Gamaëlia


 
AccueilFAQRechercherS'enregistrerMembresGroupesConnexion

Partagez | 
 

 Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Lun 26 Juil 2010 - 4:30

    Loghan effleura un papillon du canon de son arme, très légèrement, le bras levé. Et une fraction de seconde plus tard, d’un battement d’ailes, le lépidoptère s’était éloigné, insaisissable.

    Il aimait bien les papillons. Ils étaient tout petits, délicats et terriblement fragiles ; mais il y avait cette fascination que provoquaient sur lui leur vol anarchique et leurs ailes colorées. Il lui était déjà arrivé de rester plus d’une heure immobile, devant un bocal rempli de papillons, pendant qu’il planait à cause d’un shoot d’héroïne, il s’en souvenait vaguement. C’était un peu comme les méduses. Ou les vagues, dans la mer. Les avions dans le ciel, sur Terre. Les silhouettes des buildings géants. Tout çà, c’était beau. Terriblement. Les papillons aussi. Il n’en voyait pas beaucoup, dans la capitale, à vrai dire ; mais aujourd’hui, il avait eu la chance d’en croiser un dans une ruelle, avant qu’il ne s’envole vers le ciel nuageux. Du coup, il se sentait inexplicablement apaisé, tranquille, il y avait cette euphorie d’enfant qui perçait un petit coin de son cœur, stupidement, à la vue de cet insecte volant. Le nez en l’air, face à la masse nuageuse uniformément grise et doucereusement menaçante, son colt dans la main droite, il suivit des yeux le papillon, jusqu’à ce qu’il disparaisse de son champ de vision. Il resta encore un court instant ainsi, debout et immobile, puis finit par baisser le menton, alors qu’un très léger soupir s’échappait de ses lèvres. Ses yeux d’acier, encerclés par l’habituelle couche de maquillage aussi noire que la nuit, se posèrent alors sur le corps allongé et sans vie, à ses pieds, échoué sur les pavés. La flaque de sang qui se formait sous sa tête, d’un écarlate fascinante, était certainement la seule véritable touche de couleur, dans cette ruelle. Le ciel était grisonnant, le pavé, sale, les murs, sombres. Loghan plia les jambes pour s’accroupir juste à côté de l’homme, et sans se départir de l’air impassible qui l’avait accompagné depuis qu’il avait coincé ce type pour lui coller une balle entre les deux yeux, il tâta le corps du bout de son arme à feu, au niveau des côtes. Oui, mort, il était bel et bien mort. C’était évident, à vrai dire, mais rien n’empêchait une vérification des plus élémentaires. Le jeune Chasseur de Primes attendit encore quelques secondes, puis redressa son long corps, glissant le colt dans sa ceinture, au niveau du dos, à côté de son jumeau. Le cadavre, il le transporterait par magie, bien évidemment ; sa stature d’anorexique ne lui permettait point de le porter sur son épaule. Il se concentra, fit en sorte que le corps sans vie se soulève du sol sans qu’il ait besoin d’y toucher, et là, tourna enfin les talons.

    Il arborait une tenue type, comme toujours. Avec un jeans sombre sur ses jambes trop fines, un entrelacs de chaînes hétéroclites autour des hanches en guise de ceinture, son habituelle paire de bottes noires cloutées aux pieds, qui résonnaient agréablement à ses oreilles à chaque pas, et un pull aux grosses rayures noires et blanches en guise de motif, déchiré esthétiquement par-ci par-là et qui lui dénudait une épaule frêle sans qu’il y prenne garde, il avait davantage l’air d’un jeune punk anorexique en quête de salle de concert que d’un chasseur de primes. Ajoutez en plus à cela ces cheveux bleus indomptables, ce maquillage outrancier, ces chaînes autour du cou, ces bracelets en métal aux poignets, ces énormes bagues aux doigts et ces lunettes de soleil posées sur le crâne, et il devenait carrément impensable qu’il puisse être le garde-du-corps d’une personnalité connue de tous et surveillée par un certain Conseil. Et pourtant. Loghan poursuivit sa route d’un pas tranquille et machinal ; pensif, il regardait plus dans le vague que devant lui, mais il ne percuta aucun passant et ne trébucha pas. Il n’était pas loin du QG, après tout, et il connaissait le chemin, à force, depuis les quelques mois qui le séparait de son arrivée à Sannom. Par contre, il ne fit pas trop attention au corps qui lévitait non loin derrière lui, et la tête de ce dernier percuta un mur en passant. Mais il était mort, alors ce n’était pas très grave, non ? Ouais, tant pis. L’anorexique glissa une main dans la poche arrière de son jeans, mais le paquet de cigarettes écrasé qu’il en retira était vide, désespérément vide. Il poussa un soupir, le remit en place, passa une main furtive dans ses cheveux azurés, l’air ennuyé. Généralement, il profitait toujours du fait qu’il ne soit pas collé à Liven pour fumer une clope ; car la Bête refusant catégoriquement de voir une cigarette allumée dans son espace vital, le pauvre Loghan ne pouvait le faire qu’une fois le blond ailleurs. Or, présentement, le dit blond se trouvait à l’Académie, et le jeune anorexique en avait profité pour régler une prime, en tant que chasseur. Mais il n’avait plus de cigarette, alors dommage et tant pis.

    Loghan traversa la place publique, sans se soucier des passants. Il se dirigea tout droit vers le grand bâtiment qui servait de quartier général à la guilde des Chasseurs de primes ; on voyait toujours des personnes franchir la grande portée d’entrée, que ce soit des membres de la guilde qui sortaient pour se mettre en chasse, ou des clients qui venaient déposer l’identité d’une personne dont-ils voulaient la tête. C’était un système parfaitement rodé, implacable, que beaucoup de membres de la population n’appréciaient guère, mais que Loghan, lui, admirait pour sa pragmatique simplicité. Il connaissait le bâtiment pour s’y être rendu plusieurs fois maintenant, alors il y entra promptement avec l’assurance de l’habitué. Il salua une connaissance d’un sourire et d’un geste évasif de la main, prit le temps de laisser son regard vagabonder sur les grandes pièces, les murs, les plafonds. Là où la plupart des gens ne faisaient pas attention aux détails, Loghan, lui, les observait, les assimilait, les acceptait ; il appréciait l’architecture de manière générale, et l’immeuble le plus commun et grisonnant au monde pouvait paraître beau, à ses yeux. S’il était étrange ? Non, peut-être pas ; juste spécial. Après avoir déposé le corps sans vie, le punk partit d’un pas aérien vers les étages. Où allait-il, comme çà ? Mais réclamer sa prime, voyons. Auprès du chef de la guilde, en fait, carrément, parce que présentement, il n’avait rien de mieux à faire, et aussi parce que cela lui permettrait de passer le bonjour et discuter un instant, même court, avec le dit chef. Il en avait l’inexplicable et soudaine envie, oui. Alors il monta les marches des escaliers, deux à deux, déboucha dans un large couloir, enleva les lunettes de soleil de son crâne pour saluer les personnes qu’il croisait d’un mouvement révérencieux, comme s’il soulevait un chapeau à la manière d’un gentleman, et ne s’arrêta qu’une fois qu’il trouva le bureau qu’il cherchait. Il leva sa main décharnée pour frapper deux coups contre le battant de la porte par pure politesse, et tourna la poignée sans attendre de réponse, pour entrer et s’arrêter au bout de trois pas. Le sourire s’emparant de ses lèvres, il leva la main pour mimer une espèce de salut militaire, et en guise de bonjour, ne prononça que deux mots, avec une inflexion de gaieté printanière dans la voix et un accent américain certain, perpétuel. Les convenances ? Il s’en moquait.

    - Yo, boss !

    Isuzu Kamageta était belle. Elle avait ce charisme polaire dans son allure entière, elle avait cette froideur éternelle au fond de ses prunelles. L’ébène de ses cheveux contrastait violemment avec la pâleur uniforme de son teint, ses jambes vertigineuses ne rendait sa silhouette altière que plus longiligne, la froide fierté sublimait les traits de son visage délicat, ses regards étaient un brasier de glace qui vous imposaient la distance, qui vous interdisaient formellement d’approcher, mais qui, paradoxalement, ne faisaient que renforcer l’attirance qu’ils exerçaient. Elle avait la beauté des poupées de glace, la magnificence des fiertés glaciales et défensives. Il ne se targuait pas d’être son ami, loin de là, et ne le ferrait probablement jamais. Il ne savait même pas si elle l’appréciait, le méprisait ou l’ignorait, mais toujours est-il que lui, il cherchait à la connaître. Parce qu’il se prenait d’affection pour des personnes sans prévenir, sans raison apparente, et que c’était comme çà, tout simplement. Parfois, elle lui faisait penser à Liven. Bien qu’ils ne soient en aucun cas les mêmes. Il y avait juste ce tourbillon de pensées flamboyantes qu’il devinait brûler dans l‘âme, de ses yeux perspicaces, et cette prestance dans l’allure, la stature, les gestes, les regards, cette beauté arrogante ou froide qui pouvait agacer ou rebuter, mais qui, pour Loghan, ne faisait que fasciner et intriguer. Peut-être bien qu’il était étrange, en fin de compte, oui. Mais il n’en avait rien à faire, vraiment. Il avait depuis bien longtemps cessé de chercher à comprendre les pulsions de son affection maladroite et l’entrelacs des pensées de son âme cassée. Il vivait, et c’était déjà çà. Il poussa la porte, puis gambada jusqu’au bureau qui trônait dans le fond de la pièce, avec un air emprunt d’une légèreté enfantine, pour s’affaler soudain sur une des chaises, sans aucune élégance. Là, il posa ses deux coudes pointus sur la surface du meuble et colla son menton dans les paumes de ses mains, comme un gosse, alors que son sourire s’élargissait, sur ses lèvres, et qu’il posait ses yeux d’acier sur le chef de la guilde, cette beauté glaciale qu’était Isuzu Kamageta.

    - Je viens chercher ma prime, pour la mort de Salvador Cook.

    Avec cette rapidité propre aux êtres lunatiques, Loghan venait d’adopter un ton plus sérieux que le précédent, pour annoncer le plus tranquillement du monde sa requête, avec cet éternel air passif et décalé dans l’allure. Oui, il venait chercher sa prime. Le salaire qu’il recevait du Conseil pour son statut de garde de corps ne lui était parfois pas suffisant, pour se procurer de l’héroïne, en sachant qu‘il avait tendance à claquer pas mal d’argent dans des fringues et accessoires divers, cigarettes et maquillage. Et sans héroïne, il était mal. Vraiment mal. Alors oui, sa petite prime, il la voulait bien.

[Lo de consommation offert comme promis ; round 1.
J'aime faire du RP à cette heure ♥]




Dernière édition par Loghan Akalenkov le Ven 14 Jan 2011 - 18:34, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Lun 26 Juil 2010 - 19:18

    Le rôle de chef des chasseurs de prime était loin d’être chose facile : il prenait énormément de temps à la jeune chef, tout comme il avait à l’époque pris énormément de temps à son prédécesseur. Cependant, il semblait pour les rares gens qui la voyaient plus ou moins régulièrement, ou qui apercevait son ombre de temps à autres, qu’elle n’avait pas assez de travail comme cela. Les journées classique chez Isuzu consistaient à se lever tranquillement, se doucher, se préparer, manger un morceau pour sortir ensuite chasser, revenir avec sa proie, faire un peu de travail de bureau ou se rendre à son appartement pour se nourrir, c’était selon, passer une bonne partie de la journée dans son bureau, et chasser encore avant de retourner chez elle, manger, se doucher, se démaquiller, bref, se préparer pour aller se coucher, lire éventuellement un peu puis poser la tête sur l’oreiller. Parfois, elle allait également s’entraîner en salle, s’il lui arrivait de se retrouver avec un peu de temps libre. Des loisirs ? Hmprh. Des amis avec qui passer du temps ? HMPRH. Il s’agit là d’Isuzu Kamageta, ou la demoiselle qui se targuait de repousser toute forme d’amitié. Certes, elle n’y arrivait pas toujours : Liven Reaves, par exemple, avait réussi à percer sa carapace, se glissant insidieusement dans son cœur pour y assurer sa place. Ce qu’elle pouvait le haïr pour cela ! Elle faisait de son mieux pour que cela ne se voit pas, mais elle était persuadée qu’il n’était pas dupe. Mais de manière générale, son attitude polaire l’aidait tout à fait à donner le change : elle n’avait besoin de rien ni de personne et souhaitait avancer seule. Toute son attitude visait à le prouver, ses regards gelés, son port altier, sa démarche fière. Tout dissimulait la fragilité qu’elle avait en réalité, la blessure profonde de son âme, la brisure apparemment irrémédiable de son cœur en morceau. Afin de toujours mieux dissimuler ses plaies, sa vie privée, son passé, elle se noyait totalement dans le travail, s’y jetait à corps perdu jusqu’à ce que la Mort capricieuse décide de l’emporter. Ainsi soit-il.

    Cette journée était on ne peut plus banale, dans la vie d’Isuzu. Parfois, elle trouvait effrayant à quel point elle considérait comme normal de tuer un homme. Car c’était ce qu’elle avait fait, ce matin-là, comme souvent – trop souvent ? Après s’être levée et douchée, la jeune femme s’était vêtue d’un pull très fin à col roulé rouge en constatant la grisaille extérieure et d’une jupe noire mi-cuisse qui recouvrait des collants couleur chair, le colt à une ceinture toute spécialement portée pour son usage. Puis, juchée sur cinq centimètre de talon aiguille, parfaitement à l’aise malgré la hauteur supplémentaire à sa haute taille qui aurait pu la déstabiliser, lui faire perdre son équilibre, l’orgueilleuse était sortie. Pour une fois, elle n’avait pas choisi une mission bien compliquée : à vrai dire, elle s’agaçait de réussir toujours des missions trop complexes. D’une part, à cause de ces réussites, elle augmentait ses chances de survie. D’autre part, elle encaissait pas mal d’argent. Et cela associé à sa paye de chef… Et bien, elle entassait une petite fortune. Isuzu ne dépensait pas beaucoup, puisqu’elle était censée mourir au plus vite. Elle ne s’embarrassait pas du superflu, n’allait jamais faire des folies pour des vêtements ou des chaussures qu’elle finirait par abîmer dans l’exercice de ses fonctions. Elle avait tout au plus une robe de soirée, qu’elle avait payé assez chère, et des chaussures assorties, mais c’était tout : et elle se demandait souvent pourquoi elle avait acheté cette robe puisqu’elle n’était que trop rarement invitée, et que, si jamais cela arrivait, elle risquait fort de décliner l’invitation. Mais au moins, elle était préparée. Son appartement était assez spacieux pour une seule personne, malgré la chambre unique, mais ne lui coûtait pas si cher en comparaison des économies qu’elle faisait sans trop le vouloir. Elle était très embêtée d’acquérir tant d’argent, étrangement, et trouvait que c’était un réel souci alors que tant d’autres rêvait de richesses. Aussi clôtura-t-elle cette mission sans se fatiguer, et ne se donna-t-elle pas tout de suite la peine de récupérer sa prime. A la place, après avoir ramené le cadavre, elle retourna chez elle pour se sustenter et pris une pomme au passage, au cas où elle aurait un petit creux au cours de la journée.

    Puis elle reparti, fière, solitaire. Si elle n’avait que saluer une personne jusqu’à présent, c’était presque un miracle. Elle était la chasseresse parfaite : modèle de glace et d’efficacité conjuguées, si elle n’était pas des plus bavardes, ne donnait-elle pas l’image même du chasseur de prime classique ? Un masque qu’elle servait à tous autant que possible, qui dissimulait le véritable brasier de ses sentiments flamboyant, de ses pensées. Même une fois de retour dans le quartier général, où elle avait déposé un cadavre un peu plus tôt, elle se contenta de vaguement adresser un signe de tête à un inconscient qui la salua. Puis elle monta jusqu’à son bureau, où quelques papiers l’attendait, comme tous les jours, elle le savait. Elle avait à régler de nombreux papiers, en était tout à fait satisfaite. Avoir tant de travail était une véritable bénédiction pour elle qui s’efforçait d’y noyer toute trace de vie privée. Tout comme certains se plongent dans l’alcool pour oublier leurs malheur, leur désespoir, Isuzu se réfugiait dans le monde clos et à la régularité rassurante du travail. Une journée comme toute autre, donc, banale au possible. Mais qui savait ce que le destin réservait, après tout ? Les évènements les plus extraordinaires arrivaient souvent lors des journées les plus ordinaires. Par exemple, d’ordinaire, personne n’osait venir déranger la poupée de glace dans sa tour d’ivoire, celle-ci s’étant parfaitement affirmée en tant que chef. Elle aurait cru que ce serait plus difficile, à cause de son statut de femme, mais sa réputation l’avait visiblement précédée. Et pour les rares personnes qui n’étaient pas persuadée de sa qualification dès son investiture au rôle de chef, ses regards gelés et quelques explications plus ou moins indélicates avaient suffit. Sauf qu’en ce jour, visiblement, un inconscient – car elle n’acceptait les intrusions dans sa tour à l’unique condition qu’il s’agisse de véritable besoin – avait décidé d’écourter ses jours, n’est-ce pas ? Elle leva la tête et posa son stylo en entendant les deux coups qui interrompirent la machine dans son travail sacré. Qui osait la déranger ainsi ? Elle ne tarda pas à le savoir puisque, sans attendre une réponse qui ne serait de toutes façon pas venue, l’importun ouvrit la porte pour entrer et la saluer.

    Loghan Akalenkov. Elle ne le connaissait que très peu, tout d’abord méfiante quand elle ne l’avait pas encore vu, à cause de sa fonction de garde du corps qui ne la leurrait pas et qu’elle savait parfaitement que c’était juste une façon d’instaurer un espion aux côtés de Liven. Puis elle l’avait vu, et elle avait compris à quel point le Conseil avait choisi un mauvais espion. Et à chaque fois qu’elle le voyait, elle avait toujours aussi mal au cœur. Oui, il lui faisait de la peine, sans qu’elle ne laisse rien paraître de tout cela. Il lui faisait énormément de peine, oui, à se comporter ainsi. Car ses vêtements déchiré, son maquillage de grunge, son look anarchique en général… Ca ne suffisait pas à la tromper, pas elle. Car elle aussi était passée par là. L’anorexie. Elle avait commencé par le déni de son mal, et ce n’était que lorsqu’elle comprit vraiment de quelle maladie elle souffrait que cela commença à l’effrayer, mourir à petit feu ainsi. Et alors qu’elle regagnait l’espoir de revoir l’être aimé, peu à peu, elle regagnait aussi le désir de vivre et l’appétit. Elle n’avait pas besoin de beaucoup pour être rassasiée, désormais, et c’était la seule trace encore effective de son anorexie passée. Car même alors qu’elle était rongée par la peine, elle avait fait de son mieux pour ne pas y replonger. De ce fait, voir Loghan ainsi lui faisait terriblement mal. Il tentait de faire illusion mais elle le sentait : lui aussi, il avait quelque chose de brisé dans son âme, dans son cœur. Elle ne savait quoi, ne voulait même pas le savoir : cela serait synonyme d’une proximité qu’elle lui refusait. Mais en un coup d’œil elle l’avait compris : l’anorexie rongeait le corps du jeune homme de cinq ans son cadet, lui qui aurait eu une si belle vie, si pleine de joie s’il n’y avait pas ce je ne sais quoi qui l’avait déjà tué. Et puis, dans ses yeux, elle pensait lire autre chose, quoi, elle ne le savait pas… Mais cela lui faisait mal au cœur, vraiment. Elle se maudissait pour cela, elle qui se targuait d’être insensible. Elle aurait voulu ne rien ressentir, oui, et en avait toujours été parfaitement incapable. Et bien que Loghan lui fasse sincèrement beaucoup de peine, elle faisait de son mieux pour que jamais il ne le sache. Ainsi, elle conserva son masque glacial, sans se donner la peine de répondre à son salut.

