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 Or ou ébène [PV : Vasco & Oz]

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Sila Jones
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MessageSujet: Or ou ébène [PV : Vasco & Oz]   Mar 28 Sep 2010 - 20:50

    La journée glaciale avait été une épreuve que chacun avait endurée du mieux qu'il le pouvait. L'hiver se prolongeait, avec d'autant plus de vigueur que le soleil semblait avoir définitivement renoncé à dissiper les nuages brumeux qui encombraient le ciel de la capitale. L'éclatant manteau neigeux qu'apportait chaque nuit, seule consolation dans cette grisaille froide et humide, se transformait rapidement en flaques boueuses et sales qui ruisselaient dans les rues avant de disparaître. Les températures oscillaient sur la frontière fatidique du zéro, tutoyant les chiffres négatifs pour ensuite donner le vain espoir d'une amélioration vite démentie par l'arrivée de la nuit. Les courants froids qui remontaient la côte n'arrangeaient pas les choses, donnant même parfois naissance à des tempêtes qui détruisaient tout espoir d'une amélioration météorologique. Le vent calme cependant, accordait un certain répit aux habitants qui savaient louer ses brises rafraichissantes en été autant que maudire ses redoutables rafales en automne. A priori, il n'y avait donc aucune raison pour qu'une jeune fille pleine de vie puisse sourire effrontément face à l'adversité hivernale. Toutefois, établir une telle constatation serait méconnaître l'enthousiame débordant et le positivisme effarant dont la dite jeune fille était capable. Une paire de botte en cuir remontant son mollet par dessus le pantalon épais et sombre qu'elle avait revêtu, elle pouvait sans crainte battre le pavé à la barbe du froid et du verglas. Trois épaisseurs de pulls sous son manteau d'un jaune vif la laissaient au sec et à peine frissonnante, tandis qu'une longue écharpe noire enveloppait son cou délicat. Des gants de bonne facture préservaient un temps soit peu de chaleur à l'extrémité de ses phalanges, bien que, pour plus de sécurité, elle préférât laisser ses mains bien à l'abris dans les amples poches prévues à cet office salvateur. Enfin, une paire de cache-oreille de ce même jaune chaleureux et éclatant s'assuraient par dessus les ondulations de ses cheveux qu'elle puisse préserver ses facultés auditives en dépit des températures qui s'acharnaient à geler quiconque osait les braver. Aussi insouciante qu'elle était candide, aussi épanouie qu'elle était innocente, Sila s'avançait donc à grands pas pour rejoindre aussi vite que possible la douce quiétude et la chaleur vénérée de l'auberge, lieu où elle avait élu domicile depuis près de trois semaines.


    La jeune héritière Jones, actuellement en pleine rébellion adolescente, actuellement en fugue sous l'impulsion de la fougue de la jeunesse, actuellement recueillie par un fiancé qui n'en a que le nom, s'était en effet établie à Sannom. Elle jouissait avec un bonheur béat de l'opportunité qui lui était donné de pratiquer à la fois la danse, sa passion et sa vie, et à la fois un métier dont elle retirait une certaine fierté (même si être serveuse n'était pas des plus gratifiant pour cette gosse de riche habituée au grand luxe mondain de la société aristocratique). Quelque part, elle devait reconnaître que cette vie de bohème menée à l'assaut de l'inconnu était une aventure qu'elle vivait dans l'instant et qu'elle ne prenait pas réellement au sérieux. A seulement quinze ans, notre jolie danseuse n'appréhendait pas encore toutes les conséquences et tous les enjeux que pouvaient comporter ses actes ou ses choix. Les événements s'enchainaient et la dépassaient. Elle se laissait mener au grés de la fortune ou de l'adversité, s'étonnant simplement des situations auxquelles elle devait faire face et qui, il fallait bien l'avouer, lui avait plutôt sourient. Etait-il donné à tout le monde de retrouver un ami d'enfance qui puisse devenir votre protecteur ? Oui, rétablissons la vérité chez cet esprit à la mémoire hautement sélective qui divaguait complètement. Certes, elle avait retrouvé Oz et certes, celui-ci avait accepté de l'héberger. Toutefois même cette gamine naïve et entêtée savait faire la part des choses. Leur passé tumultueux, leurs non-dits écrasants, leurs caractères si différents... l'équilibre de la stabilité qu'elle venait de trouver était fragile et précaire. Plus que jamais, Oz était devenu un mystère qu'elle ne parvenait pas à percer à jour. Plus que jamais, elle se sentait inutile, se sachant un fardeau pour ce dernier. Plus que jamais, elle se demandait la raison pour laquelle elle était spontanément venue le retrouver. Si Sila était un peu à la dérive et vivait au jour le jour, le jeune homme l'était encore davantage, sans parler de Vasco qui semblait avoir institué le mot « bohème » tel un sacerdoce qu'il respectait scrupuleusement. Elle avait mille raisons de douter, mille raison de s'inquiéter, mille raison de renoncer à cette folie. Pourtant, elle s'épanouissait dans ce monde où, pour la première fois, personne ne lui disait ce qu'elle devait dire, faire ou penser. Cette liberté totale, cet abandon d'une inconscience dangereuse aux hasards et aux occasions la grisait et l'emplissait d'un enthousiasme confiant qui soudain, lui donnait de l'assurance. Auprès d'eux, elle pouvait être elle-même. Maintenant oui... elle comprenait un peu... pourquoi Oz avait tant voulu fuir leur univers...


