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 Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation

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Liven Reaves
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Dangereux mage noir fugitif
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MessageSujet: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Mer 1 Fév 2017 - 3:59




Homme, 36 ans
Ancien chef des chasseurs de prime
Ancien professeur de l'Académie
Mage noir et criminel recherché


Né le 29 février, dans une ville de campagne, Liven Reaves est probablement la personnalité publique la plus controversée de notre époque.

Après des études brillantes menées à l'Académie de Sannom, il intègre la guilde des chasseurs de prime en réponse à un fort désir d'indépendance et à un certain goût du risque. Ses compétences le révèlent rapidement comme un élément prometteur doté de réelles capacités de leadership. À seulement 20 ans, il devient ainsi l'un des plus jeunes chefs de guilde de l'histoire.

Fin politicien bien que décrié pour son arrogance et ses prises de position radicales, il parvient à imposer son image de marque et modernise la guilde des chasseurs de prime en profondeur. Grâce à l'instauration d'un système de contrôle et de recrutement plus efficaces, ainsi que le dévelop- -pement d'une coopération avec les magassionnels, la guilde a vu ses résultats augmentés de façon significative en plus de gagner en popularité.

Cependant, l'Invasion Vampi- -rique de la capitale voit naître un régime de terreur imposé par la force écrasante des Immortels. Contraint de se cacher pour échapper à l'élimination systématique

des responsables politiques, Liven Reaves se révèle être un membre actif de la résistance en éliminant Alia, libérant ainsi la ville après un an d'occupation.

Pourtant, ces événements, sur lesquels demeurent encore certaines questions laissées sans réponses, mettent en évidence la personnalité trouble de celui qui, du statut de héros, passe à celui de criminel.

Ayant pratiqué la magie noire en brisant l'un des plus importants tabous de la société gamaëlienne, Liven Reaves se voit traduit en justice, déchu de son statut de chef de guilde et contraint de sceller son don en échange de sa liberté, accordée en reconnaissance des services rendus à la Nation. Un autre procès s'ouvre à son encontre pour détournement de fond, abus de confiance et intimidation concernant des événements survenus durant son mandat à la tête des chasseurs de prime. Finalement acquitté sur un non-lieu, cette ultime débâcle judiciaire marque la fin de sa carrière politique.

Devenu Professeur de la prestigieuse Académie de Sannom, il enseigne la magie de combat quelques années avant de redevenir un chasseur de prime. Durant cette période où il se tient à l'écart de la vie publique, il devient la cible de vifs débats sur ses
positions concernant la pratique de la magie noire et fait l'objet d'une couverture médiatique frôlant le harcèlement. À la fois détesté et admiré, sa personnalité clivante l'amène à être étroitement surveillé par les autorités publiques.

Cependant, il est soupçonné d'être mêlé à la vague d'attentats entrepris contre les nomags par l'Akaëlia. De nombreuses incertitudes demeurent s'agissant de cette période dont peu d'informations sont parvenues au public. Sa participation à des faits criminels majeurs a néanmoins été confirmée par Caliban Mang'Il, en charge de l'enquête. Par ailleurs, Liven Reaves a brisé le sceau qui entravait son don et aurait, selon toute vraisemblance, fait de nouveau usage de la magie noire. Suite à son évasion du convoi qui le menait à l'Île d'Olm, il demeure un fugitif activement recherché depuis ces dernières années.

Encore aujourd'hui, il divise l'opinion publique qui semble hésiter à le condamner, comme dans le dénie de ce qu'un homme, promis à un si bel avenir, ait pu s’aveulir au point de devenir un Mage noir. En attendant qu'il rende des comptes, le mystère qui entoure ses actions continue d'alimenter nombre de théories.

-  Gamapédia


Liven a changé. Il est resté un homme fin, laissant deviner un corps entretenu, comme il le serait d'un ancien athlète, de l'homme de terrain qu'il a toujours été. Pourtant, sa jeunesse insolente a laissé place à une maturité beaucoup plus subtile. Au delà de la réserve qui semble avoir remplacé son mépris et sa froideur apparente, il y a une attraction certaine dans la distance qu'il semble vouloir imposer. D'un maintien calme et assuré, il dégage ce charisme étrange, à la fois dangereux et sécurisant comme si l'ambiguïté de son être se devait d'avoir une manifestation physique, mystérieuse et indéfinissable. Cependant, il y a dans sa silhouette altière comme une humilité nouvelle, une décontraction plus naturelle, une sincérité dangereusement séduisante.

Dire de Liven qu'il est beau frise l'euphémisme, et ce n'est pas franchement le genre à être modeste. Avec le temps, ses cheveux d'un blond terne ont viré au châtain foncé, domestiqués dans une mi-longueur qui trahit son indifférence sur la question. Son visage est sculptural avec ce front droit, ces pommettes hautes, ce nez fin et sa mâchoire carrée surmontée d'une barbe de trois jours. Sa plastique trop lisse de jeune homme s'est effacée sous des traits plus marqués et plus expressifs. Ils laissent affleurer sur sa peau ces petits signes de l'âge qui retranscrivent enfin autre chose que son flegme méprisant. Derrière sa sévérité apparente, on se surprend à lire une sérénité inconnue, des émotions assumées, un naturel d'autant plus désarmant que son regard n'a rien perdu de son intensité.

Incisif, alerte et dangereux, il déstabilise par son assurance. L'on y devine aussi une colère sourde, quelque chose de plus primaire, un instinct dont on perçoit aisément le danger. D'une façon générale, il est aisé de rester captif d'un tel regard sans qu'il ne soit tout à fait possible de se défaire d'un certain malaise, dérangé par l'acuité et l'intensité de ses yeux. Des yeux très bleu qui déroutent et dans lesquels l'on se perd volontiers. Non pas le bleu sombre cerclé de noir comparable à un océan où l'on se noierait, non pas le bleu clair et fade d'un ciel éthéré aux accents de liberté, de rêve et d'évasion, un bleu si froid, si brillant, si électrique, qu'il n'en paraît pratiquement pas naturel. Et pour cause... puisque la coloration si particulière de ses iris trahit son allégeance à la magie noire.