    Il s’avança jusqu’à son bureau, d’une démarche légère et apparemment joyeuse. Qu’elle pouvait le haïr. Qu’elle pouvait haïr ses manies dissimulatrices qui se voyaient jusqu’à sa façon de s’habiller. Qu’elle pouvait haïr sa silhouette de fantôme, qu’elle pouvait haïr sa maigreur. Juste parce que cela faisait à la fois écho à son propre passé et à l’existence de quelques sentiments dans son cœur éteint. Véritable enfant, il afficha un grand sourire, dans une pose de gamin, affalé face à elle. Bien droite, elle le fixa de cet air toujours aussi glacial et quelque peu hautain qu’on lui connaissait tant. Et puis, d’un seul coup, alors même qu’elle se doutait qu’il n’était pas juste passé lui dire un simple bonjour – bien que, si ça avait été le cas, elle n’aurait guère été surprise – il prit un air plus sérieux pour aborder un sujet qui l’était tout autant. Une prime, n’est-ce pas ? Une idée germa dans l’esprit diabolique de la jeune chef. Bon, certes, c’était peut-être un poil exagéré, mais pour ce pauvre anorexique qui n’avait fait que demander son dû, ce qu’elle allait lui faire subir était la pire des épreuves. Elle le fixa un instant, toujours sans un mot, sans changer d’expression, comme si elle avait pu lire dans l’âme de Loghan rien qu’avec ce regard échangé. Puis, sans un mot, elle se leva. Non pas pour aller vérifier si l’anorexique avait bel et bien ramené le corps de la bonne personne, puisqu’elle se retourna vers une armoire derrière elle. Elle ouvrit ensuite ladite armoire aux portes coulissantes. Non pas pour donner sa prime audit anorexique ou lui délivrer un papier qui lui servirait à la récupération de sa requête. Elle avisa la pomme ramenée ce matin, la saisit d’une main, referma la porte de l’autre. Non pas qu’elle eut faim, d’un seul coup. Elle se tourna ensuite de nouveau vers l’anorexique et posa la pomme verte sur le bureau, alors même qu’elle s’asseyait de nouveau. Le fixant encore, légèrement penchée en avant, elle prit la parole, sa voix toujours glaciale pour cet ordre incongru.


    « Mange.»

    Oui, Isuzu venait de faire preuve d’un culot admirable en exigeant de l’anorexique qu’il mange la pomme qu’elle venait de poser sur la table, alors même qu’elle se targuait de son indépendance, de son insensibilité. Mais elle savait qu’il ne mangeait pas. Et ça la blessait, sans trop de raisons, elle le savait. Tant pis, elle ne le laisserait pas tranquille avec cette folie de ne pas se nourrir. Elle ne le laisserait pas mourir.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mar 27 Juil 2010 - 1:05

    Il ne s’offusqua pas de son premier manque de réaction apparent. Elle se contentait de rester là, assise, et de le fixer, de ce regard scrutateur, sans prononcer un mot. Et lui, il ne se départit pas de son sourire, de ce léger sourire qui flottait sur ses fines lèvres, comme toujours ou presque. Il ne décolla pas non plus les coudes de la surface du meuble, et se contenta de lever ses yeux d’acier lorsque la jeune femme se mit en mouvement, la suivit du regard alors qu’elle se levait. Peut-être qu’Isuzu allait lui donner son argent sans même dire un mot, histoire qu’il dégage d’ici le plus vite possible et lui foute la paix. Peut-être, oui. Quand bien même, cela ne l’empêcherait pas de trouver un prétexte pour faire la conversation tout seul et pour rester là encore un peu. Il conserva son léger sourire, illustration parfaite d’une tranquillité à la fois sincère et factice, et se contenta d’hausser poliment un sourcil en la voyant sortir une pomme verte de l’armoire aux portes coulissantes. Une pomme ? Bon, visiblement, elle n’avait pas ouvert cette armoire pour en retirer des sous et les lui donner le plus simplement du monde, non. Intrigué, une lueur amusée au fond des prunelles, Loghan ne décolla toujours pas le menton des paumes de ses mains, puis la regarda poser le fruit sur le bureau avant de s’assoir, de nouveau. Elle n’avait toujours pas ouvert la bouche, et le silence, loin de gêner le jeune chasseur de primes, dura encore un instant avant qu’un mot de la belle, un seul, ne le brise.

    « Mange. »

    Loghan haussa une nouvelle fois un sourcil, toujours sans bouger.
    Quel ordre incongru.

    Manger ? Le jeune homme avait beau être d’une perspicacité proprement affolante, il n’empêche qu’il ne voyait pas le rapport entre sa demande et l’ordre étrange de celle qui était sa supérieure. Ou alors, était-ce juste une collation polie que l’on offrait à un collègue avant un entretien ? Il avait déjà pu voir çà, en Amérique. Sauf que généralement, on proposait à boire. Un café. Une tasse de thé. Pas une pomme verte. La surprise qui s’était peinte sur son visage, dans un premier temps, légère et compréhensible, fit soudainement place à une certaine forme d’hilarité incrédule, peut-être légitimement. Il décolla les coudes du bureau, pour se renverser doucement sur le dossier de sa chaise. Le sourire s’empara de ses lèvres sans qu’il y fasse attention, l’amusement étincela dans ses iris aussi gris que le ciel, et ses épaules furent secouées furtivement par un rire silencieux, alors qu’il ne disait toujours rien. Manger ? C’était sérieux ? Il savait qu’Isuzu devait probablement se moquer autant que lui des conventions et des normes sociales ou établies, mais tout de même, il devait y avoir des limites à l’étrangeté, non ? Non, vraiment, il ne voyait pas du tout le rapport. Ou alors, c’était peut-être une blague ? Il avait un humour assez douteux, alors peut-être qu’il n’avait juste pas compris. A moins que la récompense pour avoir eu la tête de Salvador Cook soit véritablement une pomme verte, allez savoir. Mais ce serait franchement abuser. Non ? Si. Tout de même, il n’était pas si idiot. Le visage fendu d’un large sourire amusé, Loghan conserva un sourcil arqué en fixant Isuzu le plus tranquillement du monde. Le rire se mariait à ses mots, alors qu’il prenait la parole pour poser une question en guise de réponse.

    - Tu es sérieuse ?

    Vraiment, il se le demandait.

    Sauf qu’en même temps, la réponse lui apparut sans prévenir d’une évidence criarde et flagrante, alors il cessa bien vite de sourire et de rire légèrement, pour pincer les lèvres d’un air perplexe et quelque peu déstabilisé. Evidemment qu’Isuzu Kamageta était sérieuse. Elle l’était toujours et présentement, cela se voyait dans son regard de glace, dans son visage fier et autoritaire, qu’elle ne plaisantait pas. Cela lui coupa toute envie de rire, et son incrédulité se mua tout aussi rapidement que le reste en franche incompréhension. Il ne comprenait pas, non. Il ne comprenait pas pourquoi elle faisait çà, plutôt. Pourquoi elle lui demandait çà. Il avait parfaitement conscience de ne pas cacher au mieux sa maladie. Il avait beau détourner l’attention avec des tenues toutes plus anarchiques les unes que les autres, sa maigreur affolante sautait tout de même aux yeux, sans qu’il puisse y faire grand-chose. Seulement, s’il n’en parlait pas et qu’il refusait catégoriquement qu’on puisse le voir souffrir à cause de l’anorexie, c’était parce qu’il ne voulait pas que l’on s’en soucie. Que l’on s’en mêle, que l’on interfère. Il n’avait peut-être pas véritablement de fierté, il n’avait peut-être pas de grands rêves, il n’avait peut-être pas de réelle importance ou n’était peut-être d’aucune utilité, il le savait et il l’assumait, mais sa volonté, elle, on ne la lui enlèverait pas. Pas elle. Alors si l’ordre incongru d’Isuzu l’embêtait ? Bien évidemment que oui. Il sentait déjà son estomac malmené se contracter à la vue du fruit. Il avait avalé quelques quartiers d’orange la veille au soir en guise de dîner, et il s’était retenu à grand peine de ne pas aller immédiatement se faire vomir. Alors çà lui suffirait. Hors de question de toucher à cette pomme. Il fronça légèrement les sourcils, sans y prendre garde. Il ne comprenait pas pourquoi Isuzu faisait çà, non, mais il n’empêche que cela voulait certainement dire qu’elle savait parfaitement, pour son anorexie, et qu’elle était contre. Mais dans un sens, elle ne pouvait pas y faire grand-chose, pas vrai ? Elle ne pourrait certainement pas l’expulser de la guilde pour çà. Ce n’était pas un crime. Rassuré, Loghan bascula la tête en arrière, soudainement, et un sourire reprit possession de ses lèvres. Il cligna des yeux quelques secondes, les pupilles rivées sur le plafond, sans rien dire, sans raison, puis redressa la tête pour faire face à Isuzu, avec une tranquillité amusée retrouvée dans l’allure. Il fallait le prendre à la rigolade, oui.

    - Désolé, je n’ai pas très faim.

    Il mentait.

    La faim était un mal sournois qu’il côtoyait tous les jours, qui lui faisait tordre l’estomac de douleur, qui lui lacérait les entrailles. Qui lui brûlait parfois les veines, qui lui oppressait la poitrine. Un mal qui devenait parfois insupportable, et qui lui faisait attraper une seringue pour se la planter violemment dans le bras, et contrer le flot de douleur par le liquide insidieux de l’héroïne. La faim était un mal qu’il se devait de supporter, parce qu’il refusait catégoriquement et maladivement de manger. Il avait ses raisons, c’était son choix, sa décision. S’il souffrait ? Evidemment. Le martyr. Ou tout du moins, son corps souffrait. C’était sa conscience qui infligeait ce mal à son corps, qui le poussait à ses extrêmes limites pour se tenir en équilibre sur le fil tendu entre la vie et la mort, qui le torturait pour qu‘il ne ressemble plus jamais en aucun cas à un certain frère jumeau. Et c’était comme çà. Personne n’y changerait rien, parce qu’il avait décidé que ce serait le cas. Il ne fallait pas chercher plus loin. Il refusait que l’on cherche plus loin. Loghan remonta une jambe pour la plier et caler la semelle de sa chaussure sur le bord de sa chaise, nonchalamment. Il se pencha ensuite légèrement en avant, et se mit à tracer des arabesques invisibles de l’index, sur la surface du bureau, sans se départir du sourire factice qu’il avait retrouvé. Son ton n’était qu’intérêt poli, et sa question, une demande qui se voulait légitime.

    - Ma prime, je pourrais l’avoir tout de suite ? J’en aurais comme qui dirait besoin.

    Certes.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mar 27 Juil 2010 - 20:15

    Elle était curieuse de voir comment il allait réagir. Car après tout, ce n’était sûrement pas commun pour lui, n’est-ce pas ? Il était adulte, responsable de lui-même : ainsi, ses proches eux-mêmes ne devaient pas trop l’embêter avec son poids. Et une presque inconnue, encore moins. Alors, quand cette presque inconnue était sa chef… Il pouvait presque se demander s’il n’était pas en train de rêver, n’est-ce pas ? Surtout en connaissant le tempérament associable, glacial d’Isuzu. La surprise fut la première à apparaître, normale, légitime. A vrai dire, elle aurait été très déconcertée de le voir prendre l’ordre très naturellement. Au moins, il venait de prouver qu’il n’était pas si étrange qu’il le paraissait. Puis l’hilarité s’empara de lui, comme si elle venait de lui faire une excellente plaisanterie. Mais elle ne plaisantait pas, et il devait le savoir… Enfin, c’est ce qu’elle crut tout d’abord. Car soudainement, il lui demanda confirmation. Elle lui répondit par un regard glacial, terrible de sérieux, qui était la réponse la plus appropriée qu’elle pouvait lui offrir en pareille situation. Car oui, elle était sérieuse. Avait-il entendu parler de sa chef pour son sens de l’humour légendaire ? Non, jamais. Elle était connue pour être le professionnalisme à l’état pur, d’un sérieux rare poussé à son paroxysme. Comment pouvait-il seulement penser qu’il s’agissait d’une plaisanterie ? En plus de ne pas du tout être du genre à partager des blagues avec les premiers venus, Isuzu n’en ferait jamais autour d’un sujet tel que l’anorexie, jamais. C’était de bien trop mauvais goût à son idée, certainement en grande partie parce qu’elle était passée par là. Elle s’outra légèrement de l’attitude de Loghan qui osait penser qu’elle était capable d’autant de bassesse. Mais cette contrariété ne se traduisit que par un léger froncement de sourcils, subtil, donnant un air encore un peu plus dur à son visage fin. Il osait rire d’elle, lui… !

    Enfin, cela ne dura pas puisqu’à peine avait-il posé cette question stupide que le rire mourut sur ses lèvres pour se transformer en incompréhension. Evidemment. Il devait n’y avoir que peu de gens à agir ainsi, si elle n’était pas seule. Brisant le tabou de l’anorexie sans en prononcer le nom, elle lui lançait un signal d’alarme silencieux en lui tendant une main plus qu’inattendue. Qui aurait pu penser en effet qu’Isuzu Kamageta, fière Chef des Chasseurs de primes, véritable forteresse imperméable à tous sentiments, Reine des Glaces, pouvait seulement songer à tenter d’aider un anorexique quasiment totalement inconnu à sortir de la spirale infernale dans laquelle il s’était glissé, sans vraiment se douter d’à quel point il y était enfoncé ? Même elle ne s’y attendait pas, ne l’acceptait pas. Si jamais on lui disait qu’elle faisait preuve de sollicitude… Pauvre imprudent, êtes-vous prêt à connaître les pires tortures ? Non, vraiment, elle devait être de la seule, et c’était l’une des choses les plus surprenantes, pour ceux qui ne connaissaient que l’image qu’elle donnait au monde. Mais en réalité… L’était-ce tant que ça ? Après tout, n’était-elle pas femme à faire fi des convenances ? Ses approches étaient toujours directes, jamais hypocrites : et quand elle avait quelque chose à dire, elle n’hésitait pas une seule seconde. Même si c’était sur les modes de vie d’un inconnu. Et elle était très têtue. Vraiment très têtue. Loghan Akalenkov était peut-être une tête dure, elle n’en était pas moins une, et il risquait de souffrir s’il persistait à s’opposer à elle. Isuzu était une femme dangereuse, non pas à cause de sa force, de sa dextérité dans les arts martiaux ou de ses dagues, mais bien à cause de sa volonté à toute épreuve : lorsqu’elle voulait quelque chose, elle l’aurait, c’était une certitude pour elle. Elle faisait tout ce qu’elle pouvait pour mettre en œuvre ses desseins et comptait bien atteindre ses objectifs, quitte à écraser les gens autour d’elle pour cela. Son but n’étant pas de plaire à tout le monde, loin de là, elle n’avait donc aucun scrupule à se faire la place qu’elle voulait le temps qu’elle le voudrait en ce monde.

    Ainsi, si Loghan avait une volonté puissante, il n’était pas certain qu’il parvienne à faire ployer Isuzu. Et le pire pour lui, c’était qu’elle était l’une des mieux placées pour connaître sa maladie. Elle se souvenait de ses cheveux, longs traits noirs, qui chutaient les un après les autres. Elle se souvenait des faiblesses de son corps. Elle se souvenait des maladies attrapées trop facilement. Elle se souvenait des carences et de leurs effets et surtout, elle se souvenait de la Faim. Adversaire continuel contre lequel elle luttait avec désespoir, ne daignant avaler un aliment quelconque à l’unique condition qu’elle soit trop forte, et luttant pour le mettre en bouche. Alors non, elle ne pouvait le croire, quand il osait dire qu’il n’avait pas très faim. Parce qu’elle savait le supplice qu’il se faisait subir, la torture personnelle qu’il subissait. Il n’avait pas le droit de lui mentir. Elle ne connaissait que trop le mal dont il souffrait pour qu’il puisse lui mentir. Et lui, il osait le faire aussi calmement, le sourire retrouvé sur les lèvres, tranquille, comme si elle pouvait seulement être dupe. Oh, elle le détestait, vraiment, à être aussi insolent avec son air gamin, à se montrer aussi insouciant, à mentir en pensant que ce crime resterait impuni – comment ça, elle y allait fort avec les termes ? Sachez que le crime le plus répréhensible pour Isuzu était la trahison, et le mensonge en était une forme, à son avis. La faim lui tordait sans doute les entrailles, alors qu’il osait lui mentir, n’est-ce pas ? Dans cette certitude, le regard d’Isuzu s’assombrit encore un peu, rendant ses pensées plus impénétrables encore. Ses motivations obscures n’étaient pourtant pas tues, et le feu de sa Volonté brûlait encore bien trop pour qu’il puisse espérer qu’elle lâche l’affaire. Non, Isuzu était trop tenace pour ne serait-ce que penser à laisser Loghan tranquille. Cette pomme, il en mangerait au moins un morceau, elle y tenait.

    Voilà qu’il réclamait encore sa prime, faisant du même coup naître une nouvelle idée dans l’esprit machiavélique de sa chef. Sa prime, il en avait vraiment besoin, n’est ce pas ? Parfait. Elle savait parfaitement comment elle allait se comporter, ce qu’elle allait faire, ce qu’elle allait lui dire. Comme pour lui accorder une dernière chance, alors qu’elle s’adossait mieux au dossier de sa chaise, elle garda le silence un instant, l’un de ses silences plus ou moins longs qui régissaient les conversations avec la chef. Puis, soudainement, sans que rien ne puisse préparer Loghan à cela, elle ouvrit la bouche pour reprendre la parole, la voix toujours aussi glaciale au timbre mesuré s’élevant dans le bureau.


    « Je te donnerais ta prime quand tu auras mangé un peu, Akalenkov. »


    Elle n’avait que faire du pseudo-manque d’appétit de Loghan, prouvant avec cette insistance qu’elle n’était pas dupe. Ses yeux sombres étaient toujours profondément ancrés dans ceux si clair en comparaison d’Akalenkov. Oui, il s’agissait d’une sorte de chantage, exception faite qu’elle ne tirerait strictement rien de concret de ce marché – ce qui n’était pas le meilleur terme pour cela, d’ailleurs, puisqu’elle imposait littéralement ledit marché. Elle ne s’inquiétait pas quand aux besoins de Loghan : premièrement, il était garde du corps, non ? Donc, normalement, le logement devait lui être un minimum assuré par Liven, de temps à autres. Ensuite… Il n’avait pas besoin d’argent pour se nourrir, ou si peu, puisqu’il ne daignait pas s’alimenter correctement. Il s’agissait des seuls besoins qu’elle considérait vraiment. Ainsi, ignorant qu’il se droguait – et ne jugeant pas cela comme un besoin – sa paie de garde du corps devait lui suffire pour les quelques jours où il ne logeait pas chez Liven, et pour s’acheter d’autres choses comme des vêtements ou du maquillage – puisqu’il semblait tant l’aimer, le maquillage. Elle n’avait donc aucun scrupule à le faire chanter sur son argent, non. Comment, si ce n’était pas très légal ? Bien sûr, c’était même carrément illégal, et elle pouvait se voir déchue de son poste si jamais Loghan portait plainte. Mais, il ne porterait pas plainte contre elle, n’est ce pas ? Il ne le ferait pas, elle en était certaine, sans savoir d’où venait cette certitude.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mar 27 Juil 2010 - 22:35

    Cà ne rimait à rien.
    Strictement à rien.

