Gamaëlia


 
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 Isuzu Kamageta [/!\Musique]

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Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
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Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Isuzu Kamageta [/!Musique]   Sam 26 Juin 2010 - 0:15



Dans mon chagrin, rien n’est en mouvement
J’attends, personne ne viendra
Ni de jour, ni de nuit
Ni jamais plus de ce qui fut moi-même


    Prénom et nom : Isuzu Kamageta ( prononcer " Issouzou Kamaguéta" )
    Date de naissance (sans l'année) et âge : Native du deux janvier, âgée de 26 ans.
    Sexe : Féminin.
    Métier : Chef des chasseurs de primes.


Mes yeux se sont séparés de tes yeux
Ils perdent leur confiance, ils perdent leur lumière


    Nom : Kiro.
    Comment avez-vous connu votre familier ? Lors de son passage sur Gamaëlia : plus de détails dans l'histoire.
    Race : Kiro se trouve être un étalon.
    Physique : Tout comme elle l'équidé est de grande, très grande taille puisqu'il la dépasse au garrot. Totalement noir, ses yeux sombres n'éclairent rien de plus et évoquent une fois encore sa chère Isuzu.
    Caractère : Sage et protecteur, Kiro est l’unique créature capable de calmer ou de reprendre Isuzu si cela s’avère nécessaire. Il s’emporte rarement, encore moins contre elle. Il ne faut pas croire pour autant qu’il est d’une placidité mortellement ennuyeuse : il sait réagir à ce qu’il juge injuste et n’hésitera pas à en parler à son humaine tant aimée. Il a toutefois tendance à trop accepter par rapport à elle, et ne remet pas assez en cause ses choix de vie… Ou de mort. Le pire étant qu’il en a pleinement conscience. Mais c’est ainsi, il ne vit que pour elle et ne souhaite pas contredire ses désirs. Il connaît toutes ses souffrances et, bien trop gentil malgré ses airs fiers voire méprisants, il refuse de lui faire subir plus de douleurs encore en rappelant le fait que se suicider est l’assassiner.
    Quels sont vos liens ? Un amour profond, un respect sincère. Kiro est donc l'unique entité pouvant tenir tête à Isuzu sans que cette ci ne s'en offusque, et il connaît tout d'elle. Il a une grande tendance à la protection, ce qu'elle n'apprécie pas toujours - elle n'a pas besoin d'être couvée, que diable ! - mais elle l'aime véritablement. Et son plus grand regret concernant son choix de mettre fin à ses jours est de supprimer la vie de Kiro en dommage collatéral.


Ma bouche s’est séparée de ta bouche
Ma bouche s’est séparée du plaisir
Et du sens de l’amour, et du sens de la vie

    Quelle(s) guilde(s) souhaiteriez-vous intégrer ? Chasseurs de primes ! ( est ce vraiment nécessaire pour moi de remplir ce champ ? XD)
    Comment avez-vous connu le forum ? Mwahaha Cool
    Autres : Tout comme pour Vasco il est inutile de regarder les autres fiches, j'ai apportés quelques modifications pour que ce soit plus cohérent ( d'ailleurs si vous pouviez me supprimer les anciennes ça m'arrangerait XD ). Vous allez me haïr je vais vous donner beaucoup de lecture, mais c'est pas de ma faute XD Bref, bonne chance pour en venir à bout ♥



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]


Dernière édition par Isuzu Kamageta le Mar 26 Oct 2010 - 15:22, édité 4 fois
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Isuzu Kamageta
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MessageSujet: Re: Isuzu Kamageta [/!\Musique]   Sam 26 Juin 2010 - 0:28

Mes mains se sont séparées de tes mains
Mes mains laissent tout échapper


    De loin, lorsque son ombre se dessine à peine, un mot s’impose : famélique. Biche ou louve, à cette distance, on ne le sait pas encore. Mais déjà on peut constater la finesse de ses longs bras, de ses longues jambes, son corps allongé sans que ce soit disgracieux pour autant. Isuzu est grande. Pour une femme, un mètre soixante-seize, ce n’est pas rien. Elle dépasse même certains hommes. Elle s’en moque. Isuzu préfère voir les avantages de sa grande taille. Elle se plaît à surplomber les gens, à pouvoir les regarder d’au dessus, imposer ainsi sa suprématie et, quelque part, son inaccessibilité. A vrai dire, ôtons tout de suite ce que sa grande taille lui donne d’hautain : certes, elle l’est d’une certaine façon, jugeant qu’elle est différente et que personne ne peut l’approcher un peu trop. Mais elle ne se juge pas mieux que d’autres, si ce n’est pire. Son apparence ne trahit jamais cette pensée, et, si elle accompagne sa taille de l’air hautain vers lequel elle penche bien volontiers, c’est dans l’unique but de se protéger. Passons. A sa taille s’ajoute une deuxième caractéristique notable : la maigreur. Rappel de son anorexie, elle n’était déjà pas bien épaisse lors de son enfance et cela ne s’est pas arrangé avec les années. Elle a bien entendu passé son anorexie mais il lui en est resté un appétit d’oiseau et une taille de guêpe. Les sports parfois extrêmes que lui imposent sa fonction et son travail ne font rien pour arranger cela. Elle reste donc d’une maigreur parfois alarmante, qu’elle ne se figure pas de cacher. Car pour la première fois depuis longtemps, elle est à l’aise avec son corps. C’est son âme qu’elle a plus de mal à dompter et, de manière générale, son corps est un point d’ancrage sûr pour elle, un repère rassurant qu’elle connaît mieux que tout. Par contre, elle n’aime pas du tout qu’on le regarde d’un peu trop près. Il n’appartient qu’à elle seule, et il est donc proscrit de s’y intéresser de trop.

    Sa maigreur n’est pas synonyme d’une absence de forme, au contraire. Malgré une apparence générale quasi squelettique, sa poitrine est bien présente sans non plus être trop épaisse et n’est donc pas effroyablement disproportionnée par rapport à sa minceur. Cela l’arrange bien : plus grosse, sa poitrine aurait été trop lourde pour elle, lui aurait causé des problèmes de dos, et elle n’aurait pu se mouvoir aisément, chose qui lui est réellement essentielle pour réussir dans son métier puisqu’elle refuse encore d’user de la magie. Ce corps de rêve, quoi qu’un peu trop maigre, lui donne souvent des allures de femmes fatales et il lui arrive de se servir de ces allures : la nature lui a donné un beau corps, alors autant s’en servir, n’est-ce pas ? Même si, de manière générale, elle n’aime pas du tout se servir de son physique de cette façon, il arrive qu’elle n’ait pas le choix. Sa démarche, toujours assurée, sans failles, ne fait rien pour discréditer cette image aux yeux du monde. Elle a presque des allures de reine despotique, la chef des chasseurs de prime, alors qu’elle avance, où qu’elle soit. Reine, oui, mais cela ne la défait pas d’un air indéniablement fragile, renforcé par sa peau si pâle, au grain presque parfait et sans tatouages ou trous de piercing, conservée pure comme au premier jour. Son joli corps de nymphette donne souvent l’impression d’être fait de porcelaine mais il ne faut, bien entendu, pas si fier. Avisez vous de la regarder d’un air ne serait-ce qu’un tout petit peu protecteur, vous vous en mordrez les doigts. Car en effet, ce n’est pas parce qu’elle a des bras fin, des mains longues et fines aux ongles ni trop courts, ni trop longs, une taille de guêpe qu’elle est une midinette à défendre, bien loin de là. Elle a souvent bien du mal à trouver des tenues correctes à cause de sa grande taille, mais nous nous y attarderons plus tard.

    Un long cou blanc et gracile porte la tête bien faite d’Isuzu. Ce cou est constamment orné d’un élégant pendentif doré en forme de cœur, médaillon offert par l’amour de sa vie. Elle ne quitte jamais, jamais ce médaillon, comme un flambeau de son amour encore brûlant. Même lorsqu’elle se bat, au risque de le perdre : cela lui est déjà arrivé une paire de fois, et sa colère fut alors terrible. Bien heureusement, elle le retrouva. Il s’agit de la dernière chose qui lui reste de son amour perdu, elle le chérit donc plus que tout autre chose. Noirs comme le veut son origine nippone, ses cheveux n’ont cependant pas le lisse merveilleux de la chevelure sombre japonaise standard. Habile mélange entre ses origines, ils sont plutôt doux, moyennement épais et profondément noirs, brillant légèrement. Elle les a coupé il y a quelque temps déjà et si, auparavant, elle les conservait d’une longueur hallucinante, elle les conserve courts pour ne pas être gênée. De manière générale, tout ce qu’elle peut définir dans son apparence est fait de manière à ne pas la déranger. La découpe de ses cheveux est donc un étrange dégradé, néanmoins joli. Elle a également renoncé à la frange, bien trop gênante lorsqu’elle repousse. Cette coupe d’amazone qu’elle ne se donne pas la peine de soigner et parfois même de peigner accentue encore le charme de son joli petit visage, quoi qu’il soit la plupart du temps figé dans une expression de froideur à cause de laquelle on évite généralement de l’approcher.

    Son menton fin se révèle parfaitement droit, accompagnant une mâchoire fine et élégante. Sa lèvre inférieure est légèrement plus épaisse que la supérieure, délicatement ourlée et on ne peut plus charmante. Néanmoins, il vous sera très rare de voir ses belles lèvres pâles, de temps en temps, rarement, recolorée d’un peu de rouge à lèvre plus foncé, à faire d’elle une Blanche Neige parfaite, s’étirer en un beau sourire. Non, cela fait longtemps qu’elle ne sourit plus. Ses dents blanches et droites ne seront donc vaguement exposées à l’unique condition qu’elle prenne la parole, ce qu’elle fait le moins possible. Sa voix n’en est pas moins claire et toujours maîtrisée. Son soprano lyrique léger la gêne car elle le trouve trop aigüe, particulièrement lorsqu’elle est amenée à crier – ce qui, dieu merci, ne lui arrive pas souvent. Cependant, comme elle ne parle que lorsqu’elle n’a pas d’autre choix, l’élément est moins dérangeant. Oh, et ne croyez pas que c’est parce qu’elle a une voix aigüe qu’elle sera douce : dure et la plupart du temps glaciale, maîtrisant parfois difficilement une colère dévastatrice, elle ne s’impose des inflexions doucereuse à de très rares occasions, dans l’unique but d’obtenir par le charme ce qu’elle ne peut obtenir par la force ou par l’évocation de sa fonction. Elle est capable de jouer d’hypocrisie, de faire son visage tout comme sa voix plus doux, mais cela ne lui plaît fondamentalement pas et elle le fait le moins possible. Enfin, elle possède un joli petit nez, droit et fin, plutôt court mais lui accordant une frimousse peut-être plus jolie que ce qu’elle aurait voulu, un poil enfantine, quoi que ce petit air de lutin est fortement gâché par la froideur de ses traits et de son comportement.

    Venons-en à ce qui est sans conteste le plus intéressant de tout le physique d’Isuzu : ses yeux. Merveilleusement sombres, ses mirettes sont aussi noires que ses cheveux, quoi que souvent bordés de gris, suivant l’éclairage alentour. Son regard sombre se pose sur tout avec une acuité inquiétante. Si autrefois elle ne pouvait pas regarder les gens droit dans les yeux, désormais, c’est presque pire. C’est comme si elle pouvait réellement lire dans votre âme rien que par vos yeux. Il n’en est rien, bien évidemment, mais à son regard, on a souvent l’impression qu’elle cherche cela. Dérangeant. Ce n’est pas pour autant qu’elle regardera qui que ce soit autrement. On dit souvent que les yeux sont les reflets de l’âme : ce n’est pas exactement le cas d’Isuzu. Elle se camoufle derrière une froideur affolante, son regard suit donc tant qu’elle peut cette attitude protectionniste. Constamment malheureuse, elle n’en laissera rien paraître dans son regard. Autre particularité des yeux d’Isuzu : leur forme. Pas tout à fait bridés sans non plus être vraiment de type occidental, elle oscille entre ses deux origines et lui donne un charme plus particulier encore. De temps à autre elle souligne son regard d’un trait de crayon, ou accentue encore ses longs cils sombres, mais cela reste toujours très discret. Enfin, de fin sourcils surlignent l’impression de fragilité qui découle de la demoiselle, malgré toute la froideur donc elle s’arme. Une reine des glaces ? Peut-être bien. Mais encore une fois, il ne s’agit que d’un masque.

    La dernière chose à remarquer chez Isuzu sont ses tenues : à cause de sa grande taille et de son corps trop fin, il n’est pas toujours évident pour elle de trouver des vêtements qui sont à la fois suffisamment longs et pas trop large. Elle s’habille toujours au plus sobre, excluant presque toute les couleurs excepté le rouge et les couleurs très foncés, se vêtit essentiellement de noir. En général, elle porte des chaussures à talons, plus par habitude que pour renforcer les allures de femme fatale que Dame Nature lui a offerte. Ensuite, soit elle porte un jeans foncé, soit une jupe sombre. Lorsqu’elle se vêtit de ces secondes, elle prend bien garde à les choisir lui atteignant au moins juste au dessus des genoux : plus longue, elles la gêneraient. Elle fait aussi très attention à la liberté de mouvement que lui offrent ses tenues. Ainsi elle ne portera jamais rien de trop encombrant. Il faut dire qu’elle n’a pas énormément de tenues différentes : persuadée qu’elle ne tardera pas à mourir, sa garde-robe est d’un vide affolant. Elle ne voit pas l’intérêt de s’encombrer pour rien.

Mes pieds se sont séparés de tes pieds
Ils n’avanceront plus, il n’y a plus de route
Ils ne connaîtront plus mon poids, ni le repos

    Glaciale. Ainsi est perçue Isuzu par la majeure partie de la population. Cette politique de la froideur envers les autres et de l’ignorance des gens qu’elle ne juge pas digne d’intérêt pour une raison ou pour une autre la rend sans le moindre doute plutôt hautaine. La vérité est qu’elle agit ainsi en suivant deux idées : la première est plutôt altruiste puisqu’il s’agit de ne faire du mal à personne lorsqu’elle parviendra à atteindre son but, la mort. Même s’il s’agit bien entendu de ne pas se faire du mal à soi même non plus. La seconde, bien plus égoïste, est un idéal de protectionnisme. Sa misanthropie certaine s’accompagne d’une crainte des gens, peur qu’on lui fasse du mal et qu’elle ne parvienne pas à s’en remettre. C’est pourquoi, d’apparence, elle sera toujours glaciale. Elle fera du mieux pour ne pas montrer le moindre soupçon de sentiment en elle. Femme-machine ? Non, tout cela n’est définitivement qu’une apparence. Elle a cependant très bien construite l’illusion et celui qui réussira véritablement à la briser, à passer au travers de son armure, sera vraiment très fort. Cela ne pourrait se faire sans d’énormes efforts car Isuzu ne compte pas en faire le moindre pour se lier aux autres. Cette illusion n’aurait d’ailleurs pas pu se construire totalement s’il n’y avait la présence rassurante de Kiro à ses côtés. Son familier l’intime souvent au calme alors même qu’elle s’emporte, sachant à quel point elle trouverait insupportable qu’on la voit telle qu’elle est vraiment. Cache-cache sentimental.

