était pas le meilleur ami d’Oz Roland pour rien, non ? Sans forcément en avoir l’air, il savait généralement assez facilement quelles seraient ses réactions. Il agissait de la même façon que s’il les avait ignorées. Débile ? Peut-être un peu, oui, mais ce n’est pas vraiment une nouveauté, vous savez. Il y avait aussi le fait qu’il ne souhaitait pas réprimer ses actions et délires. Après tout, quel intérêt de s’autoproclamer meilleur ami d’Oz si ce dernier ne connaissait pas sa vraie nature, s’il devait se forcer à être différent pour lui plaire ? Vraiment, l’hypocrisie, c’était une chose dont Vasco était incapable. Certes, il pouvait être d’humeur plus sombre que ce qu’il affichait, parfois ; c’était toujours dans le but altruiste de ne pas attrister ceux qui tenaient à lui à cause de sa propre peine. Trop gentil, le petit Vasco ? Et comment… Demandez un peu à Oz à quel point cette part de la personnalité du rockeur lui plaît, voir jusqu’où il vous enverra paître. En plus de cette incapacité à se corrompre, Vasco comprenait peut être inconsciemment Oz plus fortement encore qu’il le croyait : il sentait toute cette colère, sans même en avoir conscience, et étant particulièrement solide, était donc là pour aider son meilleur ami à l’évacuer, sans même s’en rendre compte. Oui, il y aurait d’autres solutions pour cela, mais que voulez vous… Payer des cours de Yoga à Oz, peut-être ?

    Bref, Vasco s’attendait donc bien entendu aux coups. Et il ne serait donc pas déçu ! D’abord, un mot fut lâché, un seul, petit, qu’Oz avait tiré de la phrase de Vasco. Il n’eut même pas le temps de le comprendre vraiment que déjà, le premier coup partait pour atteindre la mâchoire du pauvre punching-ball par trop usé. Bon, au moins, si quelqu’un se mettait en tête de frapper Vasco devant Oz, cette personne se prenait toute la colère du gosse de riche… Quoi que, je ne sois pas sûre que ce soit des plus rassurants, mais bon. Au moins, le pauvre enfant – dans sa tête, il n’était encore qu’un gosse, oui – battu qu’était Vasco ne recevait pas trop de coup. Certes, Oz avait une réputation pour son penchant pour la violence qui n’était plus à faire, mais Vasco finissait par avoir l’habitude. D’ailleurs, il aurait très bien pu prendre le contrôle de la bagarre qu’Oz lançait, mais il ne fit rien, ne bougea pas. Non, il savait qu’il avait mérité ses coups, alors, il subissait jusqu’à ce qu’Oz se lasse. Surtout qu’apparemment, il l’avait mis fichtrement en colère. Alors que le poing du gosse de riche rencontrait le ventre du chanteur martyrisé, entre les pics de douleur, Vasco se demanda vaguement si la venue de Sila n’avait au final pas fait qu’accentuer la rage qu’il avait provoquée chez Oz. Il était près à subir, si c’était le cas. Rodé au coup ou alors un peu masochiste sur les bords, le blond souffrit tout de même de l’assaut quasi simultané à l’encontre de sa nuque – ce qui lui fit légèrement voir les étoiles – et de son flanc – ouille, il allait écoper d’un bleu magnifique, décidément. Un bleu de plus ou de moins, en fréquentant Oz tout les jours, Vasco n’était plus à ça près… Puis il l’envoya rencontrer le mur, et Vasco se bénit mille fois d’avoir reposé sa guitare. Imaginez un peu ! Si jamais il l’avait encore, sous son poids conjugué à la force avec laquelle son dos s’était cogné au mur… Elle aurait été réduite en poussière ! Et là, Vasco aurait vraiment assassiné Oz, il aurait demandé un couteau ou n’importe quelle autre arme à Pop, bref, il en aurait voulu toute sa vie au gosse de riche. Sa guitare, c’était vraiment un objet sacré qui, heureusement, n’avait pas pris par à la lutte.

    Alors qu’il retombait à côté de Sila, emporté par la force du choc, aveuglé par la pluie de coups précédente, Vasco attendit qu’Oz revienne à l’assaut. Oui, c’était le comportement le plus normal que pouvait adopter un Oz aussi enragé. Sauf qu’un protecteur céleste, un miracle pour la survie de Vasco, que dis-je ! Un ange, était intervenu. Oui, ceci est la vision Vasconienne de la chose, cela suffit-il à justifier les multiples exagérations ? Il venait vraiment de lui sauver la vie, arrêtant Oz sur sa lancée. Dans la même foulée, quelqu’un prit la main de Vasco. Encore un peu sonné, il regarda de qui il s’agissait. Sila, la fiancée d’Oz. Il lui adressa un gentil sourire, pas énervé pour deux sous, en effet. Il ne voyait pas trop pourquoi il s’énerverait, après tout. Il savait à quoi il s’exposait en disant ce qu’il avait dit, il assumait donc. Se relevant donc, plutôt péniblement malgré l’aide de Sila – il faisait de son mieux pour ne pas trop l’utiliser, sachant que sa haute taille s’accompagnait d’un poids conséquent, il reposa ses yeux sur Oz alors que Sila s’approchait de lui. Il ne put réprimer son sourire alors qu’elle prit la parole et que lui se massait la nuque, sous la douleur, justement. Car à lui, Oz avait fait vraiment mal. Mais puisqu’il jugeait que ce n’était pas grave… Il fronça tout de même subtilement les sourcils alors qu’Oz prétendait s’en foutre. Il voulait bien qu’il se moque complètement de le blesser, lui, Vasco Fair, punching-ball attitré, mais Sila… Alors même qu’elle semblait si importante dans son passé…


    « L’essentiel, c’est que vous n’ayez rien, Miss Jones. »

    Toujours charmant, le jeune Vasco, oui. Il laissa retomber sa main, récupéra sa guitare et jeta un œil sur Oz. Ca lui faisait mal de le voir comme ça, seul, certainement encore un peu énervé si ce n’est beaucoup, et avec sa propre peine qu’il ne comprenait pas, ne pouvait pas partager faute de confidences… Oui, ça lui faisait mal. Aussi, reposant d’un geste vif sa guitare sur son dos, il s’avança jusqu’à son jeune ami, inquiet pour lui. Oui, il venait de le tabasser, et il serait encore en train de lui taper dessus à l’heure actuelle si Pop n’avait pas été là, mais que voulez-vous… Vasco pardonnait très facilement, voire trop facilement. Ainsi allait-il. Il marcha jusqu’à Oz, donc, et… Se pencha pour déposer un baiser sur le front d’Oz. Un geste simple, sans un mot, pour lui dire de se calmer, qu’il ne lui en voulait pas, et pour demander le pardon aussi, doucement. Pour alléger sa peine et le poids de sa colère, pour lui dire qu’il était là, tout simplement.


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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Jeu 29 Juil 2010 - 21:28

    L'insulte mourut dans la gorge du gamin qui lui faisait face dans un mélange de renoncement furieux et de frustration mal contenue. Toutefois, le regard dur, accusateur, mais surtout bienveillant que l'aubergiste lui lançait ne s'en trouva nullement atténué. Ce genre de scène n'avait rien de nouveau ou de particulièrement exceptionnel. Oz n'était qu'un adolescent, presque un jeune homme, incapable de se contrôler. Il cédait vite, trop vite, à une fureur qu'il ne savait exprimé que dans une explosion de violence où la brutalité se partageait bien souvent à la gratuité. S'il dépassait les bornes ? Allègrement. Il les dépassait avec une impunité arrogante et une assurance désarmante. Tellement harcelé par un sentiment d'impuissance, tellement convaincu d'être une victime qu'il ne trouvait d'autres moyens de fuir ce sentiment que par la vengeance. Ainsi, Oz était capable de s'imposer et de faire valoir le moindre de ses caprices. Ainsi, il se donnait l'illusion d'avoir rétabli l'ordre naturel des choses. Masquant la moindre faille permettant de l'atteindre derrière le mépris, l'arrogance, la colère, l'impertinence... ce sale caractère qu'il aimait entretenir pour, encore et toujours, se retrouver seul. Comme à cette table qu'il venait de se choisir avec pour seul compagnon une bouteille d'alcool. Comme s'il tenait à se mettre hors d'atteinte, à oublier... peut être à oublier sa propre culpabilité. L'aubergiste soupira avec lassitude. Et cet autre imbécile, celui qui provoquait tout aussi gratuitement bien que rien n'eut mérité un tel châtiment. Il était aussi insouciant et lunatique que l'autre était brutal et arrogant, c'était dire. Pourtant il était plus âgé, plus mûre aussi, on le sentait dans sa façon d'être parfois. Il était surtout plus tendre et attaché à leur étrange amitié, même s'il ne cessait de se prendre des coups. L'aubergiste soupira à nouveau. Pas un pour rattraper l'autre... Et maintenant il y avait la petite. Cette gamine pleine de vie, pétillante, et qui par conséquent n'avait rien à faire au statut de fiancée de l'autre bagarreur. C'était quelque chose qui le dépassait. Malgré lui, il ne pouvait s'empêcher de compatir au sort de cette enfant – tant d'innocence et de candeur réunie ne pouvait rappeler une autre appellation – qui se voyait soudainement projetée dans les pattes de ces-deux là. Une joyeuse petite bande ingérable qui était d'ailleurs projetée dans ses pattes à lui. Pop couva encore un instant le sale gamin d'un regard désapprobateur et paternel. Des gamins comme lui, il en avait vu quelques uns... et il savait qu'il n'y avait rien à faire tant qu'ils n'auraient pas décidé qu'il fallait changer quelque chose. Ça promettait pas mal de bagarres et pas mal de larmes en perspective ça encore... De toute façon, ça ne le regardait pas. Tant qu'il payait, tant qu'il parvenait à le maîtriser un temps soit peu, il n'avait pas à mettre son nez dans ses problèmes. C'est sur ces pensées pleines de sagesse que Pop balança son chiffon sur son épaule avant de pénétrer dans ses cuisines, superviser le travail de ses commis. C'était un homme droit et honnête, il n'avait pas à se mêler de ça. Malgré tout, le penser ne l'affranchissait pas de s'en mêler régulièrement. Il fallait bien que quelqu'un apprenne la vie à ces gamins-là...


    L'intervention de Pop, si elle fit une grande impression à Vasco sauvé par cette dernière, laissa Sila proprement sidérée maintenant qu'elle réalisait que Oz avait cédé devant un adulte et pratiquement sans que celui-ci ne fasse quoique ce soit. D'aussi loin qu'elle se souvienne, Oz avait toujours été ingérable. Qu'il s'agisse de ses professeurs, des adultes qui l'entouraient et, pire que tout, de son père, il n'en avait toujours fait qu'à sa tête. Certes, on ne s'attaquait pas à un géant aussi impunément que l'on pouvait prétendre mépriser son opinion. Mais dans ce cas, pourquoi n'était-il pas aller jusqu'au bout de l'invective qu'il avait entamé ? Pourquoi avait-il détourné le regard plutôt qu'insister avec la lueur de défi qu'il savait glisser dans ses prunelles d'émeraude ? L'évènement lui paraissait incroyable. Se pouvait-il qu'il accepte, du moins en partie, l'autorité de l'aubergiste ? Si cette pensée lui sembla immédiatement utopique, elle ne put s'empêcher d'y trouver de la pertinence. En réfléchissant, Oz ne pouvait pas faire absolument tout ce qu'il voulait. Il était plié aux mêmes règles de vie en société que les autres, même si cette société lui permettait dans une certaine mesure d'être marginal au point de préférer une bonne empoignade plutôt qu'une discussion responsable et mesurée. Par conséquent, il semblait normal qu'il se fixe lui-même des limites même si celles-ci n'avaient plus ou moins rien à voir avec celles communément admises. Avec un peu de chance, il devait réaliser que certaines d'entre elles coïncidaient avec le minimum vital pour vivre en société. Nul doute que sa fierté en était bafouée, tout comme elle venait d'être bafouée par l'intervention de l'aubergiste. Mais n'était-ce pas un prix légitime à payer pour grandir ? Elle réalisa qu'imperceptiblement, Oz avait évolué. En bien ou en mal ? Elle n'aurait su le dire. Les différences étaient trop subtiles pour qu'elle puisse en juger aussi vite. Toutefois, il était incontestable que le jeune homme qu'elle avait sous les yeux n'était pas exactement le même qu'il y a deux ans. Comment aurait-il pu en être autrement ? Il avait vécu d'autres choses, avait fait d'autres rencontres, avait grandi avec d'autres données. Évidemment, son caractère initial perdurait farouchement mais il se nuançait d'autres apports...dont elle ignorait tout. Constater brutalement qu'elle le connaissait encore moins bien que lorsqu'ils s'étaient quittés la plongea dans un étrange sentiment de tristesse et d'abattement réunis. Elle connaissait l'origine de son mal être, elle savait ce qu'il avait vécu et ce qui l'avait forgé ne serait-ce qu'en partie. Pourtant en cet instant, elle ne vit que le fossé qui les séparait encore et toujours, celui qui n'avait fait que s'élargir jusqu'à paraître insurmontable.