    Loghan continua de faire courir son doigt sur le bord du bureau, doucement, indolemment, ses yeux d’acier rivés sur les arabesques invisibles qu’il traçait le plus machinalement du monde. Avec son genou replié contre la poitrine, il avait cet air d’élève distant qui n’écoutait que distraitement les dires d’un principal glacial. Pourtant, même s’il n’en donnait pas forcément l’impression, le jeune homme était attentif. Il l’était quasiment constamment, d‘ailleurs. Sauf peut-être quand la drogue prenait le contrôle total de son être. Il ne brisa pas le silence qui s’installa après sa question ; il savait que ces instants étaient de mise lorsque l’on parlait à Isuzu Kamageta. C’était sûr que la demoiselle aux cheveux d’encre n’était pas du tout loquace. Mais cela ne le dérangeait pas, non, en aucune mesure. Il appréciait aussi bien le silence que le bruit. Il ne tranchait pas, il s’adaptait à tout. Il était comme çà, et c’était tout. Le bout de son index buta contre une légère irrégularité dans le bois, il s’arrêta un instant, puis la contourna pour glisser de nouveau le long de l’arête horizontale du bureau, avec nonchalance. Loghan ne savait pas ce que ce nouveau silence réservait, mais il se doutait bien qu’il finirait tôt ou tard par le savoir. Alors il patientait, et il se retranchait dans cette attitude désinvolte et absente qui était si communément la sienne. Il n’avait pas prévu çà, et invariablement, cela le déstabilisait quelque peu. Puis, finalement, la voix cristalline et si féminine de la jeune femme s’éleva une nouvelle fois, toujours aussi froide et implacable.

    Elle lui donnerait sa prime lorsqu’il aurait mangé un peu.

    Loghan garda les yeux rivés sur son doigt, ce doigt qui se baladait sur le bord du bureau comme pour y trouver un repère, une solution, une diversion, un appui tangible. Ses sourcils se froncèrent doucement, presque imperceptiblement, sans qu’il n’y prenne vraiment garde, encore une fois. Elle lui donnerait sa prime quand il aurait mangé un peu ? Pourquoi cette condition soudaine, et qui n’avait légitimement pas lieu d’être, sonnait-elle de manière si aberrante mais si sérieuse à la fois, à ses oreilles ? Quand il aurait mangé un peu. Il n’aurait ses sous que s’il touchait à cette pomme verte, donc, s’il comprenait bien. Si c’était illégal ? Et comment. Même lui pouvait parfaitement le concevoir. Seulement, l’idée de porter plainte ne lui effleura même pas l’esprit. Il n’en avait absolument aucune envie, de un. Et de deux, même s’il en aurait eu l’intention, il doutait franchement d’avoir suffisamment de crédibilité aux yeux des haut-placés du pays pour être entendu. Déjà que le Conseil s’exaspérait de son manque cruel d’implication dans la mission de lynchage Livenien et commençait à se demander si ses membres avaient vraiment bien choisit leur homme pour ce poste officieux d’espion, ce serait peut-être abuser que de se pointer pour se plaindre d’un harcèlement porté par une certaine chef. Certainement, même. Toujours est-il que l’idée ne lui vint de toutes façons pas à l’esprit, alors le jeune homme se contenta de garder le silence à son tour, le regard rivé sur l’index qui poursuivait ses dessins invisibles sur le bureau. Il ne comprenait pas, non, et songeait que cela ne rimait vraiment à rien. Il ne connaissait peut-être pas beaucoup Isuzu mais n’avait aucun doute sur son intelligence et son sens de l’observation ; bien sûr qu’elle avait du comprendre pour son anorexie, elle n’était pas idiote et cela crevait les yeux. Cela, il pouvait donc le comprendre, mais franchement, ce qu’il ne saisissait vraiment pas, c’était le pourquoi de la chose. Isuzu Kamageta ne donnait pas l’impression d’être ce genre de personne qui se souciait du premier venu, loin de là. Et en même temps, elle n’était certainement pas puérile au point de faire juste çà pour l’embêter, pas vrai ? A moins qu’elle ne soit juste tout bonnement machiavélique, allez savoir. Sadique. Oh my god, il avait écopé d’une chef sadique, il ne manquait plus que çà ! …Mouais, bref.

    - Pourquoi ?

    Il releva enfin les yeux.

    La question, légitime et toujours aussi tranquille, désintéressée et polie, franchit ses lèvres avec la douceur d’une brise timide. Oui, pourquoi ? Pourquoi n’aurait-il sa prime qu’une fois qu’il aurait avalé un morceau ? Pourquoi devrait-il subir une condition ? Parce qu’il était anorexique ? Et alors, ce n’était pas une raison, non ? Peut-être. Peut-être pas. En fait, pour le moment, il ne voulait même pas connaître les motivations qui poussaient Isuzu à imposer un tel marché ; tout ce qu’il voulait, présentement, c’était récupérer le plus tranquillement du monde sa prime, embêter la jeune femme un moment en monologuant avec entrain, puis repartir d’un pas guilleret et aérien vers d’autres cieux - ou plutôt retourner coller un certain blondinet, en attendant de pouvoir s’éclipser pour aller chercher quelques dealers de confiance. Oui, il voulait que çà se passe le plus normalement et tranquillement du monde. Sauf que forcément, il fallait qu’Isuzu en décide autrement. Comment on disait, déjà ? To be a pain in the neck ? Ouais, c’était à peu près çà. Bref, toujours est-il que non, vraiment, il ne comptait pas toucher à cette pomme. C’était ridicule comme condition, de toutes façons, non ? Bon, peut-être pas, en effet, mais il préférait faire comme si çà l’était. Comme s’il n’était pas concerné. Comme si c’était juste une blague. Comme si çà n’avait aucune importance. Alors qu’en vérité, il avait l’estomac qui se tordait et qu’il sentait tout doucement la situation lui échapper.

    - Je croyais que le deal, c’était ramener une tête en échange des billets. Pas manger une pomme.

    Le sourire, incontestablement amusé, se dessina à nouveau sur ses lèvres, image parfaite d’une assurance factice mais néanmoins brillamment feinte. Le genoux toujours replié contre la poitrine, il cessa de balader ses doigts sur le bord du bureau, et ramena sa main vers lui pour la poser nonchalamment sur le dit genoux. Le dos bien calé contre le dossier de sa chaise, il donnait l’impression de prendre ses aises, oui. Comme il donnait cette impression de désinvolture et de passivité éternelles. Sauf que ce n’était qu’une impression, dans le fond. Parce que là, il commençait tout de même sincèrement à se demander ce qu’il allait bien pouvoir faire, si Isuzu perdurait dans son étrange obstination.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mer 28 Juil 2010 - 18:31

    Elle ne comprenait pas Loghan. Elle était en train de tenter de le forcer à manger, pire cauchemar pour un anorexique, et il ne semblait tout d’abord pas plus perturbé que cela. Il se contentait de fixer le doigt qu’il baladait tranquillement sur le bureau, comme s’il se moquait complètement de ce qu’elle pouvait raconter. Non, elle ne le comprenait pas, le trouvait vraiment trop étrange. Elle ne connaissait à vrai dire pas ses raisons pour se passer de nourriture et ne tenait pas du tout à les connaître. Non seulement parce qu’il s’agissait de la vie privée de Loghan et que, ne supportant pas qu’on fouille dans sa propre vie privée, elle ne faisait pas subir cela aux autres, mais également à cause de cette idée de proximité que cela inclurait indubitablement. Elle ne voulait pas être proche de lui. Elle était déjà suffisamment embêtée avec Liven, alors s’il fallait que son garde du corps soit de la partie… Ce qu’elle ne comprenait pas, ou qu’elle faisait plutôt semblant d’ignorer parce qu’elle était loin d’être idiote et ne pas s’en rendre compte était de la bêtise pure et simple, c’était que ce qu’elle faisait là risquait de l’attacher irrévocablement à Loghan. Parce qu’elle s’occupait de lui, tout bêtement. Là où les gens dans ce bas-monde où la grisaille régnait, à l’image de cette journée, le regardait avec dégoût, pitié alors qu’il se tuait à petit feu, avachi dans une ruelle, ou l’ignorait tout simplement, sans vouloir ou sans songer à l’aider, elle, la plus obscure des ombres, lui tendait la main pour qu’il sorte de la vie misérable dans laquelle il s’était lentement glissé. Elle lui accordait une attention particulière alors même qu’elle s’était promis de ne plus jamais agir ainsi, de ne plus s’attacher : juste parce que la vie était un véritable piège, un traquenard sans fin, et qu’une telle résolution était totalement impossible à tenir, elle l’apprenait à ses dépends. Au nom du mal qu’elle avait connu et qu’il connaissait alors, cette maladie qui l’empêchait de vivre convenablement, elle tenait à ce qu’il s’en sorte. Et non, n’importe quel anorexique n’aurait pas droit à ce même traitement de sa part : si Loghan était une exception, c’est parce qu’elle ressentait que la vie l’avait brisé, lui aussi. Et qu’elle préférait qu’il prenne un autre chemin que celui de la mort, contrairement à elle.

    Finalement, il n’était peut-être pas si étrange que cela. C’était légèrement qu’il fronça les sourcils, mais rien n’échappait à l’observatrice. Ainsi donc, il écoutait tout de même ce qu’elle lui disait malgré son air si distrait. Parfait, c’était bon à savoir. Comment prenait-il cette condition soudaine ? Allait-il, malgré son pressentiment, se plaindre aux instances supérieures ? Non, vraiment, elle ne le voyait pas faire ça. Et son intuition ne la trompait que rarement, n’est-ce pas ? Elle savait parfaitement qu’elle prenait des risques en agissant ainsi. Parfait : si jamais il faisait quoi que ce soit, elle serait prête à prendre ses responsabilités, et quitterait son poste s’il le fallait. Mais elle saurait également se souvenir du nom de Loghan Akalenkov, soyez-en sûrs. Mais visiblement, ce n’était pas l’intention de l’anorexique que de porter plainte contre elle et de la voir déchue de son post de chef. Car tout ce qu’il lui demanda, ce n’était pas si elle avait conscience de la parfaite illégalité de ses actes, si elle souhaitait qu’il porte plainte contre elle, mais un pourquoi. Il n’exigea pas une nouvelle fois sa prime en la menaçant de lui faire perdre son poste si jamais elle la lui refusait encore. Non, il lui demandait tout bêtement les raisons de ses actes. Raison que jamais elle ne lui donnerait. Non, franchement, Isuzu n’était pas prête à dire clairement au jeune homme qu’elle aussi, était passée par l’anorexie : et sa taille de guêpe, un peu trop maigre, qui en avait résulté pouvait également être le produit de beaucoup d’autres choses : régimes à répétition d’une femme superficielle obsédée par son poids – certes, cela ne correspondait pas vraiment à Isuzu – ou encore la minceur toute de muscle d’une femme plus que sportive. Cette deuxième option était bien entendue celle à laquelle on pensait le plus facilement en voyant la Reine des Glaces. Cultivant le secret comme une valeur sûre, elle se refusait à la moindre confidence : ce ne serait donc pas demain la veille qu’elle révèlerait à Loghan qu’elle aussi était passé par ce mal qui rognait si facilement l’être en commençant par le corps, cette torture que le mental anéanti infligeait au physique trop en forme à son goût, trop en forme pour être vrai. Une forme d’appel à l’aide inconscient, alors même que l’on repoussait violemment tous ces pauvres inconscients qui avaient l’idée folle de venir à son secours.

    Il avait relevé les yeux, ce qui permettait à la troublante demoiselle de capturer une nouvelle fois son regard. Oui, il était normal qu’il se demande pourquoi. Mais il était hors de question qu’elle lui réponde, n’est-ce pas ? A son avis, oui, il en était hors de question. Ses secrets, son passé, elle comptait emporter tout cela dans la tombe. Mais pourquoi posait-il cette question avec un air aussi insouciant ? Pourquoi lui donnait-il l’impression de croire à une plaisanterie grossière, pourquoi prenait-il tant de recul par rapport à son mal ? Il reprit la parole, faisant très légèrement froncer les sourcils à la jeune femme. Pourquoi, comment osait-il sourire ainsi ? Elle ne le comprenait décidément pas, et cela avait le don de l’agacer. Ce type était une véritable énigme. Mais bien entendu, cela ne serait pas suffisant pour démonter le roc de volonté qu’était Isuzu : elle se leva, lentement. La lenteur de son geste ne suffit cependant pas à camoufler son agacement : elle avait décidé qu’il croquerait au moins une fois dans cette pomme, alors il croquerait au moins une fois. Elle posa ses mains sur son bureau, un peu plus rapidement, avant de se pencher légèrement au dessus du bureau, ombre menaçante malgré sa taille fine, ses cheveux courts sombres dégringolant autour de son visage. Puis, lentement, calmement, après être restée un instant dans cette position, elle prit la parole, le regard toujours aussi dur et sa voix claire restant de glace, toujours parfaitement maitrisée.


    « Les deals, c’est moi qui les fixe, Akalenkov. J’ai décidé que tu n’aurais pas ta prime avant que tu aies mangé, tu n’auras donc pas ta prime avant d’avoir mangé. »


    Elle détestait ce qu’elle était en train de faire. Oui, elle détestait vraiment cela. C’était une forme d’abus de pouvoir, et elle ne le supportait pas. Car Isuzu Kamageta était une fervente défenseuse de la liberté. Elle ne supportait pas qu’on supprime les siennes, qu’on l’empêche d’agir comme elle l’entendait. Or, présentement, c’était exactement ce qu’elle faisait à Loghan : pour son bien, certes, mais cela n’empêchait pas qu’elle l’empêchait de vivre comme il l’entendait, même si cela devait le conduire droit dans le mur. Mais pour elle, il était hors de question de le laisser faire. Alors, pour lui, elle se détestait. Et elle agissait d’une manière qui l’outrait tout en lui faisant plaisamment sentir toute sa puissance de Chef des Chasseurs de prime. Une puissance qu’elle n’aurait pas s’il décidait de ne pas la laisser faire et décidait de se plaindre d’elle aux instances supérieures, certes. Une puissance qu’elle ne se risquerait pas à faire subir à quiconque d’autre dans la guilde, puisque personne d'autre ne la laisserait faire.

    Privilégié, Loghan ? Assurément. Parce que ce qu’elle faisait, c’était pour lui.




J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Jeu 29 Juil 2010 - 2:22

    Elle se leva.

    Bizarrement, ou peut-être pas si bizarrement que çà, il en eut le souffle coupé. Enfin, pas vraiment mais presque. Il resta immobile, en tous cas, alors qu’elle posait ses fines mains sur la surface plane du bureau, d’un geste vif, avant de se pencher en avant d’un air indubitablement menaçant. Il ne la quitta pas non plus des yeux, comme si le dangereux magnétisme qui découlait d’une telle action l’empêchait de détourner le regard. Sa main, vissée à son genoux trop maigre, resserra peut-être légèrement sa poigne, inconsciemment, mais il n’y prit pas vraiment garde. Il rentra imperceptiblement la tête dans les épaules, également, mais ce fut tellement léger que le geste n’en était pas véritablement remarquable. C’était juste là une attitude fondamentalement défensive, adoptée par réflexe, comme s’il était un élève qui subirait le gourou du directeur, un enfant qui se recroquevillerait devant son père. Il doutait sincèrement qu’Isuzu veuille lui assener une gifle retentissante, soyons sérieux. Il n’avait rien fait qui puisse mériter pareil châtiment, tout d’abord ; il n’avait fait que s’informer sur le pourquoi d’un tel marché, imposé sans son accord et sans raison valable, après tout. Et puis, observateur et perspicace de nature, il avait déjà pu remarquer que la demoiselle aux cheveux d’encre et les contacts physiques, çà faisait deux. Là où lui-même passait sans se gêner une main dans les cheveux blonds de Liven, donnait une pichenette sur le nez d’une simple connaissance ou chatouillait les côtes d’une autre, Isuzu Kamageta se contentait des regards de glace et des paroles polaires, tout en imposant implacablement cette distance aussi bien morale que physique à tout le monde. Alors non, franchement, il doutait qu’elle veuille le frapper, soudainement. Cela ne l’empêcha néanmoins pas de garder le silence, presque avec révérence, alors qu’il levait ses iris d’acier entourées de ténèbres sur le visage sculptural de la jeune femme, interrogatif et soucieux à la fois, comme un enfant.

    « Les deals, c’est moi qui les fixe, Akalenkov. J’ai décidé que tu n’aurais pas ta prime avant que tu aies mangé, tu n’auras donc pas ta prime avant d’avoir mangé. »

    Voilà qui avait le mérite d’être clair.
    Très clair, même.

    Pourtant, Loghan n’arrivait toujours pas à y croire. Vous savez, comme si l’on essayait de vous faire croire quelque chose et que vous, vous étiez persuadé d’être victime d’une caméra cachée. C’était un peu l’impression qu’il avait, oui, sauf qu’il savait en même temps pertinemment qu’il n’y avait aucune caméra cachée, absolument aucune. Et que la personne qui lui faisait face était loin, très loin de plaisanter. Le nœud qui lui tordait l’estomac ne se desserra pas. Le fantôme de sourire éternel ne disparu pas non plus de ses lèvres, léger mais présent. Il conservait cette allure désinvolte et distante, cette horripilante impression de passivité et de légèreté, mais en vérité, il s’efforçait de réfléchir intensivement, posément. Réfléchir pour trouver une échappatoire quelconque, la première solution qui lui viendrait à l’esprit et qui pourrait l’aider à s’extirper de cet incontestable mauvais pas. Parce qu’il était coincé, pas vrai ? Isuzu était implacable. D’une volonté inébranlable, aussi solide qu’un mur d’acier. Sa propre volonté lui paraissait soudainement bien risible, en comparaison. Pourtant, il avait besoin de cet argent. Il avait besoin de sous, comme tout le monde, oui. Mais il en avait surtout besoin pour se procurer à tout prix de l’héroïne, comme toujours, cette néfaste amie qui l’aidait à supporter la douleur, cette néfaste amie qui s’insinuait dans ses veines, cette néfaste amie qui le rendait si léger, qui lui faisait perdre pied avec la réalité, délicieusement. Il avait besoin de s’en procurer, et pour s’en procurer, il lui fallait l’argent de cette fichue prime. Donc oui, il était coincé. Bel et bien coincé. Sauf qu’il n’en montra rien, bien entendu. Comme d’habitude, il se retrancha dans la légèreté qui était la sienne, dans une frivolité certaine. Avec la dextérité d’un comédien, il feinta une nouvelle fois l’amusement avec une sincérité factice étonnante. Le sourire prit à nouveau possession de ses lèvres, il inclina la tête du côté et là, leva la main en l’air, comme s’il demandait la parole à l’instar d’un élève durant un cours. Sauf qu’il n’attendit pas l’autorisation d’un supposé professeur, bien évidemment, et d’une voix où l’amusement frivole et décalé suintait ostensiblement, il fit mine de jouer un personnage offensé.

    - Je proteste ! C’est de l’abus de pouvoir, çà, mademoiselle.