    Colérique. Oui, même si elle n’en a pas l’air, Isuzu s’énerve facilement. Un tempérament chaud, brûlant possède cette jeune femme, et elle s’efforce de le maîtriser, de calmer le brasier ardent de sa colère lorsqu’elle s’empare d’elle pour coller encore à son image frigide. Ce sang froid mimé, encouragé par son familier, ne suffit pas toujours à camoufler ses mouvements d’humeurs. Il vaut d’ailleurs mieux se méfier si sa colère apparaît un peu trop. Cela signifie que la personne contre laquelle elle est dirigée est allée bien trop loin et qu’il vaut mieux qu’elle s’arrête tout de suite. Sa colère est la plupart du temps légitime, suivant la logique d’Isuzu. On peut l’avoir touchée un peu trop, puisqu’elle honni les contacts physique, défense ultime, ou l’avoir agacée avec des questions trop indiscrètes. Néanmoins, ses colères ne seront jamais injustes : elle s’efforce toujours de ne pas les diriger vers le premier passant innocent qui ne lui a somme toute rien fait du tout. Certes, si ce passant la bouscule, il risque d’entendre parler du pays, mais ce sera parce qu’elle aura été d’autant plus énervée par cette maladresse. D’ailleurs, elle n’est pas femme à se taire : sauf cas exceptionnel, elle dira toujours tout haut si quelque chose du domaine public lui déplaît. Femme franche, parfois trop franche, elle n’est pourtant pas tout à fait honnête, surtout envers elle-même. Si elle commence à apprécier quelqu’un, par exemple, il est hors de question que cette personne soit au courant, et elle fera de son mieux pour oublier l’élan de son cœur envers cette pauvre personne. Disons plutôt qu’elle sera très directe sur tout ce qui lui déplaît mais beaucoup moins encline à exprimer ce qui lui plaît. Tenter de se lier avec elle de quelque façon que ce soit est de toutes façons un suicide presque certain, si ce n’est elle qui finira par vous tuer, agacée de vous voir trop souvent graviter autour d’elle.

    Secrète. Notion étrange pour la femme du monde qu’elle est, n’est ce pas ? Etre chef des chasseurs de primes, c’est se mettre indéniablement sous le feu des projecteurs, l’exemple Liven Reaves l’a mainte fois démontré. Pourtant, elle reste une femme très secrète, terriblement discrète sur sa vie privée. En réalité, de vie privée elle n’a plus. Il s’agit juste de son passé qu’elle chérit plus que tout, vivant dans l’abîme de ses plus beaux souvenirs, qui se changent tous en vision d’horreur tant le bonheur l’écœure maintenant qu’elle n’arrive plus à l’atteindre. Il faut dire qu’elle ne fait pas beaucoup d’efforts pour le retrouver, mais il s’agit d’une toute autre affaire. Oui, elle cultive le secret sur son passé, ne vit désormais plus que pour son travail. Elle a toujours été très sérieuse et appliquée, mais aujourd’hui, elle noie clairement toute amorce de vie nouvelle sous ses devoirs de chef de chasseur de primes. Ce professionnalisme poussé à son paroxysme l’empêche de vivre de nouvelles choses et d’en jouir, conformément à son souhait de mourir au plus vite rejoindre celui qu’elle aime dans l’au-delà éventuel. Elle n’est pas croyante mais une vie sans Kodaï ne vaut, pour elle, pas la peine d’être connue. Il est la seule personne à qui elle fait encore une confiance aveugle, excepté Kiro qui est après tout une partie d’elle. Son amour passionnel la maintient en vie dans l’unique but de mourir. Paradoxal, oui. Mais à force de courir derrière la mort, elle a pris quelques habitudes, elle apprécie certaines choses de sa vie nouvelle. Sa fonction par exemple. Isuzu déteste recevoir des ordres, qu’elle exécutera quand même à cause d’un certain sens du devoir et surtout de la hiérarchie qu’elle doit à son éducation typiquement japonaise. Ces sens sont altérés du fait qu’elle n’a pas vraiment écouté et qu’elle est partie assez tôt mais passons, il n’empêche que, bien qu’elle n’aime pas avoir une autorité supérieure, elle obéira toujours aux ordres qui lui viendront d’en haut – sauf si elle le trouvera trop injuste ou s’il influe sur ses liens avec les autres, au cas où sa loyauté sera sans faille. Oui, les rares personnes qui peuvent affirmer qu’elle les apprécie – et ils sont très rares, ou ne le savent pas puisqu’elle fait de son mieux pour le dissimuler – doivent aussi savoir qu’ils pourront toujours compter sur elle, qu’elle ne les laissera jamais tomber. Oh, elle aime bien laisser entendre qu’elle est totalement libre et qu’elle peut très bien trahir des gens, sous entendre qu’ils n’ont pas à lui faire confiance, mais la vérité est tout autre puisque les quelques personnes qui pourront se sentir ne serait-ce qu’un tout petit peu proche d’elle pourront aussi compter sur elle en toutes circonstances.

    Malheureuse. C’est un fait établi, le bonheur, elle ne le connait plus. Pire encore, elle refuse toute les mains tendues. Obstinée, elle ne peut accepter d’avoir une autre perspective d’avenir que celle qu’elle projette et qui est, de toutes façons, commune à tous les Hommes : la mort. Elle s’enfonce toujours plus dans son malheur, n’atteint un bonheur fictif que par une certaine autosatisfaction qu’elle éprouve parfois. Quand elle réussira une mission particulièrement ardue, par exemple. Déjà peu expressive, réservée, elle n’ira pas montrer ses rares et subtils élans de joie, bien vite remplacé par le désespoir qui la suit partout. Son obstination s’étale d’ailleurs à bien d’autres domaines que son idée de malheur continuel, et elle ne supportera pas avoir tort. De manière générale, elle se débrouillera toujours pour ne pas se trouver en tort. Il arrivera quelques fois où elle s’y retrouvera, auquel cas elle sera capable d’être d’une mauvaise foi aberrante. Elle est une femme réfléchie et intelligente, oui, mais comme elle n’aime pas admettre qu’elle a tort, elle préfèrera mille fois s’enfoncer dans son erreur, affirmer qu’elle ne se trompe pas quand bien même elle sait pertinemment que son idée était totalement erronée plutôt que d’accepter sa faute. Par contre, paradoxalement, elle acceptera tout à fait que ses erreurs mènent une mission à son échec, par exemple. Par contre, elle ne s’excusera que très rarement d’une erreur qu’elle aurait accomplie, qu’elle l’ait admise ou non. La même femme qui s’enferme dans son passé affirmera que maintenant que c’est fait, il est inutile de s’attarder dessus. Inconstance. De même, il y a bien une chose qu’elle ne fera pas, c’est l’abus de pouvoir. Elle en sera mainte fois tentée pour obtenir ce qu’elle voudra, et agira parfois d’une manière flirtant avec le despotisme. Mais elle juge la répression des libertés comme le pire des crimes, et s’appliquera donc à ne jamais l’accomplir.

    Orgueil. Des sept péchés capitaux, c’est bien celui-ci qui prévôt chez Isuzu. Sa fierté n’accepte aucun affront, le moindre petit contact physique étant considéré comme tel, je vous laisse imaginer le résultat… Susceptible au possible, elle est capable de s’outrer du moindre petit outrage à ses maigres valeurs. Osez par exemple lui imposer des choses, l’empêcher d’agir comme elle l’entend… Je ne donne pas cher de votre peau. Eminemment possessive, elle jalousera inévitablement quiconque s’avise de s’approcher d’un peu trop près des gens qu’elle apprécie. Le pire étant bien entendu qu’elle sera bien obligée de dissimuler sa jalousie puisqu’elle refuse de montrer aux gens qui ont réussi l’exploit de lui faire ressentir un peu d’affection envers eux. Cela est plutôt problématique pour cette jeune femme qui refuse d’ailleurs de fréquenter trop souvent les personnes qu’elle aime le plus, dans une volonté quasiment masochiste, préférant s’entourer d’ennemis. De toute façon, elle suit l’idée qu’en gardant ses adversaires auprès d’elle, elle ne les surveille que mieux. Le seul problème, et elle s’en rend bien compte, c’est qu’ils auront ainsi plus de mal à attenter à sa vie, et cela augmente donc ses chances de survie. Pardon, je ne l’ai pas dit suffisamment clairement ? Isuzu est évidement suicidaire. Elle pense que sa vie s’est éteinte il y a bien longtemps. Quand bien même elle tournerait la page « Kodaï », elle ne considère pas comme possible de revivre. Même sans ses sentiments pour lui, elle n’a plus rien et juge donc sa vie inutile. Pardon, la reconstruire ? C’est une possibilité si évidente, si facile malgré tous les sacrifices que cela exigera d’elle qu’elle n’y songe pas une seule seconde.



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Isuzu Kamageta
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MessageSujet: Re: Isuzu Kamageta [/!\Musique]   Mar 26 Oct 2010 - 12:45

Il m’est donné de voir ma vie finir
Avec la tienne
Ma vie en ton pouvoir
Que j’ai crue infinie



    Elle n’est pas ma fille. Je l’ai portée, je l’ai allaitée. Mais elle n’est pas ma fille. Elle ne l’a jamais été. Elle ne le sera jamais. Elle est la fille de ce monstre. Rien de plus. Une plaie que mon mari et moi devons supporter. L’abandon ? On y a songé. Mais il est inacceptable que les gens se mettent à jaser à cause d’un bébé abandonné qui n’est pas le notre.

    Six ans. Cela faisait six ans que Kimi Kamageta traînait ce boulet à son pied. Six ans et neuf mois, en fait, que l’objet de sa honte la fixait de ses beaux yeux noirs, héritage de cette ordure. Kimi savait pertinemment que la petite Isuzu n’y était strictement pour rien mais elle ne pouvait s’empêcher de ressentir un profond dégoût quand elle croisait ces yeux là. Elle ne comprenait pas comment Kakuro, amour de sa vie, parvenait à tolérer cette fille qui, sans être la leur, était sortie de son corps. Elle avait eu très peur que leur amour ne soit pas suffisamment fort pour résister à ce parasite. Mais le viol ne les sépara pas, bien que Kakuro eut bien du mal à admettre qu’elle était enceinte d’un autre que lui. Et même lorsque la petite fille vint au monde, il la laissa traîner dans ses pattes. Même s’il n’éprouvait strictement aucun amour ou autre sentiment paternaliste, il la laissa. Par amour pour sa femme qui n’avait pas eu la force d’avorter, sans pour autant aimer elle-même ce qu’elle allait faire naître, il la toléra. C’est ainsi que, sans même se consulter au préalable, guidés par un accord tacite, le couple dressa l’illusion dans laquelle ils comptaient baigner la fille toute son existence durant. Oui, ils se moquaient de savoir ce qu’il en serait exactement des pensées de cette créature qu’ils ne jugeaient comme humaine pour l’unique raison que Kimi était on ne peut plus humaine, et qu’il était donc tout à fait normal qu’elle mette un autre être humain au monde. Evidemment. Parfois il leur arrivait même de douter fortement de l’humanité de cette petite fille, parce qu’ils considéraient son père biologique comme un monstre, mais ils préféraient l’accepter dans son humanité. Le contraire aurait été trop dur à supporter pour la jeune mère. Ils ne parvinrent néanmoins jamais à la considérer comme humaine au même titre qu’eux. Elle était particulière, dans le mauvais sens du terme.

    Pourtant, durant ses jeunes années, elle fut un ange. On ne l’entendait jamais pleurer. Elle semblait toujours curieuse de tout sans pour autant assommer les gens de questions, un peu réservée et presque méfiante sans pour autant être hostile aux autres. Son éducation était basée sur le respect des autres et la politesse et, enfant vive d’esprit, elle avait vite compris qu’elle avait tout intérêt à suivre les valeurs qu’on lui inculquait. Oh, comme tous les enfants, elle a bien dû faire une ou deux petites bêtises dans cette période de sa vie : mais ses parents n’avaient vraiment pas à se plaindre d’Isuzu. A la voir et à l’entendre, cette petite fille aux longs cheveux noirs était la gamine la plus heureuse sur terre. Mais au fond de son cœur, elle sentait que quelque chose sonnait faux. Elle ne percevait pas l’illusion fantastique dans toute sa grandeur mais elle avait le sentiment que le Faux l’entourait, caché quelque part. Elle détestait ça. Sa vie lui semblait étrange. Déjà en ces heures, son innocence, sa fraîcheur commençaient à se flétrir. La petite fleur ne comprenait pas vraiment ce monde qui l’entourait, ses parents moins que quiconque. Elle n’avait eu droit aux câlins et aux embrassades uniquement lors de sa toute petite enfance : aujourd’hui, ses parents étaient là pour elle mais elle avait peine à se souvenir du dernier contact physique qu’ils avaient eu envers elle. Elle trouvait cela étrange, alors même qu’elle voyait les enfants qu’on allait chercher à l’école couverts de baisers. Une fois, elle tenta de se jeter dans les bras de sa mère, alors qu’elle venait la chercher à l’école. Elle ne perçut pas vraiment à quoi s’apparentait l’étrange expression qu’avait pris les traits de sa mère alors qu’elle la repoussait, lui priant de ne pas faire de scène en public, de ne pas attirer l’attention sur eux. Isuzu ne comprenait pas : pourquoi, si c’était elle qui étreignait sa mère, c’était perçu comme une scène, une situation presque gênante, alors même que tous les autres enfants en faisaient de même avec leurs propres parents ? Soit, elle s’en accommodait. Si c’était cette belle et grande jeune femme qui le disait, elle avait raison, non ? Ce qu’Isuzu n’arrivait pas à percevoir, c’était le dégoût apparu sur les traits de sa mère quand elle approchait de trop son enfant, bien que la petite fille trouvait sa mère bien moins belle quand cette expression étrange animait les traits de son doux visage.