    - Toi !



    Arrachée violemment à ces pensées par l'interpellation, Sila bondit en arrière dans un sursaut terrifié avant de se calmer en posant une main sur sa poitrine, comme si cela pouvait appaiser les battements affolés de son coeur. Intriguée autant qu'effrayée, elle observa la veille femme qui lui faisait face et venait de lui attraper la main. Son visage bien que fortement marquée par la vie et la vieillesse était agréable et chaleureux. Ses cheveux gris étaient retenus par un foulard qui joint à la pauvreté disparate de son habillement témoignait de sa condition modeste. Plus que tout autre chose, c'était ses yeux noirs qui captaient l'attention de la jeune fille qui se remettait à peine de sa frayeur.


    - Hein ?


    - Tu vas avoir beaucoup de choix à faire avant l'année écoulée et nombre de ces choix seront difficiles.


    - Heu...


    - Méfie-toi de la facilité, méfie-toi des faux semblants. Les coeurs purs se cachent sous les errements.


    - Ah ? Heu...


    - Ne confonds par l'ébène et l'or, qui tout deux séduisent.


    - Je ne comprends rien à ce que vous dîtes.


    - Puise en toi la force qui te permettra d'avancer et ne te laisse pas détourner de ta route.



    La vieille femme la lâcha soudain sous l'air ébahis de Sila qui vivait ces prédications comme une semi-agression. Sans plus rien ajouter, elle se détourna, abandonnant la jeune fille à sa surprise et à sa perplexité. D'abord curieuse de trouver un sens quelconque à ces paroles sybillines, elle conclut à la folie de la vieille femme et choisit de poursuivre son chemin comme si de rien n'était. Des choix à faire ? C'était l'évidence même, vu sa jeunesse, elle avait sa vie à construire. Se méfier de la facilité et de l'hypocrisie ? Ce n'était pas comme si elle ignorait ses défauts et les mauvais pendants du monde qui l'entourait. Se montrer forte et inflexible ? Dans l'idéal oui, elle savait bien qu'elle n'avait pas ce caractère admirable et qu'elle ne manquerait pas de céder devant la difficulté. En revanche, pour ce qui concernait les coeurs purs, l'ébène ou l'or, elle avouait être complètement perdue. C'est sur ces pensées tout à la fois frivoles et obscures qu'elle pénétra enfin dans l'auberge, appréciant la douce tiédeur qui l'envahit sitôt qu'elle s'avança dans la grande salle. Elégamment, elle repoussa la capuche de son manteau et fit tomber le cache-oreille sur son cou. Peu importaient les dires incensés d'une diseuse de bonne aventure, seul comptait la chaleur flamboyante émanant de la grande cheminée. Déboutonnant son manteau, elle se dressa juste devant avec délice avant que des notes de musique n'attirent son attention. Apparemment, le jeune homme ne l'avait pas encore remarqué et Sila se plut à le détailler. Grand, Vasco n'était déjà plus un adolescent et tout dans son physique le démontrait, si ce n'était la finesse de son corps. Ses épaules larges et bien formées, ces bras fermes et déliés dont les tendons jouaient sous sa peau à mesure qu'il pliait ou dépliait les doigts pour les faire courir sur les cordes de sa guitare, son visage avenant et séduisant, son oeil bleu si doux et cet autre dissimulé aussi bien par le bandeau qu'il ne quittait jamais que par ses cheveux blonds descendant sur sa nuque... N'importe qui se serait laissé séduire par son physique seul. Toutefois, le musicien avait d'autres qualités qu'il dévoilait généreusement et sans réserve à quiconque l'approchait. Sa chaleur humaine, sa bonté, sa douceur, sa gentillesse, sa prévenance, sa sympathie... être auprès de lui était aussi réconfortant qu'être auprès d'Oz pouvait parfois être irritant.