    Par ce sourire éternel, par cet amusement feint et par cette assurance factice, Loghan donnait l’impression de tout prendre à la rigolade ; par là, il s’attirait généralement l’agacement désabusé des interlocuteurs, il éludait les questions gênantes, il évitait les problèmes et il se protégeait, un tant soit peu. Il n’était pas du genre à s’offenser et à entrer immédiatement dans une colère noire ; de nature docile, il avait davantage tendance à plier qu’à résister, tout du moins s’il n’en voyait pas l’intérêt, et à éviter les conflits. Seulement, s’il n’avait aucune combativité ni aucun idéal à défendre, s’il obéissait naturellement et s’il n’avait jamais eu l’âme d’un leader, il se targuait néanmoins d’avoir ce contrôle sur son corps, et ce que lui demandait Isuzu, non, vraiment, il ne pouvait décemment pas l’accepter. Les différentes facettes de sa personnalité chaotique appréhendaient le problème de manière paradoxale, et au final, le jeune chasseur de primes était plus perdu qu’autre chose. Il eut tôt fait de baisser le bras, lentement, pour poser doucement le coude sur son genoux ; il redressa la tête, et abandonnant un instant cette allure de boute-en-train éternel, devint pensif, mélancolique. Il baissa les yeux, quittant momentanément Isuzu du regard, le visage songeur et triste à la fois, comme un enfant qui se lasserait d’un jeu qu’il aurait trouvait amusant les cinq premières minutes. Il se passa machinalement la main dans les cheveux, et ce ne fut qu’un souffle las qui franchit inconsciemment ses lèvres, un chuchotement songeur sans destinataire, un murmure désenchanté qui faisait écho à ces pensées.

    - C’est abusé.

    Il n’avait pas envie de manger. Il n’avait pas envie d’avaler un seul bout de cette pomme. Il n’avait même pas envie de poser les yeux sur cette dite pomme. Il aurait pu obéir à n’importe quoi, vraiment n’importe quoi. Il n’avait aucune fierté, il n’était pas difficile, pas compliqué. Alors pourquoi, pourquoi diable devait-elle forcément lui demander çà ? C’était abusé, oui. Non ? Loghan poussa un soupir, avec lassitude, continua d’ébouriffer machinalement ses cheveux bleus et rêches encore un instant, les yeux rivés sur le sol, pensif, puis finit par arrêter. Il releva alors la tête, et décrocha un sourire, certes plus léger mais visible tout de même, à Isuzu. C’était abusé, oui, mais le pire, c’est qu’il n’arrivait même pas à lui en vouloir. Il restait fasciné. Par cette froideur abyssale, par cette volonté inébranlable, par cette fierté polaire, par ce refus total d’attachement. Fasciné et intrigué. Elle n’avait pas répondu à sa question. Elle refusait d’expliquer pourquoi. Elle refusait de donner ses raisons. Dans un sens, çà voulait tout dire ou presque, non ? Peut-être. Peut-être pas. Il ne savait pas. Lui d’ordinaire si perspicace, il restait cette fois dans l’obscurité la plus totale ; la volonté d’Isuzu Kamageta était énigmatique, terriblement énigmatique. Le jeune homme garda le silence un moment, une nouvelle fois, puis souleva son autre jambe pour coller le deuxième genoux contre sa poitrine. Il croisa ses mains trop fines sur ses genoux, et tendit le cou pour poser délicatement son menton sur les dites mains. Et là, son sourire infatigable s’étira un peu plus au coin des lèvres, doucement.

    - Je peux avoir un joker ?

    Ce n’était qu’une question rhétorique, oui. Loghan connaissait déjà la réponse ; elle était évidente. En vérité, il ne cherchait plus qu’à repousser l’échéance. D’ailleurs, il quitta le visage d’Isuzu du regard pour poser ses prunelles d’acier sur la pomme verte, sournoise, qui prônait au milieu du bureau, éclatante. Il tâcha d’ignorer la douleur qui irradiait de son estomac vide, et esquissa un très léger sourire amusé en songeant que l’aliment aurait pu être pire. A la limite, s’il n’avait vraiment pas le choix, il pouvait toujours avaler un ou deux morceaux microscopiques du fruit, et aller vomir après. Parce que vraiment, il ne sentait pas capable de tenir tête à Isuzu Kamageta plus que de mesure.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Jeu 29 Juil 2010 - 20:16

    Elle venait de lui imposer une chose plus qu’injuste et il ne semblait toujours pas broncher. Il gardait cette attitude tranquille qui l’horripilait de plus en plus à mesure qu’elle le fréquentait. Il lui donnait l’impression d’un… Non, tout de même ? Cela expliquerait les absences qu’il semblait avoir, son attitude planante, et surtout, le fait qu’il semble supporter la faim avec tant de facilité… Mais tout de même. S’il semblait toujours l’esprit en apesanteur, ce n’était pas parce qu’il se droguait, n’est-ce pas ? Qu’en savait-elle… Elle ne connaissait rien de lui, avait échappé au monde de la drogue, contrairement à l’anorexie : elle n’était donc pas à même d’identifier un drogué aussi facilement qu’elle pouvait identifier un anorexique. Mais désormais, le doute était lancé dans son esprit : côtoyait-il le monde enchanteur des petites pilules et autres seringues ? Baignait-il au royaume des poudres blanches et des liquides douteux ? Cette idée effrayait Isuzu sans qu’elle comprenne pourquoi. Elle ne se souciait de lui qu’à cause de l’anorexie, à la base, certes. Mais l’idée qu’il se drogue pour palier le manque que causait inévitablement l’absence d’alimentation ne lui plaisait pas du tout. Elle avait l’impression que les choses échappaient dans ce cas un peu plus à son contrôle. Elle chassa vite cette idée, cependant : peut-être ne se faisait-elle que des films. Certes, cela justifierait grandement son besoin d’argent, le besoin qu’il avait de cette prime mais… Vraiment, elle préférait et de loin penser qu’il s’agissait de son imagination qui s’emballait. Cela valait mieux, non ? Elle ne voulait pas croire que sa frivolité, que sa légèreté soient dues à l’effet de quelque stupéfiant qui écourterait encore la vie de l’anorexique. Cela la dégoûtait. Non pas le fait qu’il prenne de la drogue, non, mais le fait qu’il jette sa vie aux orties en s’obstinant à ne rien avaler et qu’il en rajoute encore en s’injectant une substance quelconque et nocive. C’était cela qui le dégoûtait, pas le fait qu’il soit malheureux au point de s’en remettre à de telles extrémités, pas qu’il soit brisé, pas qu’il souffre. Elle ne souhaitait pas que comme elle, il se destine à la mort.

    D’ailleurs, le voilà, toujours aussi léger, après avoir levé lentement la main comme s’il avait s’agit d’un entretien entre un élève trop calme et très étrange et son professeur mécontent. Ses manières indolentes avaient le don d’irriter Isuzu. Elle tirait cependant deux avantages de cet entretien : d’une part, elle réussirait certainement à le faire manger, elle en était sûre. Sa volonté était trop forte pour qu’elle puisse penser flancher. Le second, c’est qu’il y réfléchirait sûrement à deux fois avant de recommencer à venir l’embêter dans son bureau, n’est-ce pas ? Après tout, il y avait bien d’autres personnes qui pouvaient lui délivrer sa prime. Et elle se doutait bien qu’il en aurait profité pour essayer d’entretenir une conversation stupide qui tournerait plus au monologue qu’autre chose. Et là, il se plaignait d’un abus de pouvoir, sur un ton cependant trop léger pour qu’elle puisse croire que cela le frappa vraiment. Elle ne supportait pas qu’il puisse aborder des sujets si sérieux pour elle, si révoltants avec autant de légèreté. Comment pouvait-il tolérer cela ? Comment pouvait-il supporter qu’elle écrase ainsi ses libertés, qu’elle piétine sa volonté avec la sienne, gargantuesque ? Non, vraiment, elle ne le comprenait pas du tout. Isuzu ne supportait pas ce qu’elle était en train de faire, oui, et elle supportait encore moins que Loghan lui signale l’infamie de son acte avec tant de légèreté. Elle dû prendre sur elle pour ne pas perdre son sang-froid. Elle était à deux doigts de lui lancer une réplique acerbe, méchante, l’invitant avec une ironie et un fiel jamais vu à porter plainte contre elle puisque c’était de l’abus de pouvoir. Heureusement, elle sut se retenir. Et puis, en même temps, il y eut ce brusque changement, étrange…

    Il quitta soudainement son regard, avec un air soudainement plus… Triste, oui. Le changement, brusque, la dérouta. L’instant d’avant il plaisantait avec une gaité tranquille, passif, et maintenant… Maintenant, il affichait cet air triste et las, tellement particulier. Elle se demandait presque ce qu’elle préférait. Bon, d’accord. A choisir, elle préférait cet air triste, ce murmure embêté, cette lassitude : au moins, ainsi, elle n’avait pas l’impression qu’il se moquait d’elle, contrairement à précédemment. Mais cet air, bien qu’il la rassurât quelque peu sur la normalité de Loghan, lui fendait sincèrement ce qui lui restait de cœur. Elle ne comprenait même pas vraiment pourquoi. Peut-être parce qu’il laissait tomber le masque, tout simplement, et qu’elle n’y était pas habituée. Elle n’était pas du tout prête à faire face à un Loghan débarrassé de son masque, tout simplement, sans trop comprendre pourquoi. Parce qu’elle ne le connaissait pas, sûrement, parce qu’elle craignait que son propre masque se fende, aussi subtilement soit-il. Non, vraiment, alors même que le jeune homme l’horripilait à jouer toujours la comédie, à faire comme s’il allait tout à fait bien, comme s’il ne souffrait pas d’une maladie si forte, elle n’aimait pas voir ce visage si las, si mélancolique. Bienheureusement à son goût, son regard ne perdit pas en dureté. Elle parvint sans problèmes majeurs à conserver au mieux l’illusion, et cela la rassura énormément. Isuzu n’avait plus qu’à attendre. Attendre qu’il récupère son masque, aussi soudainement qu’il s’en était défait. Qu’il reprenne cette couverture pour qu’elle puisse mieux garder la sienne. Et il finit par relever la tête. Son sourire n’était plus aussi fort, il était bien plus subtil, mais elle avait l’impression qu’il était plus franc. Peut-être qu’elle se trompait, mais elle n’en avait pas moins le sentiment.

    Elle se redressa, quittant cette pose menaçante alors même qu’il posait une nouvelle question. Elle resta cependant debout, dominant ainsi spatialement le jeune homme, comme pour souligner la suprématie de sa volonté – d’ailleurs, même si lui se levait, elle le dépassait encore d’un centimètre environ grâce à ses talons habituels. Cette question était stupide, n’est-ce pas ? Très sérieusement, il devait déjà connaître la réponse, non ? Elle n’était pas femme à accorder des « Joker » à qui le lui demandait. Elle était intransigeante, une femme à la volonté d’acier trempé. Redoutable, elle ne lâchait jamais ses objectifs, ne faisait presque jamais de compromis. Et tenter de la duper était la pire erreur que l’on pouvait faire si l’on voulait rester en vie, n’est-ce pas ? En tous cas, le danger était bien là. Isuzu s’était forgée une telle réputation que les gens qui osaient seulement tenter de la tromper – car ce n’était pas chose facile, étant donné que la jeune femme était aussi au moins aussi intelligente que méfiante – étaient de grands imprudents totalement inconscient du monde dans lequel ils étaient. Oui, vraiment, la Chef des Chasseurs de primes n’étaient pas connue pour ses faveurs, n’en déplaise à certain. D’une objectivité la plupart du temps à toute épreuve, son manque d’implication sentimentale dans sa nouvelle vie était un véritable atout à la direction : il était totalement impensable qu’elle favorise l’un ou l’autre des chasseurs, bien qu’un journaliste qu’elle jugeait mentalement déficient écrivait des articles totalement aberrants selon lesquels elle étaient sortie un instant avec Liven « La Bête »Reaves. Ridicule, vraiment. Mettant son index sur la pomme, toujours aussi inflexible, elle prit la parole, toujours de glace.


    « Non. Mange. »

    Qu’il essaye de gagner du temps : avec elle, cela ne servait à rien. Il avait beau repousser l’échéance, le dessein de la jeune femme finirait par s’accomplir. Qu’il soit d’accord ou non.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Ven 30 Juil 2010 - 15:25

    La réponse était négative ; l’ordre, implacable.

    Loghan ne bougea pas d’un pouce lorsqu’elle se redressa, se contenta de la suivre des yeux, le menton toujours calé sur ses mains. Oui, il donnait l’impression de n’en avoir rien à faire. Mais il n’en était évidemment rien. Elle était debout, et elle le dominait de toute sa hauteur. Fierté de glace, autorité polaire, elle restait laconique et concise. Il n’y avait pas à tergiverser. Il devait obéir, il n’avait pas le choix. L’évidence de la chose était criante ; Isuzu Kamageta était chef de guilde, elle était sa supérieure, il lui devait donc tout naturellement allégeance. Et quand bien même elle ne serait pas chef… Elle incarnait cette volonté autoritaire absolue, de glace et dévastatrice, à laquelle on ne pouvait décemment pas s’opposer à moins d’être totalement suicidaire. Oh, Loghan avait déjà eu maintes fois des actes dans sa vie qui auraient pu laisser croire qu’il l’était, suicidaire. L’état de décrépitude de son corps en était d’ailleurs le parfait exemple. Mais en vérité, il ne l’était pas. Pas réellement. Il ne voulait pas mourir, non. Il avait une peur bleue de mourir. Parce qu’il croyait au jugement, il croyait à l’enfer, et il savait qu’on l’attendait de l’autre côté. Alors non, quand bien même il poussait son corps à ses extrêmes limites, il ne voulait pas mourir. Pas tout de suite. Il eut un autre sourire, dépité et timide. Non. Mange. Cà avait le mérite d’être clair. Il redressa la tête, mais garda les mains à plat sur ses genoux, comme s’il cherchait à se protéger un tant soit peu de la menace, en adoptant cette position. Est-ce qu’il avait le choix ? Certains disaient qu’on avait toujours le choix, mais Loghan en doutait franchement. Parfois, on n’avait tout simplement pas le choix, non. Ici, présentement, dans ce bureau, face à Isuzu, le jeune homme partait du principe simple et basique qu’il n’avait pas le choix. Il n’avait pas envie, il n’avait aucune envie de toucher à cette pomme, mais pourtant, pourtant, il n’avait pas le choix. Il ferma les paupières, un court instant ; quelques secondes tout au plus. La douleur de son estomac lui vrilla les sens, l’horreur de la résignation lui serra le cœur. Il capitulait. Il capitulait toujours, ou presque. Parce que c’était dans sa nature ; il n’avait rien d’un héros qui savait parfaitement défendre ses droits. Il n’avait rien d’un héros qui voulait défendre ses droits. Il n’avait rien d’un héros tout court. La pointe de panique surgit avec la rapidité d’un éclair, explosant dans ses veines. Un tic agita subtilement ses paupières closes, et le cri mental, l’appel à l’aide désespéré qu’il prodigua par réflexe, lui déchira le crâne ; tout naturellement, il se tournait vers celle en qui il avait toute confiance, sa moitié, sa raison. Comme un enfant qui hurlerait le nom de sa mère.

    SAMHAIN !

    Il sentit la conscience de son Familier effleurer la sienne, alors qu’elle se réveillait en sursaut ; un mouvement léger dans une poche détendue de son jeans lui signala que la petite tortue émergeait effectivement du sommeil. La panique fut balayée aussi rapidement qu’elle avait surgit, et Loghan ouvrit les yeux, doucement. Il baissa la tête, déplia les jambes pour s’assoir de manière plus convenable et extirpa délicatement le minuscule animal de sa poche. Il la déposa dans sa paume, et un sourire serein prit possession de ses lèvres alors qu’il tendait un index pour lui tapoter la tête avec la délicatesse et la légèreté d’une plume. La petit tortue, encore abrutie de sommeil, sembla hésiter entre les jurons mentaux ou l’engueulade pure et simple - n’avait-on pas idée de la réveiller de la sorte ? Mais finalement, l’inquiétude prit le pas sur l’agacement ; l’angoisse avait hurlé dans le cri qui avait explosé dans son petit crâne, et elle sentait le bouleversement des émotions, l’entrelacs des pensées ; la tristesse, le refus, la résignation, l’horreur, la fascination. L’esprit de Loghan n’était qu’un foutoir, il l’était constamment, elle avait l’habitude. Et c’est parce qu’elle avait l’habitude de côtoyer cet esprit cassé qu’elle comprit qu’il se passait quelque chose, bien que le jeune homme ne lui dise rien. Ce sourire ne la trompait pas non plus ; jamais.

    Qu’est-ce qu’il y a ?

    Elle se le demandait, oui. Mais Loghan ne lui répondit pas, il se contenta de sourire encore et leva la main pour la déposer doucement sur le bureau. Alors que la tortue tournait lentement sur elle-même, agacée, pour tenter de reconnaître les lieux, le jeune chasseur de primes s’avança quelque peu sur sa chaise et décrocha un sourire enfantin à Isuzu, comme s’il avait brusquement oublié le fait qu’il venait de recevoir un ordre qui allait à l’encontre de sa volonté.

    - Elle, c’est Samhain.

    L’intéressée leva ses yeux minuscules sur l’immense jeune femme qu’elle reconnu comme étant Isuzu Kamageta, chef de la guilde de son humain. Blasée, elle se demanda pendant un instant si cet idiot de Lo n’était pas encore une fois venu embêter cette pauvre demoiselle. Il ne pouvait pas la laisser faire son boulot, non ? Non, bien sûr que non, il fallait qu’il vienne monologuer et faire son gamin, comme toujours. Ce serait encore une fois à elle de s’excuser pour lui, si ce n’était pas un comble. Seulement… Seulement, c’était différent, cette fois. Elle le sentait. Il y avait ce chaos perceptible dans Loghan, et il y avait cette glace dans le regard de la jeune femme aux cheveux d’encre. Et surtout, surtout… Il y avait cette pomme. Juste là, qui trônait sur le bureau. Samhain posa ses yeux dessus, après avoir salué poliment Isuzu, de sa voix cristalline, et l’incompréhension prit possession de son esprit. Loghan, qui le remarqua sûrement, lui expliqua calmement les choses, mentalement, avec cette voix légère et aérienne qui donnait tellement l’impression qu’il était détaché de tout çà.

    Elle refuse de me donner ma prime tant que je n’aurais pas mangé. Un peu. De cette pomme.