    Isuzu ignorait totalement qu’elle était le fruit d’un viol et, aujourd’hui, elle l’ignore encore. La vérité est que, si ses parents l’ont gardée près d’eux, c’est bien pour l’unique raison qu’ils ne souhaitaient pas que leurs voisins commencent à raconter bien des choses sur le fait qu’ils aient abandonnés l’adorable petite fille. Le viol fut sujet tabou et la petite fille mis bien longtemps avant d’entendre ce mot pour la première fois : l’écœurement de ses parents était tel qu’ils changeaient de chaîne au journal télévisé dès qu’une telle affaire s’annonçait. Cette illusion dura au cœur de la famille : mais à l’extérieur, contrairement aux souhaits de ses parents, certains médirent tout de même. Ils trouvaient étrange cette petite fille si intelligente : s’ils ne soupçonnèrent jamais l’ignoble expérience éprouvée par la mère, nombreux furent ceux qui jugèrent qu’elle avait dû tromper son mari, et qu’Isuzu avait découlé de cette horrible tromperie. Ils en virent à cette conclusion pour la simple et bonne raison que les parents présumés de la petite fille étaient tout deux parfaitement japonais depuis des siècles et des siècles, cela se lisait sur leurs visages : or la progéniture avait indéniablement de l’européen dans ses traits. Même dans son attitude générale, peut-être agités par une psychose étrange à la vue de cette singulière enfant au comportement un peu trop lisse, un peu trop sage, l’entourage de la demoiselle lui trouvait quelque chose d’européen. Que ce soit vrai ou non, le mépris des gens envers la gamine n’était aucunement dirigé par une quelconque forme de racisme : elle était juste trop étrange dans ce couple de japonais aux allures de perfection. Cette curiosité lui attira l’animosité du voisinage, alors même qu’elle n’y était pour rien. Sa mère parût démone, son père fut sacralisé : que cet homme était bon de garder cette enfant de la honte auprès de lui, de la supporter comme s’il eut s’agit de sa propre fille ! Enfant de la honte. Cette expression trouva sa place dans les bouches voisines, et aucun ne put savoir à quel point elle était juste. Kimi Kamageta se sentait humiliée, et le regard de cette demoiselle, si semblable à celui de son bourreau, lui rappelait chaque jour qu’elle avait souffert, qu’on l’avait forcée à faire cet enfant sans même se soucier des conséquences futures dans la vie de la jeune femme, sans même s’intéresser aux risques de lui faire un enfant. Si elle n’avait eu Kakuro auprès d’elle à cet instant déjà, elle aurait sûrement méprisé tout le genre de l’homme et l’aurait évité tout au long de sa vie. Elle aurait également abandonné la petite fille, lui offrant une enfance plus heureuse que celle qu’elle subît.

    Mais il n’en fut rien, déjà mariée à l’heure de la Honte, follement amoureuse, elle conserva une étrange méfiance à l’égard des hommes qui lui étaient inconnus. Par mimétisme, jugeant cette femme splendide comme son modèle, la petite Isuzu prit dès lors une certaine distance envers les hommes. Elle n’arrivait pas très bien à cerner pourquoi sa mère s’approchait volontiers des femmes tout en s’isolant des hommes. Le mystère ne fut jamais résolu, et elle finit par l’oublier, se contentant de l’imiter sans chercher à comprendre. Le seul homme qu’elle s’autorisait à approcher, tout comme sa mère, était son père. Cependant, celui-ci ne semblait pas très disposé à lui retourner son affection et le plus grand geste d’attention qu’il lui apporta fut de lui tapoter légèrement la tête, l’air distant, alors qu’elle attendait fièrement des félicitations pour avoir obtenu la note la plus élevée de sa classe. Elle n’y comprenait rien. Les deux personnes chez qui elle cherchait de l’amour, ses deux repères, semblaient se sacrifier alors qu’ils lui en offraient, à contrecœur, comme si l’aimer était synonyme d’horreur. Les questions fourmillaient dans son esprit sans qu’elle n’ose les poser : son intelligence prématurée fut la cause de sa douleur. Elle rêvait de leur poser mille et une questions, s’en empêchait par un devoir de discrétion, comme si elle pressentait que ses interrogations engendreraient le chaos dans sa vie bien rangée. Elle ne se sentait pas nécessairement bien et oscillait entre une discrétion sans faille et une curiosité maladive. Ainsi Isuzu se maintint au silence, et parfois, les questions qu’elle retenait à grand peine la rendaient presque folle. De par son jeune âge, son besoin de réponse et la naïveté de son enfance encore préservée jusqu’à présent, la petite demoiselle ne savait combien de temps elle tiendrait. Avant même ses six ans, elle entretenait déjà le secret sur ses pensées et ses sentiments, qualité ou défaut, peu lui en importait. L’étrange sixième sens de son enfance fit son office durant ses sept premières années : elle savait qu’elle ne devait surtout pas poser toute les questions qui la taraudaient, au risque de tout perdre et de faire exploser sa vie.

    Le problème qui en découlait se scindait en deux : tout d’abord, elle avait une terrible soif de réponse, et il ne tenait qu’à peu de chose qu’elle craque et se lance dans l’entreprise très risquée de les obtenir, même si elle perdrait dans l’entreprise tout ce qui faisait alors sa vie. Le second, et bien plus terrible, était qu’elle en venait parfois à trouver son attitude on ne peut plus grotesque. Dans de rares moments de lucidité, hors du conditionnement familial, elle ressentait pleinement l’Illusion, ne la comprenait pas pour autant mais en souffrait sans aucun doute. Elle jouait un rôle, en avait pleinement conscience, ne comprenait pas pourquoi mais elle continuait, inlassablement, à jouer le rôle de cette petite fille modèle, calme et discrète, sérieuse et volontaire. Et puis, une fois absorbée par le rôle, elle en venait à oublier qu’il ne s’agissait que d’une merveilleuse pièce de théâtre grandeur nature, qu’elle ne faisait que jouer. En quelque sorte, elle s’oubliait en faveur de son rôle. La Vraie laissait place à la Fausse et se perdait au loin pour tenter d’atteindre une félicité lointaine et tout aussi Vraie que la personne l’était, sans pour autant parvenir puisqu’une fois seule et débarrassée de l’illusion qu’on lui brandissait sans cesse sous le nez, comme une promesse de cette félicité qu’elle ne faisait que frôler, la Vraie revenait encore et encore. Elle avait l’impression d’être heureuse, en ces instants. Mais comment trouver le bonheur dans le Faux ? Son sixième sens d’enfant la mettait de nouveau face à une grande contradiction : comment vivre heureuse en souhaitant la Vérité, tout en sachant parfaitement que l’obtenir équivaudrait tout bonnement à détruire sa vie et son bonheur ? Ce paradoxe la perturbait si bien qu’il ne fut pas surprenant qu’un jour, elle craqua et se décida, sans concession, de se consacrer à l’un de ces deux objectifs : tiraillée entre la Vérité triste et l’Illusion merveilleuse, elle avait conscience qu’elle ne pourrait vivre éternellement ainsi, et le choix, mûrement réfléchit pour un enfant de son âge, fut fait. Que ce soit une bonne ou une mauvaise chose, elle préférait l’une des deux solutions et se décida à l’appliquer avec zèle dès que l’occasion lui en fut donnée.
    Je l’ai supportée trop longtemps. Je n’accepte plus ce regard curieux sur le monde, ni cette petite vie énergique. Elle ne croit pas avoir suffisamment abusé de ma femme en parasitant son ventre ? Je l’ai tolérée jusqu’à présent. Mais elle a dépassé les bornes.

    Le conte de fée allait-il se disloquer pour toujours ? Isuzu avait à vrai dire l’impression d’avoir commencé par le dénouement. A sept ans, elle en avait assez d’être coincée dans un fantastique « Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ». Elle se sentait comme si elle avait tout vécu sans avoir rien vu, comme si elle n’avait pas pu profiter de sa belle petite vie. Mais elle avait une terrible angoisse, une abominable boule au ventre à l’idée de prendre autant de risques. N’était-ce pas le moment ou jamais ? Elle n’avait pas souvent l’occasion d’avoir son père et sa mère à la maison en même temps, ce premier souvent pris par son travail et cette seconde profitant des présences de son mari pour aller voir quelques amies dans le voisinage ou faire quelque courses sans sa petite fille. De plus, ses parents semblaient tous deux d’excellente humeur, et elle-même était satisfaite : ils l’avaient inscrite le jour même aux cours d’arts martiaux dont elle rêvait depuis quelques temps déjà, après qu’elle ait achevé sa troisième année de gymnastique. Activité peu féminine ? C’est surtout que sa mère, dans sa psychose merveilleuse et contagieuse concernant le danger que les hommes pouvaient représenter, avait invariablement contaminé sa fille qui voulait ainsi être capable de se défendre. De plus, le mouvement des corps dans les combats la passionnait tout bonnement. Si ce n’était que ça, elle aurait pu faire de la danse, certes, mais elle joignait l’utile à l’agréable en apprenant à se battre tout en exerçant les germes d’une passion. Un contact, plus doux qu’il y paraît, et l’autre est à terre ; un autre, et il est immobilisé. Elle ne savait pas si elle réussirait à vaincre la grande partie des petits garçons qui avaient pour la plupart plus de force que cette frêle petite fille qu’elle était alors. Elle comptait néanmoins sur sa souplesse et sur sa détermination pour les vaincre malgré tout ce qui pouvait la désavantager. Ses parents ? Ils étaient satisfaits que l’enfant fasse une activité sportive, quelle qu’elle soit et tant qu’elle ne les dérangeait pas sans arrêt à propos de ladite activité. Tout allait bien.

    Ainsi, le soir même, alors que la famille mangeait en silence, et après une ultime hésitation, la jeune fille leva ses yeux si profondément noirs sur ses parents pour leur poser enfin cette question qui l’obsédait depuis tant de temps. L’angoisse s’emparait d’elle au fur et à mesure qu’elle parlait, et atteignit son apogée en apercevant les expressions de ses parents.

    « Papa, maman, pourquoi j’arrive pas à être vraiment heureuse comme ça ? »


    Scandaleux ! Cette enfant pour qui ils avaient sacrifié leur vie, elle osait leur demander cela comme ça, comme si elle en avait le droit ? Ses parents ne pouvaient l’accepter. Ils n’admettaient pas qu’elle pose cette question pourtant élémentaire : comment pouvait-elle espérer être vraiment heureuse alors même qu’elle n’était qu’un poison dans leur vie, une plaie qu’ils daignaient tolérer alors que rien ne les y obligeaient ? Pourquoi n’arrivait-elle pas à se satisfaire de tout ce qu’ils lui donnaient déjà ? La réponse était très simple : s’ils lui donnaient matériellement tout ce dont elle avait besoin, et une bonne partie des choses qu’elle demandait sans pour autant qu’elle en devienne capricieuse, ils oubliaient l’essentiel, ce dont elle avait le plus besoin : l’amour. La petite fille réclamait juste un peu, un tout petit peu d’amour, et ses parents étaient incapables d’entendre son appel à l’aide et de lui offrir cet amour. Ainsi, elle ne pouvait connaître le bonheur. Ne comprenant pas pourquoi il lui était inaccessible, elle se dirigeait forcément vers ses repères, ceux qui devaient être ses guides sans en assumer le rôle : ses parents. Malheureusement pour elle, ses parents étaient aveuglés par leur dégoût pour l’enfant, ce qui les empêchait de comprendre ses désirs les plus élémentaires. Cercle vicieux qui menait peu à peu la petite Isuzu qui en était prisonnière à sa perte.

    Après sa question ne s’installa que le silence, un silence lourd, pesant. Elle comprit dès lors qu’elle avait commis une énorme erreur en interrogeant ses parents sur ce sujet, qui lui tenait pourtant tant à cœur. Elle ne comprenait pas en quoi elle avait fait une erreur. Et ce silence, implacable, l’effrayait. Elle ne savait pas vraiment que faire, ne fit que sceller une bonne fois pour toutes son sort en reprenant la parole, précipitamment, d’un air affolé, ne sachant comment arranger les choses. Sa condamnation au malheur s’enclenchait peu à peu.

    « Non, mais, je demande ça… Vous, vous avez l’air toujours heureux, vous n’avez jamais l’air triste, et c’est pareil pour tout le monde… Je crois que je suis la seule à être triste, je… Je ne sais pas pourquoi... Je comprends pas… Comment vous faites à … ? »

    La gifle, violente, qu’elle n’avait pas réussi à voir venir, la fit taire. Sa mère, hors d’elle, s’était levée. Comment cette enfant, source de tous leurs malheurs, pouvait-elle leur demander cela ? Comment osait-elle ne pas se satisfaire du sort déjà aisé qu’ils lui offraient ? L’incompréhension demeurait dans le foyer. De ce moment, Isuzu ne se souvient que des cris hystériques de sa mère, et des gifles qui suivaient la première. Elle ne put rien comprendre de ce que cette femme, son beau visage déformé par la rage, lui hurla. Elle crut voir un sauveur en son père, cet homme qui n’avait toujours pas bougé, calme, lorsqu’il retint sa femme, la mère de la petite fille qui s’apprêtait à infliger un énième coup à la petite fille, apeurée, recroquevillée au sol, tombée de sa chaise par la force des coups et le choc psychologique que venait de lui infliger sa mère. Mais cet homme ne fut pas un sauveur. Il ouvrit la bouche, Isuzu regarda l’homme qui la surplombait malgré sa petite taille avec un espoir discret, l’appel à l’aide si clair dans ses yeux sombres et sa peur, palpable.