    - Je m’en fous.


    Sila sentit son estomac se nouer dans une douloureuse prise de conscience. C'était vrai... qu'avait-il à faire d'une gosse dont il avait toujours pensé qu'elle lui pourrissait la vie et qui revenait comme une fleur pour s'immiscer dans celle-ci ? Si ça se trouve, elle n'avait fait qu'entretenir des illusions durant toutes ces années. Avait-il réellement montré la moindre sympathie ? La moindre gentillesse ? La moindre attention à son égard ? Lors de leur première rencontre, il n'était qu'un enfant mais n'avait-elle pas déjà perçu le mépris, la colère, le flegme de ceux dominés par l'agacement ? De tout ce temps qu'ils avaient passé ensemble, que ressortait-il à par sa prévenance, sa sollicitude et sa douceur à elle et son indifférence, son inconstance et son mépris à lui ? Non, il y avait eu Danny. Il ne l'avait pas laissée tomber. Il était venu l'aider. Il s'était battu pour elle. Lorsqu'il était parti, il était venu lui parler. Il avait eu cette attention. Mais n'était-ce pas qu'une condition de son père pour le laisser partir ? Lorsqu'il avait pris sa défense, n'était-ce pas pour le seul plaisir de devenir un héros ? Comment pouvait-elle deviner ce qui était sincère chez lui et ce qui ne l'était pas ? Comment pouvait-elle faire la part des choses entre ce qu'il montrait et ce qu'il ressentait vraiment ? Elle croyait le connaître, elle avait toujours cru le connaître mais cette certitude s'effondrait maintenant, broyée dans l'étau de ses craintes et de ses espoirs. Qui des deux mentait ? Celui qui s'enfermait dans la solitude et semblait haïr le monde entier ou celle qui cherchait désespérément à se raccrocher à la moindre attention pour ne pas se sentir vide, pour exister un temps soit peu dans le regard des autres ? Lequel des deux se mentait et se voilait la face ? Lequel des deux était un monstre d'égoïsme ? Sila posa inconsciemment sur Oz un regard chargé de détresse et de regrets. Celui d'être revenue bouleverser l'univers qu'il s'était construit loin de chez eux, surtout loin de son père, surtout... loin d'elle. Elle entrouvrit les lèvres pour répondre quelque chose, n'importe quoi. Elle aurait voulu faire valoir son droit à ne pas être ainsi ignorée, à ne pas être ainsi méprisée, à ne pas être ainsi laissée de côté alors qu'elle n'avait que quinze ans, alors qu'elle venait de tout quitter pour une existence incertaine, alors qu'elle se trouvait démunie, fragile, effrayée. Aucun son ne franchit ses lèvres fines et rosées, juste le léger mouvement de celles-ci avait trahi son intention de répondre. Une intention illusoire. Elle ne trouvait rien à lui dire. Qu'y avait-il à répondre à cela ? De toute façon, elle était incapable de traduire par des mots tout ce qu'elle pensait, toutes ces questions qui s'entrechoquaient dans son esprit et achevaient de la déstabiliser. Ses parents l'avaient rejetée et ne la considéraient que comme un fardeau. Ses amis n'étaient que des relations de surface qui se seront bien vite remis de son départ. Les seules personnes qui avaient un temps soit peu comptées pour elle avaient disparu, comme cette prof de danse qui l'avait formé dès son plus jeune âge. Il n'en restait plus qu'une : Oz. Non, en fait, il n'en restait plus du tout. Lui aussi la rejetait et la méprisait. Elle était seule, définitivement et indubitablement seule...


    Sila sortit de sa torpeur quand un autre choc l'atteignit avec la même violence. Elle sursauta en papillonnant des yeux, comme si ce qu'elle voyait ne pouvait pas avoir lieu. Rectification : ça ne pouvait pas avoir lieu ! Le jeune homme blond, celui-là même qui prétendait être son ami, celui-là même qui venait de se faire ruer de coups... Vasco venait de se pencher vers Oz avant de déposer un baiser sur son front, dans une attitude... amicale ? réconfortante ? salvatrice ? C'était un signe de pardon et de soutient, inébranlable. Sila se trouva encore plus paralysée que précédemment, comme si elle en était davantage blessée, comme si cette vision-ci lui était insupportable et l'atteignait au plus profond de son cœur. Il n'avait pas le droit... Elle sentit des larmes poindre tout en se demandant pour quelle raison elle se mettait dans un pareil état. Il n'avait pas le droit ! Elle croisa ses bras sur sa poitrine, toujours à contempler la scène de loin, toujours en retrait, toujours...seule. Il n'avait...pas le droit... Comment avait-il pu prendre sa place aussi impunément ? Comment pouvait-il se permettre d'agir ainsi alors qu'il aurait du être blessé ? Comment pouvait-il se montrer si fidèle et dévoué alors même qu'elle n'était que doute et résignation ? Cela voulait-il dire qu'il avait l'habitude de faire les frais du mauvais caractère d'Oz ? Que par conséquent, Oz l'acceptait à ses côtés, ne serait-ce qu'en partie ? Sa gorge se serra et elle dut véritablement faire un grand effort pour qu'aucune larme ne glisse sur sa peau satinée, aussi légère et fragile qu'elle l'était elle-même. Il la rejetait mais l'acceptait lui. C'était une évidence. Une évidence qui lui était atrocement douloureuse à accepter. Une évidence qui la confortait dans son opinion d'inutilité, d'impuissance et de remords. Dans une lueur de pertinence et de logique, une autre question s'imposa à elle avec une force qui la bouleversa. Était-elle...jalouse ? Durant une folle seconde d'indécision quand à la réponse à fournir, elle se sentit plongée dans un gouffre d'inquiétude et de déception. Puis, fermement, résolument, elle se reprit en main. Jalouse ? Ridicule. Comment pourrait-elle être jalouse ? La jeune fille ferma les yeux et respira un bon coup, laissant ses larmes refluer en même temps qu'elle tentait de s'en convaincre. Elle aurait voulu qu'il ne soit jamais parti, elle aurait voulu qu'il ait partagé avec elle ses peines et ses doutes, elle aurait voulu se tenir là-bas à la place de Vasco, elle aurait voulu être capable du même courage et de la même assurance, elle aurait voulu être la seule à pouvoir jamais le réconforter, elle aurait voulu qu'il la réconforte, aussi... Mais non. Non, puisqu'elle n'était pas jalouse. Puisqu'elle l'avait décidé au mépris de toutes les autres évidences qu'elle choisissait désormais d'ignorer soigneusement. Si elle l'avait aimé un jour, ce n'avait jamais été autrement que sous les traits d'un éventuel ami. Éventuel, parce que cette amitié ne s'était jamais concrétisée. Éventuel, parce que ça lui permettait aussi de ne pas avoir à choisir. Éventuel, parce qu'elle pouvait se faire à l'idée que ça n'arriverait jamais. Et ne pas souffrir... pas autant qu'elle souffrait maintenant.


    Doucement, elle laissa retomber ses bras le long de son corps, elle fit le vide dans un esprit agité et affolé, elle calma ses craintes tout comme sa respiration. Les choses étaient ce qu'elles étaient. Ce n'était pas elle qui allait les changer par le simple pouvoir de sa volonté. La seule chose qu'elle pouvait faire était de choisir la torture qui lui serait la plus supportable et sur cette question, le choix était vite fait. La solitude, Sila ne la supportait pas. Plus que tout le reste, elle se savait incapable d'y survivre. Seule ? A quinze ans ? Dans Sannom ? Non. Elle ne prendrait pas ce risque, elle ne prendrait pas le risque de réaliser son rêve si elle était toute seule, elle ne prendrait pas le risque de se confronter à toutes les difficultés que lui promettait la vie qu'elle s'était choisie, seule. Dans ce cas, il ne restait qu'une solution. Une solution qui n'en était pas une, mais une solution qui la préservait, un peu. Venir ici avait été une bêtise. Celle d'une gamine en quête de repères qui s'était raccrochée au plus improbable d'entre eux. Elle le réalisait à présent. Grave et sérieuse, tout en restant elle-même, elle s'avança à la rencontre d'Oz. Elle savait ce qu'elle devait faire. Partir, tout simplement. Fuir cette réalité-ci qu'elle ne pouvait accepter et l'insupportable blessure qui l'accompagnait. Fuir un jeune homme qui loin de l'aider et de la réconforter, la blessait et l'abandonnait. Peut être pas à la manière physique dont il s'y était pris deux ans auparavant, mais il l'abandonnait malgré tout, et avec la même maladresse. Parvenue devant lui cependant, elle se sentit flancher. Les yeux d'abord braqués sur les siens, brillant d'un éclat d'un vert incroyable dans lequel elle aimait se perdre, Sila les baissa presque immédiatement. Elle se tenait à quelques pas seulement, timide et réservée, loin de son attitude coutumière. Cependant Oz devait se souvenir qu'elle pouvait aussi être ainsi, aussi désemparée et intimidée qu'elle pouvait être sûre d'elle et exubérante. Après tout, mis à part quelques adultes lorsqu'elle était plus jeune, n'avait-il pas toujours été la seule personne qui l'eut jamais impressionnée au point de la réduire au silence et de lui dicter la prudence ? Là encore, à peine remis de sa colère précédente, de l'humiliation de Pop et de l'impertinence de Vasco, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver intimidant. Elle espérait juste qu'il ne prenne pas la parole. Non, en fait, elle s'enfuirait avant de lui laisser le loisir de le faire. Si elle l'écoutait dire quoique ce soit, elle fondrait en larmes, elle le savait. Dans l'attitude même d'une personne contrite et pleine de remords sans pour autant laisser transparaître de la tristesse ou du ressentiment, elle prit la parole.


    - Je te présente mes excuses.


    Sa voix s'éleva et elle fut amplement satisfaite de constater qu'elle ne tremblait pas. En fait, elle était même étonnamment posée et assurée, signe tangible de sa résolution et de sa détermination. Elle poursuivit donc, sans toutefois relever les yeux, utilisant un style neutre qui aurait davantage convenu à leur monde d'apparats et d'hypocrisies malgré le tutoiement.


    - J'ai agi sans réfléchir et je me rends compte que c'était une erreur. Venir à Sannom était un caprice et j'aurais du être suffisamment mature pour le comprendre. Je vais prendre le premier train de la soirée pour être chez moi dès demain matin et m'expliquer auprès de ma famille, je suis sûre qu'elle s inquiète beaucoup pour moi. Si tu me le permets, je vais juste dormir un peu avant, puis je te laisserai tranquille. Je te promets que je ne te dérangerai plus. Je m'excuse encore.


    Des excuses, faites dans les règles de l'art. Elle avait juste trouvé l'aplomb nécessaire pour relever les yeux à la fin de sa déclaration, observant Oz avec une sorte de soulagement et de reconnaissance. Deux sentiments bien étranges compte tenu de la situation, deux sentiments intrigants mais qui justifiaient pleinement ses excuses pleines de réserve, de politesse et de respect. Dans leur monde, l'éducation tient une place primordiale et tout enfant fautif se doit de s'excuser avec l'attitude et le ton approprié, de reconnaître ses erreurs, sa part de responsabilité, de s'amender de celle-ci en prônant les choix à faire pour les assumer, de s'assurer que la personne qui recevra ces paroles ne puisse que s'en féliciter. Une seule chose peut être aurait laissé à désirer. Comme si sa famille s'inquiétait pour elle... enfin... elle n'était pas tout à fait juste. Elle s'inquiétait pour leur héritière, Sila en tant que personne propre n'avait aucune importance. Tout comme elle n'avait d'importance pour personne... Sila n'attendit pas qu'Oz réponde quoique ce soit. Nonobstant son attitude repentante et soudain distante, il était impossible de distinguer la moindre trace d'affliction ou de déception sur son visage. Alors qu'elle avait été blessée, bien aise eut été celui qui l'aurait deviné puisqu'elle leur avait caché jusqu'à ses larmes naissantes lorsqu'elle était encore troublée par le comportement de Vasco. En apparence parfaitement sereine, quoique s'éloignant à grands pas, Sila remonta l'escalier en se répétant qu'elle avait fait ce qu'il fallait. De toute façon il ne la retiendrait pas. Elle le savait. Elle le savait mais ça ne l'empêchait pas d'en avoir envie. Envie ? Ridicule. Elle n'était pas une petite timorée et bien gourde sur les bords qui s'amourachait d'un regard d'émeraude en occultant l'être infâme qui se dissimulait en dessous. Elle le savait, point barre. Et c'était même bien mieux ainsi. Elle entra dans la chambre, lasse de se justifier auprès d'elle même, lasse de se trouver des excuses, lasse de réaliser qu'il la détestait certainement. Non, pire que ça. La haine est déjà un sentiment fort et passionné. Tout au plus, elle n'avait droit qu'à son indifférence. Elle se laissa tomber sur le lit, assaillie encore une fois par l'odeur des lieux, si familière et pourtant hors d'atteinte. Tournée vers le mur, elle remonta la couverture sur elle tout en cherchant le sommeil...en vain. Comment aurait-elle pu dormir après tout ça ? Elle était harassée de fatigue mais incapable de fermer les yeux. Pourtant, elle resta prostrée sous la couette, sentant sa propre respiration renvoyée par le mur tout près de son visage. La faim aussi s'était envolée. Elle se serait bien sentie incapable d'avaler quoique ce soit de toute façon. Sila n'aurait jamais du venir, c'était une erreur. Alors pourquoi se sentait-elle si bien en sentant cette odeur ? Pourquoi se sentait-elle si mal en se disant qu'elle la quittait à jamais ? Mais surtout...


    ...Pourquoi son coeur battait-il si fort dans sa poitrine, lorsqu'après un moment, elle entendit la porte de la chambre s'ouvrir ?


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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Oz Roland
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Mar 3 Aoû 2010 - 21:39

    La boisson alcoolisée lui brûla la gorge et lui vrilla le crâne, implacablement. Sila avait eu parfaitement raison en le mettant en garde contre un verre de vodka à pareille heure de la journée, mais en vérité, il s’en foutait bien. Il était habitué aux effets de l’alcool, il était habitué aux maux de crâne, il était habitué à la douce torpeur de l’ivresse. Il s’y jetait à corps et cœur perdus, parce que ce poison liquide, finalement, lui permettait d’oublier. D’oublier toutes ces sombres pensées, d’oublier tous ces satanés regrets, d’oublier tous ces maux mal soignés. C’était néfaste et bénéfique à la fois, mortel et salvateur ; juste une échappatoire. La colère lui rongeait encore le sang. Elle bouillonnait sans cesse dans ses veines, en vérité, mais il y avait des fois, comme aujourd’hui, où il n’arrivait plus à la contenir. Il était en colère, oui. Contre la terre entière. Contre tous ces gens, contre tous ces bouleversements. Contre son père, contre son frère, contre sa mère, contre Sila, contre Vasco, et surtout, surtout, contre lui-même. Lui, c’était le pire. Il se détestait. Non. Il se haïssait. Mais que pouvait-il faire ? Il était hors de question de changer. Hors de question de devenir un tant soit peu normal et délicat. Hors de question de s’acquitter. Hors de question de pardonner.

    Oz se mordillait l’ongle du pouce, les sourcils froncés, dans un geste qui faisait écho au trouble de son esprit, lorsque Vasco s’approcha. Il ne le vit pas arriver tout de suite, occupé qu’il était à fusiller la bouteille d’alcool du regard comme si elle était l’incarnation-même de tous ses maux. Mais il ne s’étonna pas de le voir venir, en vérité. Parce qu’il n’y avait que lui de suffisamment suicidaire pour s’approcher d’un gosse de riche violent qui marquait clairement son envie de rester seul, pas vrai ? En fait, malgré sa colère et sa frustration, savoir que Vasco revenait vers lui apaisa la forme d’angoisse qui était apparue dans le maelström inexplicable de ses émotions. Il revenait toujours vers lui. Ou tout du moins, Oz espérait fortement qu’il revienne toujours. Car il ne pouvait s’empêcher de se poser cette question, invariablement, à chaque fois qu’il dépassait les bornes : et si jamais Vasco finissait par en avoir marre de lui, que deviendrait-il ? C’était le doute constant qui planait dans les méandres de son esprit, l’angoisse perpétuelle qui lui oppressait la poitrine. Parce qu’il finirait forcément par en avoir marre. Oz savait qu’il finirait par dépasser véritablement les limites. Il le faisait toujours. Il savait que le pardon ne pouvait pas être infini, pas même celui, gargantuesque, de Vasco Fair. Il y aurait forcément un jour où le verre se briserait. Un jour où tout se casserait. Un jour où l’abandon reviendrait, sournois et implacable. Parce que c’était obligé, pas vrai ? C’était obligé.

    En relevant les yeux et en le remarquant enfin, Oz voulu le fusiller du regard, comme pour le mettre en garde de s’approcher encore un peu ou de dire un seul mot. Mais il n’en eut pas l’occasion, parce que Vasco se penchait déjà vers lui pour déposer délicatement ses lèvres contre son front, dans un baiser léger, tendre et affectueux qui, s’il était venu de n’importe qui d’autre, aurait été considéré comme un véritable affront envers Sa Majesté. Or, c’était Vasco, et bien qu’il soit toujours aussi surpris à chaque fois, Oswald commençait à avoir l’habitude. Et encore une fois, il fut partagé entre l’agacement et le soulagement. Il ne comprenait pas comment ce mec pouvait lui pardonner sans cesse de la sorte ; il était perturbé par une telle tolérance, il restait perplexe devant un tel attachement. Mais indubitablement, ce geste lui fit le plus grand bien. La colère grondante qui bouillonnait encore dans ses veines se calma sensiblement. Les sourcils froncés, il tourna légèrement la tête pour détourner le regard et ne pas avoir à regarder Vasco dans les yeux, ou plutôt dans l’œil. Il n’avait jamais été habitué à ce genre de démonstration d’affection. Il n’avait jamais connu d’amour maternel. Son père ne l’avait jamais touché, d’aussi loin qu’il s’en souvienne ; jamais. Et même de son frère, il ne se souvenait pas d’avoir reçu plus que des tapotements de tête, ou des mains passées avec douceur dans les cheveux. Alors non, il n’était pas habitué. Il n’était pas doué avec ces choses-là. Et présentement, il était agacé, parce qu’il ne voulait pas être obligé d’expliquer à Sila pourquoi il ne répliquait pas, pourquoi il ne réagissait pas comme il aurait du le faire, et surtout pourquoi il ne rejetait pas cet être. Il ne voulait pas avoir à expliquer comment il avait bien pu s’attacher à ce point à quelqu’un d’aussi atypique et contraire à lui que Vasco. Parce qu’il ne le savait pas lui-même. Mais même s’il était agacé, l’apaisement primait ; comme un enfant à qui l’on aurait pardonné une faute, il sentait la tension de son corps se détendre perceptiblement.

    Il n’entra donc pas dans une colère noire. Il ne protesta même pas, se contenta de marmonner quelques borborygmes entre ses dents, et leva la bouteille pour boire une nouvelle gorgée brûlante de vodka, comme si cela pouvait lui apporter plus d’assurance. Il garda les sourcils froncés et la tête résolument tournée du côté, mal-à-l’aise mais refusant catégoriquement de le montrer, puis pivota sur sa chaise au moment où Sila arrivait près d’eux. Elle non plus, il ne l’avait pas vue arriver, et ses sourcils se froncèrent furtivement alors qu’il levait les yeux sur la jeune fille. Il redoutait un interrogatoire. Il redoutait de la voir le regarder comme s’il était devenu quelqu’un d’autre. Parce qu’il n’avait pas changé, pas vrai ? Il n’avait pas changé. Il ne voulait pas qu’elle le croit plus humain parce qu’il s’était attaché à quelqu’un. Il ne voulait pas qu’elle se fasse de fausses idées, et qu’elle se mette à penser qu’il n’était peut-être pas que ce monstre d’insensibilité et d’égoïsme qu’il s’efforçait d’être. Il ne voulait pas avoir à s’expliquer. Il ne voulait pas que l’on vienne tout bouleverser. Il ne voulait pas qu’elle espère. Il ne voulait pas la blesser. Il ne voulait pas la voir s’attacher. Il ne voulait pas changer. Il ne voulait pas que l’on s’accroche à lui, il ne voulait pas que l’on complique les choses, il ne voulait pas qu’on l’aime, il ne voulait pas…

    - Je te présente mes excuses.

    La surprise interrompit brutalement le flot de pensées. Oz haussa un sourcil, oubliant sur le coup de détourner le regard avec un masque hautain pour bien montrer qu’il n’avait pas envie de leur parler, ni à elle ni à Vasco. Elle lui présentait ses excuses ? Le ton tranquille ne le trompait pas ; les hypocrisies du monde mondain, il les connaissait, et très bien même. Cependant, l’assurance polie et désintéressée du ton de Sila semblait marquer davantage l’habitude d’un élève appliqué récitant sa leçon que de l’hypocrisie pure. Et puis, elle ne l’était pas, hypocrite, elle. Non, pas elle. Oz fronça de nouveau les sourcils, doucement, au fur-et-à-mesure que les mots s’élevaient. Toutes ces paroles, c’était plus que ce qu’il aurait pu espérer. Sila admettait que son caprice était une erreur, elle s’excusait de l’avoir dérangé et mieux, annonçait qu’elle allait repartir dès ce soir. Oui, c’était vraiment plus que ce qu’il aurait pu espérer entendre, c’était parfait. Mais alors, dans ce cas, pourquoi diable n’était-il pas satisfait ? Pourquoi ses sourcils restaient froncés, pourquoi se sentait-il si agacé ; pire, désemparé ? Pourquoi n’était-il même pas fichu de se satisfaire d’une chose qu’il attendait ? Son inconstance et sa contradiction naturelle le dégoûtaient. Elle eut tôt fait de tourner les talons, et il ne pu dire un mot. De toutes façons, que pouvait-il bien dire ? Il devait se taire. Il devait se taire, et la laisser faire. Ce serait mieux pour lui. Le passé resterait passé et son présent resterait contrôlé, un tant soit peu. Il devait faire les mauvais choix. Il devait être égoïste. Il devait être blessant. Il devait être un salopard. Il devait la laisser partir. Parce que c’était ce qu’il voulait. N’est-ce pas ?

    Putain.

    D’un geste brusque et rapide, il balança la bouteille de vodka qui alla s’écraser violemment contre un mur, dans une explosion de fragments de verre. Il ignora superbement les protestations scandalisées de quelques clients, et se concentra plutôt sur l’atroce bruit de verre brisé qui vrilla délicieusement ses tympans bourdonnant. Il savait qu’il avait déjà pris sa décision. Il le savait, et cela le dégoutait. Atrocement. Il allait à l’encontre de tout ce qu’il était, de tout ce qu’il s’acharnait à être. Il allait briser lui-même cette monstrueuse forteresse d’insensibilité et d’égoïsme, et même si ce ne serait que pour un instant, cela le tuait. Il allait se trahir lui-même. Il ne voulait pas et il allait tout de même le faire. Son esprit de contradiction finirait par le tuer, par lui déchirer l’âme, il le savait. Il était las. Las de tous ces bouleversements, de tous ces coups de théâtre. De tous ces doutes, de toutes ces inconstances, de toutes ces contradictions. Il était juste las d’être comme çà. D’être lui. Il bascula la tête en arrière, un instant, pour que son crâne percute le mur dans un bruit sourd. Il grimaça fugacement de douleur, plissa les yeux face au plafond, serra les dents. Allez, vas-y, mec. Cours à ta propre perte. Fais ce qu’on attend de toi, pour une fois, et souffre ensuite. Pour une fois, fais ce que tu t’interdis de faire. Juste une fois. Une fois. Oz ferma les yeux, quelques secondes tout au plus, avec force, puis les rouvrit. Il redressa la tête, et d’un geste leste, se leva de sa chaise. Il ne se soucia de personne, et tourna la tête vers Vasco, les sourcils légèrement froncés, la sombre détermination se disputant aux doutes douloureux. Il avait pris sa décision, mais il flippait. Il flippait comme un malade à l’idée de tout changer. Il avait peur du changement. Et comme il avait peur, il se tournait sans réfléchir vers la personne en qui il avait, malgré tout ce qu’il pouvait dire, entière confiance.

    - Vasco…

    Dis-moi que tout n’est pas en train de partir en vrille. Dis-moi que rien ne changera. Promets-le, jure-le. J’en ai besoin. Terriblement. Rassure-moi, apporte-moi un tant soit peu d’assurance. Que j’ai quelque chose à laquelle m’accrocher, juste encore un peu, avant de me noyer. S’il-te-plaît.

    - Viens.

    L’appel à l’aide mourut sur le prénom proféré d’une voix hésitante, dans un souffle, et ne dura qu’une seconde avant qu’Oz ne reprenne ses esprits et son assurance, dans un impératif concis. Oui, il voulait qu’il vienne. Vasco devait venir. C’était un ordre, il n’avait pas le droit de refuser. Le gosse de riche leva le bras pour faire un signe de la main évasif et foncièrement dédaigneux au blond, lui sommant ainsi l’ordre de le suivre. Et il tourna les talons, dans un même mouvement, pour traverser la grande salle de sa démarche naturellement nonchalante et assurée. Alors qu’assuré, il était loin de l’être, en vérité. Il aurait préféré faire demi-tour, courir, traverser la porte d’entrée et partir très loin. Il ne savait même pas pourquoi il ne le faisait pas, au juste. Il ne savait pas pourquoi il gravissait ces escaliers, l’air las, résigné et blasé à la fois. Il ne savait pas pourquoi il prenait cette décision ridicule, qui le dénaturait complètement. Il s’arrêta avant d’avoir atteint la porte de sa chambre, et poussa alors un soupir. Il hésita encore une poignée de secondes, fit quelques pas, puis la main sur la poignée, se tourna vers Vasco. Il vrilla ses yeux d’émeraude dans l’iris azuré de ce dernier, et les sourcils légèrement froncés, attendit quelques secondes avant d’ouvrir la bouche, pour prendre la parole d’une voix calme et déterminée.

    - Attends-moi là.

    Il le regarda fixement encore quelques secondes, comme pour bien faire passer le message ; Vasco ne devait pas bouger, il devait l’attendre. Il voulait qu’il soit là et c’était comme çà, ce n’était pas négociable. Les sourcils froncés, une lueur de défi dans le regard, Oz resta donc immobile un court instant, puis quitta Vasco des yeux pour pousser la porte, après une légère hésitation. Il ne savait même pas ce qu’il faisait. Enfin si, mais c’était compliqué. Bordel, qu’il pouvait détester quand tout était compliqué comme çà, qu’il pouvait se détester pour toujours compliquer les choses, constamment. Vraiment. Il entra, vit tout de suite à la forme dans le lit que Sila s’y était couchée, fronça de nouveau très légèrement les sourcils. Il poussa la porte, du plat de la main, doucement, mais ne prit pas la peine de la refermer complètement à l’aide de la poignée ; il demandait à Vasco d’attendre dehors, mais finalement, ne l’excluait pas complètement vu qu’il pourrait entendre. Et pourquoi il faisait çà ? Encore une fois, il n’en savait fichtrement rien. Le capharnaüm de la chambre lui donna un peu plus d’assurance, parce qu’il lui était familier, parce qu’il faisait de cette chambre d’auberge impersonnelle la sienne. Il s’avança jusqu’au lit, jeta un coup d’œil à Sila qui s’était recouverte entièrement de la couverture, tournée vers le mur. Comme lui-même le faisait toujours, lorsqu’il se couchait. Oz resta debout un instant, les bras ballants, puis détourna le regard pour jeter un coup d’œil à la fenêtre sans la voir, avant de le baisser vers le sol. Il se retourna, et se laissa choir au pied du lit, en position assise, pour faire en sorte que le haut de son dos soit calé contre le mur. Sila était ainsi allongée à sa gauche, mais recroquevillée comme elle était, il ne l’écrasait pas. Il ne prit pas la parole tout de suite, laissa le silence s’installer ; il renversa légèrement la tête en arrière, pour coller l’arrière de son crâne également contre le mur. Et là, il balada ses yeux hésitants sur le plafond, comme pour y trouver une quelconque aide, un quelconque indice sur la marche à suivre. Il cligna plusieurs fois des yeux, laissa le dos de sa main reposer sur la surface duveteuse de la couverture. Il aurait pu rester comme çà et se taire. Mais il sentait qu’il devait prendre la parole, cette fois. Et s’expliquer.

    - Sila.

    Une entrée en matière des plus concises, pour vérifier que le timbre de la voix était plat et sans accrocs, sans tremblements et sans hésitations. Oz laissa le prénom imprégner l’air, avant de soupirer une nouvelle fois légèrement et de baisser le menton, pour tourner la tête et poser les yeux sur la forme enfouie sous les couettes. Sa voix n’était qu’un souffle, mais un souffle parfaitement audible. Il ne parlait pas forcément très bas, il parlait même d’une voix parfaitement intelligible, mais les mots sortaient de sa bouche pour une fois sans être crachés ou vociférés, et cela faisait mine de rien une nette différence.

    - Tu as dit tout à l’heure que j’avais un joker, que j’avais le droit de te demander n’importe quoi. Je veux l’utiliser maintenant. Je veux que tu m’écoutes, que tu ne bouges pas, que tu ne fasses absolument aucun commentaire, que tu ne dises absolument rien, et que tu me laisses quitter cette chambre ensuite.

    Il fut rassuré de sentir l’aplomb lui revenir. Il n’avait flanché sur aucun mot, il n’avait pas élevé la voix, il était resté sur ce débit ferme et tranquille. Il ne voulait pas que l’on puisse penser qu’il n’était que doutes et hésitation. Oz quitta Sila des yeux pour les poser sur le mur qui lui faisait face, sans vraiment le voir non plus. Il releva une jambe, pour poser le pied au bord du lit et plier son genoux contre sa poitrine. Il posa nonchalamment une main sur le dit genoux, et le regard dans le vague, garda le silence pendant qu’il cherchait ses mots. Il ne savait pas par où commencer. Il ne savait même pas où cela allait le mener. Mais reculer était impossible. Alors finalement, après un instant de silence, Oz ouvrit de nouveau la bouche, sur le même ton, le regard perdu quelque part entre le sol et le lit.

    - Deux ans. Il s’est passé deux ans. Et… il se passe pas mal de trucs pendant une période pareille. Je n’ai pas changé, que ce soit bien clair. Je n’ai jamais été, je ne suis pas et je ne serais jamais le mec qui t’accueillera à bras ouverts, la bouche en cœur et délicat à souhait, quand tu débarqueras. Je ne suis pas quelqu’un de bien. Ni d’altruiste, ni de gentil. Je ne console pas. Je ne réconforte pas. Je blesse. Toujours. Je suis un poison. Juste un poison.

    Les trois derniers mots s’évanouirent dans un souffle plus bas, alors qu’Oz, pensif, se disait que c’était exactement çà. Un poison. Etrangement, cette idée le fit sourire ; au coin des lèvres, légèrement et sombrement. Il empoisonnait la vie des gens. C’était exactement çà. Mais c’était toujours mieux que n’être rien, rien du tout. Il préférait être détesté qu’ignoré, oui. Oz bascula une nouvelle fois la tête en arrière, pour regarder le plafond. Il n’était pas quelqu’un de bien, non. Et cela, il voulait que Sila le comprenne - il voulait que tout le monde le comprenne. Pourquoi ? Il ne le savait pas lui-même. Ce qu’il savait, par contre, c’était qu’il devrait obligatoirement expliquer une certaine chose, au moins un tant soit peu. Pour éclaircir la jeune fille quelque peu, au sujet d’un certain blond. Et mettre des mots, maladroitement et difficilement, sur ce qu’il ressentait en vérité, finalement. La vérité… Que cela lui coûtait. Une inspiration plus tard, et il poursuivait, cette fois avec une hésitation manifeste.

    - Vasco… Vasco est l’élément le plus notable et important de ma nouvelle vie. Il n’est pas une personne sur laquelle j’aurais jeté par défaut mon dévolu en arrivant à Sannom, pour ne pas rester seul ou pour remplacer mon connard de frangin, que ce soit bien clair. J’aurais préféré rester seul. Je préférerais être seul. Ce serait plus simple. Mais il y a des gens, comme lui ou toi, qui font sacrément chier.

    Des gens comme eux qui s’accrochaient. Des masochistes acharnés qui s’entichaient des poisons. Des gens comme Sila et Vasco qui s’imposaient dans sa vie et dans son âme pour ne plus en ressortir. Oh oui, qu’il pouvait les détester pour s’y être attaché. Oz baissa le menton, les sourcils doucement froncés. Il n’aimait pas s’aventurer sur ce terrain-là. Il n’aimait pas s’abandonner à la sincérité. Le mensonge, c’était terriblement plus simple et rassurant. Pourtant… Pourtant, là, il fallait que çà sorte. Il fallait qu’il le dise. Il plia sa deuxième jambe contre sa poitrine, et les coudes appuyés sur les genoux, il se pencha en avant et courba le dos pour que le haut de son front vienne frôler la texture rugueuse du jeans, au niveau des dits genoux. Ses mains, elles, passèrent dans ses cheveux d’ébène, comme s’il cherchait par là à se rassurer lui-même ou à se dérober à une vue quelconque. Il n’aimait pas être sincère. Il avait l’impression d’exposer toutes ses faiblesses. Néanmoins, les mots franchirent tout de même ses lèvres, un peu étouffés mais audibles, comme un aveu douloureux.

    - Je lui pourris l’existence. Mais il reste. Et… Finalement, je crois que j’ai irrémédiablement besoin de lui.

    En avoir irrémédiablement besoin, pour ne pas dire y être irrémédiablement attaché. Il se détestait pour dire la vérité. Il se détestait pour ressentir çà. Lui, Oswald Roland s’était attaché à quelqu’un au point d’en avoir littéralement besoin. Parce que oui, c’était incontestable, il avait besoin de Vasco. Même si cette pensée était amère dans son esprit, il le savait. Sauf qu’il ne pouvait s’empêcher de nuancer un peu, malgré tout, parce qu’il restait Oz. Ainsi, il ne faisait que le « croire ». Alors qu’en vérité, cela voulait juste dire que c’était indubitable. Il glissa les mains dans sa nuque, s’y accrocha un instant avec fureur. Puis se redressa, soudainement, les sourcils froncés, pour que son dos touche de nouveau le mur. Son ton se fit soudain plus dur, plus assuré, plus affirmé.

    - Je n’ai pas changé. Ne venez pas me trouver une quelconque esquisse d’humanité sous prétexte que je dis pour une fois quelque chose d’honnête. Je ne viens pas ramper pour te retenir, Sila, parce que je suis incapable de retenir qui que ce soit même si une vie en dépendait, et tu le sais très bien. Je viens juste expliquer un truc.

    Inutile de lui trouver une quelconque humanité, inutile de s’attendrir, oui. Il n’avait pas changé. Il refusait de changer. Et non, il ne venait pas retenir Sila ; il en était tout bonnement incapable. Il n’avait pas su retenir son propre frère, il n’avait su que lui cracher un « Crève. » à la figure. Alors non, franchement… Il n’en était pas capable. Sa faiblesse et ses limites l’horripilaient ; sa fierté était aliénante et nocive, mais pourtant, il la chérissait. Il avait un problème, quoi, et il ne pouvait rien faire contre çà. Cependant, cette fois… Cette fois, il allait s’expliquer. Il devait s’expliquer, il avait décidé de s’expliquer. Un tant soit peu. Une nouvelle fois, Oz ferma les yeux, avant de les rouvrir à peine cinq secondes plus tard. De nouveau, le regard braqué tout droit sur le mur d’en face. Un dernier silence avant le grand saut, puis se jeter à l’eau le plus maladroitement du monde, l’hésitation épousant la détermination.

    - Ce n’est pas toi que j’ai voulu fuir il y a deux ans. Pas entièrement. C’est toute ma vie à qui j’ai volontairement tourné le dos, parce que j’ai mes raisons. Et aujourd’hui, ce que je ne tolère pas, ce n’est pas que ce soit toi qui revienne, mais que ce soit mon passé qui refasse surface. Je veux l’oublier. Ou tout du moins, je veux oublier certaines choses. Et toi… Toi, tu ne fais pas forcément partie de ces choses-là. Quand on était gamins, je… Enfin, bref. Tu vas morfler, Sila. Sincèrement. Le poison va t’en faire baver. Mais si tu le veux vraiment…

    Il marqua un temps, suspendit sa phrase. Il fixa le mur encore quelques secondes puis tourna la tête, avant de se pencher vers Sila pour poser sa main à plat sur le lit, juste à côté d’elle. De sa main libre, il tira doucement sur la couverture, pour dégager la tête de la jeune fille. Il ne voyait pas son visage, mais peu importait ; s’il lui avait demandé de ne pas bouger, c’était justement parce qu’il n’aurait pas supporté de croiser son regard alors qu’il disait toutes ces choses. Elle était jolie. Elle l’avait toujours été, mais maintenant qu’ils étaient plus âgés, il était plus aisé de le constater. Ses longs cheveux sombres sentaient bon le shampoing fruité, et il eut la soudaine envie de les effleurer de la main. Il se retint cependant, et se contenta de se pencher vers elle, pour suspendre son visage à une vingtaine de centimètres de l’oreille de cette dernière. Et une fois, là, il finit sa phrase dans un souffle, en trois mots.

    - Tu peux rester.

    Il capitulait. Non, il acceptait. Il acceptait l’inacceptable. Encore une fois, il se contredisait complètement. Il voulait qu’elle parte. Mais il voulait qu’elle reste. Il avait envie de tout détruire, comme il le faisait toujours, mais il ne voulait pas le faire. Il était incapable d’être entièrement satisfait d’un choix, maladivement. Oz se redressa lentement, l’estomac noué d’avoir capitulé et de s’être livré de la sorte, puis se releva sur ses jambes. Il ne savait pas s’il s’était fait clairement comprendre. Les explications, ce n’était pas sa tasse de thé. Il préférait tant garder tout pour lui… Il se sentait très mal-à l’aise, maintenant. Agacé, aussi, contre lui-même. Soucieux. Il n’osait pas lui demander si elle voulait bien rester, finalement, ou si elle comptait tout de même partir. Qu’aurait-il préféré ? Il ne savait toujours pas. Il ne voulait pas savoir. Maintenant, tout ce qu’il voulait, c’était fuir. Fuir cet instant de faiblesse nécessaire.

    - Maintenant, dors. Je vais prendre une douche dans la salle de bains de l’autre abruti.

    S’il se sentait si mal à l’intérieur, il fut satisfait de constater que les apparences, elles, donnaient suffisamment le change. Oswald ne s’attarda pas, et s’empressa de tourner le dos ; ainsi, si Sila se redressait pour le regarder, il ne le verrait pas. Il ne voulait pas lui faire face tout de suite. Il voulait… Il voulait juste aller prendre une douche, une très longue douche brûlante, et ce même si ce serait sa deuxième de la journée. Oz sortit dans le couloir, et ferma un peu trop brusquement la porte sans faire attention. Il marqua une hésitation soudaine, puis avisa Vasco adossé contre le mur ; il leva les yeux, et impulsivement, sans réfléchir, franchit la distance qui les séparait. Il leva une main pour la coller à plat contre le mur, juste à côté du blond, à hauteur de son ventre, légèrement, et posa son front contre le torse de ce dernier dans un même temps, les yeux fermés. Ce n’était pas vraiment un câlin, ni même une étreinte, mais la main libre de l’adolescent s’accrocha au bas de la chemise de Vasco, et il resta là sans rien dire, un instant. La chaleur familière lui apporta l’apaisement qu’il était venu inconsciemment chercher, tout comme les bras qu’il sentit glisser dans son dos. Oz rouvrit les yeux, retint un soupir. Il lâcha la chemise de Vasco, pour fouiller sans aucune gêne dans une poche du jeans de ce dernier, et en extirper un paquet de cigarettes pas mal entamé. D’une impulsion contre le mur, du plat de la main, il se décolla du rockeur ambulant, sans être trop brusque cependant. Il se décida enfin à lever les yeux sur le visage de Vasco, et tâcha de prendre un air le plus naturel possible, c’est-à-dire blasé, agacé, arrogant et méprisant à la fois, alors qu’il brandissait le paquet de cigarettes sous le nez de ce dernier, tenu entre son index et son majeur.

    - Je vais squatter ta douche. Et s’il n’y a plus d’eau chaude, ce ne sera pas ma faute. Pigé ?

    Oh, bien sûr que ce serait de sa faute. Combien de fois avait-il pu faire le coup à Vasco, en venant se doucher dans sa salle de bains sur une envie subite ? Oz utilisait des litres et des litres d’eau chaude pour ses douches rituelles, c’était bien connu, à force. Là, il essayait juste de faire comme si de rien n’était, à sa manière. Essayait, juste. Parce que s’il partait vers la chambre du blond avec un paquet de cigarettes en main, ce n’était pas pour rien. Comme à chaque fois qu’il en ressentait le besoin, il allait trouver refuge dans l’havre que représentait pour lui une salle de bain, et là, il fumerait pour décompresser avant de s’abandonner à l’eau brûlante. Epurer le corps à défaut de pouvoir laver une âme souillée. C’était un peu le principe. La porte de la chambre de Vasco était encore une fois laissée ouverte, imprudemment. Néanmoins, Oz ne prit cette fois pas le temps d’engueuler l’inconscient à ce propos, et se dirigea tout droit vers la salle de bain pour y entrer et claquer promptement la porte derrière lui, avant de la fermer à clé. Là, il était seul. Là, il serait bien. Non ? Si, forcément. Il s’empressa de fouiller dans les poches de son propre jeans pour en sortir un briquet presque vide, faillit arracher le paquet de clopes en l’ouvrant d’un geste trop brusque, sortit une cigarette, la glissa entre ses lèvres sans attendre et tendit le briquet pour l’allumer avec empressement. Il inspira les premières bouffées trop rapidement, ce qui le fit tousser, mais il ne s’en soucia pas et continua de tirer sur la cigarette avec cet empressement malsain et perturbé qui faisait écho au trouble intense qu’il ressentait. Il attendit quelques secondes avant de s’approcher de la baignoire pour activer le jet d’eau chaude, puis recula pour continuer de fumer, adossé contre le lavabo, alors que le bruit de l’eau résonnait agréablement à ses oreilles. Les sourcils froncés et absorbé dans ses pensées, il fixa le mur d’un regard incandescent où se mêlaient rageusement exaspération, doutes, soulagement, fureur et angoisse, avec la rapidité et la force d’un éclair. Maelström des émotions, encore et toujours. Sans prévenir, il se décolla du lavabo pour balancer violemment un coup de pied contre la baignoire. La douleur explosa dans son pied en même temps que le choc sourd qui résonnait contre les murs, la cigarette glissa de ses lèvres et il se mordit les lèvres avec brutalité pour s’empêcher d’hurler. Il se cogna dans le lavabo en reculant, poussa un juron, se maudit une bonne centaine de fois puis finit tout doucement par se calmer. Exaspéré, il écrasa la cigarette du pied sur le sol, puis entreprit de se déshabiller rapidement pour pouvoir enfin se glisser sous la douche, la douleur pulsant de son pied occupant ses pensées ; et comme toujours, l’eau chaude qui lui mordait la peau lui fit le plus grand bien, indéniablement.
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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 1:26

    Oz pouvait réagir de mille façons au geste de celui qui, sans qu’il ne lui accordât officiellement ce titre, se déclarait comme son ami. Mais qu’il s’en offusque ou pas, qu’il l’apprécie ou non, qu’il s’énerve ou se calme, Vasco resterait là, à ses côtés. Toujours. Parce qu’il était son ami, parce qu’il pensait qu’Oz avait besoin, non pas de lui mais d’un repère stable, de quelque chose, n’importe quoi, à se raccrocher, parce qu’il l’aimait, tout simplement. Comme il chérirait un meilleur ami, un petit frère et un amant à la fois. C’était un subtil mélange entre tous ces statuts qu’avait Oz pour Vasco, bien que parfois, il s’agisse également de son pire ennemi. Parce que parfois il lui faisait du mal, terriblement, en lui démontrant très simplement qu’il ne lui servait à rien et qu’il ne l’aimait pas, lui. Mais là, il se doutait qu’il n’allait pas replonger dans une colère noire : car elle était un peu passée, car il avait l’alcool. Oz était en bonne voie pour devenir alcoolique, Vasco s’en rendait bien compte. Cela lui faisait mal, bien sûr, très mal : mais, pensant qu’il n’était guère important aux yeux du gosse de riche, il pensait également qu’il n’avait aucun impact réel dans sa vie et ses habitudes : ainsi donc, il se révélait totalement incapable de pouvoir changer quelque chose pour Oz. C’était sans se rendre compte, bien entendu, de tout l’attachement qu’Oz éprouvait pour lui et qu’il s’acharnait à camoufler. Mais pour une fois, la réaction d’Oz satisfaisait parfaitement notre rockeur : tournant la tête pour fuir son regard et marmonnant l’incompréhensible, le plus jeune des deux hommes s’attira un sourire indulgent de son aîné qui prit l’absence de violence comme un excellent signe, montrant que la colère et la frustration retombaient bel et bien, en même temps, sans aucun doute, que sa haine momentanée envers le musicien. D’ailleurs, dans les traits de son visage et dans ses épaules, Vasco eu l’impression qu’Oz s’était détendu, légèrement. Résultat immédiat de son action, sans aucun doute, qui préparerait à une nouvelle accalmie dans leur relation particulière. Tout irait bien, ils pourraient accueillir Sila dans un ambiance un peu moins explosive… Ou pas.

    Car la jolie demoiselle accompli l’impensable. Elle qui lui avait semblé si décidée et si fière de son installation à l’auberge, elle qui lui avait semblé si amicale et si proche d’Oz, elle qui lui avait semblé prête à quitter le monde luxueux dans lequel elle baignait depuis qu’elle était toute petite… Elle s’était avancée, l’air tranquille, pour s’excuser le plus tranquillement du monde. Vasco ne comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi cette demoiselle s’excusait d’avoir eu le courage de poursuivre si jeune son rêve, d’avoir l’audace de quitter foyer et richesses pour vivre au dépend d’une personne qui, si elle l’aimait, il en était sûr, n’était pas des plus démonstrative, d’avoir eu l’envie de venir rejoindre cet homme pour connaitre une nouvelle vie, aux antipodes de ses coutumes de petite fille riche. Il ne comprenait pas pourquoi, brutalement, elle décidait de s’en aller, comme si son rêve ne pulsait pas au fond de son cœur, comme si elle ne souhaitait pas se donner corps et âme à la nouvelle vie qu’elle était venue chercher auprès d’Oz. Il ne pouvait se douter que c’était de sa faute, bien entendu, de sa faute et celle de son attachement : il aurait été tout bonnement catastrophé de l’apprendre. Car après tout, elle, elle comptait pour Oz. Et il s’en voudrait terriblement de priver Oz de gens qu’il jugeait important. Qui plus est, il n’était pas là pour chasser qui que ce soit : il était là pour son jeune ami, uniquement lui, pour lui apporter tout le soutien qu’il jugerait nécessaire. Et surtout, il ne pourrait pas supporter de priver quelqu’un d’un rêve par sa simple présence : il poursuivait son rêve à lui et savait à quel point il était dur de ne pouvoir accomplir son dessein. Il savait comme les désillusions faisaient mal, surtout dans le spectacle puisqu’il était du domaine – et, s’il ne savait pas ce que la petite danseuse exerçait, il avait bien compris qu’il s’agissait du domaine de l’art. Elle s’excusait d’être venu, d’avoir dérangé, d’après elle, Oz, affirmait qu’elle repartirait au plus vite. Elle ne demandait qu’une nuit pour se remettre de son long voyage.

    Vasco fronça les sourcils, ne parvenant pas à comprendre. Il était anormal, à son sens, que l’on renonce ainsi à une vocation, à une idée, surtout lorsqu’elle avait coûté le prix – matériel et moral – d’un voyage aussi long que celui de Koliam à Sannom. Il voulait bien que l’argent ne soit pas une notion importante pour la jeune fille – n’oublions pas qu’il côtoyait Oz tous les jours – mais tout de même : un tel trajet était épuisant. Il pensait là en voyageur aguerri, qui n’avait jamais fait d’une traite une telle longueur mais qui avait traversé de part en part le continent de Gamaëlia – la seule région qu’il n’avait pas visitée étant, étrangement, celle d’où venaient les deux fiancés. Et surtout, il était très déçu : il aurait adoré faire plus ample connaissance avec une fille aussi délicieuse que lui semblait être Sila. Mais il n’avait pas à la retenir. Sous quel motif le ferait-il ? Il n’était qu’un inconnu fraîchement rencontré, pour elle. Il ne pouvait pas la retenir sur le motif égoïste qu’il voulait la connaître, parce qu’il ignorait si c’était réciproque. Il n’avait pas le droit de faire quoi ce soit, lui. C’était sa décision, et il n’avait qu’à la respecter, malheureusement. Sourcils toujours légèrement froncés, il jeta un œil sur Oz. Il était le seul à pouvoir la faire changer d’avis. Le seul à en avoir autant le droit que la capacité. Cependant… Oz, ou du moins l’image qu’il en donnait, n’était pas le genre d’homme qui retenait les gens. Tout dépendrait, peut-être, de l’attachement qu’il éprouvait envers Sila. Mais mentalement, Vasco commençait déjà à faire ses adieux à Sila. Oh, il ne doutait pas qu’Oz soit attaché à Sila : mais serait-ce suffisant pour qu’il parvienne à passer outre sa fierté gargantuesque et retienne la jeune fille dont l’ombre disparaissait déjà dans les escaliers ? Vasco n’en savait rien. Il n’en savait rien et ne forcerait par ailleurs pas Oz à faire une chose dont il n’aurait potentiellement pas envie. Parce qu’il était comme ça, adaptable, modulable, fait pour vivre en société, qu’il respectait les désirs de chacun – sauf quand il s’agissait de faire un câlin à Oz ou Jimmy, mais c’était là une toute autre affaire. Et…

    Vasco ne sursauta pas lorsqu’Oz jeta cette bouteille contre le mur. Il avait l’habitude, à force. Il bougea, néanmoins : reposant les yeux qui avaient suivi la jeune fille avant de se perdre dans les escaliers vide sur Oz, il haussa un sourcil interrogateur. Que se passait-il actuellement dans la tête d’Oz ? Comme trop souvent, Vasco aurait payé cher pour être capable de décrypter les attitudes du gosse de riche et de le comprendre absolument, parfaitement. Il lui semblait terriblement frustré, et Vasco, s’il se doutait qu’elle comptait pour lui, ne s’était pas attendu à telle réaction de la part de son meilleur ami. La violence était un fait auquel il était plus qu’habitué, certes. Il n’était plus surpris de le voir casser des objets sous le coup de la colère ou de la frustration, que cela plaise ou non aux gens alentours, il s’en moquait – preuve en était que présentement, malgré toutes les protestations colériques alentours, Oz ne semblait pas prêt à faire quoi que ce soit pour changer son comportement ou s’excuser, chose qui tenait de la chimère concernant le plus jeune des fils Roland. Un moment passa durant lequel Vasco n’osa pas dire quoi que ce soit. Il préférait attendre que ce soit Oz qui reprenne la parole le premier, Oz qui agisse. Cela fini d’ailleurs par arriver puisque le jeune homme se leva brusquement. Encore une fois, Vasco n’en fut pas plus surpris que cela. Cela signifiait qu’Oz avait fait son choix, pris une décision, quelle qu’elle soit. Le musicien se demanda s’il allait daigner le mettre au courant ou s’il partirait sans un mot à son intention. Mais Oz leva les yeux sur son ami, et ce regard lui fit mal. Mal, parce qu’il captait les éclats de douleur dans le regard du jeune homme, à force de le fréquenter. Mal, parce qu’il comprenait qu’il était en proie aux doutes, et qu’il ignorait si sa décision était vraiment la bonne. Mal, tout simplement parce qu’il était comme ça, et que savoir Oz perturbé le faisait toujours souffrir.

    Et puis il y eut son prénom. Le simple fait qu’il l’emploi alors était une preuve à part entière de la situation dramatique qui se jouait alors. Car Oz ne l’appelait que rarement ainsi : c’était plus souvent des surnoms toujours trop aimable, allant de « Blondie » à « Connard », en passant par « Crétin » et autre réjouissances du genre. Il y avait plusieurs cas dans lesquels il daignait prononcer ces deux syllabes : l’exaspération, quoi qu’il ait plus tendance à l’appeler alors par son nom de famille, la peine, parfois la colère, et plus souvent encore, bien qu’il ne l’ait que rarement vu sous cette facette, une forme de désespoir. Et en ce jour, c’était ce dernier cas qui jouait. Un cas malheureux, souligné par la voix d’Oz alors qu’il prononçait son prénom. Cette voix était un véritable crève-cœur, une mise à mort que Vasco souhaitait tout en préférant ne jamais la connaître. L’hésitation n’était pas commune chez Oz, et avait de profonds accents d’anéantissement. D’un côté, cela faisait du bien : ainsi, Vasco sentait qu’Oz savait qu’il était là pour lui, et c’était à chaque fois un soulagement sans nom. Mais de l’autre, cela causait bien des souffrances : encore une fois, voir Oz si mal était une douleur insupportable pour son ami blond, surtout quand il ne savait que faire pour aider le jeune homme. Il voulait bien entendu faire quelque chose pour lui, mais la seule chose dont il était véritablement capable, c’était lui sourire gentiment comme présentement, pour l’inviter à poursuivre, et parfois le prendre dans ses bras, selon si le contexte s’y prêtait. Une seconde, à peine, s’écoula, mais cette seconde fut un supplice durant lequel Vasco hésita fortement à afficher son soutien en une étreinte salvatrice. C’était l’une de ses secondes durant lesquelles le temps se fige, une de ses secondes qui restent pour toujours et à jamais inscrite dans l’esprit des protagonistes ; une seconde où le silence s’installait dans l’esprit, même dans le lieu le plus bondé, pendu aux lèvres de son interlocuteur ; une seconde bloquée durant laquelle s’inscrit un message plus fort encore que tous les mots du monde. Mais le temps que Vasco comprenne clairement qu’il s’agissait d’un appel à l’aide plus ou moins durement exprimé et la seconde s’était déjà écoulée.

    Oz retrouva son assurance, que Vasco savait désormais bien factice. Encore un ordre. Vasco en avait l’habitude et parfois, volontairement, provoquait Oz en lui désobéissant. Mais là, il ne s’agissait pas de le provoquer, il ne s’agissait pas d’une plaisanterie. L’affaire était bien trop grave pour qu’il s’amuse aussi stupidement. Alors, il adressa un léger signe de tête à Oz pour lui montrer son assentiment et le suivit, toujours docile. Oz lui paraissait si las… Vasco ne l’avait jamais vu comme cela, apparemment. Sila bouleversait leur quotidien, pour le meilleur comme pour le pire. Restait à espérer qu’il y ait plus de meilleur que de pire, n’est ce pas ? Inquiet, Vasco ne dit rien et suivit on ne peut plus docilement son ami. Il ne savait toujours pas ce qu’il avait décidé de faire, et qu’il se dirige vers sa chambre l’intrigua fortement : allait-il la retenir ? Lui, Oswald Roland, faussement détaché de tout, allait-il pour une fois montrer qu’il était attaché à une personne ? Bien entendu, Vasco ignorant tout des intentions d’Oz, il serait bien surpris. Mais la surprise promettait d’être agréable. Une fois devant la porte d’Oz, Blondie reçu un nouvel ordre de la part d’Oz : l’attendre. Il allait obéir, encore une fois. Il soutint le regard d’Oz, ne bougea pas, ne dis rien : oui, il allait l’attendre, il serait là lorsqu’Oz ressortirait. Il l’attendrait, à part, puisque c’était tout ce qu’il pouvait faire pour lui. Oz s’engouffra à l’intérieur de la pièce après un petit moment, comme pour s’assurer que Vasco avait bien compris ce qu’il lui avait ordonné : étonnement, il ne ferma pas complètement la porte. Vasco ne compris pas vraiment pourquoi il agissait ainsi. Peut-être parce qu’il comptait vite ressortir.

    Vasco se retrouvait donc seul, dehors. Le silence était la seule chose qu’il perçut, tout d’abord. Peut-être qu’Oz parlait à voix trop basse pour qu’il puisse l’entendre, de là où il était. Ou alors, il ne parlait pas encore. Vasco n’en savait rien et la curiosité s’emparait peu à peu de lui. Il aurait pu s’approcher de la porte pour jeter un œil dans la pièce, n’en fit rien. Il retira la guitare logée sur son dos pour la poser contre le mur où il s’adossa. Oz lui avait demandé d’attendre, il attendrait donc. Que ce soit dans le silence le plus complet, ou en entendant les bruits de la conversation qu’il aurait avec Sila, d’ailleurs. Et soudainement, la voix d’Oz s’éleva, calme, un calme que Vasco savait rare. Le prénom de la demoiselle, donc, pour commencer. Ainsi donc il pourrait entendre ce qu’il lui disait ? Oz ne parlait pas spécialement fort, mais il restait on ne peut plus audible pour Vasco qui restait immobile dans le couloir où il l’avait laissé. Une tirade suivit, dans laquelle Oz garda le même ton calme qui semblait régir l’échange. Ce qu’il disait était nettement plus surprenant. Il avait un joker, oui, une occasion de lui demander tout ce qu’il pouvait vouloir de la demoiselle, et il lui demandait tout bêtement de l’écouter sans rien faire, sans rien dire. Ce qui était d’autant plus surprenant, c’était que cela n’étonnait pas du tout Vasco. Il avait alors compris qu’Oz allait faire des aveux qui lui seraient très difficile, sans en connaître la teneur pour autant : ainsi donc il fuyait les réactions de la demoiselle en s’arrangeant pour qu’elles ne soient pas immédiatement visibles. Un nouveau silence suivit la prise de parole, et Sila sembla obtempérer puisque Vasco ne l’entendit pas. Oz reprit alors la parole, d’un ton toujours aussi tranquille, quoi qu’il paraisse plus hésitant.


    - Deux ans. Il s’est passé deux ans. Et… il se passe pas mal de trucs pendant une période pareille. Je n’ai pas changé, que ce soit bien clair. Je n’ai jamais été, je ne suis pas et je ne serais jamais le mec qui t’accueillera à bras ouverts, la bouche en cœur et délicat à souhait, quand tu débarqueras. Je ne suis pas quelqu’un de bien. Ni d’altruiste, ni de gentil. Je ne console pas. Je ne réconforte pas. Je blesse. Toujours. Je suis un poison. Juste un poison.

    Vasco ne put réprimer un léger sourire. Ainsi, Oz s’ouvrait à Sila. Il se préparait à lui expliquer des choses sur lui que Vasco ne parvenait qu’à tâtonner, légèrement et sans la moindre explication. Pourtant, le musicien ne ressentait pas une ombre de rancœur. Non, il était heureux et fier. Fier d’Oz qui passait outre sa fierté handicapante et son masque d’indifférence pour se donner la peine de s’ouvrir à quelqu’un. Heureux qu’il s’ouvre à quelqu’un, qu’il sache que cette personne était là pour lui, au fond. Qu’il la reconnaisse comme un soutien sûr. Et tant pis si ce n’était pas lui qu’il choisissait pour ses confidences. Cela n’avait aucune importance. L’essentiel, aux yeux de Vasco, c’était qu’Oz se sente bien. Oz se disait poison, n’est-ce pas ? L’image fit légèrement sourire Vasco, encore. Oui, il blessait, mais il était toujours aussi dur avec lui-même. Car il ne faisait pas que blesser. Parfois, et plus souvent qu’il le pensait d’ailleurs, il était également à l’origine de grandes joies. Mais très bien : s’il était le poison, Vasco serait le remède. Et peu à peu, il purifierait le poison en lui-même : ainsi, Oz pourrait être heureux et cesser de penser pareilles aberrations. Le silence s’abattit un court instant, une nouvelle fois, avant qu’Oz ne se relance, plus hésitant qu’auparavant.

    - Vasco… Vasco est l’élément le plus notable et important de ma nouvelle vie. Il n’est pas une personne sur laquelle j’aurais jeté par défaut mon dévolu en arrivant à Sannom, pour ne pas rester seul ou pour remplacer mon connard de frangin, que ce soit bien clair. J’aurais préféré rester seul. Je préférerais être seul. Ce serait plus simple. Mais il y a des gens, comme lui ou toi, qui font sacrément chier.

    Les mots furent un choc, un véritable coup au cœur. Ainsi donc, Oz le considérait comme important ? Comme le plus important dans sa vie à Sannom, même ? Cela lui semblait totalement surréaliste et pourtant… Pourtant, il ne pouvait que croire Oz. Car Oz disait la vérité, pour une fois. Il se livrait totalement, laissait s’enfuir les mots pour expliquer un tant soit peu la situation à la demoiselle perdue. Ainsi donc, Oz était attaché à lui, terriblement. Ses sentiments étaient donc réciproques. Vasco tombait des nues. Pourquoi, comment avait-il pu être si aveugle ? Il ne comprenait pas que son amour pour Oz obscurcissait toujours son jugement concernant les sentiments du gosse de riche envers son autoproclamé meilleur ami. Et en même temps, il apprenait l’existence du frère d’Oz. Encore une chose qu’Oz n’avait pas voulu lui dire… Son frère, Vasco le devinait, avait énormément compté : sinon, il n’aurait pas parlé de remplacement, pas vrai ? Et puis, il avait fait une erreur, terrible faux pas, qui lui avait alors attiré la haine de son frère. Il devait d’ailleurs être plus âgé, ce frère, pour qu’il soit possible de l’assimiler à Vasco, n’est-ce pas ? Et puis…

    - Je lui pourris l’existence. Mais il reste. Et… Finalement, je crois que j’ai irrémédiablement besoin de lui.

    Ces mots furent le coup de grâce. A la fois le point culminant d’une joie sans nom tout comme d’un désespoir profond. Désespoir, car Oz pensait qu’il lui pourrissait l’existence alors que sans lui, il aurait certainement recommencé certains actes stupides qu’il préférait oublier, actes du passé. Joie, car Oz avait conscience que malgré tout le mal qu’il pouvait lui faire, Vasco resterait. Désespoir, parce qu’il se demandait s’il était tout à fait sain qu’Oz soit ainsi accroché à lui. Joie, car il ne se révélait tout à coup pas inutile à Oz, et qu’il s’agissait d’un véritable triomphe. Désespoir, car il n’aimait pas le sentiment qu’il avait alors, ces miettes de gloire à l’idée de compter, finalement. Joie, car il comptait, tout simplement, et qu’il n’était pas là, aux côtés d’Oz, pour rien.

    - Je n’ai pas changé. Ne venez pas me trouver une quelconque esquisse d’humanité sous prétexte que je dis pour une fois quelque chose d’honnête. Je ne viens pas ramper pour te retenir, Sila, parce que je suis incapable de retenir qui que ce soit même si une vie en dépendait, et tu le sais très bien. Je viens juste expliquer un truc.

    Oz s’était repris sur ces mots. Sa voix, son ton étaient plus durs, soudainement. Vasco ne put s’empêcher de sourire. L’enfoiré. Le bel enfoiré. L’humanité, il l’avait bel et bien, quoi qu’il dise. Il avait les sentiments, il avait le désir de retenir Sila. Sinon, il ne serait pas en train de lui dire tout ça, il ne serait pas en train de lui ouvrir son cœur de cette façon. Le bel enfoiré. Il cachait son cœur et tout ce qui faisait son humanité derrière le masque d’un salopard, oui. Oz se protégeait ainsi, quitte à faire souffrir tous ceux qui se risqueraient à l’approcher. Et Vasco, pauvre inconscient, faisait partie de ces gens. Il ne sublimait pas Oz : il savait qu’il était un chieur égocentrique, égoïste et trop facilement irritable. Mais ses défauts ne supprimaient pas ses qualités, n’est-ce pas ?

    De nouvelles explications suivirent, que Vasco ne pouvait vraiment comprendre puisqu’il n’était pas avec eux, deux ans auparavant. Cela concernait leur passé commun, mais était également une promesse d’avenir. Avec ces mots, Oz signifiait très clairement à Sila qu’elle comptait à ses yeux, n’est-ce pas ? Puisqu’il disait avoir tout fuit, tout, mais qu’elle, il n’avait pas vraiment voulu la fuir… Dans le cas d’Oz, c’était très significatif, n’est-ce pas ? Encore une fois, Oz se décrivait vraiment comme la pire des ordures. Il annonçait comme une valeur sûre qu’il allait faire souffrir Sila. Qu’il allait la faire souffrir, lui en faire baver, qu’il ne serait pas gentil, qu’il serait vraiment trop dur à vivre. Vasco n’entendit pas la fin de la phrase d’Oz, mais la devinait aisément : il lui proposait tout simplement de rester auprès de lui, si cela lui chantait. Sans même s’en rendre compte, Vasco n’avait aucun doute la dessus, Oz retenait Sila : lui qui s’était annoncé incapable de retenir qui que ce soit venait très certainement de la conserver auprès de lui, subtilement. Puis Oz adressa une ultime fois la parole à Sila, de manière audible pour Vasco cette fois, et lui signalant tout simplement qu’il partait. Vasco ne bougea pas, laissa Oz sortir sans lui sauter dessus pour l’étouffer d’un câlin, pour une fois, encore choqué des révélations qu’il avait entendu. Et puis, pour une fois, il fit preuve d’un minimum de subtilité. Cela avait sans doute coûté à Oz. Il le laisserait donc agir comme il l’entendait. Et bien entendu, il ne s’attendait pas à ce qu’Oz s’approche de lui pour ça….

    Un câlin. Enfin, façon de parler. Oz s’appuya contre lui, s’attirant un sourire indulgent de la part de son ami. La tête appuyé contre son torse, il cherchait sans aucun doute du réconfort, un soutient que Vasco lui donna bien vite en glissant ses bras dans son dos pour le serrer contre lui, doucement mais fermement. Quoi qu’il fasse, ou qu’il soit, Oz pouvait toujours être sûr que Vasco soit là pour lui quand il en aurait besoin : il serait une source d’apaisement constante pour lui, qui volerait à son secours quoi qu’il arrive si Oz réclamait son aide. L’étreinte était la pour lui signifier cela, qu’il serait là, toujours. Les mots qu’Oz avait prononcés un peu plus tôt résonnaient encore dans son esprit. Et puis, doucement, plus doucement que d’ordinaire, Oz se défit de l’étreinte après avoir pris un paquet de cigarette qui traînait dans une des poches de Vasco. Puis il annonça qu’il allait prendre une douche dans sa chambre, l’air de nouveau normal – ou du moins, l’air de nouveau Ozien. Et non, ce ne serait pas de sa faute, pour Vasco. Il savait qu’Oz se calmait les nerfs comme ça, en prenant des longues douches chaudes, même s’il fallait qu’il en prenne trois dans la même journée : il en était déjà à sa deuxième. Oui, cela lui ferait du bien, et donc, ce ne serait pas vraiment sa faute. L’essentiel, c’était qu’Oz aille vite mieux. Vasco le laissa donc partir, pas dupe du tout : il ne se contenterait pas de se doucher, il fumerait aussi auparavant, il le savait : mais il savait également qu’Oz avait besoin d’un moment seul, et que l’étouffer n’amènerait à rien. Il hésita à aller rendre une petite visite à Sila alors qu’Oz avait disparu, renonça : il ne voulait ni influencer son choix, ni s’imposer auprès d’elle après qu’Oz ait agit aussi étrangement. Alors, il ramassa sa guitare, rejoignit sa chambre peu après Oz. Il entendait l’eau couler à travers la porte de sa salle de bain. Il posa sa guitare contre un mur et s’assit face à son piano. Jouer, le piano, la passion.

    Et la douce envolée mélodique emplit l’air, comme pour soulager quelque peu le poids des peines sur les âmes écorchées.



[Kit  by Ozouzou.]


Dernière édition par Vasco Fair le Lun 9 Aoû 2010 - 13:10, édité 1 fois
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Sila Jones
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MessageSujet: Re: Quand les souvenirs se matérialisent [Terminé]   Sam 7 Aoû 2010 - 19:14


    Oz... C'est incroyable de constater que la simple évocation d'un nom peut être douloureuse. C'est d'autant plus bouleversant d'en faire l'expérience. La jeune fille s'agrippa à la couverture, se recroquevillant davantage sous le tissu déjà chaud, rassurant. Elle ne voulait pas lui faire face. Elle ne voulait pas affronter trop vite la dureté de son regard, la froideur de ses gestes, le mépris de sa voix. Ne le comprenait-il donc pas ? N'avait-il pas eu exactement ce qu'il souhaitait depuis le début ? Depuis tout ce temps où il avait été obligé de supporter sa présence, où il l'avait maintenu à l'écart dans le regret d'une ancienne proximité pourtant toute relative, où il s'était éloigné de son monde jusqu'à pratiquement devenir un étranger... N'était-ce pas dans le simple but qu'elle comprenne enfin qu'elle n'était rien ? Rien d'autre qu'une petite fille agaçante et capricieuse, naïve et entêtée, envahissante et égoïste. Depuis toujours elle avait refusé de l'admettre, trouvant dans l'un de ses sourires las ou ironiques l'illusion d'un sentiment. Elle s'était persuadée dès leur enfance qu'elle pouvait l'entendre, quand bien même ne se confiait-il pas, qu'elle pouvait le comprendre, combien même ne le tolérait-il pas, qu'elle pouvait le réconforter, quand bien même ne le voulait-il pas. En respectant la distance qu'il lui imposait, en refusant de s'immiscer dans sa vie, elle ne s'était pas rendue compte qu'elle s'y était d'ores et déjà octroyée une place qu'elle ne méritait pas. Une place qu'il ne lui avait jamais concédé. Intruse dérangeante, elle s'était sentie le droit de s'imaginer pouvoir l'atteindre et créer ainsi un lien infime dont la fragilité ne tenait qu'à ses propres chimères. Un lien qui aurait été aussi fin qu'un fil de soie et aussi délicat que ce dernier. Un lien dont elle pensait qu'il l'avait brisé le jour où, éprouvant sa résistance ténue, il était parti. Un lien qui n'avait, en fait, sans doute jamais existé. Vide. Vide et solitude qui commençaient à devenir coutumiers. Elle aurait pu succomber à la tristesse, rendre les armes devant la déception, s'indigner de sa propre bêtise. Il n'en était rien. Face à cette vérité qui s'insinuait progressivement dans son esprit avec la force de l'évidence, elle se trouvait étrangement apaisée et résignée. Sila n'avait jamais nourri un caractère particulièrement combatif et affirmé. Elle avait toujours vécu dans l'ombre de ses aînées, dans l'ombre d'un fiancé qui n'en avait jamais eu que le titre. Pourquoi se révolterait-elle contre un fait qu'elle ne pourrait changer ? Pourquoi devrait-elle se morfondre sur un passé qu'elle ne pouvait corriger ? Accepter, aussi douloureux soit-il de le faire. De toute façon elle y était accoutumée. Elle savait que le temps effaçait toutes les souffrances. Ne lui avait-elle pas toujours pardonné les blessures qu'il lui avait faite ? Sila ne voyait pas pourquoi les choses seraient différentes aujourd'hui.


    Son odeur l'enveloppait, le bruit de ses pas la tétanisait. Ne venait-elle pas de le fuir à l'instant ? Pourquoi venait-il la troubler encore davantage ? Pourquoi lui semblait-il n'avoir jamais attendu que cet instant ? Il devait partir. Maintenant. Partir et la laisser seule, encore une fois. Partir et éviter les mots qu'ils ne s'étaient jamais avoués, comme toujours. Partir et se taire, impérativement. Car s'il disait quelque chose, s'il osait prendre la parole, Sila n'était pas certaine de pouvoir le supporter. Cette épreuve exigerait trop d'elle, trop du peu de courage dont elle parvenait à faire preuve quelques fois. Qu'il ne retourne pas le couteau dans la plaie, qu'il n'assène pas le coup fatal à ses illusions, qu'il ne revienne surtout pas sur la résolution qu'elle avait prise. C'était la première fois, que Sila le rejetait de cette manière. Elle était tellement effrayée à l'idée de voir ses espoirs déçus et ses certitudes contredites qu'elle préférait encore abandonner. Oz... Comment un nom pouvait-il contenir tant de force ? Comment pouvait-elle résister à ces émotions trompeuses qu'elle y avait associées huit années durant ? Y comprit lorsqu'il était parti... Car contrairement à lui, elle ne l'avait pas oublié. Elle n'avait tout simplement pas pu. Elle s'en voulait. Tout aurait été tellement plus simple... Un contact. La jeune fille sentit le matelas s'enfoncer au pied du lit, bouger au grès des mouvements qui répartissaient son poids avant qu'un bruit sourd ne fit vibrer imperceptiblement le mur contre lequel elle appuyait ses doigts. Si proches... Si proches et pourtant si éloignés l'un de l'autre, comme si rien ne pourrait plus jamais dépasser le gouffre qui les séparait. Il l'avait rejointe et s'était assis, le dos au mur et les genoux certainement relevés pour y appuyer tôt ou tard ses bras. Sila n'avait pas besoin d'ouvrir les yeux et de relever la tête pour le savoir. Elle le connaissait trop bien pour cela. Combien de fois l'avait-elle surpris à adopter cette position ? Heurté par son père, enfermé dans ses propres souffrances, livré sans garde fou à une colère si vive qu'elle ne pouvait être que silencieuse, à une peine si sincère qu'elle ne pouvait-être contenue qu'en se recroquevillant de la sorte ? Nonobstant, l'idée qu'il puisse ressentir ici la même chose ne la traversa pas. Sila avait prouvé des années durant combien elle pouvait être aveugle aux évidences, le fait d'en être consciente ne l'empêchait pas de faire inlassablement preuve de la même bêtise. Pourtant, l'image la troubla. Son cœur se serra, ses lèvres s'entrouvrir, hésitant à lui demander de partir. Elle n'était plus cette toute jeune femme allongée sur le lit d'une auberge de Sannom, résolue à revenir à une vie qui lui était indifférente. Elle était redevenue la petite fille timide et curieuse qui venait d'entrer dans la bibliothèque d'une demeure inconnue. Inquiète et innocente... pauvre petite chose qui ignorait le destin cruel et injuste qu'on lui préparait, qui n'avait pourtant pas su détourner le regard de ses yeux verts sitôt qu'elle les eût croisé. Le silence lui devint aussi pesant que ses souvenirs étaient déchirants. Il fallait qu'elle y mette fin. Tout de suite. Il fallait qu'elle arrête cette longue, trop longue torture qu'il lui infligeait si elle voulait encore sauver quelques plumes. Il fallait que...


    - Sila.


    Sa respiration se suspendit. Seuls les battements effrénés de son cœur résonnaient dans sa poitrine, avec une force qui lui faisait craindre qu'Oz puisse les entendre. « Arrête ». Un murmure, une supplique qui ne franchit pas ses lèvres qu'elle ouvrait et refermait avec cette indécision angoissée qu'elle ne pouvait dominer. « Oz, arrête. Ne dit rien je t'en prie. Épargne-moi ça. Épargne-nous ça. Je n'ai pas besoin d'entendre les derniers mots qui achèveront de me blesser. N'ajoute rien et laisse-moi partir, comme tu l'as toujours désiré. Laisse moi la dignité de ne pas avoir à t'affronter une dernière fois. Arrête. Tu sais très bien que je n'en serais pas capable... ». Elle connaissait trop bien ce ton, elle connaissait trop bien cette voix, même s'ils étaient d'une rareté inimaginable... D'autant plus précieux...en temps normal, lorsque le fond de sa pensée ne traduisait pas les horreurs qu'elle s'imaginait. Oz n'avait encore rien dit qu'elle sentit déjà ses yeux s'embuer. Elle ne voulait pas subir ça, elle ne voulait pas l'entendre de sa bouche, elle... resta figée dans une immobilité parfaite dictée aussi bien par la surprise que par le souhait qu'il venait d'exprimer. Les sourcils froncés par l'incompréhension elle faillit contrevenir à la volonté pourtant clair et explicite qu'il venait de formuler. Pourquoi ? Pourquoi Oz voulait-il qu'elle l'écoute sans intervenir de quelque façon que ce soit ? Pourquoi se montrait-il aussi lâche et cruel ? Pourquoi s'acharnait-il ainsi ? Non, ça ne pouvait pas être ça. La réponse lui faisait peur et la coupait encore une fois des certitudes qu'elle voulait farouchement conserver. Non, il ne pouvait pas agir comme ça. C'était pire que tout, c'était bien plus que tout ce à quoi elle aurait pu se préparer. Non, il ne devait pas l'obliger à écouter ça. Elle s'était résolue à renoncer, à repartir, à accepter le fait de s'être trompée toutes ces années. La contredire maintenant c'était l'empêcher à jamais d'accomplir ce qu'elle devait faire impérativement pour leur bien à tout deux. Comment pouvait-il s'octroyer le droit d'exiger autant d'elle ? Elle ne voulait pas se faire à nouveau avoir, rester parce qu'elle aurait obéit à son vœu égoïste et inexplicable, rester parce qu'elle aurait été trop faible et incapable de le renier comme il n'avait pas hésiter à le faire. Ne savait-il pas combien ses nouvelles résolutions étaient fragiles ? La force qu'elles exigeaient d'elle ? Pourquoi face à lui ses efforts étaient-ils toujours vains ? C'était injuste ! Pourquoi devrait-elle être la seule à encaisser et souffrir des mots de l'autre ? !


    - Deux ans. Il s’est passé deux ans. Et… il se passe pas mal de trucs pendant une période pareille. Je n’ai pas changé, que ce soit bien clair. Je n’ai jamais été, je ne suis pas et je ne serais jamais le mec qui t’accueillera à bras ouverts, la bouche en cœur et délicat à souhait, quand tu débarqueras.


    Crétin... Cette fois elle ne parvint pas à les retenir. Les larmes coulèrent, incontrôlables, pour se finir par se perdre dans l'oreiller. Lentement, elle avait remonté sa main à son visage avant de l'appuyer sur ses lèvres pour s'empêcher le moindre son de les franchir, et aussi dissimuler une respiration qui aurait clairement indiqué qu'elle pleurait. Son autre main tenait le poignet de la première pour se retenir de bondir de sous la couette et d'étrangler Oz. Elle ignorait seulement si elle en voulait à sa vie ou seulement à sa bêtise et si en conséquence, elle eût du tenter de le tuer ou se contenter de le serrer dans ses bras. Quoiqu'à bien y réfléchir vu les circonstances, la deuxième solution aurait très bien pu lui être fatale elle-aussi. D'où sortait-il qu'elle le voulait prévenant et délicat ? N'était-elle pas revenue vers lui suffisamment souvent pour qu'il sache que cela l'indifférait profondément ? Ne s'était-elle pas suffisamment accrochée pour qu'il sache que même en étant le roi des emmerdeurs elle appréciait sa compagnie ?


    - Je ne suis pas quelqu’un de bien. Ni d’altruiste, ni de gentil. Je ne console pas. Je ne réconforte pas. Je blesse. Toujours. Je suis un poison. Juste un poison.


    Elle renforça la pression de sa main à s'en faire mal au poignet. Ce qu'il pouvait être stupide ! Elle l'aimait bien, il pouvait être mignon quand il voulait mais il pouvait aussi faire preuve d'une connerie monumentale dont il semblait décidé à donner le parfait exemple. Croyait-il qu'elle avait oublié ? Croyait-il seulement que cela puisse s'oublier ? ! Cette fois-ci où, enfant, on l'avait comparée à Adeline et où il avait soupiré avec mépris. Cette autre où il l'avait complimentée sur la danse. Et surtout, cette autre encore où il l'avait sauvée d'un mauvais garçon quand elle avait été en danger. Oz savait-être gentil et altruiste. Il était quelqu'un de bien. Quand bien même s'obstinait-il à prétendre et à vouloir se prouver le contraire. La colère, l'indignation et l'évidence occultèrent les pensées raisonnables qu'elle s'était acharnée à établir comme des vérités. Au fond de lui, il était proprement incapable d'accepter qu'on puisse s'en prendre à elle. Peut être une exception...dont elle ne saisissait pas encore la portée. Il lui viendrait toujours en aide, elle le savait. Et... et zut. Voilà qu'elle s'était faite avoir, voilà qu'elle pensait comme autrefois, voilà qu'elle refusait d'accepter qu'il fusse un poison alors qu'il s'agissait de la dernière chose qui aurait pu la sauver. Ou plutôt si, elle l'acceptait mais était loin de le lui reprocher. Oui il blessait, tout comme elle devait le blesser parfois même si elle ne s'en rendait pas toujours compte. Comme un poison il s'insinuait en elle, petit à petit, goutte par goutte. Comme un poison il savait lui couper la respiration, d'un mot, d'un regard. Comme un poison il savait la faire bouillir d'indignation, de colère ou de culpabilité. Comme un poison il la torturait...mais sans qu'elle trouvât à se plaindre. S'il était un poison, alors la vérité c'est elle n'aurait jamais voulu qu'un autre pourrisse son existence. Une vérité qu'elle ne comprenait pas encore, qui lui échappait inéluctablement. Mais dont elle s'imprégnait chaque jour davantage, se montrant toujours plus résistante. Dommage que chaque jour les obstacles se fassent plus nombreux...


    - Vasco… Vasco est l’élément le plus notable et important de ma nouvelle vie. Il n’est pas une personne sur laquelle j’aurais jeté par défaut mon dévolu en arrivant à Sannom, pour ne pas rester seul ou pour remplacer mon connard de frangin, que ce soit bien clair.


    Sila resta interdite. « L'élément le plus notable et le plus important de sa nouvelle vie » ? Qu'espérait-il en lui expliquant ceci ? Devait-elle comprendre qu'il l'avait lui et qu'elle était donc de trop ? La jeune fille commençait à être tout à fait perdue. Devait-elle partir, rester, partir, rester... ?


    - J’aurais préféré rester seul. Je préférerais être seul. Ce serait plus simple. Mais il y a des gens, comme lui ou toi, qui font sacrément chier.


    Oui, ils étaient des idiots finis qui aimaient la souffrance. Des parasites féroces qui a force de s'imprégner du poison finissaient par y être immunisés.


    - Je lui pourris l’existence. Mais il reste. Et… Finalement, je crois que j’ai irrémédiablement besoin de lui.


    Coup au cœur, brutal et d'autant plus choquant qu'il était sincère. Les larmes qui s'étaient taries revinrent à la charge. Elle avait donc raison. Il avait besoin de lui. Besoin comme une nécessité absolue et comme il l'avait dit lui-même, irrémédiable. Il était donc bien plus qu'elle n'avait jamais été. Elle, Oz n'avait pas hésité à l'abandonner. Il avait accepter quelqu'un, il s'y était attaché, il... ne lui laissa pas le temps de ruminer cette pensée de plus en plus inacceptable à mesure qu'elle commençait à la comprendre.


    - Je n’ai pas changé. Ne venez pas me trouver une quelconque esquisse d’humanité sous prétexte que je dis pour une fois quelque chose d’honnête. Je ne viens pas ramper pour te retenir, Sila, parce que je suis incapable de retenir qui que ce soit même si une vie en dépendait, et tu le sais très bien. Je viens juste expliquer un truc.


    Oui elle le savait très bien...sauf que c'était exactement ce qu'il faisait. Il la retenait avec une maladresse évidente, une rage qui aliénait sa fierté. Elle ne savait plus que penser. Il l'avait laissé alors qu'il ne laisserait jamais Vasco. Il lui avait fait comprendre qu'il voulait qu'elle parte alors que maintenant il souhaitait qu'elle reste.


    - Ce n’est pas toi que j’ai voulu fuir il y a deux ans. Pas entièrement. C’est toute ma vie à qui j’ai volontairement tourné le dos, parce que j’ai mes raisons. Et aujourd’hui, ce que je ne tolère pas, ce n’est pas que ce soit toi qui revienne, mais que ce soit mon passé qui refasse surface. Je veux l’oublier. Ou tout du moins, je veux oublier certaines choses. Et toi… Toi, tu ne fais pas forcément partie de ces choses-là. Quand on était gamins, je… Enfin, bref. Tu vas morfler, Sila. Sincèrement. Le poison va t’en faire baver.


    La menace était concrète mais Sila s'en contrefichait. Elle n'était là que pour rattraper ce qu'il avait faillit dire, ce qu'il avait dit à demi-mot. Oz... Comment un nom peut-il remplir à ce point quelqu'un de joie ? Quand ils étaient gamins... quand ils étaient gamins il l'avait laissé venir à lui. Il avait accepté sa présence, il n'avait pas hésité à se comporter naturellement devant elle alors qu'il méprisait indifféremment tous les autres. Avant que son frère ne parte, avant qu'il ne la fuit parce qu'elle le connaissait trop, avant qu'elle renonce à le poursuivre parce que cela lui ferait trop de mal. Quand ils étaient gamins, elle... Enfin, bref.


    - Mais si tu le veux vraiment…


    Il bougea. Elle le sentit nettement alors qu'elle-même avait depuis longtemps reposer ses mains sur le matelas, près de l'oreiller. Un creux se forma non loin d'elle, elle sentit son corps prêt à y chuter bien qu'elle fut incapable de bouger. Sila n'esquissa pas le moindre mouvement, parfaitement paralysée. Il se trouvait juste au-dessus d'elle. Les yeux perdus dans la teinte bleutée que la couette donnait à son champ de vision restreint, la jeune fille ne chercha pas à contrôlé un souffle qui lui avait échappé depuis longtemps, les battements d'un cœur qui s'accélérèrent à nouveau, les pensées d'un esprit qui se trouvait subitement incapable de réfléchir. Elle sentit le tissu glissé doucement sur sa peau, celle de son visage, de son cou, de ses mains. Le creux dans son dos se fit plus appuyé, preuve qu'il s'y tenait pratiquement de tout son poids. Une mèche de ses cheveux avait eu la bonne idée de se poser sur sa joue lorsqu'elle s'était couchée et ni elle, ni la couette, ne l'en avait délogée. Ainsi, il ne pouvait voir son visage, l'inconvénient étant qu'elle ne pouvait voir le sien. Le froissement de tissu des vêtements qu'il portait lui indiqua qu'il s'approchait alors qu'elle n'était pas certaine de pouvoir déterminer si elle voulait s'enfuir ou le laisser faire. Confiance. Infinie. Il lui avait dit de ne pas bouger, elle n'osa même pas battre des paupières, figée dans l'attente.


    - Tu peux rester.


    Il se releva lentement. Sa voix à peine soufflée s'imprima si violemment dans sa mémoire qu'elle en oublia d'écouter ses derniers mots. Peu importait au fond. Elle souhaitait sortir de cet état comateux, elle souhaitait se lever subitement pour l'étreindre et s'excuser, elle souhaitait qu'il ne quitta jamais cette chambre... alors que quelques instants plus tôt elle hésitait à lui en faire la supplique. Elle avait du mal à se remettre de sa confusion. Sila savait ce que cela avait du coûté à Oz que de lui dire ces mots, elle regretta immédiatement de ne pas avoir imprimé chacune de ces secondes dans sa mémoire. La porte claqua brusquement, la faisant sursauter et lui permettant ainsi de sortir de sa torpeur. Dans l'instant, elle se redressa pour se retourner, assise sur le lit qu'il venait de quitter.


    - Oz.


    Appel, bref. Juste un nom qu'il était décidément trop difficile d'oublier... Elle ne se leva pas pour le rejoindre, se contentant de se laisser retomber sur le lit, sa chevelure sombre, éparse, autour de son visage bouleversé. Elle resta ainsi un moment dans le silence avant de fermer les yeux sur les notes d'une musique qui flottait dans les airs et la guidait vers ses rêves.


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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