    L’incompréhension mua en incrédulité. Samhain ne comprenait pas. Elle refusait de lui donner sa prime tant qu’il… Non, attendez. Ce n’était pas anodin, comme ordre. Ce n’était pas le caprice d’un enfant autoritaire. C’était… C’était plus subtil, beaucoup plus subtil. La tortue, après avoir tourné la tête vers Loghan, détourna le regard pour fixer Isuzu, sans animosité aucune. Oh, elle savait quel mal cela faisait à son humain. Elle le sentait. Et elle ne supportait pas çà. Mais ce que faisait cette femme… Elle ne savait pas comment l’expliquer, mais elle sentait comme une pointe de reconnaissance, légère et timide, pointer dans son cœur. Elle avait remarqué pour l’anorexie, pas vrai ? Et là où des gens préféraient ne pas s’en mêler, elle s’imposait, elle ; elle faisait quelque chose. Peut-être avait-elle ses raisons, peut-être pas. Mais c’était si… surprenant. Si surprenant. Et tandis qu’elle couvait Isuzu de son regard, Loghan sortit tranquillement un canif d’une autre poche de son jeans ; il l’avait toujours sur lui, depuis qu’il avait quitté les Etats-Unis. C’était un objet qui pouvait s’avérer très pratique, dans toute sorte de situation. Et ici, il lui servirait à attaquer cette… maudite pomme. Il posa à son tour l’index sur la pomme, et effleura imperceptiblement le doigt d’Isuzu ; c’était terriblement furtif, mais ce n’était pas anodin. Loghan savait qu‘Isuzu abhorrait le moindre contact physique, et ce geste, finalement, était un peu comme une vengeance puérile et sans importance. Il capitulait, mais il détestait ce qu’il allait faire. Et sur le coup, la colère sombre se mêlait à la fascination qu’il ressentait envers Isuzu, invariablement. Il fit glisser le fruit jusqu’à lui, promptement. De nouveau, la légèreté passive découlait de son allure entière. Il tâcha d’ignorer les questions de son Familier, eut un bref mais visible moment d’hésitation, devant l’aliment, puis finit par ouvrir le canif. Là, une main sur la pomme, il fit en sorte d’en couper un premier bout, de la taille d’une miette. On aurait pu croire que c’était une plaisanterie de mauvais goût, une tentative de feinte grotesque, mais en vérité, ce morceau microscopique n’était pas pour lui ; du doigt, il le poussa vers la tortue. Cette dernière avait comprit avant même qu’il n’y pense. Il avait besoin de soutien. Il avait désespérément besoin de sentir qu’il n’était pas tout seul. Et elle, elle était là, elle serait toujours là. Alors elle s’avança, doucement, s’arrêta et leva la tête vers lui.

    Ecoute-la.

    Loghan eut un autre sourire, toujours aussi léger, au coin des lèvres, alors qu’il coupait un autre morceau de pomme. Terriblement petit, mais horriblement énorme à ses yeux. Oui, il savait qu’il devait écouter Isuzu. Il n’avait pas le choix, il l’avait su au fond de lui dès les premières secondes. Et il hésitait, il hésitait monstrueusement. Mais la présence rassurante de Samhain, finalement, lui prodigua la force nécessaire pour porter le premier morceau à sa bouche, lentement. Il allait obéir, oui. Il allait manger, oui. Mais rien ni personne ne l’empêcherait d’aller s’agenouiller devant des toilettes, après çà, pour se mettre un doigt dans la bouche. Cette pensée aussi le rassurait. Il mâcha quelques secondes, mais pas trop. Il ne voulait pas sentir le goût. Il ne voulait pas que la saveur éclate sur sa langue. En fumant des cigarettes, il cherchait à annihiler volontairement ce sens du goût ; parce qu’ainsi, c’était plus simple, lorsqu’il devait avaler quelque chose. Il mâcha donc un peu, et avala, vite, difficilement. Bon sang. Il détestait ce qu’il était en train de faire. Il détestait çà. Mais le sourire perdura, alors qu’il levait le canif une deuxième fois au-dessus de la pomme, et qu’il levait les yeux sur Isuzu pour hausser un sourcil interrogatif, désintéressé, et lui proposer un bout.

    - Un morceau ?

    Avec juste ce qu’il fallait d’intérêt poli dans la voix.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Lun 2 Aoû 2010 - 10:35

    Il y avait ce doigt, qu’elle gardait rivé contre la pomme. Et puis, il y avait lui. Genoux relevés, pieds posés sur le bord de son siège, bras entourant ces genoux dont on discernait l’os malgré le jeans sombre qui les recouvraient – il faut dire que sa position n’était pas des meilleures pour dissimuler sa maigreur affolante. Tel un petit oiseau chétif, maladif, qui tentait de se protéger en se faisant oublier nonobstant son allure étrange en prenant le moins de place possible. Un oiseau auquel on avait coupé les ailes alors qu’on brisait son âme, un oiseau qui ne pouvait plus voler et devait rester là, à se contenter de survivre du mieux qu’il le pouvait sur cette terre en dépit de sa maladie, un oiseau malheureux de ne plus pouvoir voler tout en se condamnant à cette fin. L’oiseau à l’âme en miette releva la tête vers elle, après qu’elle lui ait refusé le Joker qu’il devait considérer comme une dernière chance de lutter, une dernière chance de faire renoncer à Isuzu sa décision intrigante de le faire manger. Il redressa la tête, mais resta dans la même position. L’entretien la fatiguait un peu plus à chaque seconde : voir Loghan lui faisait mal, non qu’elle le détestât, non qu’elle l’aimât particulièrement, mais il était indéniablement un écho de son passé, malgré son sourire quasi constant, malgré ses airs affables. Et puis, plus que son passé qui lui sautait au visage de par ce corps trop maigre, c’était la douleur qu’elle devinait dans les regards planants et le corps mis à mal de Loghan qui la faisait souffrir, sans qu’elle parvienne à s’expliquer la raison profonde du mal qui naissait en elle lorsqu’elle décelait sans grandes difficultés celui de Loghan. Et puis, en plus de la faire indéniablement souffrir, cet entretien était fatiguant par l’effort de volonté qu’elle devait afficher constamment : pas un seul instant elle ne devait faiblir, de crainte qu’il en profite pour échapper au destin qu’elle lui vouait. La glace demeurait toujours, mais l’inflexibilité devait également être claire au fond de ses yeux sombres.

    Il ferma les yeux. Elle, pour une fois patiente, attendait. C’était tout ce qu’elle avait à faire, après tout. Attendre de voir s’il lui obéissait enfin, attendre qu’il ouvre les yeux, attendre qu’il bouge, attendre qu’il parle. Cet instant ne dura guère. Un tic agita ses paupières, légèrement. Elle aurait payé cher pour être dans sa tête à cet instant, pour le comprendre et comprendre son silence, pour n’avoir aucune difficulté à interpréter ses attitudes si particulières. Mais elle savait parfaitement qu’elle ne parviendrait jamais à entrer dans son esprit : il était bien trop complexe pour qu’elle le devine en se fiant à ce qu’il montrait de lui. Et elle n’était pas suffisamment forte en magie pour pouvoir en forcer l’entrée. Non, elle devait se contenter de rester là, de ne pas bouger durant ces quelques secondes d’éternité durant lesquelles il ne dit rien, ne fit rien, ne bougea pas, restant statue aux yeux clos. L’impatience prenait peu à peu le dessus et seule l’idée que cet instant figé ne durerait pas lui permettait de ne pas le manifester. Isuzu détestait qu’on la fasse attendre, que le temps s’arrête, ne serait-ce que quelques instants : elle ne supportait pas de devoir attendre quelque chose des gens, comme si cela lui rappelait le fait qu’elle était là, bien vivante et entourée de ses pairs. Car attendre des gens, c’était tout simplement attendre qu’ils vous prouvent que vous n’êtes pas seuls, que vous vivez en communauté, et que, quoi que vous fassiez, vous ne pourrez jamais totalement échapper au piège de votre humanité en brisant tous les liens pour ne plus jamais en créer de nouveau : car être seul, totalement seul, est totalement impossible pour un être humain. Il y a toujours une ou plusieurs personnes sur lesquelles on se raccroche, inévitablement, presque involontairement, qui assurent leurs places dans le cœur en solidifiant peu à peu le lien qu’ils créent avec vous. Pour le meilleur comme pour le pire. En ayant parfaitement conscience, Isuzu, dans son âme, fit semblant. Semblant qu’elle n’attendait pas un quelconque signe de lui, semblant qu’elle ne se rendait pas compte qu’elle avait l’impression de s’attacher à lui. Piégée, elle préférait encore se réfugier dans le monde rassurant de l’illusion.

    Puis, soudainement et sans que rien n’y prépare son interlocutrice, il ouvrit de nouveau les yeux. Sans qu’elle comprenne sous quelle pulsion il agit ainsi, il se rassit convenablement. Puis cela s’éclaira quelque peu : tête baissée, il retira quelque chose – quelqu’un – de la poche de son jeans. La jeune femme était quelque peu intriguée, oui. Mais sa surélévation lui permit d’apercevoir ce que Koogan avait tiré de sa poche. Une petite, toute petite tortue. Son familier, certainement, vu la douceur avec lequel il lui tapota la tête et le léger sourire qui apparut sur ses lèvres, comme s’il était soudainement soulagé d’un poids trop lourd pour ses frêles épaules. Isuzu ne doutait pas que son familier y était pour quelque chose : le sien la rassurait toujours quand elle avait peur ou qu’elle était triste, la soutenait dans les moments durs, partageait la moindre de ses étincelles de joie et était toujours là pour elle quand elle en avait besoin : c’était une partie de son âme qui avait été préservée de la destruction en se réfugiant dans l’étalon. Il la connaissait mieux que personne, avait un accès totalement libre à son esprit et ne vivait que pour elle et par elle. Sans lui, elle n’aurait pas tenu et se serait tout simplement tiré une balle dans la tempe, mettant de côté sa crainte de se louper de nouveau, sa crainte qu’on la trouve une nouvelle fois et l’empêche encore d’accomplir sa volonté suprême. Car elle ne supportait pas que quiconque l’empêche d’accomplir ses souhaits, et lorsqu’il s’agissait du rêve malsain qu’elle entretenait, sa dernière espérance, elle savait qu’elle ne se remettrait tout simplement pas de voir son but s’échapper de nouveau alors qu’elle pensait l’avoir enfin atteint.

    Samhain. C’était donc ainsi que se nommait l’intrigante petite bête, le familier de Loghan. Le sourire du jeune homme était revenue à sa candeur d’origine qu’elle trouvait tellement agaçante, comme si de rien n’était. Au salut du familier elle se contenta de répondre par un hochement de tête. Elle tenait les familiers, en règle générale, en haute estime. Juste parce que le sien sauvait quelque peu son âme brisée, était le réceptacle salvateur d’une partie de son cœur, était un soutien inébranlable à tout jamais, le seul à qui elle pouvait se permettre de vraiment s’attacher. Il avait une grande incidence sur ses choix, même s’ils ne se voyaient jamais ou presque : Kiro étant un étalon, il ne pouvait rentrer dans les bâtiments comme elle, et elle refusait qu’il assistât à ses missions. Parfois, les plus belles des nuits, elle allait avec lui dormir sur la plage, par exemple, ou à d’autres endroits : peu leur importait tant qu’ils pouvaient passer quelques heures ensemble. Mais leurs esprits étaient constamment connectés. Chaque trouble que subissait Isuzu, chaque question qui surgissait dans sa tête était inévitablement partagée à son familier. Une véritable osmose s’était peu à peu créée entre la femme et l’étalon, telle que l’un ne pouvait s’imaginer vivre sans l’autre aujourd’hui. Il était son confident, l’étoile dans son cœur qui lui donnait la force de continuer. Deux fragments d’une même âme, mais pourtant si différent… Là où elle était au fond si enflammée, il restait calme et l'apaisait ; là où elle désirait mourir, il aurait aimé qu’elle continue à vivre, et conservait le souhait qu’elle change d’avis avant d’avoir atteint le point de non retour qu’était son objectif morbide. Qu’elle retrouve le bonheur sur cette terre qu’elle connaissait si peu, et qu’elle renonce à son idée de mourir pour rejoindre Kodai s’il y avait un au-delà – et, s’il n’y en avait pas, qu’elle renonce tout simplement à l’idée que sa vie n’avait strictement aucun sens si lui n’était plus présent, dans un monde ou dans l’autre.

    La petite créature lui lança un regard qui la gênait presque, sans lui faire perdre son masque de glace, bien entendu : sans doute avait-elle était mise au courant de ce qu’elle venait d’ordonner. Comment l’avait-elle prit ? Avait-elle apprécié l’étrange initiative ? Ou alors, elle maudissait la jeune chef de faire tant de mal à son humain ? Non, il ne lui semblait pas que le regard lui soit hostile. Elle posa un instant les yeux sur la petite tortue, toujours froide, son regard ne perdant pas en intensité : non, hostile elle n’était pas. Un peu curieuse, peut-être. Et attentive. Et… Reconnaissante ? Peut-être aussi. Mais elle ne voulait pas de cette reconnaissance, elle ne la voulait absolument pas. Cela inclurait trop cette idée de proximité qu’elle repoussait de toutes ses forces. Elle préférait se dire et dire qu’elle faisait tout cela pour elle, cette conduite étrange, que cela n’avait strictement aucun rapport avec Loghan, pas directement en tous cas, et qu’il n’était que la victime d’une lubie fort étrange de la part de la chef des chasseurs de primes. Surtout de sa part à elle, à vrai dire. Oui, elle ne tenait pas à ce qu’il connaisse les véritables raisons de cet ordre si particulier. Si elle le pouvait, elle ferait en sorte que jamais il ne sache quoi que ce soit. Elle ne voyait après tout pas pourquoi elle se justifierait devant lui : est-ce qu’elle lui demandait pourquoi il s’obstinait à ne rien manger, après tout ? Non, elle n’en faisait rien. Certes, c’était un peu voir carrément gonflé de sa part : il ne lui avait après tout rien demandé, et jamais il n’avait montré un quelconque signe réclamant son attention sur sa maladie – bien que la maladie en elle-même était une façon indirecte d’appeler les tiers au secours, sans même s’en rendre compte. Mais elle était bien décidée à ne rien lui dire, aussi culottée que soit cette idée : en contrepartie, elle ne lui demanderait rien, pas un semblant d’explication quant aux raisons de son mal. Cela était un bon deal, non ? Quand bien même ce ne serait pas le cas, elle n’en changerait aucunement les règles : c’était elle qui les définissait et ce, comme elle l’entendait. En plus, ne rien dire des raisons de son intérêt subit pour les autres – symbolisés par la seule personne de Loghan Akalenkov – et ne rien demander à l’autre qui subissait son intérêt était une façon comme une autre de donner une ultime fois le change, de faire encore une fois semblant de ne pas s’approcher inéluctablement et involontairement du garde du corps en le faisant manger.

    D’ailleurs, le moment approchait puisqu’il avait tiré un canif de sa poche – et elle se doutait bien que ce n’était pas pour l’attaquer elle, geste qui serait aussi imprudent que stupide en vue des compétences de la jeune femme au corps à corps. Il posa ensuite son index sur la pomme, comme elle, et il osa. Il osa effleurer doucement, légèrement son doigt avec le sien. Son regard se durcit légèrement, les yeux de nouveau sur Loghan, alors qu’elle retirait son doigt le plus lentement possible en vue des circonstances, comme quelqu’un qui s’était brûlé à force de trop s’approcher d’un feu mais qui ne voulait surtout pas que l’on s’en aperçoive. Isuzu haïssait les contacts physiques si elle n’en avait pas l’initiative, oui. A ce jour, il n’y avait que trois personnes qu’elle n’avait pas réduites en morceau à la suite d’un contact physique appuyé – car agresser Loghan pour si légère envolée de son doigt serait, elle s’en rendait bien compte, plus que démesuré – excepté bien entendu ses parents. Deux avaient disparues de sa vie, et l’autre… L’autre, elle préférait l’ignorer parce qu’elle ne l’appréciait que trop et n’osait pas l’avouer. Bref. Non, elle n’allait pas faire payer à Loghan son geste imprudent autrement que par son regard encore un peu assombrit. Elle se doutait bien qu’il souffrait déjà de la torture qu’elle lui infligeait en le forçant à manger, elle n’aurait donc aucunement besoin de se venger. Et Isuzu le regarda faire. Elle se demanda ce qu’il faisait alors qu’il coupait un morceau si petit qu’on le discernait à peine : il ne comptait pas… ? Non, ouf, cette miette de pomme, il la destinait à son familier. Puis il découpa de nouveau un morceau, très petit mais tout de même nettement plus grand que le précédent, de toute évidence pour lui. Elle ne dit rien. Elle le laissait aller à son rythme, elle savait comme c’était dur. Il lui sembla hésiter, beaucoup. Puis, enfin, il le porta à sa bouche et mangea ce petit morceau. Si Isuzu était un peu plus expressive, la fierté se serait sans doute peinte sur ses traits : fierté non pas d’elle, mais de lui, qui parvenait alors à surmonter son propre blocage sur l’un des ordres de la jeune femme. Elle, à l’époque, elle ne l’aurait pas fait, elle n’en aurait fait qu’à sa tête et n’aurait pas écouté la personne bien avisée qui lui aurait demandé de manger. Demandé, ou ordonné, quand bien même cette personne aurait été son ou sa supérieur hiérarchique.

    Puis, toujours étrangement souriant – ce n’était pas possible, n’est-ce pas ? Il faisait forcément exprès, semblant, il ne pouvait pas prendre cela si bien, l’exécution de cet ordre, elle le savait, n’était pas agréable – il lui proposa poliment un morceau de pomme. Elle hésita fortement. Mais finalement, elle secoua la tête, calmement. Non, elle ne voulait pas de cette pomme, pas un morceau. Elle n’avait pas faim du tout, à vrai dire. Et surtout, elle tenait à ce que lui, il mange.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mer 11 Aoû 2010 - 1:22

    Elle marqua une hésitation, mais finalement, secoua la tête pour répondre par la négation. Loghan n’en perdit pas pour autant son sourire factice, et il garda les yeux rivés sur elle, un instant, avant d’hausser légèrement les épaules ; encore une fois comme si tout cela n’avait que peu d’importance. Puis, lorsqu’il abaissa la tête, il prit le temps de poser les yeux sur Samhain, un court instant. Tous les moyens étaient bons pour gagner du temps, oui, même infime. La tortue minuscule mangeait son microscopique morceau de fruit avec cette lenteur propre à son espèce, et elle restait silencieuse. Loghan pouvait sentir ses pensées comme elle sentait les siennes, mais aucun des deux ne fit le moindre commentaire sur ce qu’il percevait chez l’autre. Il arbora à nouveau un air pensif, alors qu’il détournait le regard sur la lame du canif qu’il tenait. Il n’avait pas envie, non. Mais il n’avait pas le choix. Il le savait, il s’en persuadait lui-même, mais paradoxalement, il ne pouvait s’empêcher de chercher à tergiverser. Il pouvait toujours ranger son canif, récupérer Samhain et tourner les talons, en refusant d’obéir à cet ordre incongru. Il laisserait sa propre volonté s’exprimer, il jetterait la docilité au placard. Sauf que non. Il ne le ferait pas. Et il le savait. Parfaitement.

    - Comme tu voudras.

    Sa voix restait toujours aussi traitre, elle était toujours aussi tranquille et désintéressée, mensongère. Il ne savait pas s’il devait se féliciter ou se désespérer, de savoir donner le change de cette façon, de savoir jouer la comédie de cette façon. Quand bien même Isuzu n’était certainement pas dupe, il s’en fichait. Le masque, il fallait l’avoir au visage constamment. Le rôle, il fallait le jouer dans le grand théâtre du monde jusqu’au bout. Alors quand bien même ce qu’il faisait le dégoûtait, il n’en montrerait rien. Ou tout du moins, il ferait de son mieux, naturellement, pour ne rien montrer. Il feignit un intérêt distrait, lorsqu’il coupa un deuxième morceau. Petit, lui aussi. Mais toujours aussi énorme à ses yeux. Loghan resta quelques secondes, quelques longues secondes, à fixer ce morceau de pomme entre ses doigts. Ses yeux glissèrent sur l’index de sa main, si maigre. La bague, trop grosse. Où l’avait-il achetée, celle-ci ? Il ne s’en souvenait même plus. Et il devait arrêter de divaguer, de toutes façons. Divaguer pour s’échapper ; c’était devenu une habitude. Un coude anguleux sur la table, le jeune homme se décida enfin à porter l’anodin morceau de pomme à sa bouche. Sauf qu’il suspendit son geste, à quelques centimètres de ses lèvres. Comme s’il se rappelait subitement de quelque chose, il avait les yeux de pâle acier levés sur la jeune femme qui lui faisait face, un sourcil légèrement arqué, une lueur interrogative au fond des prunelles et le sourire fugace au coin des lèvres.