    « … On n’a jamais eu besoin de toi. »

    Le coup, violent qui suivit ne fut rien par rapport à l’intensité de la plaie que l’homme venait de lui faire au cœur, à l’âme. Ils n’avaient pas besoin d’elle. Elle n’avait aucune utilité sur cette terre. La fillette avait peu d’amis, qu’elle perdait régulièrement pour en trouver d’autre, comme tous les enfants, en un peu plus instable peut-être. Elle ne savait pas pourquoi, mais sa seule famille était ses deux parents. C’était donc d’eux qu’elle voulait attirer l’attention. D’eux qu’elle voulait être aimée. Pour eux qu’elle voulait être indispensable. Et pourtant… Son père venait de lui dire la vérité, cruelle. Ils n’avaient pas besoin d’elle. Elle n’était pas utile à ses parents. Elle ne leur servait à rien. Ils ne l’aimaient pas. Cruellement. Elle en avait désormais la preuve, dans ces coups, dans ces cris. Qu’avait-elle fait pour mériter ça ? Quelle était son erreur ? Car ce ne pouvais être que de sa faute, n’est ce pas ? La pauvre enfant n’y était pour rien, mais là était sa tragédie : victime d’une faute qu’elle n’avait pas commise, elle devait subir le courroux de ses parents sans pouvoir rien y faire. Quand ceux-ci se lassèrent des coups puissants qu’ils infligeaient à leur enfant, elle se retira péniblement dans sa chambre, sans finir son repas et les larmes coulant à flots. A cause de cette question malheureuse, son quotidien se retrouva chamboulé.
    Comment avons-nous pu ne rien voir ? Cette pauvre enfant… Ils l’ont brisée. Kodaï est sa dernière chance. Je ne peux rien faire de plus que lui offrir un toit, et tenter de l’aider à se reconstruire, peu à peu.
    La petite fille vérifia rapidement que la chaussette haute de son uniforme dissimule correctement le bleu imposant au niveau de son genou. Cela faisait deux ans que l’illusion s’était effondrée. Deux ans qu’elle souffrait régulièrement d’agressions physiques comme mentales, toutes assénées par ses géniteurs. Ceux-ci avaient la chance que leur fille ne marqua naturellement que difficilement, mais cela ne rendait ses bleus que plus cruels. Leur deuxième chance, c’était le sport que continuait de pratiquer régulièrement la petite fille. Un sport de combat était la meilleure justification à tous les bleus qu’elle pouvait avoir à supporter. Isuzu quitta ensuite sa chambre, afin de ne pas être en retard à l’école. Son genou lui faisait mal rien que quand elle marchait. Elle ne pensait pas qu’ils l’aient frappée suffisamment fort pour lui casser quelque chose malgré la douleur anormalement persistante, mais elle n’avait même pas besoin d’appuyer sur son bleu pour en souffrir. Elle soupira mais continua malgré tout à marcher. Elle avait honte de toutes ses plaies, n’osait en parler à personne. Elle avait toujours le sentiment d’avoir mérité son sort, pour une raison qui lui était inconnue mais que détenaient ses parents, eux, les beaux adultes qui avaient toujours raison. Ainsi, elle se dirigea peu à peu vers l’école. Si ses résultats étaient exemplaires, que la jeune fille n’était pas loin d’être la première de sa classe, ses professeurs s’inquiétaient tout de même à propos de cette enfant. A son âge, en général, on ne rechignait pas à aller à la piscine : pourtant, elle avait demandé s’il était possible d’avoir une dispense. A son âge, les enfants, même les petites filles, restaient insouciants et chahutait beaucoup lors des récréations : pourtant, elle demeurait étrangement calme, que ce soit lors des pauses ou en classe. A son âge, on était hyper sociable : pourtant, elle n’avait pas un seul ami, si ce n’est ce petit garçon qui allait la voir régulièrement. A son âge, enfin, on avait que rarement une telle pudeur avec son corps, surtout quand on était aussi fin qu’elle : pourtant, elle n’aimait pas du tout l’uniforme d’été qui dévoilait ses bras et ses jambes, et se dissimulait toujours tant qu’elle le pouvait dans les vestiaires avant le sport. De manière générale, les adultes autour d’Isuzu s’inquiétaient à propos de la petite fille. Mais elle ne laissait personne s’approcher d’elle. Personne, sauf…

    « Isuzu ! Attend moi ! »

    La petite fille s’arrêta, un soleil illuminant un instant son cœur éteint. Cette voix qu’elle reconnaissait entre mille… Elle se tourna vers le petit garçon qui l’avait interpelée. Il était sa seule joie en ce monde. Tout autour d’elle était ténèbres, et il était une lumière à ses yeux. Ils fréquentaient le même dojo et il était le plus fort de tous. Kodai Imagase était un petit garçon plein de vie, visiblement très heureux. Il vivait seul avec son père, Kyo Imagase, depuis le décès – dans des circonstances plus que louches – de sa mère. Ultra sociable, il n’avait pas hésité une seule seconde en voyant cette pauvre petite fille seule. Et peu à peu, il avait gagné son amitié, aussi précieuse qu’elle était rare. Ils n’habitaient pas très loin l’un de l’autre, et il la rejoignait la plupart du temps sur le chemin de l’école. Elle ne l’attendait pas, comme si cela officialiserait trop leur relation et que s’engager ainsi lui faisait peur. Mais à partir du moment où il était là, où il courrait pour la rejoindre comme à l’instant, ils partaient ensemble à l’école. Grâce à lui, elle connaissait malgré tout des brides d’insouciance dans une vie d’angoisse constante. Ils étaient toujours en compétition, une rivalité enfantine qui les faisait avancer. Elle enviait son don pour le combat alors qu’elle-même se débrouillait plus que bien et ils faisaient toujours de leur mieux pour avoir de meilleures notes que l’autre : là où elle le battait en histoire, en anglais et en japonais, il était bien plus doué en maths, en géographie et en français. En sport, garçons et filles ne jouaient pas dans la même catégorie mais lorsqu’ils se retrouvaient l’un contre l’autre durant leurs cours d’arts martiaux communs, il gagnait toujours. Il la regardait parfois d’un air inquiet, cette fille un peu trop maigre et qui semblait souvent si triste, mais comme elle s’outrait lorsqu’il se mettait à la couver du regard, estimant à la fois qu’elle ne le méritait pas et qu’elle était suffisamment grande pour se protéger toute seule – le drame d’une petite fille de neuf ans qui ne pouvait se tourner vers personne d’autre qu’elle-même pour survivre dans un foyer hostile – il faisait en sorte que cela ne soit pas trop apparent.

    Mais en ce jour, tout bascula. Durant toute la journée, elle souffrit énormément à cause de son genou, s’ingéniant malgré tout à dissimuler cette douleur honteuse. Peut-être qu’il le remarqua, oui. Mais il fit comme si de rien n’était, sachant parfaitement qu’elle ne supportait pas qu’il affiche une trop grande sollicitude. Il s’inquiétait néanmoins toujours à propos d’elle, cette petite fille aux très longs cheveux noirs, la plus frêle des jeunes fleurs qui lui était donné de voir et qui cachait toujours tant qu’elle le pouvait cette peine au fond de ses yeux d’encre. Mais l’inquiétude de Kodaï pour sa jeune amie augmenta considérablement alors qu’ils quittaient l’école, à la fin de la journée, pour rejoindre le dojo. Elle allait bien moins vite que d’habitude, il en avait conscience et s’il avait d’abord pensé que le sac d’Isuzu était trop lourd pour elle, il remarqua bien vite qu’elle boitait, d’abord très légèrement, tentant de se cacher par tous les moyens, mais plus franchement lorsqu’il feignait de regarder ailleurs. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait, avait très peur pour elle. Plusieurs fois, il lui demanda si elle ne voulait pas qu’il la raccompagne chez elle plutôt que d’aller au dojo ; au-delà de l’ombre de panique qui passait dans les yeux de la petite fille à l’évocation de son foyer, elle finit par s’énerver en affirmant qu’elle allait très bien, qu’il n’avait absolument pas à s’inquiéter pour elle puisqu’elle était juste un peu fatiguée et que non, sa fatigue ne serait pas prétexte à rentrer chez elle alors même qu’elle avait déjà manqué le dernier cours pour pouvoir réviser convenablement une interrogation récente en anglais – dans laquelle elle avait par ailleurs brillé. Tous deux s’enfoncèrent dans un silence boudeur après cette tirade colérique : il était vexé qu’elle ait repoussé aussi fortement sa gentillesse, elle était frustrée de sa douleur et de la sollicitude du jeune garçon qu’elle trouvait superflue tout comme elle s’énervait contre elle-même à l’idée de s’être mis le jeune garçon à dos, ce qui était sa plus grande crainte : si même lui la laissait tomber, il ne lui resterait plus rien au monde.

    Finalement arrivés, Kodai adressa enfin la parole à son amie, d’un ton trop gentil pour qu’il lui en veuille encore, ce qui rassura évidemment Isuzu. Il devait parler au maître, dit-il en retirant ses chaussures. Elle le laissa donc filer en retirant les siennes avant de se diriger vers le vestiaire où, à l’abri des regards, elle troquerait son uniforme contre une tenue plus pratique à l’exercice du combat. Elle observa un instant son bleu. Il lui paraissait encore plus imposant que ce matin, et le frôler à peine lui infligeait une douleur lancinante. Mais comme tous les coups dont elle avait pu subir, cette blessure finirait par passer, n’est-ce pas ? Ce n’était après tout pas comme si elle était grave. Après un soupir, elle se releva, grimaça de douleur. Jamais un bleu ne lui avait fait aussi mal auparavant. Elle regretta de ne pas avoir écouté Kodai, peut-être qu’il avait raison, finalement, et qu’elle aurait mieux fait de rentrer chez elle. Tant pis, maintenant qu’elle était là… Elle quitta les vestiaires pour gagner la salle principale, débuta quelques échauffements en faisant de son mieux pour donner le change par rapport à son genou meurtri. Isuzu jeta un œil vers son maître, un bel homme entre deux âges, qui tenait de sa mère slave des yeux d’océan et des cheveux aux couleurs du soleil, alors même que son maintien rappelait le fier japon qui s’esquissait de par son père. Il parlait toujours à Kodai, qui semblait particulièrement agité, ce qui fit froncer les sourcils à Isuzu : d’ordinaire, lorsqu’il s’adressait aux adultes, en plus d’avoir une étrange facilité au dialogue, le jeune garçon restait plutôt calme. Elle ne comprenait pas ce qui se passait. Elle s’inquiétait bien évidemment pour son jeune ami, qu’elle connaissait bien plus qu’elle n’osait l’admettre. Avait-il un problème ? En ce cas, pourquoi ne lui en avait-il pas parlé ? Elle força un peu plus sur son échauffement, tangua. Il fallait qu’elle reste concentrée. Attendant donc que les deux hommes aient fini de parler, Isuzu répéta un enchaînement.

    Celui-ci requérait beaucoup ses jambes, particulièrement sa jambe gauche. Occultant de son mieux la douleur, elle se lança. Un bruit étrange provenant de son corps. Une douleur effroyable, insoutenable. Chute. Et Kodai, qui criait son prénom en se ruant vers elle, l’ayant entendue crier alors même qu’elle ne s’était pas rendu compte qu’elle avait ouvert la bouche, dernière image qu’elle emporta avant de sombrer dans l’inconscience.

    Elle ne se réveilla que bien plus tard, dans une pièce aux murs blancs, allongée sur un lit qui n’était pas le sien. Hôpital. Elle détesta immédiatement ce lieu, voulut se lever de peur que ses parents ne trouve prétexte à la disputer et à la battre de nouveau, mais plusieurs choses l’en empêchèrent. Sa jambe, qui lui faisait mal, et lui semblait si lourde. Une aiguille dans son bras. Et enfin, la présence d’un beau blond serein escorté d’un petit garçon à l’air inquiet. Son maître lui pria tout de suite de se rallonger, alors qu’elle faisait un mouvement pour se redresser, en posant ses mains sur ses épaules. Elle était terrorisée, il le lisait dans ses yeux, la connaissant plus qu’elle l’aurait voulu. Dépassée par les événements, elle apprit que ses parents allaient venir : la terreur s’empara de son corps en apprenant que son maître et le personnel de l’hôpital soupçonnaient les mauvais traitements qu’elle avait subi. Qu’est ce qu’elle allait devenir ? La honte et une angoisse terrible de son avenir inconnu se dressèrent à son esprit. Car malgré tous les mauvais traitements qu’ils lui infligeaient, elle aimait vraiment ses parents, elle les aimait toujours. Elle avait encore l’espoir secret de leur plaire, finalement, qu’ils vivent tous les trois heureux, et qu’ils se réjouissent sincèrement de la présence de la petite fille à leurs côtés. Chimère irréalisable, elle le savait parfaitement, au fond, mais l’espoir était une vraie traîtrise : même là, alors qu’elle savait qu’elle se faisait du mal pour rien à oser croire à une possibilité d’avenir serein avec ses parents, alors qu’elle savait parfaitement que ce rêve était à jamais inaccessible, il demeurait des braises d’espoirs, à cause desquelles les désillusions étaient toujours plus dures. Mais qu’allait-elle devenir si ses parents la laissaient bel et bien ? Vers quoi pourrait-elle se tourner pour continuer à vivre ? Par automatisme, ses yeux se posèrent sur Kodai. Kodai, son soutien depuis si longtemps, ce garçon si gentil… Elle ne voulait pas le parasiter. Et puis, si elle se retrouvait séparée de ses parents, peut-être qu’elle serait envoyée loin de sa ville natale. L’horreur lui tordait les entrailles. Tout mais pas ça. Elle n’avait pas la force d’envisager un nouveau départ.

    Mais les pensées tumultueuses de la pauvre enfant cessèrent immédiatement avec l’entrée de sa mère dans la chambre. Elle lui lança un regard désespéré, une lueur de fol espoir dans ses yeux si profondément noirs. Et le regard qu’elle reçu en guise de réponse acheva de broyer son innocence, de transformer l’espoir en cendres. Entre la froideur et le mépris. Isuzu ne comprenait pas du tout ce qu’elle avait fait de mal pour devoir endurer cela, un tel regard. Elle était décidément terrorisée : qu’allait faire cette femme si froide, si droite alors même que ses vices partagés avec son mari étaient dévoilés au grand jour ? Elle pour qui l’image qu’elle donnait aux autres était vitale… Elle allait sans doute quitter cette ville, que les bruits aient courus ou non. Son mari trouverait moyen de gérer ses affaires ailleurs : et elle, alors ? Isuzu se posait cette question, toute naïveté envolée. La prendraient-ils avec eux ? Elle ignorait qu’il y avait des gens pour s’inquiéter suffisamment pour elle pour tout faire afin qu’elle ne retourne plus jamais avec ses géniteurs, si cruels. Peut-être qu’ils resteraient dans cette même ville, dans leur vie bien rangée, et ferait comme si de rien n’était : cette perspective n’étonnerait pas Isuzu. La jeune fille angoissée prononça quand même ce mot, de sa petite voix aigue, apeurée…

    « … Maman… »

    Maman, quoi ? Maman, ne m’abandonne pas. Maman, ne me laisse pas derrière toi. Maman, pardonne-moi. Maman, je ne sais pas ce que j’ai fait pour que tu ne m’aimes pas, mais je sais que je l’ai mérité. Maman, excuse-moi. Maman, tu es la seule chose que j’ai. Maman, notre lien de mère à enfant est la dernière chose qu’il me reste. Maman, tu es la dernière personne sur qui je m’accroche. Maman, j’ai besoin de toi. Maman, j’ai peur. Maman, je ne veux pas que tu me laisse. Maman, aime-moi. Maman… Je t’aime. Rien de tout cela ne pu être prononcé. D’abord parce que la petite fille, larmes aux bords des yeux, ne pu rien ajouter de plus de peur de fondre en larmes. Mais aussi parce que, même si elle en avait été capable, sa mère s’empara de la parole avant elle, la rage brûlant au fond des yeux.