Une chose n'a pas changé en revanche sinon pour gagner en profondeur, sa voix à la hauteur plutôt basse, légèrement cassée, pleines de nuances et d'intensité. Liven a gardé cette habitude de s'exprimer sur un débit calme et articulé, plaisant à l'écoute et sachant capter l'attention en imposant son autorité naturelle. Il a cette faculté de faire résonner un murmure, maîtrise l'art des silences, sait ponctuer et intoner ses phrases d'un tintement traînant ou vif, ponctué du souffle naissant ou tombant qui roule dans sa gorge, frémi entre ses lèvres, tremble entre ses mots. Sa voix traduit avec précision les moindres accents de ses sentiments, lui imposant une certaine rigueur pour la maîtriser et les trahissant quelques fois. C'est à ce niveau, plus qu'à tout autre, que l'on perçoit la sincérité nouvelle avec laquelle il se dévoile.

D'une façon générale, Liven affecte d'afficher une attitude nonchalante et teintée de prétention, mais bien plus réservée qu'autrefois. Toutefois, ce flegme apparent s'efface bien vite devant son impulsivité. Il y a un sérieux et une rationalité excessive qui se dissimulent assez mal sous son indifférence et son ironie. S'il sait plus que jamais jouer de ses émotions pour manipuler ceux qui s'y laisseraient prendre, il semble moins enclin à surveiller chacune de ses réactions et se présente avec beaucoup plus de sincérité qu'il n'avait l'habitude de le faire. En réalité, il apparaît en très grande forme et plus serein qu'il ne l'a jamais été. Honnêtement, cet enfoiré a la trentaine superbe.



Il ne faut pas espérer saisir la complexité d'une telle personnalité sans s'attarder sur ses contradictions, ses passions les plus troubles, comme ses désirs les plus sublimes. Liven est un homme difficile à comprendre, fait de contrastes et de nuances qu'il n'identifie pas toujours très bien lui-même. C'est un solitaire, facilement irascible, chérissant son indépendance et son introversion. Il se révèle également naturellement méfiant et sceptique, accordant difficilement sa confiance. Sa nature profondément conflictuelle s'est atténuée au fur et à mesure des années de sorte qu'il soit devenu beaucoup plus cohérent et honnête envers lui-même. Pourtant, il n'est jamais parvenu à s'affranchir de cette colère et de ce tempérament destructeur qui a toujours été le sien. Il y a aussi un orgueil démesuré qui transparaît dans le mépris dont il peut témoigner à l'égard d'autrui, et quelque chose de plus trouble et de plus sombre, une part de lui dont il ne se cache plus. Il semble l'avoir enfin accepté, et c'est un constat terrifiant.

Liven possède un intellect rationnel, exercé à établir des raisonnements logiques et aboutis. Il a cette maturité de la réflexion qui lui permet de développer une analyse fine et objective des enjeux d'une situation. Perfectionniste et rigoureux, cette disposition l'a rendu quelque peu prompt au jugement et l'a également révélé calculateur. De fait, il a toujours eu le sentiment d'être très nettement supérieur aux autres et la conscience de s'isoler des rapports sociaux appelant à plus de spontanéité. Cette propension naturelle à la prétention s'est vite muée en arrogance lorsqu'il s'est persuadé que personne ne pourrait vraiment le comprendre et qu'il a éprouvé ce sentiment de solitude. Par crainte et par fierté, il a cherché à se protéger en adoptant une attitude résolument hostile et méprisante, voire à en jouer en se montrant manipulateur. Néanmoins, il a désormais appris à faire la part des choses. Si son estime des autres n'a pas beaucoup évolué, il a l'humilité de reconnaître qu'il ne leur est pas nécessairement supérieur. Liven sait qu'il existe des hommes bons, admirables et qu'il a longtemps voulu leur ressembler. Il a également compris qu'il n'était pas de ce genre-là.

Bien sûr, il a su un jour ce qu'était l'honneur, l'altruisme, le sens du sacrifice. Bien qu'il se soit toujours réclamé d'un individualisme viscéral, ses ambitions ont toujours eu pour objectif de l'élever dans la considération morale que l'on pouvait lui porter. Souffrir pour une noble cause apparaissait un choix acceptable, il lui offrait la légitimité de justifier ses positions les plus critiquables. C'est pourquoi il a tant souffert de son inclinaison pour la magie noire, de cette attirance instinctive qui se heurtait à ses principes moraux. Les choses lui apparaissent plus clairement maintenant qu'il a cessé de se voiler la face. Il s'attendait à perdre pied, à devenir fou en s'abandonnant à la magie noire et il s'est d'abord détesté pour ce qu'il devenait. Mais au-delà du sentiment d'impunité et de l'influence potentiellement dévastatrice de la magie sur son esprit, il a découvert grâce à cette lucidité nouvelle qu'il était en réalité beaucoup plus en phase avec ce qu'il était réellement.