    - Sinon, tu vas bien ?

    Parler.

    Parler pour détourner l’attention, parler pour occuper. C’était une attitude typique d’anorexique qu’il avait adopté tout naturellement, pour tenter de sauver les apparences ; il n’y avait rien de tel que faire la conversation à l’interlocuteur en faisant semblant de manger, pour que le dit interlocuteur ne remarque pas le fait qu’en vérité, il ne mangeait pas. Combien de fois avait-il pu faire le coup, pour les rares fois où il avait été obligé de déjeuner ou dîner en compagnie de quelqu’un ? Il se souvenait de l’époque où il squattait chez Jenks, cet homme qui lui avait appris à se battre pour intégrer la guilde des chasseurs de primes. Lorsqu’ils dînaient ensemble. Il parlait sans cesse. Il coupait sans arrêt ses aliments pour donner l’illusion d’être occupé. Il portait la fourchette à sa bouche. S’arrêtait soudain pour poser une question. Et lorsque son vis-à-vis répondait, il le regardait avec attention, et reposait la fourchette. N’avalait rien. Se levait de table le premier, sans prévenir. En s’exclamant qu’il avait l’estomac plein, qu’il avait bien mangé. C’était un mécanisme rodé, une habitude ancrée dans son corps malade, une attitude défensive et réflexe, un manège qu’il réitérait sans vraiment y réfléchir à chaque fois qu’il se trouvait dans la délicate situation du repas. Et cette fois encore, dans le bureau du chef des chasseurs de primes, Loghan posa une question, avec un intérêt poli feint à la perfection ; il n’attendit même pas la réponse, s’empressa d’enchaîner, baissant en même temps la main, l’air de rien, sans avoir avalé le morceau qu’il tenait encore. Parler, détourner l’attention, parler, parler, divaguer.

    - Je l’espère, en tous cas. Avec le boulot, tout çà. Pas facile. Tu as vu Liven, dernièrement ? Je lui passerai le bonjour de ta part, pas de soucis. Enfin, s’il accepte de m’écouter, déjà. Tu sais qu’il m’appelle le clebs ? Ce n’est pas comme si çà me dérangeait, en fait, mais c’est assez trippant. Je veux dire, je ne suis pas vraiment un chien, quoi. Tu aimes la pluie ? Moi, j’adore.

    Ses paroles étaient vides de sens, incohérentes, et il s’en fichait. Il voulait juste donner l’illusion, comme il essayait de le faire toujours. Parler pour détourner l’attention. Un grand classique. Il ne savait même pas pourquoi il tentait ce coup-là en présence d’Isuzu, car il savait pertinemment que c’était inutile. Cette fille n’était pas dupe. Elle ne l’était jamais. C’était frustrant. Très frustrant. Il suffit d’un regard d’encre pour que Loghan ait la confirmation que son petit manège ne fonctionnait pas. Son sourire perdit de sa splendeur, il eut un instant d’hésitation, haussa maladroitement et inutilement les épaules. Non, bien sûr que non qu’Isuzu n’était pas dupe. Evidemment qu’elle voyait très bien s’il avalait ces maudits morceaux de fruit ou non. Alors pourquoi tentait-il le coup quand même ? Par habitude ? Par réflexe ? Certainement. Bon sang. Il aurait voulu être à des kilomètres de là. Mais il ne pouvait pas en être autrement, il devait rester, il devait obéir ; ne serait-ce que pour avoir cet argent dont il avait besoin. C’était assez cruel, lorsque l’on y pensait. Implacable, imparable. Malsain et salvateur à la fois. Un sourire songeur étira à nouveau le coin de ses lèvres, sans qu’il y prenne garde. Comment pouvait-il s’amuser d’une chose qui le révulsait ? Il ne le savait pas lui-même. Il était franchement bizarre, tordu, cassé. Et ce n’était pas nouveau. Encore une fois, il divaguait. Il le savait. Songeur, il se demanda un instant si cela valait le coup, de tester les limites de la patience d’Isuzu. Faire comme s’il croyait vraiment que son petit manège pourrait marcher sur elle. Parler, parler, et laisser les bouts de pomme à leur place. C’était parfaitement inutile, mais encore une fois, il s’en fichait. Il était agacé, il était dégoûté, mais en même temps, il était résigné, dépité. Tellement paradoxal, tellement contradictoire. Il bascula soudain la tête en arrière, et un soupir s’échappa de ses lèvres. Allez. Il redressa la tête, et la mine assombrie, porta le morceau à sa bouche, enfin.

    Mâcher.
    Détester çà.
    Déglutir.
    Se détester.
    Avaler.
    La détester.

    En fait, si, il était un chien. Il avait beau dire, mais il était même un gentil chien-chien pour faire preuve d’autant de docilité. De toutes façons, mieux valait qu’il le soit, docile. Vu qu’il avait foiré toutes les décisions qu’il avait pu prendre dans sa vie. Si son regard pâle se fit noir, une seconde, alors qu’il posait les yeux sur le sol, à côté de lui, cela lui passa cependant vite. C’était con qu’il ne soit pas rancunier. Vraiment. Mais tant pis. Il retint un nouveau soupir, leva une troisième fois le canif au-dessus de la pomme, d’un geste mécanique. Mécaniquement. Voilà, il devait y aller mécaniquement. Ne surtout pas penser. Avaler, faire ce qu’elle voulait, repartir. Et aller vomir. Oui, c’était çà. Ignorant la réprobation qu’il sentait poindre dans l’esprit de Samhain, Loghan releva les yeux sur sa supérieure, haussant une nouvelle fois un sourcil interrogateur. Sauf que cette fois, il ne souriait pas ; il y avait juste cette lassitude, que l’on voyait sur le visage et que l’on entendait dans la voix.

    - Combien ?

    Il ne pourrait pas manger toute la pomme, non, bien sûr que non.
    Si çà ne tenait qu’à lui, il arrêterait là ; deux morceaux, c’était déjà trop.
    Mais comme toujours ou presque, ce n’était pas lui qui décidait.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Jeu 30 Sep 2010 - 17:51

    Il continuait à faire semblant de ne pas être outré par l’ordre de la jeune demoiselle : comme si remplir son estomac n’était pas une entreprise à laquelle il allait véritablement à reculons, s’agrippant désespérément à tout ce qui pourrait éventuellement lui éviter cette fin. Mais elle était inflexible, à ce sujet comme pour tout le reste. Oh oui, elle connaissait son dégoût pour le fait de se nourrir : elle avait ressenti le même, à une époque pas si lointaine. Cela ne l’avait menée à rien. Strictement rien. Elle ne savait même pas comment elle avait fait pour s’en tirer. Car elle avait été seule, elle. Là où elle ordonnait à Loghan de manger, dans son propre cas il n’y avait eu personne. Et quand bien même il y aurait eu quelqu’un, elle ne l’aurait pas écouté. Non, obéir lui était depuis bien longtemps une notion qu’elle ne supportait que difficilement, et jamais dans le domaine privé. Ce qu’elle faisait de son corps faisait partie du domaine privé. Il n’y avait qu’une seule personne à laquelle elle aurait obéit. Une seule, et elle ne put jamais tirer le signal d’alarme puisqu’elle était en partie la cause de son ancienne anorexie. Peu importait aujourd’hui. Le passé était loin derrière elle. Ou du moins le croyait-elle. Parce que voir ce jeune homme, fréquemment, presque à chaque fois qu’elle voyait Liven, c’était se trouver de nouveau confrontée à de vieux démons. Oui, peut-être qu’elle était un peu égoïste en forçant Loghan à manger : elle n’en avait strictement rien à faire. Après tout, le jour où Isuzu Kamageta ferait acte de gentillesse gratuite n’était pas encore arrivé. Ou du moins, si cela lui arrivait parfois, elle faisait de son mieux pour le dissimuler… Le masque, oui. Le masque qu’elle s’efforçait d’adopter dans la vie pour cacher ses faiblesses. Au fond, Loghan et elle se ressemblaient vraiment : ils avaient tous deux optés pour un masque afin de se protéger du monde extérieur qui les avait déjà tant heurtés. La différence essentielle résidait dans le choix de ce fameux masque : là où elle avait choisi la glaciale fierté et l’indifférence, il avait préféré la tranquillité, la dérision et la familiarité. Deux choix différents qui les faisaient paraitre plus opposés que jamais.

    Paradoxe. Là où ils se ressemblaient le plus, c’était bien là où ils avaient le plus de différences. Et il se mit à parler : sa technique était simple, elle la connaissait. Il tentait bien évidemment de la distraire en engageant une conversation où il ne parlerait que pour attirer son attention ailleurs. Mais une feinte aussi simpliste ne pourrait fonctionner sur elle. Isuzu ne comprenait même pas pourquoi il essayait cela sur elle. Il devait savoir que cela ne fonctionnerait jamais, non ? Ne s’était-il pas rendu compte qu’elle s’y connaissait bien plus qu’elle ne l’avouait sur le mal qui le rongeait ? Se demandait-il pourquoi ? Si c’était bel et bien le cas, oserait-il lui demander pourquoi ? Il en avait bien le droit, évidemment : mais encore une fois, elle ne lui répondrait pas. Ses secrets, c’était ses secrets, tout simplement. Elle ne laisserait personne le savoir. Oh, il y avait des gens qui savaient, pour son anorexie passée : à l’époque où elle était à l’académie, elle était en plein dans cette période où elle n’avalait qu’un petit morceau de temps en temps pour être encore capable d’aligner trois pas. Parfois même, elle n’y arrivait plus : son mental ravagé infligea cette torture à son corps pendant plus de trois longues années. Trois longues années où elle passa pour la première fois sur Gamaëlia. Trois longues années de détresses et de souffrances. Elle n’avait jamais eu besoin d’utiliser la technique que Loghan essayait sur elle : elle n’avait eu personne pour vraiment la forcer à manger. Et quand bien même elle aurait eu quelqu’un, elle n’aurait pu que se rebeller. Parce qu’elle était comme ça, parce qu’elle ne supportait pas que qui ce soit ait un si grand empire sur sa vie privée. Elle n’avait autorisée qu’une personne à cela, ce qui ne l’avait menée qu’à l’autodestruction pure et simple. Il était hors de question pour elle de refaire la même erreur, de brûler du même amour inconditionnel qui finirait par la tuer pour quelqu’un d’autre. D’une part parce qu’elle n’avait toujours pas oublié Kodai, qui était un facteur important des trois quarts des choix de sa vie ; de l’autre, parce qu’elle était terrorisée à l’idée de vivre à nouveau un cauchemar parce qu’elle se serait tout simplement mise à aimer.

    Elle croisa les bras, son regard désapprobateur demeurant avec la même intensité rivé sur le pauvre petit oiseau bleu. Il dû comprendre bien vite, sans même qu’elle n’ait besoin d’ouvrir la bouche, que pareille feinte était inutile sur elle : car le voilà déjà qui soupirait, après une hésitation légère mais qui n’avait pas pu échapper à l’œil de lynx de la chef des chasseurs de primes, tête basculée en arrière puis qui relevait la main qu’il avait baissée peu avant, et qui tenait le morceau de fruit qu’il devait haïr de tout son être à l’instant. Il porta ce morceau à sa bouche, mâcha avec la lenteur propre aux gens qui n’avaient absolument pas envie de se nourrir, et avala enfin son second morceau de fruit. Elle n’avait accordé qu’une attention distraite à ses paroles précédentes, concentrée sur la surveillance de l’alimentation de Loghan, ne souhaitant pas être feintée de façon aussi ridicule. Mais ses derniers mots lui restaient dans l’esprit, comme un signe, ne quittant pas sa tête. « Tu aimes la pluie ? Moi, j’adore. ». Elle ? Si elle aimait la pluie ? Allez savoir… Elle garda le silence, comme décidée à ne rien dire tant qu’il ne mangerait pas assez à son goût ; et puis il posa cette question, très juste et surtout très justifiée.

    Combien. Y avait-il seulement une limite, un minimum présent dans l’esprit d’Isuzu ? Elle lui avait ordonné de manger, mais elle n’attendait absolument pas de lui qu’il termine la pomme. Elle savait parfaitement qu’il ne le pourrait pas. Loghan semblait déjà au supplice de devoir avaler ces deux petits morceaux. Elle savait également que si elle lui donnait une limite exacte au niveau du nombre, il risquait de la piéger trop aisément. Elle n’aurait su décrire son sentiment alors même qu’il se référait ainsi à elle : après tout, elle lui avait juste dit de manger. Il aurait très bien pu lui dire que là, il avait mangé, et réclamer son argent. Mais non, au lieu de cela, il cherchait à répondre à ses attentes. Elle était légèrement confuse, se força à se rappeler qu’il ne faisait cela que pour son argent : elle n’avait pas l’habitude de tant d’allégeance. Bien qu’elle soit chef des chasseurs de primes, l’une des plus grandes guildes de Sannom bien que souvent mésestimée, elle n’avait d’empire sur la vie privée de personne. Sauf là, où, à tâtons, elle venait à diriger le privé de Loghan. Elle chassa bien vite cette idée : il ne fallait surtout pas qu’elle commence à se rendre un tant soit peu indispensable à quelqu’un. Non, d’ailleurs, elle ne lui était pas indispensable, n’est-ce pas ? Non, elle ne lui était alors qu’un poison, à agir contre sa volonté. Elle s’en convint facilement de par son attrait pour la liberté, tout en ne pouvant ignorer tout à fait l’aide qu’elle apportait à Loghan, sans que celui-ci l’attende particulièrement, sans même qu’il puisse l’apprécier, mais une aide quand même, présente et concrète. Un secours inattendu, d’autant plus de sa part. Mais tant que lui ne s’en rendait pas compte, ce n’était pas très important. Elle tentait de fuir de cette façon. Elle répondit alors, le ton légèrement moins froid, légèrement moins dur, avec peut-être un très subtil soupçon de douceur qu’on ne lui connaissait pas…


    « Encore un peu. »

    Elle se maudit immédiatement pour cette douceur transparente, un court instant. Il ne devait pas savoir, bon sang. Il ne devait en rien savoir qu’elle était capable d’être bien plus douce, bien plus gentille qu’elle l’affichait constamment. C’était certes trop tard ; c’est bien pour cela qu’elle ne se maudit qu’un court instant avant de se reprendre. De toute façon, qu’elle fut sensiblement plus gentille à un court instant de son existence n’était censé rien changer dans ses rapports aux autres : elle continuerait à faire semblant de les mépriser et eux pourrait la détester à loisir. « Tu aimes la pluie ? » …

    « … La pluie… Ne me dérange pas. »

    Froideur retrouvée.
    Entrer dans son jeu, légèrement.
    Ne répondre qu’à une question, personnelle sans l’être trop.
    Bien montrer qu’elle n’était pas dupe pour autant et qu’elle le surveillait encore.
    Mentir, très légèrement.
    La pluie ne lui évoquait que des bons souvenirs.
    Isuzu Kamageta adorait vraiment la pluie.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Ven 14 Jan 2011 - 20:34

    Il ne savait même plus très bien à partir de quel moment exactement il avait cessé de manger pour s’enfoncer inexorablement dans la maladie qu’était l’anorexie. Ou si, disons plutôt qu’il se souvenait à quelle période il avait commencé, mais ses pensées, son esprit, ses souvenirs… Tout n’était que brume. Quelque chose d’indistinct. Quelque chose qui flottait, sans forme, sans contours, sans nom, quelque part dans son crâne. Les pensées cohérentes n’étaient plus, ou n’avaient peut-être jamais été. Avait-il toujours été comme ça ? D’aussi loin que ses souvenirs indistincts remontaient, il avait l’impression de toujours avoir été ainsi. Aussi bizarre. Aussi tordu, aussi passif, aussi cassé. Pourtant, pourtant… Plus jeune, petit, il avait du être normal. Innocent, gentil, tranquille. Rien qu’un peu. Un moment. Normal. Ou peut-être pas. Adam ne l’avait jamais été, après tout. Alors peut-être que lui… C’était juste pareil. Puisqu’ils étaient nés pour être les mêmes, à la base. Tout était si compliqué. Si étrange. Si difficile à expliquer. Au final, rien n’avait vraiment de sens. Et on ne faisait que tâtonner dans le noir, constamment. Avant de chuter. Chuter, définitivement. Et se tenir alors à Ses côtés, pour enfin trouver la délivrance et le sens. Ou dans certains cas, comme lui, comme Adam, comme tous les monstres, se retrouver propulser pour l’éternité dans les flammes dévorantes de l’Enfer. Au final, il n’existait que ça, comme sens. Les yeux trop pâles de Loghan, absents, glissèrent machinalement sur la lame brillante du canif qu’il tenait dans sa main trop maigre. Il était toujours aussi fascinant de se dire qu’une aussi petite chose pouvait vous sortir radicalement d’Ici pour vous envoyer Là-haut ou Là-bas. C’était un peu comme un test, une invitation sournoise à la facilité… Une invitation qu’il fallait refuser. Cette lame, anodine, brillante, tranchante. Combien de fois avait-elle permis à quelqu’un de quitter cette vie ? Combien de fois avait-elle tracé le chemin de l’Enfer à quelques criminels ou tueurs notoires ? Pas beaucoup, en vérité. Peut-être deux ou trois, pas plus. Non, elle était innocente, cette lame. Elle servait à couper des morceaux de pomme, et seulement occasionnellement à taillader le torse de quelqu’un. Non, elle n’était pas comme les flingues qu’il portait perpétuellement à la ceinture. Eux, ils avaient fait un ménage incroyable et incalculable. Un ménage comme Adam désirait faire, de son vivant, d’ailleurs. Au final, malgré ses efforts, malgré sa profonde transformation physique, Loghan était certainement comme lui. Exactement comme lui, dans le fond. Parce qu’ils étaient nés ensemble, et avaient grandis ensemble. C’était tellement… horrible d’y penser. Il aurait mieux valu qu’il prenne cette lame et la retourne contre lui. Ou alors qu’il prenne ce colt qui avait emporté la vie de son frère, pour qu’il emporte la sienne également. Peut-être que c’était cela qu’On attendait de lui. Peut-être bien, en effet.

    « La pluie… ne me dérange pas. »

    La voix glaciale mais néanmoins douce, incontestablement féminine, tira Loghan de ses réflexions. Son regard quitta la lame immobile pour remonter, machinalement, jusqu’au visage de poupée d’Isuzu. Qu’avait-elle dit ? La pluie. Il aimait bien la pluie. Il aimait s’assoir sur un muret, dehors, sous une averse, remonter mécaniquement une capuche sur ses cheveux artificiellement bleus, et juste rester là. Immobile, à écouter, à observer. A écouter le bruissement régulier des trompes d’eau qui tombaient du ciel pour s’écraser sur le bitume comme de minuscules explosions, à observer le paysage grisonnant devenir flou à travers le rideau de pluie. C’était reposant. Pourquoi parlait-elle soudain de la pluie ? Oh… ça lui revenait. Il lui avait posé la question sans réfléchir, comme il avait toujours l’habitude lorsqu’il se retrouvait contraint de manger en présence de quelqu’un. Et elle lui répondait ? Rien qu’en cela, c’était… étonnant. Loghan l’observa un instant, sans parler. La pluie ne la dérangeait pas. Elle ne détestait pas la pluie. Elle devait probablement l’aimer. Tout en refusant de le dire clairement. Pour bien montrer qu’elle resterait barricadée derrière cette forteresse érigée autour d’elle. Il n’en aurait pas attendu moins d’elle. Quelques secondes passèrent encore, et un fin sourire se dessina sur ses lèvres.