    Immédiatement, un sentiment de culpabilité l'envahit et l'agaça prodigieusement. Non, elle ne devait rien à Oz. Les simagrès de leurs fiançailles, la distance qui les sépareraient toujours, son caractère détestable... lui-même l'avait abandonné, elle n'avait aucun compte à lui rendre, d'autant plus qu'elle ne l'aimait pas. Pourtant, en toute bonne foi, elle ne pouvait nier qu'il l'avait toujours attirée. Sa sollitude émouvante, sa beauté revèche, son attitude exécrable, avaient quelque chose contre lequel elle ne pouvait réellement lutter. Toutefois ce sentiment difus ne pouvait lui-même lutter contre l'admiration et l'attirance qui naissaient pour le jeune musicien blond. En toute logique, à bien peser le choix qu'elle pouvait considérer, elle aurait du préféré Vasco. Oui, elle le préférait...du moins le croyait-elle. Chassant ses pensées trop tortueuse pour son impulsivité maladive et inconsidérée, elle s'avança à la rencontre du jeune homme pour se pencher vers lui et lui faire la bise à défaut de pouvoir l'étouffer d'un câlin à cause de la guitare.


    - Comment ça va ? J'ai réussi à échanger ma place, du coup je pourrais suivre le cours de mordern jazz du vendredi après midi. Ah ! Au fait, je suis passée devant le Jumble tout à l'heure et j'ai vu qu'un groupe cherchait un guitariste. Sinon je me suis faite agressée dans la rue par une bonne femme trop bizarre et assez effrayante. Je crois que c'était une diseuse de bonne aventure. Elle employait des tournures étranges et franchement, je n'ai rien compris à ce qu'elle disait. Et franchement, non mais qu'est ce qu'il fait froid !!! Tu es sorti aujourd'hui ? J'ai cru que j'allais mourir.


    La jeune fille s'assit juste à côté de lui avant de le regarder avec un sourire.


    Tu as toujours beaucoup de classe avec la guitare.



    Elle jugea s'être un peu emportée et préféra une certaine réserve en s'obligeant à détourner les yeux de son visage. Ce faisant, elle tomba sur la silhouette familière d'un jeune homme brun à l'allure arrogante et assurée. Inconsciemment, Sila se mordit la lèvre, ressentant à nouveau une certaine culpabilité. Vasco et Oz, Vasco ou Oz, l'or contre l'ébène, le jour contre la nuit... et un coeur indécis.


"Aimer est un verbe difficile à conjuguer.
Son passé n'est pas simple, son présent n'est qu'indicatif et son futur et souvent conditionnel."


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Vasco Fair
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MessageSujet: Re: Or ou ébène [PV : Vasco & Oz]   Jeu 2 Déc 2010 - 21:48

    Vasco avait en effet mis les pieds dehors en ce jour, affrontant le vent glacé pour réchauffer les cœurs de quelques passants anonymes. Il s’était tranquillement assis au bord d’un petit muret quelconque, dans l’un des grands axes de la ville. Par un temps pareil, Vasco ne faisait généralement que de maigres recettes : or, l’après-noël était toujours très difficule pour notre hyper sociable qui avait tendance à couvrir ses proches de cadeaux. Il plaisantait en général beaucoup sur sa situation financière parfois catastrophique : par exemple, actuellement, il riait en affirmant que son manque de moyens lui permettait de perdre le poids qu’il avait pris durant les festivités de noël. N’ayant pas de famille à Sannom pour faire ces fameuses réunions à l’issue desquelles il n’était pas rare de se voir un peu plus lourd qu’auparavant, cette plaisanterie était certes aisément justifiable mais ne se basait pas du tout sur sa réalité. Chaque ryz était compté à cause de tout l’argent qu’il avait dépensé en cadeau divers – que ce soit pour Oz, pour Jimmy ou même pour Sila qu’il ne connaissait à l’époque que très peu, et qu’il ne connaissait d’ailleurs toujours pas très bien. Il lui arrivait de sauter des repas pour avoir un toit sur la tête et rester protégé du froid. Il avait déjà connu des situations plus précaires aussi s’estimait-il heureux d’avoir un abri pour la nuit et de ne pas avoir à se retrouver confronté au glacial hiver. Il refusait de demander de l’argent à Oz. Vasco ne supportait pas l’idée de devoir quelque chose à quelqu’un. Certes, il lui était arrivé de lui emprunter de l’argent : mais il avait toujours fait de son mieux pour éviter cette extrémité. De même, dès qu’il avait la plus petite dette envers Oz, il s’empressait de le rembourser dès qu’il obtenait une nouvelle rentrée d’argent : il était drôle de les voir se disputer à ce sujet – une énième dispute dans tous leurs conflits affectifs. Plus encore que cette espère d’honneur sauvegardé qui empêchait Vasco d’accepter l’endettement, il y avait également la peur qu’il éprouvait à l’idée qu’Oz puisse penser qu’il l’aimait pour son argent : il n’y avait rien de plus faux que cette pensée.

    Face au froid mordant qui le privait d’une bonne partie de ses revenus, dépendant exclusivement de la générosité des passants, Vasco n’avait pas grand-chose : son écharpe protégeant plus ou moins bien son cou, ses gants de cuir abimés qu’il était obligé d’enlever s’il voulait être sûr de son jeu, sa veste en cuir qui servait surtout de coupe-vent par un temps pareil, bien qu’elle lui tienne également un minimum chaud, son jeans certes épais mais abîmé et troué. De ce fait, le froid le gagna bien vite. Il tint le plus longtemps possible, assis sur ce muret gelé. La détermination de Vasco était admirable même si totalement stupide. L’adorable crétin ne se disait pas qu’en restant là, longtemps, presque en vain, il risquait de tomber malade. Heureusement, il bénéficiait d’un système immunitaire en bêton armé. Cela ne l’empêchait pas de tomber parfois malade, bien entendu, il n’était pas non plus un surhomme. Mais sa santé avait été tellement mise à mal qu’il ne tombait plus que très rarement malade. Certes, cela valait mieux : souffrant, Vasco était insupportable. Bref, cela n’avait pas son importance dans l’immédiat. Glacé jusqu’aux os, comprenant qu’il ne gagnerait pas plus que les quelques ryz qu’il avait obtenu en ce jour, il acheva son morceau, récupéra le chapeau qu’il avait posé à ses pieds et le plaça sur sa tête, après avoir vidé l’argent dans sa bourse. Puis, souriant légèrement, guidé par la seule joie de vivre qui l’animait constamment, il rangea sa guitare dans sa housse qu’il plaqua ensuite sur son dos, renfila ses gants de cuir noir et, tranquillement, se redirigea vers l’auberge.

    La chaleur le saisit dès qu’il entra dans le bâtiment. Le froid avait été violent, insupportable, même pour le nordiste qu’était l’artiste, alors même que la chaleur qui l’avait envahi à peine la porte ouverte était douce, agréable. Le sourire de nouveau sur les lèvres, Vasco alla adresser quelques mots à l’aubergiste, toujours aimable et s’entendant d’ailleurs plutôt bien avec cet homme – comme avec presque tout le monde, certes. Il n’y avait pas trop de monde alors. Vasco regagna sa chambre, pour y ranger l’argent amassé en ce jour ainsi que les quelques affaires qu’il avait emmené dehors avec lui. Posant ses yeux sur son piano, l’envie d’en jouer le saisit, et il ne saurait dire combien de temps il passa sur quelques improvisations nouvelles. La musique guidait sa vie, oui. C’était son rêve d’enfant qu’il avait eu la chance de poursuivre, espérant atteindre le bonheur par ce chemin mélodieux. La musique, il l’avait dans la peau depuis tout petit. Et non content d’être passionné, il se révélait être un virtuose. L’apprentissage du piano puis de la guitare durant son enfance l’avait bien montré : depuis toujours il avait réussi à faire des progrès impressionnants en un rien de temps. Et aujourd’hui il faisait de la musique à longueur de journée, que ce soit sur sa guitare ou son piano, que ce soit pour gagner de quoi survivre ou pour son plaisir. Et surtout, la musique qu’il jouait venait toujours de son cœur, de son âme.

    Il finit par arrêter le piano au bout d’un long moment. Non qu’il était las mais il se rendait compte qu’il jouait déjà depuis un moment et qu’il était peut-être temps de faire une pause. D’ailleurs, il avait étrangement chaud, maintenant : il se débarrassa de ce fait de son pull sombre, ne laissant plus que la chemise blanche qu’il portait en dessous et dont il remonta ses manches au niveau de ses coudes. Et puis il décida de descendre, pour voir s’il ne trouverait pas Oz – qui s’éloignait depuis que Sila était arrivée et surtout, qui faisait plus ou moins la gueule au musicien depuis qu’il avait appris que Vasco comptait épouser Edryn Edge, qui n’était au fond ni plus ni moins qu’une inconnue pour les deux jeunes hommes mais qui était, d’après lui-même, l’amour de la vie du rockeur – ou qu’il ne pourrait pas faire un peu plus la connaissance de Sila. Il ne la connaissait pas depuis bien longtemps mais il appréciait beaucoup cette jolie demoiselle. Il se sentait déjà inexplicablement proche d’elle : peut-être parce qu’ils étaient tous deux proches d’Oz, que le jeune homme faisait le lien entre eux deux. Ou alors, parce qu’au fond et bien que ce soit pour des raisons différentes, ils s’étaient exilés volontairement à la poursuite de leur rêves. D’ailleurs, il était aisé de lier la carrière de musicien du jeune homme aux aspirations de la danseuse. Ils avaient de nombreux points communs dans leurs caractères respectifs également. Mais alors qu’il descendait, sa guitare avec lui, il ne vit ni l’un ni l’autre. Il y avait un peu plus de monde que lorsqu’il était monté un peu plus tôt. Vasco aimait la compagnie des gens, ne serait-ce que sentir des présences humaines autour de lui, même si on ne communiquait pas avec lui. Ca le rassurait, oui. Il était de ces personnes qui supportaient très difficilement la solitude : paradoxalement, lorsqu’il était au plus mal moralement parlant, il avait tendance à éloigner les autres, à s’isoler. Parce que le bonheur de ses proches était pour lui plus important que le sien propre : ainsi, il préférait s’isoler pour ne pas les inquiéter inutilement. Mais actuellement, il était plutôt heureux, même si la rancune d’Oz obscurcissait son petit soleil intérieur.

    Il s’installa donc tranquillement dans l’auberge tant aimée et se remit à jouer, n’en ayant visiblement pas eu assez dans la journée. Il fut heureux de ne pas se faire chasser par le gérant de l’auberge : le bruit des conversations alentours était suffisant pour qu’on ne fasse pas trop attention à lui et ce bien que la musique attire toujours. Il était concentré, oui. De ce fait il ne remarqua pas la jolie demoiselle jusqu’à ce que celle-ci lui fasse la bise, le raccrochant soudainement à la réalité. Il redressa de ce fait la tête vers elle, cessant son jeu pour adresser un sourire éclatant à l’adorable enfant – car il la considérait un peu comme une enfant, oui, il était bien plus âgé qu’elle, il voyait en elle un peu une petite sœur fragile à protéger. Pas encore totalement, il la connaissait encore trop peu pour cela, mais le sentiment naissait et fleurissait progressivement. Elle lui fit penser à un petit soleil, elle et son sourire, elle et son manteau éclatant. Ou un petit poussin adorable, mignon, fragile, un petit bout d’innocence à préserver. Son sourire s’élargit encore alors que la couleur tape-à-l’œil du manteau de la demoiselle lui rappela un souvenir effrayant mais tout de même amusant par la suite – et surtout un canard en plastique. Il l’écouta avec ce même sourire, la trouvant adorable à parler avec tant d’émotion et tant de sincérité. Elle était adorable, oui. Il était ravi de la voir et qu’elle s’assoit à ses côtés. Son sourire prit une tournure plus tendre alors qu’elle détournait les yeux : elle oscillait vraiment entre l’enthousiaste enfance et la réserve des grandes dames, et il trouvait cela vraiment trop mignon. Du coup, c’est avec une grande douceur qu’il lui tapota la tête avant de lui répondre.


    « … Merci, princesse. Le jaune te va à ravir, on dirait un petit soleil. Je suis sorti, oui, il faut bien que je gagne de quoi rester ici. Tant que cette femme ne t’as pas fait de mal, tout va bien. Et je suis content pour toi, pour le cours du vendredi aprem. Je vais bien et t… »

    Interruption soudaine du jeune homme qui venait de voir, en tournant légèrement la tête, un visage bien connu. Sourire. Il se releva d'un coup, faisant un signe de main à la personne identifiée. Et puis, pour être sûr qu’il l’ait vu, il l’appela.

    « Oz ! Rejoins-nous ! »

    Oui, Vasco avait vu son meilleur ami et avait très envie que celui-ci se joigne à eux. Aussi masochiste ce fait soit-il, il tenait vraiment à Oz et regrettait cet éloignement progressif. Il faisait donc de son mieux pour forcer un peu Oz a passer du temps avec lui, avec eux. Il était son meilleur ami, et il ne voulait surtout pas perdre cette personne si chère à son cœur.



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Oz Roland
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MessageSujet: Re: Or ou ébène [PV : Vasco & Oz]   Ven 17 Déc 2010 - 19:26

    Oz n’ouvrit les yeux qu’en pleine après-midi. Affalé sur le ventre, la joue abandonnée contre l’oreiller, il avait le nez et le front à quelques centimètres à peine du mur qui se dressait face à lui. Il resta immobile un instant, de la sorte, clignant doucement des yeux, le regard rivé sur ce mur, le souffle tiède, le brouhaha léger de l’activité de l’auberge étant la seule source de bruit que l’on pouvait entendre dans la chambre plongée dans le silence. Puis il ferma les yeux, fronça les sourcils, bascula soudainement sur le dos, leva le coude, abattit le plat de sa main sur ses yeux, se pinça l’arrête du nez et soupira vivement. L’atroce et habituel mal de tête ne s’était pas délogé de son crâne ; il était toujours aussi lancinant, aussi dur, aussi impitoyable. Quelle merde. Il aurait du s’en douter, pourtant. Non, à vrai dire, il s’en était parfaitement douté. Il ne se souvenait pas bien à partir de quel bar il avait fini par être complètement pété, mais il se rappelait au moins avoir passé la soirée et une bonne partie de la nuit en compagnie de Jimmy, qu’il avait traîné avec lui comme il le faisait souvent. Ils avaient du faire la tournée des bars, passer des heures au Jumble, se battre avec un ou deux groupes de mecs dans la rue, s’enfiler verres de vodka sur coupes de champagne, puis finalement échouer dans un bar miteux où ils pouvaient somnoler sur la table sans qu’on y trouve à redire ; comme à chaque fois. Oui, cela lui revenait. Ils avaient pioncé dans un coin jusqu’à l’aube, et ankylosés comme pas possible au réveil, ils avaient fini par se séparer pour que le jeune décoloré puisse rejoindre l’Académie en essayant de ne pas se faire choper par le directeur, tandis que le gosse de riche revenait à l’auberge avec la tête de celui qui avait passé une nuit affreuse. C’était ça. Il ne s’était pas couché tout de suite, cependant ; il avait pris son temps pour rentrer, et ce malgré le froid mordant qui passait sournoisement sous la légère veste noire qu’il portait seulement au-dessus d’une simple chemise. Il avait pris son temps malgré le temps affreux, oui, histoire de pouvoir aller se coucher dans son lit en étant sûr que Sila n’y soit plus. Cela faisait peut-être la troisième ou quatrième fois qu’il faisait le coup, cette semaine, en s’absentant toute la nuit pour ne revenir qu’aux lueurs du matin et éviter de la sorte celle qu’il, présentement, détestait. Et quand il était entré dans cette chambre où le désordre régnait en maître, vide de toute présence humaine, il s’était seulement à ce moment-là autorisé à dormir. Assommé de fatigue, le sommeil l’avait emporté peut-être quelques secondes à peine après qu’il se soit affalé sur le lit ; et maintenant, il émergeait avec un atroce mal de crâne, comme toujours. Ce rythme décalé à la Vasco le fatiguait, vraiment, mais ces derniers temps, il se complaisait dedans, parce que cela lui permettait d’éviter au maximum un certain blondinet et une certaine brunette.

    Oz resta allongé sur le dos encore un moment, mains sur les yeux, immobile. Il soupira légèrement une fois encore, puis finit par se redresser en s’aidant de ses coudes. La douleur qui fusa de son crâne le fit grimacer, mais par la force de l’habitude, il n’y prit pas garde, et se leva. Le sol froid sous ses pieds nus lui fit un bien infime, et comme à chaque fois qu’il se levait, il se dirigea avant tout vers la salle de bains, dans l’intention évidente d’y prendre son habituelle douche longue et brûlante du jour. Il actionna déjà le jet d’eau pour avoir en fond sonore l’agréable son monotone de l’eau de la douche, puis pivota vers le lavabo pour s’observer d’un air blasé dans le miroir. Il avait une sale tête, comme à tous les réveils. Le teint pâlot et l’air pas très réveillé, de très légères cernes commençaient à apparaître sous ses yeux, conséquence de plusieurs nuits sans sommeil passées dehors. Ses cheveux d’un noir profond étaient dans le désordre le plus total, et ses iris émeraudes semblaient encore porter la trace de la fatigue, mais il savait que tout cela s’arrangerait plus ou moins après la douche salvatrice. Fronçant un peu les sourcils et se penchant sensiblement vers la glace, Oz remarqua une légère et très courte estafilade sur sa peau, juste sous l’œil gauche, qu’il n’aurait probablement pas vue s’il n’avait pas regardé son visage avec attention. Plissant les yeux, il se passa l’index dessus et pensif, tenta de se rappeler comment il avait pu se faire cela. La vision furtive d’une bagarre au Jumble cette nuit lui rappela qu’un mec avait réussi à lui coller une droite, et qu’il portait une bague en métal au majeur ; c’était probablement elle qui lui avait griffé la peau de la sorte. Agacé, le garçon se redressa, ouvrit le placard sans grande profondeur qui se cachait derrière le miroir pivotant, puis fouilla d’une main vive dans les boîtes à médicaments divers qui s’éparpillaient au milieu des bracelets, colliers, bagues, brosses à dents, dentifrices et accessoires du même genre. Il trouva les aspirines qu’il cherchait, en fit tomber deux dans sa main, puis tourna les talons pour retourner dans la chambre et là, fouiller dans un tas de vêtements qui trainait parterre. Il y dénicha la petite bouteille d’alcool aux trois quarts vide qu’il cherchait, et avala ses comprimés à l’aide d’une gorgée de la boisson ; hors de question d’avaler ça avec cette chose que l’on appelait eau, oui. Et ceci fait, il abandonna la bouteille à son sort dans la chambre au désordre apocalyptique pour retourner dans la salle de bains, et fermer la porte derrière lui d’un coup de pied.