Liven a toujours eu cette position un peu extrême de considérer que la fin justifiait les moyens. La demi-mesure n'a jamais eu sa place dans sa personnalité et il s'est toujours montré dur dans ses jugements de valeur. Ce serait trop facile de chercher à le dédouaner de tous ses vices en les mettant sur le compte de l'influence malsaine de la magie noire. En revanche, elle est clairement responsable d'une perte de valeurs, comme si avoir autant de pouvoir l'obligeait à évoluer dans un monde complètement différent. Ce n'est pas tant que la frontière entre le bien et le mal se soit effacée. Il a toujours conscience de la portée de ses actes. Mais ils ne l'affectent plus de la même manière, comme s'il raisonnait à une échelle où cela importait finalement peu. D'une façon générale, Liven a développé un cynisme exacerbé qui le rend presque incapable d'éprouver de l’empathie. Il lui donne un côté inhumain d'autant plus effrayant que son allégeance à la magie noire ne l'empêche pas d'éprouver des sentiments positifs comme l'amour, la tendresse, la prévenance, la loyauté. Il a simplement tendance à laisser libre court à ses émotions, qu'elles soient violentes ou non, sans qu'il ne ressente plus vraiment le besoin d'être raisonnable, de faire preuve de retenue. Quant à la culpabilité, ce n'est plus qu'un lointain souvenir.

Pourtant, et malgré la férocité avec laquelle il a tenté de lutter contre la magie noire, Liven considère aujourd'hui que c'était un mal pour un bien. Après avoir longtemps refusé de l'admettre, il se sent libéré et réalise qu'en acceptant l'emprise de la magie noire, il est parvenu à accepter cette part sombre de lui-même qui l'avait toujours torturé. Il s'est pardonné beaucoup de choses et vit plus en accord avec lui-même, abandonnant sa rationalité excessive pour se montrer plus instinctif, plus naturel. La vérité, c'est qu'il aime le fait de ne plus se dissimuler, ni d'être consumé par ses craintes ou ses doutes. Liven sait, au fond de lui, que sa vision des choses est biaisée par la magie noire, qu'il ne se serait jamais autorisé à penser ainsi auparavant. Mais il sait, avec la même certitude, que c'est précisément ce qu'il avait toujours attendu.



PROLOGUE


Il arrive un moment où l'on a vécu tellement de choses, où l'on a été tellement différent, qu'on ne sait plus comment les raconter. Peut-être même que ce n'est pas nécessaire, que le passé n'est qu'une petite partie de ce qui nous constitue sans rendre vraiment compte de ce que l'on est. Peut-être que cela n'a pas autant d'importance qu'on veuille bien le croire.

Les gens veulent que leur vie ait un sens. Ils veulent pouvoir s'asseoir confortablement dans un fauteuil, comme des inspecteurs de police existentiels et analyser leur parcours jusqu'à l'instant présent, mettre le doigt sur les moments clés qui ont construit leur identité et les habiller rétrospectivement d'une sorte d'aura mystique. Personne n'a envie de croire que tout cela est le seul fruit du hasard, que les directions prises par nos vies ne sont rien de plus qu'une série d'accidents, de minuscules champignons nucléaires dont nous subissons les retombées.

Pour autant que je puisse en juger, voici les accidents qui ont forgé mon existence.




- 1 -


Je n'ai pas l'intention de m'appesantir sur mon enfance. J'ai tout fait pour la fuir, elle et ce milieu dont je savais tôt ou tard qu'il détruirait la plus petite parcelle d'innocence qui me restait. Ce genre d'épreuves n'a pas à être raconter. C'est quelque chose que l'on enfouit très loin, jusqu'à ce que son souvenir même nous paraisse étranger. L'avantage, c'est qu'au moment où j'ai eu l'occasion de prendre ma vie en main, je n'avais déjà plus rien à perdre.

C'est à l'Académie que je situe mon point de départ. J'y étais entré en adolescent froid et associable, prêt à prendre sa revanche sur la vie, j'en suis ressorti en adulte froid et ambitieux, avide de faire ses preuves. À en entendre certains, je me suis contenté de gratifier l'école de ma présence pour en recevoir les honneurs. Mais beaucoup ignorent les efforts que j'ai fournis dans la rivalité permanente qui m'opposait à Caliban. Tout était prétexte à conflit. Je ne supportais pas sa condescendance, il haïssait mon insolence. En réalité, j'étais jaloux de lui et désirais lui ressembler plus que je ne voulais l'admettre. Quelque part, je l'ai toujours admiré. Quant à lui, je pense qu'il enviait mon indépendance et l'illusion de révolte permanente que je projetais à l'époque. L'estime et le respect ne sont venus que plus tard. Ce n'est qu'à la fin que nous avons réalisé que nous étions devenus amis, même si nous ne le sommes probablement plus à présent. J'étais doué, au point d'en devenir présomptueux et arrogant. Et j'adorais ça. Du coup, je ne sais pas ce qu'il y a toujours eu chez moi capable de faire oublier mes défauts, pour que l'on veuille dépasser ma froideur de façade et m'offrir son amitié ou son amour. Car si Caliban m'a poussé à me dépasser scolairement, c'est à Arya, Arwen, Isuzu, Kai et Nàrié que je dois tout le reste.

C'est étrange de penser à eux, comme si ces souvenirs n'étaient pas vraiment les miens. Peut-être que je ne me reconnais tout simplement pas dans l'insouciance de cette époque. Parfois, il m'arrive de devoir me convaincre que tout cela a bien existé. Je me souviens vaguement qu'au milieu de nos grandes discussions où nous refaisions le monde, nous voulions tout simplement être libre. J'ignorais simplement quel en serait le prix.




- 2 -


J'ai d'abord connu l'illusion de la liberté, celle offerte par les codes d'une société prête à tolérer les excès qu'elle jugeait acceptables sans pour autant avoir le courage de les assumer jusqu'au bout. Les chasseurs de prime n'ont jamais joui d'une très bonne réputation. Trop radicaux, trop individualistes, aux motivations souvent ambiguës, et pourtant nécessaires. C'était un paradoxe en soi. Aucune surprise donc à ce qu'ils m'aient tout de suite attiré. Je n'aurais pas pu m'adapter à la discipline stricte d'une organisation gouvernementale comme Caliban l'avait fait, ni ne me serais satisfait des contraintes et de la philosophie qu'avait choisi Arya auprès des magassionnels. J'avais besoin de cette souplesse et de cette autonomie - oserais-je le dire ? - de cette impunité qu'ils m'offraient.

À l'époque, je me souviens que j'étais déjà ingérable. J'avais trouvé l'exutoire parfait pour toute cette colère mal refoulée qui me poussait à me montrer aussi efficace qu'impitoyable. Avec le recul, je réalise que j'avais toujours été proche de franchir la ligne blanche tout en essayant de me convaincre que je ne faisais que mon devoir. Je me suis offert à ma carrière corps et âme et l'ascension a été rapide, sans que je n'y sois véritablement préparé. Je me croyais parfaitement satisfait de l'adrénaline que me procurait les intrigues de la vie politique, de l'orgueil que je tirais de mon succès, de cette aisance avec laquelle j'évoluais aux plus hautes fonctions. J'étais jeune et c'était peut-être là le problème. À un moment, on perd pied avec la réalité, on se croit au-dessus de tout. Si j'ai dérapé ? Cela dépend du point de vue. J'ai fait ce que j'avais à faire pour que la guilde gagne en influence et moi avec elle. Quand vous commencez à saisir comment le système fonctionne vous réalisez aussi que ses contraintes vous empêchent d'agir comme il le faudrait. Je n'ai pas eu peur d'enfreindre les règles lorsque elles m'empêchaient de poursuivre mes projets. Après coup, on m'a jugé durement pour ce que j'avais fait. Mais je reste convaincu d'avoir agi pour le mieux.

Pour le reste, j'avais tout ce dont j'avais toujours rêvé. Ma position sociale m'assurait reconnaissance et notoriété, mon travail me procurait le sentiment de me rendre utile, voire indispensable, et j'étais pris dans ce tourbillon de jeux de pouvoirs et d'excès sans jamais avoir le sentiment d'en avoir eu assez. Si on me le demande aujourd'hui, ce que les autres considèrent comme l'époque la plus respectable de ma vie, je la considère comme la plus dégradante. Ma suffisance n'avait de limites que mon autosatisfaction. Pas de réels défis, pas de réelle prise de conscience des enjeux, pas de réel intérêt pour ce que la vie avait à m'offrir sinon pour ces plaisirs superficiels qui satisfont la vanité d'un homme. Si ce n'était grâce à Arya qui tentait de me tempérer, j'aurais pu totalement me laisser happé par cette vie facile faite de mondanités et de conflits superficiels, petits, ridicules. Sorel s'en était moqué à plusieurs reprises, mais il m'a fallu longtemps pour me rendre compte à quel point il avait raison sur mon compte.




- 3 -


Le problème, c'est que plus l'on s'élève, plus dure est la chute. Personne n'avait vu venir l'invasion vampirique, moi, pas plus que les autres. Ça a été rapide, brutal, le genre de claque dont on peine à se relever. Et croyez-moi, j'ai eu du mal à m'en relever.

Du jour au lendemain, j'étais devenu l'ennemi public numéro un, contraint de me cacher comme les criminels que j'avais si longtemps traqués. L'avantage, c'est qu'au moins je connaissais le terrain. J'ai été capable de survivre, plus par chance que par talent, et chaque jour était fait de doutes et d'incertitudes. J'aimerais dresser ici le portrait du révolté que j'ai toujours été, témoigner de la rage que j'avais contre l'oppresseur qui tenait la ville, affirmer mon rôle de leader dans la résistance qui leur a été opposée. Mais ce n'est pas comme cela que ça s'est passé. J'ai été lâche, démuni et terrorisé. Ça c'est la vérité que personne d'autre que moi ne connaît. J'étais traqué par mes propres hommes. Seuls les plus fidèles comme Isuzu étaient prêts à m'épargner. J'étais seul. Et cette illusion du pouvoir que j'avais eu ne rendait la situation que plus amère et désespérée. Pendant longtemps, je me suis contenté d'attendre que quelque chose, n'importe quoi, nous offre les moyens de lutter. Et ce fut le cas, il est venu me trouver.

Je crois que rien ne pourra exprimer à quel point j'ai pu haïr cet homme. Sorel réunissait tout ce qu'il y a de plus abjecte et de plus méprisable. Il parvenait à atteindre un tel niveau de cruauté qu'il m'arrivait de me demander s'il subsistait encore la moindre trace d'humanité au fond de son esprit malade et corrompu jusqu'à la lie. Il me terrifiait et me fascinait encore davantage. Dans l'état de vulnérabilité où je me trouvais, il savait que j'aurais accepté n'importe quoi pour mettre un terme au statu quo, pour acquérir le pouvoir qu'il se proposait de m'offrir en échange de mon allégeance. Le monde qu'il m'a fait découvrir est celui d'une noirceur telle que l'humanité se dévoie irrémédiablement dans ce qu'elle peut avoir de plus bas et d'avilissant. Je ne suis pas fier de ce que j'ai du faire pour maîtriser la magie noire, ni de tout ce que j'ai enduré avant qu'il ne parvienne à me briser. J'étais un jeune homme idéaliste, désespéré et perdu. Je n'étais pas prêt à faire de tels sacrifices.

Mais en dépit de tout cela, en dépit des cris, des sanglots, des angoisses, du sang et des larmes, de la haine que je me vouais chaque jour davantage, il y avait le pouvoir. Vierge, absolu, aussi beau et effroyable qu'on pouvait l'espérer. Je ne pense pas que l'on puisse comprendre l'emprise que cela peut avoir sur quelqu'un qui a été prêt à aller aussi loin pour ressentir ce mélange subtil de puissance et d'impunité. Ce n'est pas quelque chose auquel l'on peut résister, c'est quelque chose de primal, de sombre mais de sublime qui subsiste en chacun d'entre nous. Et c'est surtout plus fort que ce que n'importe quelle conscience pourrait imaginer pour lui résister. J'en étais encore à comprendre tout cela lorsque Sorel s'est évaporé dans la nature, lorsque j'ai fait appel à Arya et à Isuzu pour m'assister dans le plan qui consistait à libérer la ville des vampires. Dans la précipitation, je n'ai pas réalisé que j'avais réveillé là quelque chose qui me submergerait tôt ou tard. Je souhaitais mettre un terme à tout ça, sans comprendre que ça ne faisait que commencer.




- 4 -


Ils m'ont traité de monstre et d'abomination, ils m'ont traîné dans la boue et ils se sont régalés de me voir tenter de justifier l'injustifiable. Si Caliban n'était pas intervenu en sous-main, je crois qu'ils auraient poussé l'ingratitude jusqu'à m'enfermer pour refuser d'admettre qu'ils me devaient tout, absolument tout. Il y a parfois de telles injustices qu'elles vous rendent aigri avant l'heure.

Je suis retourné à l'Académie, non pas que l'on m'ait laissé le choix, mais j'éprouvais un certain réconfort à retrouver ce lieu qui m'avait vu grandir. D'ailleurs, c'était totalement absurde. Brisez l'un des plus gros tabous de tous les temps et l'on vous envoie dans une école, des fois que vous ne seriez pas tenté d'initier certaines de ces petites têtes blondes à votre morale décadente. Bien sûr, ils avaient pris soin de me flanquer d'un chaperon en permanence pour s'assurer que je respecterais ma parole de ne plus jamais faire appel à la magie noire. Pour le coup, il faut leur reconnaître une certaine lucidité sur le fait de ne pas m'avoir fait confiance, pas tellement sur le choix de Loghan pour s'acquitter d'une telle tâche cela dit. Cela me consumait. La tentation de l'utiliser était constante et les rares fois où je m'y risquais ne faisait qu'aggraver une addiction malsaine à ce pouvoir qui me détruisait.

J'avais tellement peur de finir par ressembler à Sorel, je craignais tellement ce dont j'étais capable que je me brimais avec une sévérité extrême. En somme, je faisais ce que je savais faire de mieux, me torturer inlassablement en me reprochant que mes actes ne soient pas à la hauteur de mes idéaux. J'ai lutté longtemps, à m'en rendre malade. Je ne dormais plus, assailli par les cauchemars, les souvenirs, l'envie dévorante et insatisfaite de me laisser sombrer. Je perdais du poids, je me renfermais plus que jamais sur moi-même, et je n'étais déjà plus très loin de perdre la raison. Seul Loghan a été directement le témoin impuissant de ma descente aux enfers, de cette sorte de dépression douloureuse qui exigeait de moi que je m'abandonne, comme une sensation de manque qui finirait par me tuer à défaut d'être satisfaite. C'est sans doute pour cela qu'il a fermé les yeux toutes les fois que je lui ai faussé compagnie pour satisfaire mes pulsions et tenter de juguler ce qui ne pouvait l'être.

Quand je pense que j'ai été prêt à mêler Arya à ça ! C'était de l'inconscience, de la folie. Mais il est vrai que je n'étais pas dans le meilleur état pour être à même d'en juger. Au plus fort de mon obstination, incapable de vivre avec ces deux parts de moi-même qui s'affrontaient, totalement dans le déni de ma soumission à la magie noire, j'ai espéré que si je devais sombrer il fallait quelqu'un pour m'arrêter. Pendant longtemps, je me suis dis que c'est probablement ce que Sorel avait recherché en moi, consciemment ou non. Mais c'était peut-être projeter trop de mon propre ressenti sur celui dont les motivations avaient toujours su rester insaisissables à mes yeux. Heureusement, j'avais manqué de courage à l'époque pour mener mon projet à terme. Je lui ai préféré un choix contre nature, une torture supplémentaire que je m'infligeais pour espérer me soustraire à l'inévitable. Peut-être que tout ce temps perdu aura été bénéfique, mais je regrette d'avoir du endurer autant de choses juste pour correspondre à cette idée de moi qui n'a probablement jamais été qu'une chimère.

Cela reste probablement mon plus gros regret, celui d'avoir voulu me séparer d'une partie de moi, de mon essence même pour me donner l'illusion de vivre, si tant est que l'on puisse appeler ça vivre.




- 5 -


J'ai scellé mon don, je suis devenu nomag. Honnêtement, j'ai du mal à me souvenir de l'état de détresse dans lequel je me trouvais pour faire une connerie pareille. L'aversion que j'avais pour moi-même et cette dangereuse menace de renoncement que je me figurais être une alternative possible ont fini par avoir raison de moi. Arya m'a aidé à lancer le sort qui m'aura amputé six années durant de la seule chose d'après laquelle j'avais défini toute mon existence. Je n'étais plus que l'ombre de moi-même mais apparemment, l'on s'habitue à tout.

J'ai fait le choix de réintégrer les chasseurs de prime, travaillant en binôme avec Loghan par habitude et parce qu'au delà du mépris apparent, je pense qu'il avait compris que je l'appréciais. Dans le même temps, je me retrouvais à servir sous les ordres d'Isuzu et j'avais le plus grand mal à ne pas confondre les rôles et à faire preuve de respect hiérarchique. Le pire restait de s'habituer à ce quotidien fade auquel rien ne m'avait préparé. Bien sûr, les conséquences physiques de la magie noire se sont estompées, mais je n'ai jamais cessé de me reprocher ce qui s'était passé. Je me suis mis à nourrir une rancœur envers moi-même pour m'être infligé cela, envers cette faiblesse inhabituelle qui me mettait hors de moi, envers ceux qui auraient voulu pouvoir m'aider tout en étant encore plus démunis que je ne l'étais. Je détestais être nomag et j'ai naturellement tout fait pour essayer de réparer ce qui en moi s'était brisé.

Mes recherches sur la magie noire ont commencé timidement et se sont déroulées sur de nombreuses années, chacune apportant son lot de découvertes et de déceptions. Je me berçais de l'espoir illusoire qu'un jour je serais en mesure de retrouver mon don sans avoir à en subir les conséquences. Or, je voulais savoir à quoi m'attendre, pourquoi je m'en retrouvais si affecté, s'il existait la plus infime possibilité que je déjoue les prognostiques. Ma curiosité devint vite obsessionnelle et en dépit de l'évidence, je m'acharnais à acquérir ce savoir théorique que Sorel s'était bien gardé de me transmettre.

C'est également à peu près à cette époque que j'ai fait la connaissance de Roxas. Je ne saurais trop quoi dire à son sujet sinon que j'ai rarement rencontré quelqu'un capable de me mettre si souvent hors de moi tout en trouvant le moyen de se rendre indispensable. C'est probablement la chose la plus admirable chez lui, à moins que ce ne soit cette faculté de se placer au-dessus de tout jugement et de relativiser ses actes pour ne jamais avoir à en assumer les conséquences. Je ne me souviens plus combien de fois nous avons essayé de nous venger l'un de l'autre, ni même comment nous avons fini par nous tolérer respectivement dans cette sorte d'alliance trop égoïste pour ressembler à l'amitié, mais trop complice pour être autre chose. Disons que c'est une mauvaise fréquentation, mais avec une bonne influence. Ou quelque chose comme ça...

Parallèlement à tout cela, je suis tombé amoureux. Je ne parle pas là des passades qu'il m'était arrivé d'entretenir par le passé et qui ne prêtaient généralement pas à conséquences. Sauf qu'évidemment, j'ai choisi de jeter mon dévolu sur une tueuse de l'Akaëlia infiltrée chez les magassionnels, laquelle espérait surtout m'utiliser pour atteindre Arya dont le travail pour lutter contre l'organisation criminelle commençait à porter ses fruits. Sans que je ne sois bien en mesure de me l'expliquer, j'ai toujours aimé les femmes de caractère, en particulier lorsqu'elles avaient la faculté de se rebeller pour protéger mes intérêts. Aislinn a tout fait pour maintenir la menace de l'organisation sous contrôle et je pense que c'est grâce à elle que j'ai commencé à me pardonner un certain nombre de mes agissements passés. Elle est parvenue, je ne sais trop comment, à réveiller cette horloge qui faisait tic tac dans ma poitrine, à comprendre les mécanismes complexes qui l'activaient, et à remettre de l'ordre dans le vaste gâchis qu'était devenue ma vie. Je lui dois beaucoup et j'aurais probablement toujours à son égard cette tendresse que m'inspire la reconnaissance.

Pourtant, il y a de belles histoires qui ne sont pas appelées à durer. Si l'amour que j'avais porté à Aislinn avait été vrai et sans artifices, il avait été balayé par quelque chose de plus fort et de plus souverain, le genre de passion dont on sait qu'elle nous consumera toute notre vie. Je n'avais pas compris tout de suite la fascination qu'elle avait su exercer sur moi depuis l'académie. Mais entre temps, une force d'impulsion que nous ne maîtrisions pas était parvenue à faire naître ce quelque chose de fragile et de violent à la fois entre deux êtres trop extrêmes pour ne pas s'aimer à s'en faire mal. Loghan a préféré partir lorsqu'il a compris, bien avant moi, ce qui se passait. J'ai mis du temps à prendre la mesure de ce que je ressentais et à vouloir épargner celle qui n'avait pas mérité de souffrir par ma faute. Il faut croire que c'est une constante pourtant chez moi. Aislinn m'a quitté lorsqu'il est devenu évident que je ne méritais pas tout ce qu'elle avait investi en moi, lorsque je me suis avoué que ce que je ressentais pour Isuzu dépassait le simple respect et la tendresse inspirés par l'amitié.

Je ne sais pas trop s'il serait bon de faire débuter notre histoire à ce moment-ci de nos vies, s'il faut remonter plus avant encore lorsque je n'en avais pas encore tout à fait conscience, ou s'il faut attendre l'instant où elle a fini par surmonter ses craintes et ses propres blocages à mon égard. Je sais en revanche que l'évidence a fini par s'imposer au terme d'un long combat durant lequel nous avons chacun pu mesurer combien cette relation serait grandiose et toxique. Il y a eu tant à surmonter et il y aura toujours tant à surmonter que j'ignore si c'est cela qui nourrit cette attraction irrésistible qui nous caractérise. Car c'est de loin la plus belle et la plus terrible chose qui ne me soit jamais arrivée.

Je ne sais trop ce que nous aurions pu devenir si les choses avaient été différentes, si la réalité ne nous avait pas rappelé brutalement qu'il n'ait rien en ce monde qui ne s'obtienne sans mérites. Peut-être qu'elle me pardonnera un jour tout ce qui a suivi, peut-être pas. Toujours est-il que je lui suis reconnaissant de tout ce que nous avons vécu et que je m'excuse de tout ce que je lui ai fait subir.




- 6 -


Je n'aurais pas cru que ce serait à Caliban que je devrais d'être retourné à la magie noire. Comme quoi, il y a de ces petites trahisons fratricides qui font prendre à nos vies des tours inattendus. Je ne sais pas encore si je lui en veux d'avoir précipité tout ceci, ou si je lui suis reconnaissant de m'avoir permis de conclure ce que j'avais entrepris. Dans tous les cas, il y a une part de responsabilité qu'il devra bien assumer un jour ou l'autre, une dette tacite entre nous deux dont il devra s'acquitter.

Évoluant dans les arcanes du pouvoirs, il n'en était pas à sa première intrigue visant à manipuler le monde politique. Les Mang'Il ne sont pas restés à ce niveau d'influence sans utiliser toutes leurs ressources pour s'assurer de garder la main mise sur les grandes décisions de nos gouvernants. L'affrontement avec l'Akaëlia était donc inévitable, même si nous ignorions l'ampleur qu'il prendrait. Lorsqu'il a sollicité mon aide, il était déjà certain de l'obtenir, ne serait-ce que par loyauté et en paiement du soutien qu'il m'avait apporté après l'invasion vampirique. Le fait qu'il cherchait à atteindre, en son cœur et dans le plus grand secret, une organisation criminelle susceptible d'avoir corrompu la plupart de nos institutions et avec laquelle j'avais déjà eu maille à partir n'était qu'une motivation supplémentaire.

Nous avons vite compris que nous avions mis les pieds dans quelque chose qui nous dépassait lorsque les ressources mises à notre disposition s'avérèrent insuffisantes. Des mois d'enquête et d'acharnement qui nous avaient poussé à chasser des fantômes et des rumeurs, comme si la menace de l'Akaëlia ne reposait sur aucun élément concret. Nous nous laissions peu à peu gagner par le découragement jusqu'au moment où un protagoniste inattendu a fait son apparition. Cela faisait si longtemps que j'espérais que quelqu'un, quelque part, avait fini par le tuer. Mais Sorel ne m'aurait pas offert ce plaisir salutaire. Son implication dans l'Akaëlia, le rôle qu'il avait joué durant l'invasion vampirique, ses motivations visant à détruire l'organisation pour mieux la reconstruire à son image, faisait naître tellement de questions que nous avons vite réalisé que nous nous trouvions au milieu d'une guerre de pouvoir dont les enjeux dépassaient de loin nos simples désirs de vengeance.

Du moins, c'est ainsi que Caliban me l'a présenté pour que j'accepte de jouer les agents doubles auprès de Sorel. Pourtant, je mentirais en disant qu'il n'y avait pas une part de moi qui souhaitait saisir cette opportunité. Malgré toute ma réserve et mes craintes au sujet de la magie noire, j'étais suffisamment lucide pour reconnaître que j'avais espéré une occasion pareille depuis l'instant où j'avais scellé mon don. J'ai accepté. Dans cette partie d'échec où je n'étais qu'un pion pour Caliban et Sorel prêt à me sacrifier à nouveau, j'ai fait ce que j'avais à faire pour protéger l'un et duper le second. Replonger dans la magie noire, retrouver toutes ces sensations liées à la magie m'ont fait prendre conscience que je n'avais pas réellement vécu toutes ces années, que je n'avais pas réellement été moi-même. J'ai commencé à changer en dépit de mes promesses faites à Isuzu pour protéger ce que nous avions construit. Je me suis abandonné à la magie noire et j'ai enfin goûté à cette paix, à ce silence en moi qui m'invitait à me révéler au meilleur de mes capacités et – ne vous en déplaise – au meilleur de moi-même. Elle ne l'a pas compris, elle l'a juste enduré en taisant ses craintes et en me témoignant cette confiance inébranlable qui me permettait de continuer.

Malheureusement, tout ne s'est pas passé comme prévu. Dès l'instant où Sorel a commencé à prendre l'avantage, l'affrontement est devenu public et sanglant. Il a fini par se retourner contre Caliban avant que l'on ait pu anticiper ses projets et nos tentatives pour l'arrêter n'ont abouti qu'à une confusion extrême au sein de la capitale que Sorel a aimablement voulu dissiper. Lorsqu'il a compris que j'avais désormais de quoi faire jeu égal avec lui, il a préféré s'enfuir non sans nous porter un dernier coup. Il a tout rendu public, ou presque. Comment nous nous étions élevés contre l'Akaëlia, comment Caliban m'avait encouragé à récupérer mes pouvoirs et à m'abandonner à la magie noire, comment nous portions la responsabilité de tout ce qui s'était produit. À partir de là, il ne nous restait plus beaucoup d'alternatives. Je me suis accusé et rendu aux autorités pendant que Caliban tentait de sauver les miettes de sa réputation en se défendant malgré les preuves dévoilées par Sorel. Isuzu a du avouer publiquement que je les avais tout deux trahis et, à bien y réfléchir, ce n'était peut-être pas faux. D'une certaine façon, nous avons réussi à limiter les dégâts médiatiques et je me suis enfui pour échapper à la justice qui se trompait une fois de plus de coupable.

Fugitif, je me reposais sur Roxas en attendant de pouvoir neutraliser Sorel. S'est engagé un affrontement distant fait de menaces et d'escalades, de statu quo et d'attaques mesurées. Il me voulait mort afin d'éliminer la menace que je représentais contre lui et même si sa mort m'eut été d'un certain réconfort, je voulais surtout qu'il puisse rendre comptes de ses actes et me rendre un peu de cette vie qu'il m'avait volée. C'est amusant de constater que je m'obstinais à refuser d'accepter mes propres choix, que je le considérais encore pour responsable alors qu'il n'avait fait que me révéler à moi-même. Lorsqu'il s'en est pris à ceux que j'aimais pour m'obliger à apparaître devant lui, je pensais que j'aurais l'avantage que procure cette haine virginale inspirée par la magie noire. Mais je n'étais pas destiné à remporter un tel combat. Il était plus fort, mieux entraîné et savait, pour m'avoir formé, tout ce dont j'étais capable. Ce n'est pas moi qui l'ait tué. Et je le regrette d'autant plus que j'en avais toujours éprouvé la responsabilité. Soudain, sa mort faisait naître un vide de rancœurs et de doutes. J'ai du faire face à ce que j'étais, sans plus me cacher derrière l'excuse parfaite qu'il avait toujours été.

Aujourd'hui, je me demande pourquoi il a fallu attendre tout ce drama pour découvrir quelque chose d'aussi simple et évident. C'est probablement la dernière surprise que me réservait la magie noire, celle de m'avoir apporté l'impunité d'être ce que je suis.




- 7 -


Plus d'excuses, plus de justifications mensongères, plus de culpabilité bien pensante, plus de fuite en avant, plus de tortures inutiles... Juste soi et la conviction absolue de n'avoir jamais été plus libre et plus apaisé. L'on n'imagine pas le soulagement que j'ai pu ressentir une fois débarrassé de tout ce qui me retenait au nom de je ne sais quelle morale élevée, une fois que j'avais su faire taire ces débats existentiels narcissiques, une fois libéré de toute la culpabilité absurde qui m'avait tellement pesé. Honnêtement, je ne me suis jamais senti aussi bien, aussi conscient des choses et aussi à même de les regarder en face, sans faillir. C'est pour ça que je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas pu en supporter davantage, pourquoi elle a préféré de moi cette version pathétique d'autrefois qui m'apparaît à présent ridicule.

Isuzu avait pourtant fini par fuir avec moi. Nous nous étions installés loin, là où personne ne nous connaissait, là où nous aurions pu refaire notre vie. Je lui avais promis de laisser la magie noire derrière moi, mais c'était comme de promettre d'abandonner son instinct. J'ai donné le change un temps et elle a accepté d'être dupe jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus. Peut-être en ai-je trop demandé à un moment où elle n'était pas capable de me l'offrir. Je l'aime, comme je n'ai jamais aimé. De cela, au moins, je pense qu'elle est consciente, quand bien même aurait-elle renié tout le reste. Après, c'était trop difficile de rester et de la voir, les yeux lourds de reproches, chercher en moi ce qui n'y était plus. Je pense qu'il était nécessaire de laisser au temps le soin de soigner ses blessures et les miennes.

J'ai voyagé, sur d'autres continents, dans d'autres pays, rejoignant parfois Roxas dans ses croisades perdues d'avance quand il n'était pas occupé à rejoindre les miennes. J'ai vécu des rencontres éphémères, j'ai atterri dans des villes que je n'aurais jamais soupçonnées exister, j'ai mis mes talents à divers profits, de mercenaire à journaliste, toujours poussé par la curiosité et les défis de cette magie devenue si familière et pourtant toujours si mystérieuse. Dans le processus, peut-être bien que j'ai mûri sans m'en rendre compte et que j'ai appris plus que je ne l'aurais pensé. Pourtant, quelque chose m'appelle de nouveau à Sannom, auprès des êtres et des souvenirs que j'y ai laissés. Et bien que j'appréhende ces rencontres, je ne recherche pas leur pardon. Malgré tout leur dégoût et toutes mes offenses, je ne suis pas désolé.

Je ne m'excuserais pas pour ce que je suis.




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MessageSujet: Re: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Mar 7 Fév 2017 - 0:05

Hello Very Happy

J'ai tout lu par petits bouts mais j'ai pas de remarque particulière à part des passages qui m'ont fait rire et / ou ont énervés Arya Razz

Comme je savais déjà ce qu'il s'est passé dans ton histoire post-invasion vampirique je n'ai rien à dire à part peut-être de rajouter des explications sur Roxas (potentiellement).

"Honnêtement, cet enfoiré a la trentaine superbe." J'avais pas vu ça à ma première lecture xD Ca résume bien le personnage ceci dit (surtout "enfoiré" dixit Arya - et "superbe" mais ça elle ne le dira pas).


T'es mort
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Liven Reaves
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MessageSujet: Re: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Mer 8 Fév 2017 - 22:57

Liven la trouve trop aimable Sourire Gaby .

Merci ! Je tiendrais compte de tes remarques en fonction de l'arrivée probable mais non certaine du dit Roxas. Hâte de jouer !



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MessageSujet: Re: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Jeu 9 Fév 2017 - 3:07

Moi aussi j'aurais bien aimé avoir plus d'informations sur Roxas, ne serait-ce que "c'était mon ami/le cousin de la tante du chat de ma voisine"... Parce que là il débarque un peu d'on ne sait où et personnellement, je ne le connais pas du tout.

À part ça, c'est une jolie présentation et je n'ai malheureusement rien d'autre à dire scratch



Fufufu:
 




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Liven Reaves
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MessageSujet: Re: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Jeu 9 Fév 2017 - 16:25

Je me ferais un plaisir d'expliquer la relation profondément contradictoire et incompréhensible qu'ils entretiennent ! Mais en attendant, je vais suivre tes conseils et aller m'emparer du flood ! Ainsi je finirais par régner en maître sur Gamaëlia tout entier ! Mouhahahahaha Twisted Evil !

Blague à part, j'adore ton avatar, Edryn !



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MessageSujet: Re: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Jeu 9 Fév 2017 - 16:47

Personne ne peut s'emparer du Flood, le flood est liberté ! I love you

Merci, ton avatar est chou aussi, je préfère celui-là à celui que tu avais avant. Ta signature est jolie aussi.


Il ne faudrait pas changer ton groupe ?




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MessageSujet: Re: Liven Reaves, l'ultime fiche de présentation   Jeu 9 Fév 2017 - 21:38

OMG ! Mais si tu as raison !
Je vais perdre ma belle couleur bleu azur Déçu yeux . Du coup, j'aimerais bien être tout de noir vêtu  Sourire Gaby .

Et sinon, oui, tu m'as inspiré pour un nouveau kit ^^.


EDIT : j'ai donc étoffé les références faîtes à Roxas, 4eme paragraphe du chapitre 5 et dernier paragraphe du chapitre 7.



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