    - C‘est intéressant.

    Sa voix était toujours aussi tranquille, évidemment. Aussi légère, aussi évasive. Néanmoins, il le pensait réellement. En effet, c’était intéressant à savoir, surtout venant d’une personne comme Isuzu Kamageta. Loghan sourit encore, légèrement, et baissa à nouveau les yeux sur la pomme qui représentait son défi personnel de la journée. Qu’avait-elle dit d’autre ? Encore un peu, c’est cela ? On ne faisait pas plus vague, comme réponse. Mais en même temps, une réponse précise aurait probablement été pire. La nourriture… Ça faisait tellement un mal de chien à son estomac. Cet estomac torturé, malmené. Et puis, la barrière mentale réagissait. Manger ? Hors de question. Il ne fallait pas. Parce qu’il ne le méritait pas, tout d’abord. Il ne méritait pas même quelque chose d’aussi élémentaire et humain. Et puis, surtout… Il était absolument hors de question qu’il retrouve ce visage, ce corps d’avant, il était absolument hors de question qu’il redevienne la copie conforme de son frère jumeau. Hors de question. Et pourtant, malgré son dégoût, malgré son refus mental, malgré sa répugnance, la lame brilla et il porta un nouveau morceau, petit, de pomme à sa bouche. Il était assez étrange de penser qu’il éprouver autant de mal à manger, alors qu’il éprouvait des facilités déconcertantes à tuer. Il ne fonctionnait pas normalement. Il devait être né à l’envers. C’était ce qu’il se disait souvent. Adam et lui, ils étaient certainement nés à l’envers. Son estomac se contracta encore. Il n’avait qu’une envie, c’était de quitter au plus vite cette pièce pour aller se fourrer le doigt dans la gorge quelque part, et tout oublier au plus vite, pour passer à autre chose. Il mangea encore un autre morceau, l’air pensif. Samhain s’était tue, quelque part dans sa tête, et le silence typique d’Isuzu régnait dans le bureau. Dans un sens, c’était reposant. Nullement pesant. Il ne su même pas s’il avala un ou deux morceaux exactement, peut-être quatre, allez savoir. Il ne préféra pas compter. Toujours est-il qu’il finit par poser le canif sur le bureau, et qu’il redressa légèrement son corps avachi sur le fauteuil. Il tendit la main pour attraper avec douceur la petite tortue silencieuse qui était son familier, et l’installa de nouveau dans une de ses poches. Il s’empara ensuite à nouveau du canif, essuya la lame en la faisant passer entre son pouce et son index serrés, le ferma, puis leva enfin les yeux sur la brune à la peau pâle. A nouveau, un fin sourire, aimable, étira ses lèvres.

    - Je vais devoir y aller. Ce fut un plaisir. La prime, tu la gardes, tu me la donnes… Peu importe, en fait, je crois. Enfin non, je préfèrerais l‘avoir, évidemment, mais je n‘ai plus très envie d‘insister.

    Il n’avait plus du tout envie d’avaler de nouveau un morceau de pomme, plutôt. Il leva les bras, fit mine de s’étirer nonchalamment, puis après avoir rangé le canif dans une autre de ses poches, il posa les mains sur les accoudoirs de la chaise pour se relever, dépliant ses longues jambes. Là, debout face à Isuzu, il hésita entre s’en aller après un dernier sourire ou attendre un mot, un signe de sa part. Finalement, avec un nouveau sourire et un signe de tête désinvolte, il glissa les mains dans ses poches et pivota sur ses talons.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mar 15 Fév 2011 - 20:10

    Isuzu avait eu peur, un instant : à cause de ce qu’elle avait dit, allait-il finir par vraiment penser qu’elle tenait à parler avec lui ? A se lier avec lui ? Parce qu’honnêtement, cet ordre qu’elle lui donnait… Ca tenait plus de la recherche d’affection, de lien, que de raisons purement professionnelles. En fait, ce n’était vraiment en rien professionnel, elle ne pouvait le cacher : alors elle faisait passer cela pour un caprice de chef despotique. Peut-être pensait-il qu’elle s’était confrontée à un dossier trop difficile à traiter, à un chasseur trop arrogant et insolent ; peut-être même pensait-il que, dans la vie privée qu’elle n’avait pas, un amant lui causait du souci – après tout, il ne savait strictement rien de concret sur sa vie, il pouvait donc facilement se permettre de tout inventer. Le résultat était le même : dans tous les cas elle semblait être si frustrée par un élément extérieur qu’elle avait besoin de passer ses nerfs sur quelqu’un. C’aurait bien entendu été bien plus plausible si ce n’était pas pour l’alimenter qu’elle l’agaçait : mais cela restait une solution facile à envisager pour quiconque ayant un esprit un tant soit peu normal et logique. Malheureusement pour notre jeune femme, l’esprit de Loghan était certainement tout sauf normal et logique : peut-être bien qu’il avait compris que ce n’était pas juste pour lui donner une leçon et lui apprendre à ne pas venir la déranger n’importe quand qu’elle le forçait à se nourrir. De là à en comprendre les vraies raisons… C’était plus qu’un transfert de son passé sur lui. Au fond d’elle et sans se l’avouer, elle le savait : alors qu’elle fréquentait cet homme plutôt régulièrement, elle se désespérait à chaque fois de le voir s’enfoncer dans l’agonie que provoquait l’anorexie. Elle qui désirait tant la mort connaissait la valeur de la vie : elle ne pouvait tolérer qu’il la gaspille ainsi. Il ne s’agissait en aucun cas d’un vœu altruiste : c’était en partie pour elle-même, pour sauver le transfert d’elle qu’elle faisait sur cette âme perdue, qu’elle faisait cela. Et puis, elle lui imposait aussi de se préserver : il n’avait pas son mot à dire, c’était donc on ne pouvait plus tyrannique. Certes, elle l’aidait alors et en avait bien conscience, même si lui ne s’en rendait pas forcément compte : et alors ? Ce n’était pas parce qu’elle l’aidait qu’elle devenait gentille pour autant, il ne fallait pas se mettre immédiatement cette idée absurde en tête. Gentille, elle ! Si elle avait été un tout petit peu plus cynique, elle se serait sans doute grandement amusée de cette idée.

    Intéressant. Il trouvait cela intéressant. Se moquait-il d’elle ? Ce n’était pas le genre du personnage. Loin de là. Non, elle sentait la sincérité chez Loghan : et Isuzu était généralement plutôt douée pour ce genre de chose, grâce à son sens de l’observation qu’elle n’avait cessé d’affiner au fil du temps. Il trouvait cela VRAIMENT intéressant ? Mais pourquoi donc ? Certes, ce genre de réponse n’était pas vraiment des plus attendues de la part de l’imprévisible Isuzu Kamageta : mais elle ne voulait pas, surtout pas qu’il la trouve intéressante. Elle n’avait pas dit ça pour faire la conversation, pas vraiment ; elle n’avait pas dit ça pour qu’il la connaisse. Tout ce qu’elle voulait, c’était qu’il mange : et si une information aussi peu importante et aussi vague pouvait l’aider à manger, le distraire un bref instant de la nourriture, juste assez pour qu’il pense moins à sa décision de ne plus rien manger, elle n’hésitait pas. Mais elle ne voulait pas, surtout pas qu’il la trouve intéressante. Elle préférerait être vue comme la plus fade des jeunes femmes : une professionnelle de l’assassinat et rien de plus. Pas de qualités, d’énormes défauts éventuellement : elle voulait dégoûter, détourner les gens d’elle. Et que jamais personne ne s’avise de s’approcher d’elle. Au fond, son refus des contacts physiques symbolisait son refus des convergences mentales. Il fallait qu’elle fasse attention. Ce type était tellement étrange… Bien qu’elle réussisse à le cerner sur certains points, il restait totalement insaisissable sur d’autre : et elle avait l’impression que son esprit particulier ne souffrait d’aucune logique. D’aucune logique connue et plausible, en tous cas. Pourquoi s’acharnait-il à manger ? Il pouvait parfaitement prétexter avoir déjà mangé et réclamer dès lors sa prime. Ou alors, il pouvait aller porter plainte. Il n’était en aucun cas obligé de lui obéir. Et pourtant il le faisait. Et il continuait. Malgré le mal que, elle le savait, cela lui faisait. Il était juste incroyable. Ou terriblement stupide suivant ses critères à elle qui prônait la liberté absolue, peut-être, elle ne savait pas, à ce moment.

    Incroyable. Il était juste incroyable. Le voilà qui arrêtait de manger, alors qu’il s’était nourri plus qu’elle l’avait espéré en lui donnant cet ordre, et qui lui annonçait tranquillement qu’elle pouvait faire ce qu’elle voulait de sa prime. Il avait déjà replacé son minuscule familier dans sa proche et rangé son couteau : de toute évidence, il était sérieux. Elle avait beau être un tant soit peu habituée aux bizarreries du drogué, elle ne parvenait plus à le suivre et ne pouvait en conséquence s’empêcher de penser qu’il y avait quelque chose d’étrange, d’inhabituel dans l’attitude du jeune homme. Naturellement méfiante, tout ses sens étaient aux aguets : il s’était levé et elle restait muette, immobile, le fixant toujours aussi intensément de ses yeux noirs si profonds. Et puis la lumière se fit dans son esprit : c’était tellement évident… Elle-même l’avait fait, quand elle se retrouvait sous surveillance, parfois, et qu’elle était bien décidée à s’enfoncer encore et encore dans la maladie. Elle était dégoûtée. A quoi servirait ces efforts et ce face à face bien plus fatiguant et bien plus troublant qu’elle était prête à l’avouer s’il régurgitait tout ce qu’elle l’avait forcé à avaler ? Cela n’aurait aucun sens. Elle aurait fait tous ces efforts pour rien. Et ce n’était pas une chose à laquelle elle était accommodée, c’était quelque chose qu’elle haïssait : excepté par amour, cas qui ne lui arrivait désormais plus – ou si jamais cela lui arrivait par amitié, elle se débrouillait pour qu’on ne le remarque pas – elle ne faisait jamais rien sans rien. Oui, Isuzu n’était pas généreuse : mais elle ne s’était jamais targuée de l’être. C’était égoïstement qu’elle forçait le jeune homme à manger, égoïstement qu’elle ne lui donnait pas sa prime, égoïstement qu’elle vivait tout simplement. Elle savait ne pouvoir compter que sur elle-même : alors elle survivait et affrontait le monde pour elle et elle seule, et peu importait les autres, tous ces inconnus qu’elle ne faisait après tout que côtoyer.

    Et il se détourna. Tourner le dos à une femme aussi dangereuse qu’Isuzu, qu’elle soit sa supérieure ou non, aurait pu être une grossière erreur. Mais elle n’en voulait après tout pas du tout à sa vie : par contre, en quelques enjambées, rapides et efficaces, elle l’avait dépassé pour se planter devant lui et lui saisir le col, violemment, de sa main gauche. Son bras droit restait contre son corps, au cas où elle aurait à se défendre subitement, d’une étreinte ou d’une agression, pour elle c’était du pareil au même. Les sourcils froncés, la violence étouffée au fond de ses yeux, voilée par la glace qui demeurait, sa menace ne fut qu’un sifflement grondant.


    « Je te préviens, Akalenkov. Avise-toi de te faire vomir et tu ne toucheras pas cette prime. Je le saurais si tu l’as fait. »

    Après une seconde, deux peut-être suivant ce clair avertissement, elle lâcha enfin le col de Loghan, son geste nourri de la même brusquerie qui avait accompagné celui qui lui avait fait attraper ce col, et recula de quelque pas, comme si être trop près de lui l’avait brûlée. En fait, loin de sentir la chaleur des autres, elle se sentait encore plus gelée lorsqu’elle se situait à proximité d’eux spatialement parlant. Il n’avait pas le droit de vomir. Elle refusait qu’il gâche tout les efforts qu’elle venait de produire… Qu’il venait de produire. Et elle ne supportait pas la désobéissance : oui, elle le saurait, s’il s’avisait de ne pas l’écouter : elle allait le surveiller, avec une discrétion presque parfaite. Et oui, elle avait une longue d’avance sur lui. Parce qu’elle était passée par là avant lui. Parce qu’au fond, ils avaient des points communs. Plus que l’anorexie. La brisure de l’âme.



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Dim 13 Mar 2011 - 16:50

    Il n'avait pas tout compris. Il n'avait pas tout compris de ce qu'il venait de se passer, il n'avait pas compris pourquoi la situation avait été ce qu'elle était, il n'avait pas compris pourquoi Isuzu ne lui donnait pas sa prime le plus normalement du monde, il n'avait pas compris pourquoi sa chef lui avait ordonné de manger, il n'avait pas compris pourquoi elle avait insisté, il n'avait pas compris pourquoi il s'était exécuté, il n'avait pas compris pourquoi il se retrouvait avec des morceaux de pomme dans l'estomac, il n'avait pas compris comment tout cela était arrivé alors qu'il venait juste apporter le corps d'une tête mise à prix, il n'avait pas compris et il n'avait pas cherché à comprendre. Mais tout cela, comme tout le reste, comme toute cette vie, tout cela n'avait aucune importance : ce qui comptait, c'était qu'une fois qu'il aurait franchi cette porte, il pourrait tout oublier, tout ranger dans un coin embrumé de son cerveau, s'en désintéresser, aller vomir, puis reprendre son étrange vie le plus tranquillement du monde, comme il l'avait toujours fait. Il n'y avait rien de plus simple. Sauf que Loghan n'atteignit même pas la porte du bureau d'Isuzu, pour la simple et bonne raison qu'il fut forcé de s'arrêter en cours de route. Ça aussi, il ne comprit pas. Il avait toujours les mains fourrées dans les poches étroites de son jeans, et il baissa un peu le menton pour observer d'un œil morne, où brillait tout de même une vague lueur de curiosité, la jeune femme qui s'était postée face à lui, sans réagir, sans bouger, sans ouvrir la bouche. Il haussa à peine un sourcil lorsqu'elle lui saisit brusquement le col, et baissa machinalement les yeux pour observer pensivement sa main. Elle avait une main délicate, typiquement féminine, et sa peau devait être très douce : pourtant, nul doute qu'une main aussi délicate pouvait faire un mal de chien lorsqu'elle vous collait une droite en pleine mâchoire. Pendant une seconde, il se demanda avec désintérêt si elle comptait lui en foutre une. Pourquoi lui en foutrait-elle une, d'abord ? Il n'avait rien fait, non ? Il avait fait ce qu'elle voulait. Mais bon. Elle faisait ce qu'elle voulait, après tout, et il ne voulait pas chercher, il ne voulait pas s'interroger ; comme toujours, il ne se souciait de rien. Toujours sans bouger, sans même enlever les mains de ses poches, il releva doucement les yeux pour observer Isuzu dans les yeux, une mèche de cheveux artificiellement bleue venant lui barrer le front. Et toujours sans se soucier du pourquoi du comment, Loghan se fit la réflexion que ça devait probablement être la première fois qu'il se trouvait aussi proche d'Isuzu Kamageta, physiquement parlant. À dire vrai, cela l'étonnait même que sa chef se soit plantée face à lui pour lui attraper le col et le regarder de manière si menaçante – la jeune femme n'était pas connue pour son adoration des contacts physiques. Et bien quoi, enfin ? Qu'avait-il fait pour mériter le fait qu'elle se soit approchée aussi près ?

    « Je te préviens, Akalenkov. Avise-toi de te faire vomir et tu ne toucheras pas cette prime. Je le saurais si tu l’as fait. »

    Ah. D'accord.
    C'était donc ça.

    Loghan ne cilla même pas. Il continua de l'observer fixement, poliment, machinalement, son regard acier donnant étrangement et paradoxalement l'impression qu'il était ailleurs tout en étant là quand même. Il observa les yeux sombres et profonds d'Isuzu, sa peau opaline, son visage fin et bien dessiné, ses lèvres, son cou, la courbe de ses épaules, son allure indéniablement féminine qui contrastait beaucoup avec sa posture agressive et menaçante. Elle le lâcha vite, reculant de quelques pas au passage, comme un prédateur qui aurait soudain peur de la réaction de sa proie. C'était si paradoxal. Loghan ne bougea toujours pas, le visage inexpressif. Ainsi, elle avait deviné. Elle avait deviné ses intentions, elle avait deviné le fait qu'il comptait vomir dès qu'il serait sorti d'ici. Elle devait bien s'y connaître, finalement. Elle devait même s'y connaître encore plus que ce qu'il avait pensé au départ. Et puis, elle lui posait maintenant un autre ultimatum. Mange, ou tu n'auras pas ta prime. D'accord. Ne vomis pas, ou tu n'auras pas ta prime. D'accord. C'était grotesque. C'était tellement grotesque, et il ne trouvait même pas ça bizarre. Elle abusait, elle abusait comme ce n'était pas permis, mais il n'avait même pas envie de protester ou de se rebeller. C'était trop, tout simplement trop ; trop décalé, trop étrange, trop ridicule, trop grotesque, trop incompréhensible, trop... Trop. Et il réagit enfin.

    Ses épaules tressautèrent tout d'abord, puis le rire suivit juste après, sans prévenir ; il roula dans sa gorge, éclata dans sa bouche, s'éleva étrangement dans l'air. C'était un rire étrange, un rire grinçant, un rire mécanique, un rire de dément, un rire cassé, un rire qui tressautait, qui tremblait, qui enflait pour mieux retomber, un rire indéfinissable et sans joie, un rire dérangeant mais pas menaçant, un rire qu'on ne pouvait pas comprendre, un rire qui ne pouvait pas être compris. Il était un squelette, et il avait un rire de squelette. Loghan enleva enfin les mains de ses poches et se passa une main sur le front ; il fourragea dans ses mèches de cheveux bleues en bataille, se frotta la nuque, revint dans ses cheveux ; ses épaules tressautèrent encore, son rire indéfinissable continuait de raisonner étrangement, puis finalement, assez rapidement, il se calma. Sans transition, il releva les yeux vers Isuzu en continuant de se passer la main dans les cheveux, et secoua doucement la tête avec une espèce de sourire vide et amère ; sa voix ne fut qu'un souffle.

    - Tu n'es vraiment pas croyable.

    Il ne savait même pas ce qu'il ressentait. Est-ce qu'il était énervé ? Énervé contre Isuzu ? Scandalisé, outré ? Blessé, vexé ? Angoissé, dépité ? Amer, contrarié ? Ou n'était-il, comme toujours, que passivité ? Il ne savait même pas. Il ne savait plus. Il s'en foutait. Tout ce qu'il savait, c'était que cette nouvelle demande, cette nouvelle exigence, lui laissait un goût acide dans la bouche : il n'avait pas envie de hurler, il n'avait pas envie de protester, il n'avait même pas envie d'aller à l'encontre d'Isuzu, mais il avait de nouveau envie de rire de manière grinçante, il avait envie de lui faire comprendre ce que ça représentait pour lui, il avait envie qu'elle se rende compte à quel point son estomac le faisait crever de douleur, il avait envie qu'elle lui fiche la paix, il avait envie qu'elle arrête de jouer, il avait envie qu'elle lui laissa au moins cette possibilité de se foutre le doigt dans la bouche et de réduire à néant tout ce qui avait été fait. Il avait envie qu'elle lui laisse au moins cette liberté sur son corps : elle pouvait lui donner tous les ordres qu'elle voulait, elle pouvait le frapper, elle pouvait le mépriser, elle pouvait le détester, elle pouvait le traiter comme un chien, tout le monde pouvait le traiter comme un chien : il s'en foutait, tant qu'on lui laissait ce contrôle sur son corps. C'était tout ce qu'il demandait. Il ne demandait rien d'autre. C'était injuste.