    « … Ne m’appelle pas comme ça. Surtout pas comme ça. Je ne t’aime pas. Je ne t’ai jamais aimée. Je ne veux plus te voir. Jamais. Je suis incapable d’aimer quelqu’un comme toi, qui fait tant de mal sous ton air innocent. Je n’ai pas besoin de toi. »

    Les mots faisaient parfois plus mal que les plus violents des coups. L’innocente Isuzu se retrouvait accusée d’un mal qu’elle n’avait pas commis et était condamnée à en assumer la faute, trop lourde pour ses frêles épaules. La voix sèche et froide exprimait son jugement ultime et les mots incisifs étaient sa sentence. Comment cette femme qui l’avait rouée de coups pendant deux ans, qui lui avait crié de terribles insultes sous le couvert de l’hystérie pouvait-elle encore lui faire aussi mal ? Prostrée, entre ses larmes, la petite fille aux longs cheveux noirs aperçu son maître qui conduisait sa mère hors de la chambre, lui priant de ne pas dire de choses pareilles devant cette enfant. Ils allaient sûrement parler de son cas. Elle remarqua aussi, dans la même œillade, que Kodai tremblait de rage, les dents serrées. Il s’était sans doute retenu de réprimander à force de cris l’adulte qui faisait tant de mal à sa plus chère amie. Quoi qu’il en fut pour son maître, pour sa mère, pour Kodai… Elle s’en moquait alors totalement. Seule avec son malheur, seule avec ses larmes, son monde achevait de s’écrouler. Elle était littéralement anéantie, n’avait plus aucun désir de vivre : sa mère venait de l’abandonner, n’avait-elle pas raison ? Elle l’abandonnait parce qu’elle ne l’aimait pas, ne l’avait jamais aimée et ne l’aimerait probablement jamais. Cruauté. Désespoir. Elle était seule. On ne peut plus seule au monde.

    Sauf que peut-être…

    Soudainement, elle senti des bras, rassurants, autour de ses épaules. Une étreinte. Et malgré ses sanglots elle savait parfaitement qui venait de la prendre, doucement, dans ses bras, attirant son visage contre son épaule, son cou. Il avait son âge, il avait le bonheur, il était son bonheur. Kodai. Il était là pour elle. Elle n’était peut-être pas si seule… Désespérée, elle accrocha ses mains à la chemise de son ami, dans le dos de celui-ci, fort, comme si elle avait peur qu’il s’envole. Oui, elle l’avait toujours, lui. Il était là, là pour la soutenir comme pour se réjouir avec elle. L’étreinte était salvatrice, de même que les gentilles caresses qu’il lui déposait dans les cheveux alors qu’elle fourrait sa tête contre le cou de son héros. Jamais elle n’oublierait cette étreinte.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]


Dernière édition par Isuzu Kamageta le Sam 26 Mar 2011 - 13:34, édité 1 fois
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Isuzu Kamageta
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MessageSujet: Re: Isuzu Kamageta [/!\Musique]   Mar 26 Oct 2010 - 13:05

    Je l’aime. Terriblement. Il n’y a rien de plus à dire. Je l’aime. Elle est ma raison de vivre, ma dépendance. Personne ne me la prendra. Personne.
    En croisant ses parents ce jour là, Isuzu se posa des questions qu’elle ne s’était jamais posée à neuf ans : pourquoi, âgée de seize ans et alors que ses parents étaient tous les deux japonais, elle avait l’impression de ressembler plus au métis qu’était son maître et père adoptif qu’au modèle typiquement japonais ? La ressemblance était relative puisque là où il était blond aux yeux clairs, elle avait les cheveux et les yeux d’encre : mais à la forme de son visage, et surtout, de ses yeux, elle n’avait pas l’impression que les choses étaient normales. Quand elle se comparait à son maître… Tout laissait croire qu’elle était métis, elle aussi, pas aux mêmes origines – il venait de toute évidence des pays slaves, elle se voyait plutôt d’une origine centre-européenne… espagnole, peut-être – mais qu’il y avait un problème dans ses origines. Le couple lui apparaissait comme heureux, désormais. Elle ne le croisait que rarement, bien qu’il soit finalement resté dans la même demeure. Elle faisait son possible pour l’éviter, ne souhaitant pas revivre son enfance cauchemardesque à cause d’un regard malheureux. Elle se demandait pourquoi elle était si… Différente. Adoptée ? Impossible. De manière générale, l’adoption était trop difficile, et les gens qui adoptaient désiraient vraiment un enfant, pas un punching-ball. Mari trompé ? Malgré tout l’amour qui unissait ses parents, c’était plus probable. Cela lui expliquerait également pourquoi elle avait tellement l’impression d’être une honte, une tare pour sa mère, encore plus que pour son père. Oui, c’était plausible. Jamais, jamais l’idée du viol ne lui vint à l’esprit. Sa mère avait trop fait son possible pour qu’elle n’entende pas d’histoire concernant un acte aussi abominable durant son enfance pour qu’Isuzu ait l’idée d’envisager le viol. La sécurité au Japon était de plus tellement élaborée… Non, vraiment, elle n’arrivait pas à imaginer ce qui était pourtant la vérité, cruelle et dure vérité.

    En sept ans, la demoiselle avait beaucoup évolué. Elle était plus épanouie qu’avant, sans que cela ne soit particulièrement remarquable. Elle vivait chez son maître, qui avait eu les plus grandes difficultés du monde à lui faire accepter de l’appeler par son prénom, et non plus « maître ». Elle avait conservé une certaine distance avec lui, craignant un peu trop les adultes et les gens en général pour se lier véritablement à quelqu’un. Incertaine, on pouvait cependant constater, quand on la connaissait bien, qu’elle aimait beaucoup cet homme avec qui elle mettait le plus de distance qu’elle le pouvait. Kamui tentait d’apprivoiser peu à peu cette lionne blessée, et il aurait certainement réussi s’il avait plus de temps à lui accorder. Elle lui était redevable de beaucoup, ne l’ignorait pas. Elle aurait tout fait pour lui s’il le lui avait demandé, sans pour autant qu’il le sache. Adolescente déjà, elle avait tendance à dissimuler ses sentiments, son affection. Il était hors de question, à son idée, qu’elle montre de nouveau à quelqu’un qu’elle était attachée à cette personne. Pour que celle-ci la détruise minutieusement, encore une fois ? Qu’on l’abandonne, agonisante, sur le bord d’une route ? Qu’elle mette des années et des années à s’en remettre ? Que de nouveau, quelqu’un lui dise qu’il n’avait pas besoin d’elle, en sachant pertinemment à quel point ces mots blesseraient, la tueraient à petit feu ? Non, vraiment, c’était hors de question… Ou presque.

    Car il y avait l’Exception.

    Lui, il pouvait connaître son affection sans le moindre problème. Lui, il ne l’abandonnerait pas. Il ne le ferait jamais, elle en était sûre. Il était son ami d’enfance, son amour caché. Car même si lui avait le droit de savoir qu’elle l’appréciait, elle ne pouvait se permettre de lui montrer à quel point. Pour un vestige défensif, tout d’abord, un reflexe qui érigeait un muret entre eux deux. Pour une timidité bien dissimulée. Elle n’osait pas déclarer ses sentiments, tout simplement. Elle avait été éduquée comme ça, d’un côté. De l’autre, et bien, il avait ces vieux démons qu’elle n’avait pas encore complètement éradiqués. Et bien qu’elle soit une fille des plus franches, toujours prête à dire la vérité même si celle-ci devait blesser, elle se révélait d’une timidité incroyable dans le domaine des sentiments affectueux. Enfin, il y avait un dernier obstacle. Une barrière nettement plus concrète que celle de ses peurs et de ses espoirs déçus. Le père. Il n’avait pas du tout une bonne réputation. Des histoires terribles étaient racontées sur lui. Isuzu se méfiait beaucoup des racontars du voisinage. Elle n’aimait pas du tout ce genre de choses, les réunions de commères à l’imagination exacerbées qui ne pouvaient s’empêcher de baver sur le dos des autres. Mais malgré cette haine de l’hypocrisie de toutes ces rumeurs et de leurs colporteurs, elle ne pouvait s’empêcher d’accorder une oreille particulièrement attentive à celles qui concernaient Kyo Imagase. Soyons sérieux, elle ne croyait pas du tout à celle racontant qu’il avait eu trois femmes au total et qu’il les avait toutes assassinées selon un cadre précis, l’une à Tokyo, l’autre à Osaka et la dernière à Kyoto. Cependant… Il y avait une rumeur qui l’effarait proprement. Elle concernait la mère de Kodai. Le rapport de police racontait qu’elle était partie avec un amant et son corps ainsi que celui de son amant avaient étés retrouvés à une vingtaine de kilomètres de la ville. Le coupable du double meurtre n’avait jamais été retrouvé. Les commérages prétendaient que la pauvre femme avait prévenu son mari qu’elle s’en allait et qu’elle aimait quelqu’un d’autre juste avant d’être assassinée.

    La conclusion à en tirer était si simple… Et Isuzu était folle de panique à l’idée qu’elle soit réelle. Cela signifierait que si jamais Kodai, son fils, voulait s’en aller aussi, la personne qui l’avait attiré hors du cocon familial risquait fort d’en payer de sa vie… Pire… Kodai risquait fort de mourir, lui aussi… Et ça, c’était hors de question. Il devait absolument continuer à vivre, lui, avec ou sans elle. L’idée qu’il existe encore, même si c’était loin d’elle, la rassurait indubitablement. Elle avait juste besoin de savoir qu’il était là, bel et bien là pour survivre, même si elle serait des plus tristes si on l’éloignait de l’amour de sa vie. Mais heureusement, il était toujours là avec elle. Il ne connaissait pas ses sentiments, elle était persuadée qu’il ne les partageait pas. Ainsi ils semblaient destinés à se voir souvent sans jamais lier leurs destins comme elle l’aurait souhaité. Mais ce qu’elle ignorait, c’était que lui brûlait des mêmes sentiments qu’elle. La demoiselle se posait pourtant fréquemment la question, entre milles autres interrogations qui effleuraient son esprit perturbé : était-il possible que ses sentiments soient partagés ? Elle n’osait pas espérer, non. Et pourtant… Pourtant, en sa fantastique seizième année de vie, la plus belle de ces ternes années d’existence, elle connut le partage de l’amour. Il lui déclara sa flamme, alors qu’ils étaient tous deux seuls chez lui. Ces mots, elle ne les oublierait jamais. Comme si la flammèche de son bonheur venait de flamber en un brasier ardent, presque effrayant tant il était puissant, mais si fascinant. Non, elle n’oublierait jamais ce qui était certainement la plus belle journée de sa vie. Le temps était mauvais, il pleuvait. Elle entendait clairement la pluie taper délicieusement contre les carreaux. Mais ce petit bruit de fond n’avait aucune importance. Car c’était à ses lèvres qu’elle était pendue.

    « Isuzu… Je t’aime. »

    Deux mots simples en guise d’introduction, prélude d’un régal inévitable pour cette jeune femme rejetée par tous ceux en qui elle avait autrefois cherché l’affection et qui se brûlait d’amour pour le jeune homme qui venait de lui prendre délicatement la main, accompagnant son murmure fabuleux d’une douceur sans égale. Kodai venait de lui dire des mots dont elle avait autrefois rêvé et qu’elle n’aurait jamais cru entendre à son intention.

    « … Tu es tout pour moi, vraiment. Et… Sans toi… »

    La prise délicate du jeune homme sur la main de la demoiselle se resserra légèrement, comme s’il craignait en effet qu’elle disparaisse d’un seul coup, magnifique mais éphémère.

    « … Bref. Et toi… Tu… Enfin… Isuzu, est-ce que tu m’aimes ? »

    Il y avait tout cet adorable sérieux dans ce souffle, tout cet espoir dissimulé tant bien que mal au fond de ses prunelles… C’est en accrochant ses lèvres à celle de Kodai qu’Isuzu lui offrit la réponse tant attendue. Elle avait les joues inondées de larmes, et elle était heureuse, tout simplement heureuse.
    Il n’a pas le droit. Il ne peut pas s’en aller. Depuis qu’elle est partie, il est ma vie. Ce pour quoi j’arrive encore à affronter le monde. S’il part, je serais seul. Je refuse d’être abandonné. Je ne veux pas le lui laisser. Elle n’a pas le droit. Elle ne peut pas me le prendre. Diablesse. Je refuse de le perdre. Elle ne peut pas faire ça. Monstre. Je la détruirais s’il le faut, mais elle ne peut pas me le prendre. Il est ma chair, mon sang. Mon fils. Je le protégerais de cette diablesse, même contre son gré.
    Il l’attendait. Il lui avait donné rendez-vous dans son appartement, ce vaste appartement du deuxième étage de l’un des plus beaux immeubles de la ville. Il l’attendait avec impatience, oui. Car il avait rarement désiré voir quelqu’un autant qu’Isuzu ce jour là. Elle était l’élément qui ferait à coup sûr basculer toute sa vie, et ce rendez-vous marquerait un changement inévitable dans leurs vies à tous les deux. Un changement dont il serait ravi. Au fond, cette fille était plutôt facile à comprendre. Elle n’avait rien du mystère et de l’énigme dont elle se paraît toujours. Ses joies et ses peines étaient communes à toutes les femmes, elle n’était donc pas difficile à satisfaire… Ou à détruire. Bien entendu, il n’avait pas envie de l’une de ces choses. Mais c’était toujours bon à savoir, n’est-ce pas ? Isuzu Kamageta n’avait rien de particulièrement complexe : oh, il y avait bien ce traumatisme qu’elle semblait toujours porter, cette crainte de l’abandon, mais comment aurait-il pu en être autrement ? Car abandonnée elle l’avait bel et bien été. Et à l’âge le plus tendre, cela laissait des marques, une inévitable fêlure à l’âme qui menaçait toujours de se fendre un peu plus, jusqu’à la briser complètement, dans la seule crainte qu’il était possible qu’elle soit de nouveau abandonnée un jour ou l’autre. Même adulte, un abandon faisait bien trop mal pour que la vie continue parfaitement normalement après cela. La crainte que tout recommence était un poids que l’on trainait inévitablement derrière soi, destiné à détruire inévitablement l’existence de la personne qui avait subit cette blessure, lancinante encore malgré le temps passé. Il était dix huit heures et elle était censée arriver très bientôt. Cela le ravissait. Il avait vraiment hâte, oui, qu’elle vienne, utilisant certainement l’ascenseur avant de sonner à sa porte. Elle se débarrasserait ensuite de ses chaussures à l’entrée, comme le voulait la coutume. Puis la charmante demoiselle en chaussette le rejoindrait tranquillement, sûrement intriguée par ce rendez-vous qui semblait si important, et où il allait être abordé un sujet qu’elle ne connaissait pas encore. Du moins, il pensait qu’elle ne le connaissait pas. Il serait dommage après tout que sa surprise soit gâchée… Les lèvres de Kyo Imagase se tordirent en un rictus de joie. Il avait perdu le sourire depuis longtemps. Depuis qu’il avait assassiné son ex-femme et son amant, en réalité.

    Il avait appris, il y a une semaine de cela, que Kodai entretenait une liaison avec cette sorcière. Le hasard avait voulu qu’il passât près du dojo où ils s’entraînaient tous deux en voiture alors que les deux tourtereaux échangeaient un baiser. Il aurait très bien pu intervenir auprès de son fils pour lui dire de cesser tout de suite, oui. Tout comme il aurait pu s’arrêter immédiatement en voyant cela pour rejoindre les amoureux, les séparer et ramener son fils avant de lui passer un savon une fois chez eux. Mais son idée était bien plus fourbe, bien plus tordue que cela. Après le décès de sa femme, il était la dernière chose qu’il lui restait. S’il vivait, s’il se levait le matin pour se rendre au travail, c’était uniquement pour son fils unique. Il avait littéralement besoin qu’on lui laisse son fils ou il ne pourrait plus vivre. Aussi malsaine que soit cette relation, elle était bien claire dans son esprit : Kodai était sa propriété, et il ne tolérerait pas de se le faire prendre. Il était vraiment tout ce qui lui restait et il ne pouvait décemment laisser cette harpie s’emparer de lui et le lui voler. C’était tout simplement intolérable. Et la fourbe, dans son dos, l’avait charmé. Elle l’avait enchanté avec un sortilège que les trainées de son espèce usait couramment et menaçait de le lui prendre, de l’emmener au loin. Et elle s’en était cachée habilement, oui. En faisant quelques recherches, dans les affaires de son fils notamment, il s’était rendu compte que cela faisait déjà un an. Un an que tous deux étaient ensemble, et lui ne s’en était pas rendu compte ! Il faut dire que depuis quelques années, son fils l’aidait au tâches ménagères et s’occupait notamment intégralement de sa chambre. De ce fait, Kodai pouvait très facilement lui cacher bien des choses. Mais il lui faisait confiance. Il lui avait toujours fait confiance. Jusqu’à ce jour, jusqu’à cette ignoble trahison. Cependant, ce sentiment de trahison pourtant bien présent dans son esprit, il acceptait que son fils se soit laissé ensorceler. Après tout, les femmes avaient presque toutes quelque chose de mystique auquel les hommes ne sauraient résister. Suivant cette logique, ce n’était pas son fils qui était en faute, mais bel et bien elle, Isuzu l’ignoble. C’était donc elle qui méritait d’être sanctionnée en bonne et due forme, c’était à elle qu’il devait administrer une correction inoubliable qui marquerait à jamais au fer rouge cette pensée dans l’esprit de la pauvre jeune femme : on ne devait pas prendre les affaires de Kyo Imagase.

    Entendre la sonnerie provoqua un nouveau rictus chez l’homme. Parfait, c’était certainement elle. Il lui avait demandé de ne pas informer Kodai de ce rendez-vous : après tout, le jeune homme n’avait pas besoin de s’inquiéter inutilement alors qu’il était en plein travail, n’est-ce pas ? Il savait qu’elle raisonnerait ainsi. Elle ne voulait surtout pas déranger le jeune homme ou être un poids pour lui d’une façon ou d’une autre. Ainsi il pouvait faire ce qu’il voulait d’elle, Kodai l’ignorerait. Du moins, tant qu’il ne la tuait pas ou autre chose de ce registre qui la déclarerait disparue. L’idée du meurtre lui avait certes traversé l’esprit : si elle était portée disparue, personne ne pourrait savoir que ce serait de sa faute, n’est-ce pas ? Seulement, il serait suspecté du fait de la relation entre la jeune femme et son fils. Il avait déjà frôlé la prison après le meurtre de sa femme avant d’être innocenté… Il ne tenait pas vraiment à renouveler l’expérience. De plus, Kodai et cette garce étaient encore jeunes : il était donc normal qu’ils fassent l’un comme l’autre quelques erreurs. Il suffisait donc qu’il donne à la demoiselle une leçon qui la marquerait à vie et grâce à laquelle elle ne s’aviserait plus jamais de toucher aux affaires d’autrui. En ce but il lui autorisa l’entrée d’un cri, ne se donnant pas la peine de quitter son séjour et indiquant d’ailleurs qu’il y était dans la foulée. Il entendit la porte s’ouvrir, se refermer. La demoiselle était d’une discrétion exemplaire, c’était à peine s’il l’entendait retirer ses chaussures. Il récupéra son expression sérieuse habituelle avant qu’elle pénètre dans la pièce. Il ne s’agissait pas de l’effrayer alors même qu’elle venait à peine de le rejoindre, n’est-ce pas ? Pas du tout, non. Il se détourna donc de la fenêtre ouverte à travers laquelle il regardait sans vraiment le voir le soleil radieux qui s’étalait sur la ville pour faire face à la demoiselle dès qu’elle entrerait. Il remarqua qu’elle lui paraissait plutôt tendue, comme si elle se sentait coupable de quelque chose… Et elle avait bien raison, n’est-ce pas ? Car elle était coupable, coupable de lui avoir volé son fils. Et peut-être qu’un sixième sens quelconque, la dite « intuition féminine » ou autre l’avait aidée à deviner de quoi ils allaient parler.

    Cela ne l’empêcha pas de l’inviter à s’approcher, à se décoller de la porte avec douceur et presque avec chaleur. Et malgré sa méfiance trop apparente, Isuzu s’approcha bel et bien, curieuse de savoir ce que cet homme si austère lui voulait – et l’estomac serré d’angoisse à l’idée qu’il lui parle de son couple avec Kodai. Elle ne dit rien, attendit qu’il prenne la parole en le regardant dans les yeux. Cet instant où le regard de l’un fut fixé dans celui de l’autre dura un certain temps sans qu’aucun des deux ne se décidât à baisser les yeux – ce qui était bien entendu l’attente de chacun. Et finalement Kyo prit bel et bien la parole, concrétisant les craintes de la jeune femme – à sa plus grande joie.

    « … Je vous ai vu, l’autre jour. Kodai et toi. Je sais tout, maintenant. C’était bien astucieux de me le cacher. Vous pensiez pouvoir me berner un an de plus ? »

    Elle serra les poings et la machoire, ne dit rien, continuant à le fixer de la même façon, comme si baisser les yeux signifierait perdre Kodai.

    « … Je veux que tu arrêtes ça. Tout de suite. Tu lui fais du mal, à rester avec lui. Tu blesses tout le monde, tu ne sais faire que ça. Isuzu… Kodai n’a absolument pas besoin de toi. »

    Trouver exactement les mots qui blessent, se sentir euphorique de le constater alors qu’elle baissait les yeux… Il la saisit par les épaules, brusquement, pour la faire pivoter et qu’elle se retrouve dos à la fenêtre. La jeune femme avait beau faire des arts martiaux, elle n’en était pas moins une poupée de chiffon entre ses mains puissantes. Et ces derniers mots…

    « … Personne n’a besoin de toi. »

    Chute.
    Je ne comprends pas. Pourquoi elle fait ça ? Pourquoi elle me dit ça ? Elle ne m’a donc jamais aimé ? Intrigant. Impossible. Elle m’a aimé, je le sais. Dois-je croire que ses sentiments se sont volatilisés du jour au lendemain ? J’en doute. Je la connais. Mieux que personne. J’ai lu la douleur qu’elle tentait en vain de dissimuler dans ses yeux. La glace n’a pas suffit. Isuzu. Je sais que tu me cache quelque chose. Tu m’aimes encore, n’est ce pas ? Mais dans ce cas, pourquoi fais-tu ça ? Je ne comprends pas. Je n’ose pas te le demander.
    Son regard calme s’égara un instant encore sur un point quelconque au sol, les yeux baissés et d’une tristesse à en fendre le cœur. Elle savait ce qui lui restait à faire. Depuis qu’elle avait repris conscience, il y a quelques jours déjà, dans cet hôpital. Elle savait qu’elle n’avait absolument pas le choix. Elle aurait préféré l’avoir. Mais si elle prenait une autre décision… Elle le savait, il aurait sa peau la prochaine fois. Or, Isuzu ne voulait surtout pas que ce type la tue. Elle tenait à la vie, tout de même. Et surtout, elle ne voulait surtout pas qu’il décide de s’en prendre à son propre fils. Lui, il était l’intouchable. Personne n’avait le droit de lui faire du mal. Personne. Et si jamais il lui faisait du mal à cause d’elle… Non, elle ne préférait même pas l’imaginer. C’était pourquoi elle était décidée. Il allait lui rendre visite, aujourd’hui. Il venait la voir tous les jours depuis qu’elle était à l’hôpital, mais elle avait toujours fait semblant de dormir jusque là. Elle n’avait pas trouvé le courage nécessaire pour agir auparavant. Elle refusait de se nourrir. L’idée l’écœurait sans qu’elle comprenne pourquoi. Face à son obstination, les docteurs avaient choisi de lui planter une aiguille dans le bras. Ils pensaient qu’elle avait été choquée : après tout, échouer à une tentative de suicide pouvait être bien traumatisant. Oui, c’était la version que Kyo avait donné aux ambulanciers et policiers. La jeune fille n’avait rien dit pour démentir cette rumeur, une fois qu’elle eu reprit connaissance : elle conserva un silence buté duquel personne ne parvint à la sortir pour le moment. Elle avait bien des choses à dire mais elle préférait tout garder pour elle, faire semblant de dormir quand les gens qui pouvaient éventuellement la faire parler passaient – c'est-à-dire Kodai et Kamui, ses seules visites outre les infermières et médecins. La thèse du suicide s’étendit donc et elle était déterminée à ne pas y réagir : elle savait que ce serait une perte de temps, en plus d’un risque pour Kodai : si jamais elle se décidait à dire ce qui s’était réellement passé, Kyo aurait un certain temps pour agir avant d’être définitivement incarcéré – si tant était qu’on trouve les preuves suffisantes contre lui, ce qui n’était déjà pas une mince affaire. Et plus qu’à elle, c’était à son fils qu’il pourrait s’en prendre. Elle craignait bien trop cela pour ouvrir la bouche et se libérer du poids de son agression.

    Quand bien même elle aurait réussi à surmonter cette frayeur, ce que Kyo lui avait fait l’oppressait et elle avait peur d’en parler. Elle était une enfant injustement punie persuadée d’avoir réellement fait quelque chose de mal. Non, vraiment, elle se condamnait elle-même au silence le plus abyssal concernant cet épisode. En parler ne la mènerait à rien, sinon à la destruction de tout ce qui l’entourait. Conserver ce secret au fond de son cœur ne ferait que la détruire elle. Ce ne serait pas grave. Ce ne serait absolument pas grave puisque Kodai ne serait pas touché. Elle espérait juste qu’elle n’allait pas faire une erreur qui lui détruirait la vie. Elle avait une peur terrible de le briser. Oh, elle savait que sa décision lui ferait mal : mais au moins, il survivrait. Et c’était là l’essentiel.

    La porte s’ouvrit sur un beau jeune homme, cheveux mi-longs sombres et l’œil pétillant, quoi que son regard se soit nettement assombri depuis qu’elle était à l’hôpital. Qu’elle ait tenté de se suicider, elle, lui avait parut incroyable. Et pourtant, il ne pouvait imaginer rien d’autre. Il s’assit en silence à côté d’elle sur le lit, de manière à lui faire à moitié face, doucement. Ne lui dit rien, se contenta de la regarder doucement. Elle laissa courir le temps un moment. Elle n’était pas prête. Elle n’était absolument pas prête à faire ce qui était pourtant son devoir pour préserver la vie de Kodai. Alors elle garda les eux rivés sur le sol. Patient, il attendit également. Et finalement, au bout d’un moment, ni Isuzu ni Kodai n’auraient pu dire combien de temps exactement, il lui tendit la main. Un geste silencieux, délicat, et qui avait une signification énorme derrière son attitude anodine. Il aurait était facile pour Isuzu de répondre à cette main tendue, ce secours éternel, de glisser sa propre mains dans la sienne, de mêler ses doigts aux siens, de se réfugier contre son torse… Mais elle n’en fit rien et prit la parole d’une voix glaciale.

    « …Va-t’en. »

    Des mots durs, qui lui faisaient mal et créaient l’incompréhension chez Kodai. Ils devaient rompre, ils ne devaient plus jamais se voir. Les choses seraient bien plus simples ainsi. Tout en nourrissant l’espoir secret qu’il attendrait qu’elle revienne vers lui, elle savait qu’il valait mieux que Kodai se trouve une nouvelle fille à aimer, à qui donner toute cette douceur dont il semblait disposer à l’infini. Elle ? Elle ne pourrait jamais le remplacer, elle en avait clairement conscience. Elle ne savait même pas si elle réussirait à survivre à l’épreuve qu’elle s’imposait. Après une hésitation marquée, le jeune homme prit la main de sa belle, cherchant à croiser ce regard abyssal.

    « … Qu’est-ce que tu racontes, Isuzu ? »

    Il la connaissait trop bien. Elle savait qu’il savait qu’elle détournait les yeux parce qu’elle ne pouvait faire autrement, qu’elle ne supporterait pas de lui mentir ouvertement sur un sujet aussi grave. Et c’est bien pour ça que son regard, à la fois triste et glacial, une touche de tendresse qu’elle ne put dissimuler parfaitement demeurant présente, croisa celui de l’homme de sa vie pour s’y fixer.

    « … Je t’ai dit de t’en aller. Je ne veux plus te voir. Plus jamais. C’est fini, nous deux. »

    Il ne semblait pas réussir à y croire, la laissa cependant retirer sa main de la sienne. Si c’était vraiment fini, pourquoi lui aurait-elle abandonné cette main ces quelques secondes ? Isuzu ne faisait rien dans la demi-mesure, il le savait. Ces mots si durs ne faisaient que l’appuyer, mais cette main qui s’était attardée au creux de la sienne ne faisait que contredire ses paroles : à quoi elle jouait ? Et surtout, pourquoi ?

    « … Pourquoi ? »

    Un mot, écho de ses pensées, sûrement mal interprété. Elle tenta de durcir son regard, n’y parvint pas tout à fait. Elle brûlait d’envie de l’embrasser, son bras encore valide autour de son cou. Se retint difficilement.

    « … Tu n’as été qu’un jouet, pour moi. J’ai fini de jouer. Je ne veux plus jamais te voir, tu ne m’intéresses plus. »

    C’était absolument impossible. Il n’avait pas rêvé son amour, il le savait.

    «… Isuzu…
    -Dehors. Je n’ai plus rien à te dire, je ne veux plus te voir. Plus jamais. »


    Il fallait être complètement masochiste pour s’infliger seule tant de douleur. Elle savait qu’il était particulièrement têtu. Et elle ne savait même pas s’il allait la croire alors qu’elle faisait semblant de ne plus l’aimer. Il la connaissait trop bien. En maintenant son regard elle prenait le risque de se trouver percée à jour par les yeux de celui qui la connaissait par cœur. Si elle fuyait son regard, elle était persuadée que l’intelligent jeune homme en tirerait vite les conclusions adéquates. Elle devait donc faire un effort de volonté gargantuesque pour ne pas sauter au cou de l’amour de sa vie en lui racontant tout, toute la vérité et les malheurs qu’elle avait subit des mains du père de son amant. Elle se contint plus ou moins bien. Car au sourire en coin qui se dessina sur les lèvres de Kodai, elle comprit. Il avait conscience du fait qu’elle ne faisait qu’essayer de le tromper, de l’induire en erreur. Il avait compris que ce qu’elle disait n’était pas l’exact reflet de la vérité. Cependant, patient et n’osant sûrement pas lui demander de quoi il en retournait exactement, par crainte certainement de la brusquer un peu trop, il se contenta de se pencher, doucement, vers elle. Il effleura tout juste la joue de la jeune fille figée de ses lèvres. Et puis, doucement, il lui murmura…

    « … Je ne te laisserais pas tomber, Isuzu. Je t’aime. »

    Sentant la colère qui commençait à bouillonner dans les veines de l’aimée sans pour autant qu’il en comprenne les raisons, il s’éloigna doucement d’elle, pour se lever par la suite et reprendre à voix plus haute.

    « Je reviendrais. A la prochaine, Isuzu. »

    Elle le suivit des yeux, éperdue d’amour, jusqu’à ce qu’il soit happé par l’encadrement de la porte de cette chambre d’hôpital si impersonnelle. Elle était très en colère contre lui, oui : pourquoi devait-il tout compliquer un peu plus alors qu’elle ne faisait que le protéger ? Il n’avait pas conscience des dangers qu’elle lui évitait. Il valait mieux qu’il en soit ainsi. S’il avait su, il aurait tenu à rester à ses côtés, à la soutenir. Il n’aurait pas accepté qu’elle le tienne à l’écart d’elle, que ce soit pour le protéger ou pour se protéger elle-même. Elle le connaissait, il aurait affronté son père si elle le lui avait demandé. Mais non, tout ce qu’elle voulait, c’était qu’il soit en paix. Même si elle était seule, ce n’était pas grave. Il ne devait plus la voir, ce serait bien plus simple ainsi. Larme qui s’effondre sur les draps immaculés. Non, larmes.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]


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Isuzu Kamageta
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MessageSujet: Re: Isuzu Kamageta [/!\Musique]   Mar 26 Oct 2010 - 13:17

    Mes lèvres contre ta peau. Tes bras autour de mon corps. Touche-moi. Oui, touche-moi. Tu es le seul à avoir ce droit. Aime-moi. Aime-moi encore. Plus fort. Toujours plus. Comme je t’aime. Aime-moi. C’est fini, ne t’en fais pas. Je suis de retour. Et on partira. Ensemble. Loin de Lui, loin de ton Dragon. Tes mains sur mes hanches… Je ne veux que toi. Toujours toi. Je ne vis que pour toi. Je te cherche. Mes pas sont tournés vers toi, uniquement toi. Mon oxygène, ma vie. Tu m’aimes, n’est ce pas ? De toutes ces années je n’ai pensé qu’à toi. La flamme qui me fait vivre.
    Gamaëlia. Elle prit du temps avant d’assimiler l’information que lui donna son Familier. Imaginez un peu : elle débarquait dans des bois particuliers, avec des arbres qu’elle n’avait jamais vus au Japon. Elle n’était certes pas botaniste et ne prétendait pas connaître toutes les plantes au monde. Mais tout de même : du bel automne japonais, des pluies de feuilles tombantes, des gouttes d’eau traversant les espaces crées peu à peu entre les branches de moins en moins garnies, elle arrivait dans un hiver glacial, ses pieds enfoncés dans une épaisse couche de neige moelleuse et des petites perles d’étoiles tombant doucement du ciel blafard. En plus d’être confrontée à ce changement climatique qui lui glaçait les os, elle avait cette voix masculine à la fois grave et calme, presque apaisante si l’on retirait toute la surprise qu’elle avait ressentie en l’entendant la première fois, qui était surgie dans son esprit sans qu’elle n’ait pu s’y préparer. L’idée qu’un homme, eux qui n’avaient pas même le droit de la toucher, puisse pénétrer dans son esprit et ses pensées sans qu’elle l’y autorise au préalable la terrorisa. Kiro fut d’une patience exemplaire pour lui faire, peu à peu, admettre son existence avant d’apparaître, enfin, tâche d’ébène dans l’espace pâle.

    + Donc je viens de débarquer sur un autre monde nommé Gamaëlia, je peux pratiquer la magie et tu lis dans mon esprit comme si tu étais une partie de moi, c’est ça ?
    - Je suis une partie de toi.
    +…

    Quand est-ce qu’elle allait se réveiller ? Non parce que vraiment, là, ça tenait du pire des délires. Elle n’était pas particulièrement amatrice de la littérature fantastique, merveilleuse et fantaisiste : à vrai dire, ces livres qui finissaient les trois quarts du temps à la façon d’un magnifique « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » ne faisaient que l’agacer. Comme si cela était réellement possible… Non, vraiment, ce n’était qu’une fable qui n’avait fait que la décider à être rationnelle, réaliste. En ce cas, comment pouvait-elle accepter l’existence d’un monde parallèle dans lequel elle se retrouvait à communiquer par l’esprit à un étalon ? Cela ne lui semblait qu’impossible, un songe étrange qui était survenu alors qu’elle avait dû s’endormir quelque part. Et pourtant… Ses grelottements, le froid mordant sur sa peau, ses chevilles miraculeusement épargnées par les bottes qu’elle avait eu l’intelligence de mettre en se levant ce matin là et qui enfermait son mollet entier, presque jusqu’à son genou, la grandissant d’à peu près huit centimètres, l’odeur à la fois glacée et délicieuse qu’elle inspirait à chaque instant, le paysage aveuglant de blancheur…Tout était brûlant de réalité. Elle ne pouvait donc que croire l’intrigant animal. Ou alors, elle était juste devenue folle.

    Cela faisait quelques mois, déjà, qu’elle était sortie de l’hôpital. Elle avait évité Kodai, du mieux qu’elle le pouvait. Elle s’était mise à sécher les cours, de plus en plus. Elle passait le plus de nuits qu’elle le pouvait dehors, dans un cabanon abandonné, une maison en vente – crocheter une serrure n’était en réalité pas si compliqué – ou encore, lorsqu’elle savait qu’il ne viendrait pas l’y chercher, dans le dojo de son maître. Elle avait renoncé à l’appeler Kamui, s’était éloignée de lui une fois son bras soigné et ses capacités presque entièrement récupérées. Oh, elle savait qu’elle devrait faire attention, au moins au départ, avec son bras fragilisé. Et surtout, Isuzu ne mangeait plus, ou si peu. Elle préférait se laisser mourir, âme en peine parcourant le monde sans s’arrêter, son errance physique symbole de sa perdition mentale. Elle savait que ce n’était pas forcément le bon choix, pas du tout même : elle s’était déjà retrouvée de nouvelles fois à l’hôpital, ce lieu qu’elle détestait tant, à cause des tortures qu’elle infligeait à son corps. Et maintenant, elle avait perdu l’esprit. Voilà qu’elle rêvait à un monde inexistant. L’idée que la folie la gagnait lui permit, étrangement, d’accepter peu à peu la réalité de l’univers dans lequel elle était arrivée : elle n’en accepta pas pour autant l’univers lui-même.

    Isuzu n’avait réussi à survivre à peu près que grâce à une chose : tous les jours, sans qu’il l’aperçoive, elle pouvait voir Kodai, vérifier qu’il allait bien tout en s’assurant qu’il ne la remplace pas – et se détester de s’en voir grandement soulagée. Mais dans ce nouveau monde qu’elle finit par accepter, il était hors de sa vue : ses plus grandes craintes fourmillèrent bien vite dans son esprit, sous forme de multiples questions. Etait-il en sécurité ? Son père lui faisait-il du mal à l’instant ? Etait-il avec une autre fille ? L’embrassait-il ? L’aimait-il autant ou même plus qu’il l’avait aimée elle ? N’était-elle que remplaçable ? C’était bien là sa plus grande peur : elle avait survécu dans l’idée qu’elle lui était aussi indispensable qu’il l’était pour elle. Mais si ce n’était pas le cas… Elle ne pouvait le vérifier. Seul demeurait à son cou un médaillon doré en forme de cœur, renfermant un portrait de l’être aimé qui lui avait offert ce collier.

    Elle fut admise à l’académie de Sannom grâce à des capacités magiques d’une grande puissance : malheureusement, elle ne profita jamais de cet avantage et ne les développa guère. La seule magie qu’elle maîtrisa à peu près ? Le feu. Cela était très approximatif, étant donné qu’elle ne contrôlait alors pas vraiment ses émotions. L’exemple le plus flagrant de ce problème de contrôle de soi étant bien évidemment présent lors de sa rencontre avec Liven Reaves, à l’époque à l’académie, tout comme elle. S’il n’avait pas été là, s’il n’avait pas trouvé les mots pour la calmer, il aurait péri par les flammes qui auraient pu brûler la salle commune de Dalavirie. Ce ne fut pas la seule fois où elle le vit : mais elle s’acharna à l’éviter, comme tous les autres élèves, du mieux qu’elle le pouvait. Elle ne voulait surtout pas qu’il devienne important dans sa vie, que ce soit dans l’immédiat ou par le futur. Ce serait bien trop dur par la suite s’il fallait que d’autres gens que Kodai comptent : de plus, elle se sentait incapable de gérer plusieurs relations à la fois, bien trop fragile pour prendre le risque de perdre quelqu’un d’autre qu’elle appréciait. Durant les trois ans où elle resta à cette académie, elle n’apprit que peu de choses de la magie, n’étant pas réellement intéressée : cela posa visiblement un problème à Kiro qui aurait préféré qu’elle profite de ce nouveau monde pour s’écrire une nouvelle vie. Et si elle apprit quelques choses, elle refusa toujours de s’en servir : un projet était né peu à peu dans son esprit. Il fallait qu’elle emmène Kodai ici. Loin de son père, loin de tout. Trois ans s’écoulèrent : elle n’accepta de suivre les cours seulement par la volonté de Kiro, qui était peu à peu devenu terriblement proche d’elle jusqu’à être littéralement indispensable. Cela n’empêcha pas la demoiselle aux longs cheveux de jais de sécher quelques heures et de quitter Gamaëlia avant même d’avoir son diplôme, ayant pourtant étudié et ayant des notes correctes en général. Elle était impatiente de revoir Kodai.

    Anorexie. Parallèlement à ce désir qui la consumait de l’intérieur d’amener Kodai avec elle dans ce monde plein de promesses, elle se négligea terriblement. Fine depuis toujours, elle atteignit une maigreur affolante qui la fragilisa énormément. En plus de ne manger qu’à peine, elle continuait à s’entraîner au corps à corps au maximum et dans le secret le plus total, si bien que jamais un élève à sa connaissance n’avait connu sa force véritable et surtout, son adresse. Toutes deux étaient diminuées par cette obstination à ne rien manger, mais elle restait suffisamment habile pour pouvoir se défendre en cas de danger… Ou du moins elle le crut. Elle se fit agresser, une fois. Elle ne dû son salut qu’à la présence d’un jeune homme, sauveur, qui inclut dans son esprit une question : était-elle anorexique ? Elle n’avait aucunement conscience du fait que ce mal la rongeait, pour des raisons cependant bien différentes de celles qu’on entendait ordinairement, était autre que l’anorexie à son point le plus dramatique. Son mental se contentait de faire subir la torture ultime à un corps qu’elle poussait dans ses derniers retranchements. Elle ne pensait pas pouvoir s’en sortir un jour. Sauf si Kodai venait avec elle.

    Ne désirant que retrouver son amour et l’emmener loin, très loin de leur pays natal, c’est à vingt ans qu’Isuzu, ayant suivit une formation magique qui ne l’intéressait pas et ayant finalement accordé toute sa confiance à l’étalon qui restait avec elle quel que soit le moment et quel que soit l’état, physique comme mental, dans lequel elle était, repartit sur Terre pour regagner le Japon.
    Je ne suis rien. Je ne vis pas. Je suis quoi ? Juste une enveloppe de chair et d’os. Mon âme est partie avec toi. Le seul sentiment qu’il me reste, c’est la haine. Haine envers cet homme. Abominable. Je ne veux plus voir ce monde. Le sang part au même titre que moi. J’arrive.
    Le retour était étrange. Elle n’avait jamais été très populaire, Isuzu. Mais là, alors même que les seuls vrais changements sur sa personne étaient ses cheveux coupés courts et sa maigreur devenue alarmante, personne ne semblait la reconnaître. Ce qui choquait les gens qui l’apercevait, ce n’était non pas le fait qu’ils avaient déjà vu la belle jeune femme, qu’ils la croyaient pour la plupart morte s’ils avaient un jour vraiment fait attention à son existence, non. C’était la maigreur de ses longs bras, de ses longues jambes, les os que l’on devinait sous les vêtements et la peau et ses joues creusées. On évitait de la regarder, comme si elle était symbole de décadence et de catastrophe, de malheur et de mort. Mais à vrai dire, elle se fichait des murmures sur son passage, des regards détournés, gênés et de tous les regards méprisant que l’on pouvait porter sur elle et qui, dans un tout autre contexte, l’auraient agacée plus que de raison. Tout ce qui lui importait, c’était de retrouver cet homme pour lequel elle avait survécu toutes ces années. Rien ne l’arrêta. Le code de l’immeuble n’avait pas changé, elle le connaissait toujours. Elle gravit les escaliers avec une détermination hors du commun, nullement démontée par la panne d’ascenseur de ce jour. Elle allait le revoir. Elle allait enfin le revoir. Rien d’autre ne comptait que l’impatience qui la gagnait à l’idée de l’emmener avec elle, loin de son père et loin de tous les malheurs qui auraient pu les toucher de nouveau à cause de cet homme ignoble qu’elle haïssait tant et qui s’était employé, trois ans auparavant, à détruire son bonheur, sa vie. Elle n’avait vraiment qu’une hâte, le revoir, le serrer dans ses bras de nouveau. Et qu’il s’enfuie avec elle, qu’ils se construisent une nouvelle vie. Ensemble. Qu’ils ne se quittent plus jamais, jamais, jamais. Elle avait totalement laissé de côté la crainte que, peut-être, il était actuellement avec une autre fille qu’il aimait autant ou plus qu’il l’avait aimée elle. Seul comptait tout l’amour dont ils avaient brûlés si longtemps, l’un comme l’autre et l’un envers l’autre. Non, en fait, elle ne gravissait même pas les escaliers : elle les survolait littéralement, le violent élan de son cœur et tout son enthousiasme l’entraînant inévitablement vers le haut. Enfin, le deuxième étage tant aimé et tant haï à la fois. Enfin…

    Ce n’était pas possible. «A vendre ». Comment ça, « A vendre » ? Ces mots si simples, elle n’arrivait pas à les comprendre. Ou du moins, elle les comprenait. Mais elle n’arrivait pas à réaliser ce que cela voulait dire. Elle resta figée un instant, sans bouger, face à ce panneau qu’elle haït dans l’instant. C’était totalement impossible. Il y avait une erreur, forcément. Mais elle savait que l’erreur ne venait pas d’elle. Elle ne s’était pas trompée en allant dans cet immeuble, à cet étage, face à cet appartement. Non, l’erreur tenait juste en ce panneau. C’était impossible, il ne pouvait pas être parti. Il n’avait pas le droit d’être parti sans lui laisser la moindre indication pour qu’elle le retrouve. Non, il y avait un problème quelque part, et Kodai ne pouvait en être la cause. L’idée s’insinua d’elle-même dans son esprit alors qu’elle descendait les escaliers de l’immeuble sans s’en rendre vraiment compte : si Kodai n’était pas là aujourd’hui pour l’accueillir de nouveau, pour se réjouir de son retour, c’était à cause de Kyo Imagase, elle en était persuadée. Comme si elle était pourvue d’un sixième sens qui lui soufflait que cet homme, qui avait été à l’origine de ses problèmes, n’en avait pas encore fait assez et devait finir de détruire sa vie sans pour autant qu’elle en ait la confirmation. C’est avec ce sentiment qu’elle alla demander, poliment, à la concierge de l’immeuble ce qu’il en était de la famille Imagase. Elle se moquait du regard choqué qu’elle avait posé sur son corps maigre, seul comptait l’histoire qu’elle lui résuma : la voici.

    L’ambiance s’était dégradée dans le foyer Imagase depuis la prétendue tentative de suicide de la dulcinée du fils. Celui-ci semblait en vouloir terriblement à son père pour une raison obscure. Alors qu’il avait toujours été très sage, prêt à rendre service quoi qu’il arrive, le voilà qui se révoltait peu à peu. Et quand la disparition de la demoiselle fut annoncée, ce fut pire que tout. Il y eut d’abord une phase de rejet étrange où Kodai refusa de bouger de chez eux. Mais cette phase fut bien vite dépassée et remplacée par une haine sans borne envers son père, inexplicable. Ceux qui avaient parlé avec Kyo à cette époque avait pu l’entendre dire que son fils lui en voulait pour le seul crime d’avoir été présent alors que la demoiselle avait tenté de mettre fin à ses jours, d’avoir appelé l’hôpital avant de le prévenir lui. Ceux qui avaient parlé avec Kodai tenaient de lui que ce n’était pas possible, elle n’avait pas pu vouloir se suicider de son plein gré : c’était uniquement la faute de son père qui avait fait quelque chose, il en était certain. Et surtout, il ne voyait pas pourquoi elle était chez lui alors qu’il avait été absent. L’ambiance se dégradait, oui. Kodai séchait de plus en plus les cours, répondait mal à son père, fuguait souvent. Il avait cette manie de se réfugier chez leur maître d’arts-martiaux, à sa chérie et lui. Et quand il s’était rendu compte qu’on l’y retrouvait systématiquement, il n’y retourna plus, en voulant à leur maître, persuadé d’avoir été vendu. Il la chercha. Il savait qu’elle était portée disparue, que la police était sur ses traces, mais il la chercha quand même. Parce qu’il ne parvenait pas à concevoir une vie sans elle. Cependant… La trouver dans cette ville, ou même dans cette région, il le savait… C’était bien trop restreint pour qu’elle n’ait pas été retrouvée plus tôt par la police, bien plus qualifiée que lui pour la retrouver. Non, elle était sûrement bien plus loin que cela.

    C’est pourquoi un jour, il alla au devant de son père pour le lui annoncer. Il allait partir. Partir pour elle, pour la retrouver. Et ce, où qu’elle soit. Il n’en pouvait plus de l’attendre en vain, d’espérer simplement qu’elle revienne un jour alors que tous la prétendait morte. Elle, l’amour de sa vie, ne pourrait être morte : en restant là, il ne pourrait jamais la retrouver. Mais bien entendu… Son père le prit mal. Très mal, même. Il avait une arme à feu. De qualité, en plus : personne ne sût comment il avait bien pu se la procurer. Lui qui semblait pourtant être un père de famille idéal, qui demeurait fort et surtout travailleur malgré la perte de sa femme, s’était soudainement révélé bien plus dangereux qu’il y paraissait. Il tira. Sur son propre fils, qui s’écroula. Et puis, se rendant sûrement compte de ce qu’il venait de faire, perdu et troublé par sa propre attitude, par sa monstruosité pour tirer de sang-froid sur son fils, le seul être qu’il aimait, il se fit sauter la tête. L’incident datait de quelque mois, à peine.

    Isuzu était dévastée. Remerciant maladroitement la concierge sans lui dévoiler son identité, elle s’en alla, courant non pas vers la sortie mais bien vers les escaliers, de nouveau. Elle était épuisée. Son corps n’en pouvait plus, depuis combien de temps n’avait-elle rien avalé ? Mais ce n’était rien par rapport aux douleurs de son cœur, de son âme. Il l’avait tué. Il avait tué l’amour de sa vie. Pire, il avait tué son propre fils ! Elle n’en revenait pas. C’était impossible. Et pourtant… La culpabilité l’étouffait : il l’avait tué parce qu’il avait eu le malheur de vouloir la retrouver ! Même loin de lui elle avait réussi à détruire sa vie. Comment pourrait-elle vivre sans lui ? C’était impossible. Tout ce pourquoi elle avait survécu jusqu’à présent venait de s’écrouler avec cette histoire. Elle s’arrêta devant la porte de cet appartement où tout s’était passé, du début de leur histoire à la disparition de Kodai, en passant par l’événement qui les avait éloignés. Quelle idiote. Il y a longtemps, elle en avait encore la clé. Mais elle l’avait laissée chez son maître. Et cette clé ne lui servirait sûrement plus, la serrure avait dû être changée. Ou pas. Elle n’en savait rien. En désespoir de cause, elle tenta d’appuyer sur la poignée de la porte. Et à sa plus grande surprise, la porte était ouverte : sûrement un agent immobilier étourdi, ou peu soucieux de cet appartement qui ne devaient pas avoir une très bonne réputation en connaissance du drame qui s’y était joué.

    Elle marcha avec un calme trop important pour être normal dans ces conditions, errant dans l’appartement désert, ayant enlevé ses chaussures à l’entrée par reflexe. Les meubles n’avaient pas étés changés. Rien n’avait bougé, si ce n’est l’absence des livres et babioles qui avaient auparavant élues domicile dans cet appartement. Elle ne savait pas pourquoi elle était entrée là. Isuzu n’arrivait toujours pas à réaliser tout à fait ce qu’il se passait, ce qu’il s’était passé. Doucement elle se dirigea vers la chambre de l’être aimé. Il n’y avait plus rien qui était à lui, en fait. Les posters divers qui tapissaient autrefois son mur, les livres où il avait caché quelques photos et tout le reste… Non, il ne restait plus que le lit de sa première fois, leur première fois. Elle s’y lova, doucement. Se couvrit le corps, la tête, des draps blancs. Il aurait été bien trop beau que son odeur soit encore là… Tout été fini, il était parti, il ne reviendra plus jamais. Elle ne le reverrait plus. C’est à ce moment qu’elle sembla enfin reprendre pied avec la réalité : elle pleura. Plus qu’elle n’avait jamais pleuré depuis longtemps. Et tous les mots rassurants que lui soufflait Kiro n’y changeait rien : elle n’avait qu’un désir, mourir. Elle pleura longtemps, n’aurait su dire combien de temps. Tout ce qu’elle savait, c’était qu’elle été décidée. Décédée. Elle se redressa, lentement, se débarrassant des draps. Se pencha à peine pour récupérer son sac, qu’elle avait abandonné sans y penser au pied du lit. Se saisit d’un canif. Trancha. Sombra vite, peu à peu, dans l’inconscience.

    Que le sourire mortel à son poignet soit la mordante trace de sa disparition, que l’écarlate versé soit la dernière trace de sa vie ici-bas.
    Pourquoi m’avoir sauvée ? Ils n’y ont rien gagné. Sauver une vie ? Quelle idiotie… Je ne vis plus. Mon dernier souffle est parti avec Lui. Je ne vis plus. Je ne suis qu’une poupée de chair. Je marche, je respire. Mais mes pas sont des plaies et l’air est vicié. Comment vivre dans un monde sans Lui ? Autant repartir. A défaut de mourir. Retourner sur cette terre où j’ai perdu trois ans. Et y mourir. Là est mon seul but. Ma quête du Graal.
    Elle baignait dans le désespoir. Elle était de retour à la case hôpital. Elle n’en avait aucune envie, elle ne voulait que mourir. Et on l’avait sauvée. Elle ne savait pas qui, cela n’avait aucune importance. Tout ce qu’elle savait c’était qu’on l’avait empêché d’accomplir son souhait. Isuzu était lasse, très lasse de tous ces gens qui s’opposaient à sa volonté, de ce monde qui n’était plus pour elle maintenant qu’il n’était plus là. Elle avait voulu mourir, oui. Elle avait survécu, bien malgré elle. On la nourrissait de force, s’aidant des perfusions. Elle ne voulait pas survivre, non : mais plus encore elle ne voulait pas rester dans cet hôpital. On avait fini par savoir qui elle était, lui demandant son identité lorsqu’elle sembla de nouveau apte à s’exprimer comme il fallait : Isuzu Kamageta n’était donc pas morte. La police vint l’interroger : elle leur opposa un silence de mort. Les circonstances de sa disparition et de sa réapparition demeuraient un mystère. Elle aurait voulu s’enfuir de ce lieu qui la mettait trop mal à l’aise, mais on la surveillait bien trop. On voulait que son corps soit parfaitement rétabli. Le seul qui s’intéressa vraiment à la survie de son âme fut Kamui, son maître adoré. Et lui aussi dû se confronter au silence. Pas une fois ils n’évoquèrent Kodai : il attendait certainement que la jeune femme en parle en premier et elle s’y refusait. Quelle importance, puisqu’il était mort ? Lorsqu’un mieux fut notable dans l’état de son corps, elle fut autorisée à quitter l’hôpital. Elle n’avait nulle part où aller : tout naturellement, Kamui se proposa de l’héberger, avec ce qu’il fallait de douce réserve pour qu’elle ne s’en offusquât pas. Elle ne dit pas un mot, mais elle le suivit. Elle n’avait pas vraiment de raison de ne pas le faire.

    Elle resta un moment chez lui, plus longtemps qu’elle l’aurait voulu. Elle savait que sa disparition soudaine lui avait causé une grande inquiétude, et sa nouvelle décision lui en ferait plus encore. Alors au moins pourrait-elle lui offrir la satisfaction de voir qu’elle était décidée à prendre plus soin de son corps. Elle mangea de nouveau, peu certes, difficilement, mais avec volonté. Et la Volonté, c’était bien l’élément le plus fort qu’Isuzu pouvait se targuer d’avoir. Elle reprit l’entraînement, seule d’abord puis avec lui. Retrouva et dépassa son niveau d’autrefois, dès lors qu’elle reprit du poids et s’alimenta de nouveau convenablement, toujours animée de cette volonté dévastatrice. Elle était décidée à quitter ce monde, oui, non pour un au-delà éventuel mais bien pour Gamaëlia, où elle avait perdu trois années qu’elle aurait pu vivre avec l’amour de sa vie. Et puis, bien qu’elle ne l’avouât pas, la présence de Kamui lui faisait du bien : elle savait qu’il était fort, le voyait au final vraiment comme une figure paternelle. Il ne posa aucune question quant à sa disparition ou la présence de Kiro. Non, il se contenta de l’accueillir, tranquillement, et ce calme, cette douceur suffisamment distante pour qu’elle ne se braque pas, lui faisait vraiment un bien fou. Mais elle ne voulait pas rester là, elle ne voulait pas devenir dépendante de cet homme et encore moins le déranger à rester dans ses pattes tout le reste de sa vie. Elle passa entre un et deux ans à remettre à peu près son corps, à l’entraîner plus qu’elle ne l’avait plus fait depuis bien longtemps, maintenant qu’elle s’était remise à manger – en petites quantités, certes, mais amplement suffisantes pour son appétit de moineau. Et puis, sa décision bien ancrée dans son esprit, un beau jour, elle rédigea une longue lettre d’adieu à Kamui, y couchant tous les remerciements et les non-dits, exprimant maladroitement toute sa reconnaissance et son amour, lui priant de ne pas s’inquiéter sans pour autant lui dire ce qu’elle comptait faire de sa vie, et s’en alla de nouveau.

    Son idée avait germée à l’hôpital, déjà : au fil du temps, elle s’était transformée en plan, en idéal de vie. Elle allait retourner sur Gamaëlia. S’engager dans un métier à risque, puisqu’il semblait qu’elle ne pourrait jamais mourir par simple envie. Prendre des risques, oui, de plus en plus grands. Et mourir, tout simplement, au cours d’une mission quelconque. Parce que sans lui, plus rien n’en valait la peine. C’est ainsi qu’une fois arrivée sur ce monde, ce continent qui lui était assez familier, elle s’engagea chez les chasseurs de primes et s’appliqua à exécuter un bon nombre de missions, plus dangereuses les unes que les autres, ne semblant vivre plus que pour ce travail ingrat. Malgré son apparence de poupée, elle réussit et devint de plus en plus forte, et ce, même si elle refusait de se servir de la magie : l’idée qu’elle puisse l’utiliser alors même que Kodai n’avait pas eu la chance d’essayer la répugnait, elle utilisait donc le moins possible son don et ses capacités. Et elle attendait la Faucheuse de pied ferme, ne la craignant nullement.

    Présentation d’un article de presse à scandale :
    Avec l’appui de Liven Reaves, ancien chef de la guilde, Isuzu Kamageta est promue chef des chasseurs de primes : machiavélisme d’une psychopathe avérée ou manipulation d’un ancien chef souhaitant récupérer le pouvoir ? Plus de détails dans notre article page quinze.


    Et l’avenir mon seul espoir c’est mon tombeau
    Pareil au tien, cerné d’un monde indifférent
    J’étais si près de toi que j’ai froid près des autres.
    [Poème de P.Eluard.]



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MessageSujet: Re: Isuzu Kamageta [/!\Musique]   Mer 27 Oct 2010 - 4:29

J'ai pas de commentaire à part que je trouve tout ça bien déprimant, mais bon je pense que t'avais déjà compris.
Pour moi c'est bon.


Spoiler:
 




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Isuzu Kamageta
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MessageSujet: Re: Isuzu Kamageta [/!\Musique]   Mer 27 Oct 2010 - 11:53

    Merci Drynette ♥ (et désolée de t'avoir "déprimée" ><')

Spoiler:
 



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