    Il ne descendit les escaliers de l’auberge que deux heures plus tard, ou à peu près. Son corps longiligne arborait une tenue dont la couleur s’accordait avec sa chevelure et son humeur sombre du moment ; un jeans noir, de marque, soulignait la finesse de ses jambes et se trouvait accompagné d’une ceinture aux ornements métalliques, d’où pendaient par-ci par-là quelques chainettes qui faisaient le tour des hanches étroites. En guise de haut, il avait revêtu un simple pull, aussi noir que le jeans, dont les manches étaient retroussées à mi-chemin sur les avant-bras et dont le col large dévoilait le cou. Par-dessus cela, il avait enfilé une chemise grise, au style décontracté-chic, complètement ouverte sur le devant et dont les manches n’allaient pas plus bas que le coude ; de fines rayures noires parcouraient le tissu à la verticale, le col décontracté et les manches étaient de couleur un peu plus claires, un bouton noir ornait le retroussement naturel des manches au niveau des coudes, et le vêtement tombait naturellement jusqu’aux hanches avec le style nonchalant mais élégant des habits que l’on semblait avoir mis à la va-vite mais qui étaient en vérité minutieusement étudiés. Comme toujours, Oz portait ses habituels pendentifs autour du cou et quelques bracelets ornaient ses poignets ; ses cheveux, eux, étaient peignés mais toujours aussi naturellement désordonnés. Enfin, il avait toujours cet air sur le visage, à la fois ennuyé et foncièrement méprisant, contrarié et blasé, nonchalant et éternellement arrogant, qui était en total accord avec sa posture et son allure. Oswald Roland était un gosse de riche insupportable, exécrable, invivable, imbuvable, associable, détestable, égocentrique, blessant, violent, agaçant, nonchalant, méprisant, entre autres et notamment, et il n’en avait strictement rien à foutre. Le regard pensif et indifférent à ce qui l’entourait, il ne remarqua pas tout de suite les deux personnes qu’il tâchait pourtant d’éviter plus que de mesure ces derniers temps. Ce fut seulement lorsqu’il eut atteint le bas des escaliers et effectué quelques pas vers le bar que la voix parfaitement identifiable de Vasco le ramena brutalement à la réalité, et le fit lentement tourner la tête avec un froncement de sourcils. Et ils étaient là, bien sûr. Tous les deux. Lui et son sourire hypocrite, qui faisait comme si tout allait bien, et elle et son air de petite fille qui avait parfaitement trouvé sa place. Ils l’énervaient. Tous les deux. C’était aberrant, aberrant et infect. Oz se figea dans sa marche, et sans daigner prendre la parole, prit néanmoins la peine de les détailler d’un air profondément méprisant. Franchement… C’était d’un pathétique. « Rejoins-nous », hein ? Mais oui bien sûr, il y avait déjà un nous, et il y avait déjà un naturel affreusement grotesque. Sila n’était là que depuis quelques semaines, et elle s’était déjà incrustée avec un naturel proprement effarant. Elle n’était là que depuis quelques semaines, et Vasco et elle semblaient déjà terriblement proches. Tous les deux. Non mais qu’ils étaient mignons, là, tous les deux… Elle et sa veste de gamine, son sourire innocent proprement énervant ; lui et sa guitare, lui accordant déjà des familiarités certaines qui passaient notamment par des surnoms ou des gestes affectueux, comme s‘ils se connaissaient depuis longtemps. Oh mais oui, ils s’entendaient si bien, tout était si beau, si parfait, si merveilleux… A vomir. Proprement à vomir.

    Ils n’étaient que des salauds. Tous les deux. Putain, il n’avait jamais rien demandé. Elle, d’abord. Elle débarquait comme une fleur après deux ans, elle se croyait permise de squatter dans sa vie, elle se croyait permise de s’incruster chez lui, dans son auberge, dans sa chambre, dans sa relation avec Vasco, elle se croyait permise de s’incruster et de se faire une place comme si tout cela était parfaitement naturel. Et elle n’en avait aucunement le droit. Qui était-elle pour se permettre tout cela ? Elle n’était qu’une gamine. Elle n’avait que 15 ans. Qu’elle retourne chez elle, bordel, qu’elle retourne là-haut, qu’elle retourne à Koliam, qu’elle retourne dans cette ville du passé et qu’elle continue de faire partie du passé. Actuellement, Oz regrettait amèrement d’avoir accepté qu’elle reste, ce fameux jour où elle était arrivée. Il maudissait mille fois cet indigne instant de faiblesse à la con, ce putain d’instant où il avait trop parlé et où il lui avait dit qu’elle pouvait rester. Il le regrettait amèrement maintenant, et il ne pouvait rien faire, hormis haïr tout le monde - comme toujours. Son regard se posa une seconde sur Sila, noir et accusateur, puis remonta sur Vasco qui l’avait appelé, tout aussi dur. Lui aussi, il le détestait. Ce mec n’était qu’un enfoiré. Comme si voir débarquer Sila Jones ne suffisait pas, voilà que Vasco lui avait annoncé, il y avait peut-être moins d’une semaine, qu’il avait trouvé la femme de sa vie. La femme de sa vie, oui, rien que ça. Une putain de fille dont Oz n’avait pas retenu le nom, et dont Vasco était tombé instantanément amoureux au point d’oser la mettre au même niveau que lui. Il ne connaissait cette fille que depuis quelques jours, et il parlait déjà de mariage. Il ne connaissait cette fille que depuis quelques jours, et il faisait déjà comprendre qu’elle était certainement tout pour lui, autant que sa mère. Il ne connaissait cette fille que depuis quelques jours, et déjà il l’aimait tout autant qu’il aimait Oz. Chose que ce dernier ne pouvait en aucun cas avaler, jamais. Ce qu’il ressentait à ce sujet, c’était le sentiment atrocement douloureux de la trahison. Il ne s’était jamais autorisé à croire connement qu’il pouvait être le plus important pour Vasco, mais il avait tout de même fini par croire, au bout de presque trois ans, qu’il comptait, peut-être, énormément pour le chanteur - la réciproque étant vraie depuis longtemps. Sauf que non, visiblement. Et se prendre une claque aussi énorme dans la figure, ça faisait mal. Sans parler du fait que non content de s’attacher à une femme en un instant jusqu’à la considérer comme celle de sa vie, Vasco éprouvait visiblement un attachement tout aussi rapide et sincère pour Sila. A dire vrai, Oz était las de se prendre des claques retentissantes en pleine figure. Il y avait eu la mort de sa mère, la haine constante de son père, l’abandon de son frère, l’attachement profond à Vasco, le débarquement de Sila, et maintenant la trahison de Vasco et toutes ces conneries qu‘il avait pu croire. Et ce rapprochement, entre ces deux derniers. Ça faisait beaucoup, et il était vraiment, vraiment las de n’être rien. Le gosse de riche ne fit donc aucun geste pour les rejoindre ; l’œil glacial et l’attitude méprisante, il se contenta d’hausser légèrement un sourcil en rétorquant d’une voix sèche et dédaigneuse :

    - Comme si j‘avais que ça à foutre.

    Il se détourna ensuite, glissant une main dans la poche de son jeans, pour rejoindre le comptoir tout près en trois grandes enjambées ; il posa ses avant-bras sur la surface du bar, puis se pencha un peu en avant pour commander un café à l’aubergiste que Vasco et lui connaissaient bien depuis maintenant quelques temps. L’air indifférent, il pivota ensuite pour se retrouver adossé au bar, coudes posés sur la surface du comptoir derrière lui : ainsi, il faisait face à Vasco et Sila, mais il mettait une distance entre eux, réelle et tangible. Tout simplement parce qu’ils étaient deux, et que lui, il était seul. Et il l’avait de toutes façons toujours été.
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Or ou ébène [PV : Vasco & Oz]
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