    Sans la quitter des yeux, il s'arracha enfin à son immobilité pour s'avancer vers elle. Lorsqu'il prit la parole, ce fut pour s'exprimer sur un ton plat, presque vague, ailleurs.

    - Je n'ai pas protesté. Je n'ai pas refusé. Je ne t'ai pas posé une seule question. Je ne t'ai même pas demandé pourquoi tu faisais ça, alors que ce serait pourtant une question plus que légitime. Et je ne sais même pas pourquoi je ne te le demande pas. Probablement parce que je sais déjà que tu ne vas pas me répondre. Je ne cherche pas, parce que je m'en fous. Je t'obéis, parce que je m'en fous. Mais franchement, Isuzu...

    Il ne s'arrêta qu'une fois qu'il fut arrivé à sa hauteur, plus près d'elle qu'il ne se le serait autorisé en temps normal, mais pas assez pour pouvoir la toucher ou la brusquer non plus. Et franchement, sur le coup, il se foutait bien de savoir qu'elle exécrait la proximité physique. Il laissa sa phrase en suspens une seconde, puis haussa légèrement un sourcil tout en inclinant insensiblement la tête vers elle.

    - ...là, je crois que je sature.

    Finalement, il devait avoir l'air presque humain en disant ça. Il avait légitimement le droit d'être outré, après tout. Il devait l'être un peu, au fond. Ou plutôt contrarié, amer. Les réminiscences d'un sentiment de rébellion typiquement humain, peut-être. Seulement, comme Loghan était Loghan, cela ne dura pas. Il fourra de nouveau les mains dans ses poches, se redressa un peu plus sur sa grande taille, et consentit même à s'éloigner d'un ou deux pas du côté pour laisser plus d'espace à sa chef. Sa voix se fit plus aérienne et légère lorsqu'il enchaîna :

    - Mais soit, ce sera fait comme ton bon vouloir. Si je me fais vomir, tu pourras garder ma prime. Je ne chercherai pas plus loin, je n'insisterai pas, je ne porterais pas plainte. C'est comme tu veux.

    Il la regarda de nouveau, la salua d'un mouvement de tête et lui adressa un sourire aimable.
    Passivité.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Isuzu Kamageta
Chef des Chasseurs de Primes
avatar

Féminin
Nombre de messages : 351
Age : 33
Maison/Métier : Chef des chasseurs de prime.
Année d'étude/de pratique : Quelques-unes.
Familier : L'étalon noir au nom de Kiro.
Date d'inscription : 02/12/2006

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Jeu 26 Mai 2011 - 23:31

    Etait-ce la peur qui motivait l’éloignement d’Isuzu ? Oui. Et non. Ce n’était pas tant qu’elle craignait Loghan. Il n’avait jamais été agressif envers elle, devant elle, et ce bien qu’elle n’oublie pas qu’il était un chasseur de prime. Tout comme elle, cela dit. Non, si Loghan l’agressait, elle saurait amplement se défendre. Ce n’était donc pas Loghan qu’elle craignait. Plutôt ce qu’il pourrait penser de son geste, à vrai dire. Croirait-il que cela l’encourageait à l’approcher, à tenter de percer sa carapace ? Il ne fallait surtout pas que ce soit le cas. Il n’avait pas le droit de l’approcher, d’essayer de toucher son cœur de trop près : et ce même si elle lui imposait de manger. A son idée, ce n’était pas prendre soin de lui qu’elle faisait alors : c’était lui imposer une véritable torture par pur égoïsme. Elle ne supportait pas qu’il s’autodétruise ainsi, non par proximité mais juste parce qu’elle considérait qu’il s’agissait d’une bêtise impardonnable, donc elle faisait en sorte de l’en empêcher ou, du moins, de lui mettre des bâtons dans les roues. Et ce qu’il soit d’accord ou non. Son avis ne comptait pas : elle, fervente adoratrice de la liberté, n’accepterait pas qu’il se rebelle. Peut-être bien qu’elle n’aurait pas agi ainsi pour le premier anorexique venu : mais voir au quotidien cet homme qui s’acharnait méticuleusement à se détruire lui était insupportable. Personne n’avait le droit de faire ça. Personne n’avait le droit d’agir comme elle. Ce n’était pas tant de la peur qu’elle ressentait à son égard : juste une violente répulsion qu’elle forçait, dans sa haine de tout rapprochement, qu’il soit physique ou mental. Du plus profond de son âme, elle refusait qu’il puisse se sentir proche d’elle. Il fallait cependant qu’elle fasse attention : si elle n’y prenait pas garde, elle se retrouverait vite piégée. Avec sa manœuvre, elle se trouvait funambule en danger : si jamais elle s’avisait de transmettre de mauvais signaux contre son gré, elle se trouverait ensuite dans une position inconfortable. Si jamais il commençait à s’attacher à elle, elle tomberait, dans le secret. Elle ignorait alors que l’étrange jeune homme qu’elle voyait régulièrement s’était déjà attaché à elle. C’était trop absurde.

    Elle guettait la réaction de Loghan. Son nouvel ultimatum n’était pas banal. Comme le premier. Comme toute leur conversation. Comme eux deux. Il y avait la glace qui brûlait de l’intérieur et l’oiseau bleu chétif. La réaction de ce dernier se fit attendre : et puis il y eut ce rire. Isuzu, emportée dans son impulsivité, commença par s’en offusquer : qu’est ce qu’il pouvait bien trouver drôle dans cette situation ? Etait-ce d’elle qu’il se moquait ? Osait-il rire d’ELLE ? Elle ne l’aurait pas supporté. Elle n’aurait pas supporté cet affront, d’autant plus inattendu qu’il venait de Loghan Akalenkov. Mais l’effet de surprise passé, sa mauvaise humeur seulement indiquée par des sourcils un peu plus froncés qu’auparavant, elle réalisa. Ce n’était pas pour se moquer d’elle. Ce n’était pas non plus parce qu’il trouvait quelque chose de particulièrement drôle. Non, c’était autre chose… Ce rire sonnait bien trop étrangement. Intriguée, ne parvenant pas à comprendre, elle continua à l’observer. Peut-être était l’absurdité de la situation, dont il devait tout de même avoir conscience, aussi tordu soit son esprit, qui l’amusait. Un humour sombre en soit. Ou alors, il était juste nerveux. Ou complètement fou. Oui, peut-être qu’elle se trouvait avec un mec complètement cinglé dans son bureau. Quelqu’un de potentiellement dangereux. Si la crainte s’empara d’elle, elle la balaya en moins d’une seconde. C’était absurde. C’était totalement absurde. Loghan n’avait pas été agressif, pas un seul instant. Le rire ne tarda pas à s’éteindre, aussi étrangement qu’il avait commencé. Et elle continuait à l’observer. Elle n’avait aucune confiance en Loghan, le connaissant bien trop peu pour ça. Aussi se méfiait-elle terriblement de tous les gestes qu’il pourrait faire, et de tous ceux qu’il ne ferait jamais. Lorsqu’il releva les yeux vers elle pour lui souffler ces mots, elle ne sut trop qu’en penser. Pourquoi lui disait-il une chose pareille ? C’était sûrement un reproche : elle ne devait donc pas s’y attacher. Elle faisait exprès. C’était volontairement qu’elle se montrait froide, volontairement qu’elle cherchait à être fade, volontairement qu’elle lui donnait cet ordre en sachant très bien à quel point il pourrait être mal pris. C’était volontairement, enfin, qu’elle essayait de se faire détester de tous. Lui compris. Et si elle pouvait l’empêcher de se détruire en même temps qu’elle se ferait haïr, ce serait d’autant mieux.

    Et il osa. Prenant la parole, il s’approcha. Elle ne bougea pas d’un cil, il était hors de question pour elle de reculer face à lui. Mais elle ne pu s’en empêcher : la crainte la gagna. Que comptait-il faire ? Oh, elle était capable de se défendre : peu de gens pouvaient se targuer d’être aussi doués qu’elle au corps à corps, et Loghan n’en faisait pas partie. Mais une peur viscérale ne pouvait s’empêcher de s’agiter en elle, crainte qu’elle dissimulait le mieux qu’elle le pouvait. Elle avait bien entendu la chance d’être la reine de la dissimulation : mais si elle restait totalement immobile, véritable statue de glace, elle sentait tout de même cette terrible peur qui s’emparait d’elle. Elle ne savait pas quoi faire : il était hors de question de reculer, de faire quoi que ce soit qui montrerait à Loghan qu’elle le craignait alors qu’il s’approchait d’elle. Sa fierté ne tolèrerait pas qu’il le remarque. Et elle ne tenait pas à attiser sa curiosité : pourquoi la chef des chasseurs de prime craindrait-elle un de ses subordonnés anorexique ? Alors même qu’elle était connue pour ses combats au corps à corps d’un niveau impressionnant ? C’était ridicule. Il fallait qu’elle se calme : pour cela, elle se concentra sur les paroles de Koogan. Le voilà qui énumérait tout ce qu’il avait fait, et ce qu’il aurait dû faire. Oui, il avait obéi, oui, il ne lui avait posé aucune question : non, elle ne lui aurait pas répondu. Les choses étaient claires. Elle aurait dû le lui dire, pourtant. Ca aurait été plus simple pour eux deux : et il n’était pas trop tard. Mais c’était complètement hors de question pour Isuzu Kamageta. Jamais elle n’accepterait de livrer ses secrets, d’avouer qu’elle avait été anorexique, juste pour faire manger Loghan Akalenkov. Et il le savait parfaitement.

    Il marqua une pause alors même qu’il s’arrêtait : Isuzu n’avait pas bougé. La mâchoire serrée, elle le trouvait beaucoup, beaucoup trop près. Si près qu’elle en oublia même comment respirer, un instant. Et puis il avoua : il saturait. Respirant de nouveau tout en essayant de faire en sorte que Loghan ne se rende pas compte dans quel trouble il l’avait plongé en s’approchant tout simplement, apeurée qu’elle était tout au fond d’elle à l’idée qu’il puisse l’agresser, la toucher, la frapper, l’étreindre ou ne serait-ce que l’effleurer, elle tentait de ne pas avoir de réaction excessive. Quelque part, l’aveu la rassurait. Au fond, peut-être que Loghan était un peu plus normal qu’il en avait l’air. Peut-être qu’il se sentait révolté par ce qu’elle le forçait à faire. Peut-être qu’elle le dégoûtait. Peut être qu’il commençait, tout doucement, à la haïr. Si c’était le cas, elle en était très heureuse. En fait, ça devait être elle qui n’était pas normale. Elle cherchait le dégoût, la haine, là où tout le monde cherchait l’amour, l’affection. Elle assumait tout à fait : et si ce qu’elle faisait pour essayer de sortir Loghan de son cycle d’autodestruction lui attirait sa haine, l’éloignait d’elle, c’était juste parfait à son goût.

    Elle se sentit tout de même nettement mieux alors qu’il s’éloignait, légèrement : ce ne put se voir qu’au relâchement de sa mâchoire. Elle était fière de réussir à contenir, en général, ses émotions. Oh, parfois, elle se laissait emporter. Mais dans ces cas là, elle faisait toujours du mieux qu’elle pouvait pour que ça ne contrarie aucun de ses plans. Et elle finissait toujours par s’en sortir. L’air toujours aussi altier, elle écouta une nouvelle fois ce que Loghan avait à dire. Et toute la belle normalité qu’elle avait cru entrapercevoir en lui se brisa. Comment ça il la laissait faire comme elle l’entendait ? Sans rien dire, sans broncher ? Elle ne le comprenait pas. Ne voulait-il pas cette prime qu’il méritait, Isuzu le savait ? Etait il vraiment prêt à sacrifier tant d’effort ? Mais après tout, ça ne la regardait pas. Elle ne devait pas s’en mêler. Il faisait ce qu’il voulait, elle l’avait prévenu, il était prêt à assumer pleinement ses actes. Ses lèvres laissèrent néanmoins s’échapper sa question, fruit d’une frustration incrédule.


    « Pourquoi ? »

    Pourquoi, quoi ? Pourquoi tu es prêt à gâcher tout ces efforts ? Pourquoi tu m’obéis sans broncher alors que je te prive ainsi d’une liberté élémentaire dont tu disposes sur ton corps ? Pourquoi tu ne manges plus ? Elle ne savait pas trop quelle était la vraie question qu’elle posait alors : elle laisserait certainement Loghan choisir s’il voulait répondre à l’une de ces questions… Ou à toutes. Elle ne pensait pas qu’il le ferait : elle ne voulait pas qu’il le fasse. Elle voulait qu’il le fasse. En fait, si elle désirait vraiment savoir, elle regrettait d’avoir posée cette question : elle n’avait pas à savoir, elle voulait lui laisser au moins la liberté de garder ses raisons d’agir ainsi secrète. Et puis elle avait encore ce souci de ne pas vouloir se rapprocher de lui : dans son esprit, ce n’était pas grave si c’était de son corps qu’elle s’occupait. Mais si c’était de son âme… Elle se maudit pour s’être laissée aller à poser cette question qu’elle n’avait pas su retenir, son caractère impulsif transparaissant parfois sous la couche de glace. Mais elle n’avait plus qu’à attendre, ses beaux yeux sombres encore fixés sur Loghan, comme si elle aurait la réponse à sa question rien qu’en le regardant.

    Quelque part, elle espérait qu’il partirait sans rien dire. Mais en même temps…



J'étais si près de toi que j'ai froid près des autres.
[P.Eluard]
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Loghan Akalenkov
Garde du corps
avatar

Masculin
Nombre de messages : 84
Age : 29
Maison/Métier : Chasseur de Primes ; Fraîchement assigné comme Garde du Corps auprès de Liven Reaves.
Année d'étude/de pratique : Deux années de (plus ou moins) loyaux services.
Familier : Samhain, tortue (on sent que ça va plaire à un certain Gaby).(Ledit Gaby n'est pas du tout content, sa vengeance sera terrible! è_é)
Date d'inscription : 08/02/2010

MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   Mer 29 Juin 2011 - 19:45

    Loghan l'avait observée. Il l'avait observée attentivement. Il avait relevé le moindre tic de lèvres, la moindre crispation de mâchoire, le moindre froncement de sourcils imperceptible, le moindre signe tellement infime qu'une personne pas assez attentive n'aurait jamais eu aucune chance de remarquer. Il avait promené ses yeux scrutateurs sur le visage d'Isuzu, sans se gêner, abusant à son tour ne serait-ce que le temps d'une seconde, venant mettre un pied dans son espace vital tout comme elle avait fait avec lui en lui donnant cet ordre qui lui avait soulevé l'âme avant de la laisser retomber dans cette passivité étrange et incompréhensible qui était la sienne. Tous ces signes ne faisaient que confirmer ce qu'il savait déjà, soit qu'Isuzu Kamageta refusait que l'on s'approche d'elle, que ce soit physiquement ou moralement. Elle prenait très mal le fait qu'il se soit approché de plusieurs pas, cela lui paraissait évident, et elle refuserait bien évidemment de lui offrir la moindre explication concernant ses obscures motivations. Il le savait déjà, il ignorait juste pourquoi. Et à dire vrai, il savait très bien qu'il n'obtiendrait en aucun cas une réponse ce soir, si ce n'était même jamais. Isuzu Kamageta était et resterait probablement à jamais un de ces mystères insondables que l'on ne peut qu'espérer pouvoir comprendre un jour, en vain. Ce fut pourquoi Loghan s'éloigna, se ravisant, se contentant de ces quelques courtes secondes où il avait abusé d'une certaine façon à son tour en laissant libre court à l'indignation parfaitement humaine qu'il ressentait quelque part dans les méandres de son esprit déchiré. Mais il venait à peine de poser sa main trop maigre sur la poignée de la porte que la question d'Isuzu fusa, laconique et concise, l'arrêtant sur place.

    Pourquoi ?

    Il resta quelques secondes totalement immobile, silhouette dégingandée et décalée dans ce bureau sobre et classique, la main toujours posée sur la poignée de la porte qu'il n'ouvrit pourtant pas, les yeux pâles cerclés de noir rivés sur le bois ciré qui lui faisait face.

    Pourquoi ?

    Le buste pivota et Loghan tourna la tête, se tournant à demi en direction d'Isuzu pour pouvoir poser des yeux insondables sur elle, gardant pourtant la main sur la poignée de la porte comme s'il l'y avait oubliée. Le visage impassible et songeur, l'expression ailleurs, il arborait un air pensif comme s'il se penchait sérieusement sur la question posée ou comme s'il s'était à nouveau perdu dans l'océan tumultueux de ses pensées que personne ne comprenait.

    Pourquoi ?

    Probablement parce qu'il était dingue. Probablement parce que quelque part, au fond, dans ce qui se trouvait à l'intérieur de cette coquille étrange, il était juste complètement dingue. Comme s'il était né de travers, à l'envers, tout cassé. Il n'était même pas sûr de connaître la réponse exacte à cette question qui avait échappé aux lèvres d'Isuzu. Pourquoi ? Pourquoi quoi ? Pourquoi est-ce qu'il jetait si soudainement l'éponge ? Pourquoi est-ce qu'il cédait ? Pourquoi est-ce qu'il était comme ça ? Mais qu'est-ce qu'il en savait ? Ses yeux à l'expression songeuse partie ailleurs s'arrêtèrent un moment sur le visage d'Isuzu, sans le scruter cette fois, se contentant de le regarder sans le voir. Puis il cligna des paupières et redressa insensiblement les épaules comme s'il se réveillait, prenant davantage appui sur la poignée de la porte et regardant la jeune femme droit dans les yeux avec une expression où la tranquillité se mêlait à la fermeté.

    - Entre nous, je doute que la réponse importe vraiment.

    Quel intérêt de savoir pourquoi il faisait tout ça ? Il aurait pu aisément retourner la même question à Isuzu. Pourquoi ? Sauf qu'elle n'aurait pas répondu. Il le savait. Et quand bien même ces réponses importaient, il ne voulait ni en donner ni en chercher. Pas maintenant. Présentement, il désirait juste retourner chez lui, s'échouer sur le canapé, pioncer, divaguer, peut-être vomir, peut-être se faire un shoot, bref vivre cette vie étrange et indescriptible qui était la sienne et chercher un moyen ou un autre de récupérer ses sous sans avoir à chaque fois à être obligé de subir un chantage qu'il ne comprenait pas et qu'il ne désirait même pas comprendre. Il se retourna à nouveau, se rappela qu'il avait toujours la main sur la poignée et tourna cette dernière pour faire basculer le battant de la porte. Glissant son autre main dans la poche de son jeans, il fit un pas pour traverser le seuil et quitter le bureau, accordant néanmoins un dernier regard à sa chef en posant la main sur le battant pour le refermer.

    - Passe une bonne journée, Isuzu.

    Il savait déjà qu'il reviendrait. Qu'il ait vomi ou non. Qu'il ait totalement obéi ou non. Tôt ou tard, il reviendrait.


Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]   

Revenir en haut Aller en bas
 
Hi darling, I need money for drug. [PV Isuzu]
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» 2.07 : Dirty Money
» 08. Remember that time is money - Benjamin Franklin
» WWE Money In The Bank 2010
» ? all that money can't buy me a time machine. 29/10; 10h
» Money is the anthem of success, le 13/2/12 à 11h52

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Gamaëlia :: Archives :: C'est l'histoire... :: Période d'entre deux-
Sauter vers: