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 Giving Up Is What Kills People

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Arya Evans
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Cheftaine des Magassionnels
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Maison/Métier : Magassionnelle
Année d'étude/de pratique : //
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Date d'inscription : 21/08/2006

MessageSujet: Giving Up Is What Kills People   Ven 21 Avr 2017 - 21:13



Plus encore que l'hémicycle, le bureau d'un politicien est le lieu de toutes les intrigues. Il s'y échange des secrets, s'y noue des alliances, s'y affronte tous les idéaux. Et dans le décorum somptueux qu'exigent sa fonction et son statut, Caliban sait qu'il se tient à sa juste place.
C'est une pièce rectangulaire, spacieuse tout en restant fonctionnelle. Classique, mais empreinte de modernité, impersonnelle et témoignant pourtant de sa personnalité affirmée, elle laisse comme lui l'impression de ne pas en dire assez, sans que l'on ne sache jamais s'il respecte ou se moque des conventions. Deux hautes fenêtres orientées plein sud jettent sur le parquet à chevron une lumière adoucie par de lourds rideaux or et champagne inspirés du classicisme. Les moulures de plâtre et les dorures ont été préservées sur des murs blancs qui permettent l'économie de décorations superflues. Au sol, des tapis gris de confection moderne délimitent les deux espaces de travail que constituent un salon installé près d'une des deux fenêtres, et le bureau de Caliban au fond de la pièce. Au plafond, deux lustres contemporains laissent miroirs et cristal en suspension. Le mobilier mêle indifféremment le style néo-classique au style empire, laissant apparaître la prédominance du bois et des marqueteries contrastée par certains éléments contemporains, comme une table basse stylisée en verre ou des fauteuils en cuir. Élément central de la seconde moitié de la pièce, le bureau de Caliban est une merveille de marqueterie dans la tradition du style empire, mais probablement plus large que ce qu'il est habituel de retrouver pour cette époque. Enfin, la cheminée centrale est surmontée d'un grand miroir ancien, craquelé à sa base, tandis qu'une toile trône derrière lui, représentant un paysage surréaliste qui pourrait très bien être un original de Kush ou de Dali.
Assis à son bureau, Caliban achève d'annoter l'un de ses dossiers avant de se lever avec lassitude. C'est un de ces rares moments où il peut s'offrir le luxe de la tranquillité avant que ne commence le défilé permanent de ses collègues et de ses opposants. Le calme avant la tempête en quelque sorte. Pourtant, son premier visiteur n'est pas des plus communs et cela le préoccupe. Si les chefs de guilde jouent un rôle politique majeur et qu'il est de notoriété commune qu'il entretient des relations courtoises avec Arya, il n'est pas habituel qu'elle bouleverse son agenda avec un rendez-vous urgent. Il glisse les mains dans ses poches après avoir rattaché le bouton de son costume gris, choisissant de se poster devant une fenêtre en l'attendant. Malgré leurs rapports distants, il se verrait mal la recevoir avec la froideur d'un accueil formel. Ce serait une insulte plus qu'un mépris et il y a des limites à sa condescendance, surtout avec quelqu'un d'aussi impatient qu'elle peut l'être. La voix grave de fumeuse invétérée de la quinquagénaire qu'il emploie comme secrétaire s'élève soudain en l'arrachant à ses pensées :
- Mademoiselle Evans est arrivée, Monsieur.
- Vous pouvez la faire entrer.

Il se détourne de la fenêtre et fait quelques pas vers la porte au moment où celle-ci s'ouvre sur la magassionnelle qui a été autrefois son amie d'enfance.

Arya remercie d'un signe de tête la secrétaire, et rentre dans le bureau de Caliban. Elle parcourt la pièce des yeux en attendant que la porte se referme derrière elle, remarquant que le style n'a pas changé depuis sa dernière visite. Elle n'apprécie pas plus que ça la décoration - ou l'absence de décoration - que Caliban a choisi pour son bureau, elle lui préfère le style moins classieux de son propre bureau. En même temps, on ne lui demande pas son avis et ce n'est pas à elle de passer sa vie dans cette pièce, donc... Son regard s'arrête sur Caliban à l'instant où retentit le cliquetis satisfaisant de la porte se refermant derrière elle. Son costume lui va impeccablement, comme d'habitude, tandis qu'elle est simplement vêtue d'une veste à la coupe classique par-dessus sa chemise et son jean noir. La comparaison est rarement à l'avantage de la magassionnelle et la rencontre du jour ne fait pas exception à la règle.
- Caliban.
Arya n'est pas connue pour ses entrées en matière policées, et ça lui va très bien. On sent qu'elle est préoccupée et qu'elle fait juste des efforts pour ne pas être trop brusque. Elle a compris depuis un moment qu'il ne servait à rien qu'elle essaie de le cacher, surtout à quelqu'un qui la connaît depuis aussi longtemps que Caliban, mais essaie néanmoins de ne pas laisser son impatience prendre le dessus, et laisse le politicien mener la danse - au moins au début. Elle est chez lui, après tout.

D'un geste de la main, il l'invite à s'asseoir et l'imite avec une certaine curiosité inscrite sur son visage sévère :
- Que me vaut le plaisir ?
Lorsque l'on passe autant de temps en politique, l'on apprend à être fin observateur et l'impatience de la jeune femme ne lui aura pas échappé. Elle a cette tension dans la voix et la façon de se tenir laissant figurer qu'elle a plus important à faire et à dire que de s'embarrasser des convenances. L'avantage avec Caliban, c'est qu'il ne porte qu'une considération très limitée à l'apparat de l'étiquette lorsqu'il sent qu'il se passe autre chose de beaucoup plus préoccupant.

Arya s'assoit sur l'invitation de Caliban dans un des fauteuils en cuir qui meublent le côté "salon" de la pièce. Elle a toujours apprécié le fait que Caliban sache ne pas s'embarrasser des convenances avec elle et lui en sait gré. Elle rentre dans le vif du sujet, sans mentir mais sans non plus tout dévoiler immédiatement. Elle a peur que Caliban ne soit pas tout à fait honnête avec elle si elle lui dit tout de suite que sa visite est en rapport avec Liven.
- J'ai reçu des nouvelles préoccupantes hier. Avant de t'en faire part, j'ai besoin que tu me retraces les évènements qui ont mené au démantèlement de l'Akaëlia, de ton point de vue. Sans me mentir, s'il te plaît.
Arya est mortellement sérieuse, mais avec un regard perçant. On sent qu'elle cache quelque chose.

Caliban lui offre alors le visage d'un homme soucieux, préoccupé par une surprise bien légitime matinée de méfiance. Les faits remontent à plus de six ans et il s'agit d'une période particulièrement difficile pour lui. Ce n'est pas le genre de souvenir qu'il aime se remémorer.
- Je crains d'avoir parlé trop vite, que me vaut ce déplaisir ?
C'est un sujet sensible et on le sent légèrement sur la défensive, ce qui est bien naturel. Toutefois, il s'avance légèrement vers elle et prend le parti de lui fournir une réponse honnête.
- Sincèrement, tout cela remonte à loin, Arya. Tu dois avoir accès à ma déposition et aux autres éléments qui ont été rendus public à l'époque. J'ai peu de choses à ajouter à ce sujet, et encore faudrait-il que je me replonge dans mes notes. Désolé.
Évidemment, il évite soigneusement le souvenir de leur ami commun qui fait précisément parti de ces choses pénibles à se remémorer.

Arya s'adosse plus complètement dans son siège. Elle est un peu déçue de la réponse de Caliban, mais elle s'y attendait. Si elle a envie de croire Liven, elle n'a pas envie de douter de Caliban non plus.
- Justement, je suis allée voir les archives de la ville ce matin. Tu connais mon amour pour la recherche. J'ai effectivement trouvé ta déposition, ainsi que des articles de journaux, des documents officiels, tout ce qu'il faut pour retracer ce qu'il s'est passé. Si je te demande de me donner ta version, c'est que je pense que tout n'a pas été dit, que ce qui est là-bas n'est pas tout à fait exact ou, au moins, pas complet.
Elle le regarde dans les yeux, là où elle veut en venir lui semble trop évident, elle n'a jamais été douée pour prendre des chemins détournés.
- Donc tu me dis que ce qui a été rendu public est complet et une exacte reproduction de ce qu'il s'est réellement passé ?

Caliban lui sourit, condescendant au possible, comme à son habitude.
- Bien sûr que non, la majeure partie de cette affaire a été classée secret défense.

Arya le regarde, l'air blasé. Elle a très très envie de se casser là, maintenant, tout de suite. Mais elle veut des infos et n'est pas venue pour rien.
- Je suppose que je n'ai plus qu'à aller voir le président, compiler les archives et déterrer tous ces vieux secrets qui remontent à plus de cinq ans ?

- Ca dépend de ce que tu cherches. Disons que ce serait plus facile pour moi de t'aider si je savais de quoi il retourne. Mais oui, tu dois être consciente que j'ai plutôt les mains liées sur la question.

- Tu as les mains liées ? Tu penses que je vais aller crier sur tous les toits ce que tu pourrais me raconter ? Si tu n'as pas la capacité de m'aider, dis-le tout de suite et je ne t'importunerai pas plus longtemps !
Arya respire un coup, ferme les yeux et prend le temps de se calmer trente secondes. Elle comprend que le sujet est sensible mais elle ne supporte pas qu'on lui refuse des infos sous un prétexte bidon.
- Je te l'ai dit, je veux ton point de vue sur ce qu'il s'est réellement passé. Je trouve particulièrement étrange que, si j'ai bien compris, Liven t'ait mené en bateau d'un bout à l'autre de cette histoire.

Caliban pousse un long soupir. Agacé ? Certainement, mais pas pour les raisons qu'il veut bien faire croire.
- Manipulateur comme il l'a toujours été, tu l'en crois incapable ?
Ce serait oublier à quel point il l'est lui-même. Et il savait que tôt ou tard les soupçons d'Arya se reporteraient sur lui dans cette affaire. Elle les connaît, tous les deux. Elle sait que Liven aurait parfaitement été capable d'agir selon la version officielle. Mais elle sait aussi que s'il était personnellement impliqué, il n'y a aucune chance que Liven ait agi de la sorte ou que lui-même n'y ait consenti. Cela fait six ans à présent, peut-être est-il l'heure des aveux ? Mais toute amie qu'elle soit, on ne révèle pas comme cela un secret d’État et un secret personnel à une magasionnelle. Dans ces conditions, autant la guider, à demi-mots, vers cette vérité où l'ont certainement déjà menées ses propres conclusions. Il relève un regard doux sur Arya, presque encourageant alors qu'il devrait être accusateur.

- Oh non, je l'en sais parfaitement capable ! Mais je ne te pensais pas assez bête pour te faire avoir. Ce serait décevant.
Elle lui lance un sourire narquois.

Caliban esquisse l'ombre d'un sourire :
- Et insultant.
Il ne s'est pas fait avoir.

Arya soupire. Puisqu'il faut tout faire soi-même, elle pousse son raisonnement.
- Bon. Mettons que tu n'es pas aussi bête que tu veux me le faire croire, et que Liven ne t'a pas manipulé d'un bout à l'autre. Ça voudrait donc dire que tu savais tout ce qu'il faisait ? Depuis le début ?

- Tu vas me trouver pénible, mais j'ai une autre question pour toi en guise de réponse. Tu es celle qui l'a aidé à sceller son don et j'ai cru comprendre que c'était à sa demande, n'est-ce pas ?

Arya sent un piège, mais lequel ? Impossible à dire.
- ... Oui ?

- Pourquoi, après six ans privé de son don, aurait-il soudain pris le risque de le briser ? Je veux dire, nous savons tous les deux quelles étaient ses inclinaisons... mais tu sais aussi bien que moi qu'il y a une seule chose qu'il a toujours désiré plus que le pouvoir.
L'impunité. Celle d'agir sans avoir à assumer la responsabilité de ses actes. Et c'est ce qu'il lui a offert, le condamnant par la même occasion. Il s'est servi de Liven, avec la complicité de ce dernier.

- Je ne sais pas pourquoi il a fait ça, ça n'avait aucun sens à l'époque et ça n'en a toujours pas main...
Arya s'interrompt brusquement, le temps de retracer le chemin de sa révélation soudaine, pour être sûre d'avoir bien compris. Pourquoi Liven aurait-il pris le risque de retrouver son don ? La réponse évidente : pour le pouvoir, ne cadrait pas avec le fait qu'il ne pouvait pas s'en servir sans risque à cause de la magie noire. Mais si quelqu'un d'autre avait assumé le risque ? Elle regarde Caliban, incrédule.
- C'est toi ? C'est toi qui lui as permis de briser le sceau ?
Elle préfère ne rien dire d'autre, au cas où elle se serait trompée. Elle n'a aucun détail, après tout.

Caliban s'était redressé, prenant appui contre le dossier de son siège, la main négligemment levée à hauteur de ses lèvres. Ses yeux froids contemplent l'incrédulité d'Arya. Puis, le voilà qui les referme. A partir de quel moment un battement de cil peut-il être considéré comme un assentiment ? Car c'en est un.

Qui ne dit mot consent. Elle connaît assez bien et Liven et Caliban pour savoir qu'elle a raison. Ça semble tellement évident maintenant, ça explique tellement de choses ! Et avec Liven qui veut faire reconnaître ses responsabilités à Caliban, ça a tellement d'implications... Mais elle ne porte aucun jugement sur les actes du politicien. Elle-même ne sait pas ce qu'elle aurait fait à sa place, elle lui fait confiance pour prendre les décisions qu'il juge appropriées.
- Je me doutais que tu étais plus impliqué que tu ne voulais me faire croire, mais là...
Arya se lève et progresse lentement vers le bureau de Caliban, réfléchissant à plein régime. Elle n'a pas vraiment plus de questions à poser, car même si elle n'a pas tous les détails, elle a eu ce qu'elle voulait. Avec ce que lui a dit Liven, elle sait tirer les conclusions qui s'imposent sur la suite de ce qu'il s'est passé il y a 6 ans. Elle se retourne vers Caliban :
- Qui est au courant ?
Elle part à la pêche aux infos, comme ça, sans se rendre compte de la difficulté de la position de Caliban, de toute façon elle n'en a cure.

Caliban demeure silencieux, par pudeur mais aussi par délicatesse, pour lui laisser tout le temps d'assimiler ses révélations. Par ailleurs, la gravité des enjeux se passe de tout commentaire et il sait Arya suffisamment intelligente pour faire l'économie d'explications superflues. Il y aurait pourtant tellement à dire sur les circonstances qui ont présidé à une telle décision, sur l'implication personnelle de Caliban avec Sorel, sur le petit jeu dangereux qu'il a mené auprès de Liven et qui a fini par se retourner contre lui. Mais pour aussi complexe que fut toute cette histoire, prendre un tel raccourci n'en dénature pas pour autant la réalité. Même s'il n'a pas personnellement agi en ce sens, il a créé toutes les conditions pour rendre à Liven ses pouvoirs jusqu'à ce que cela se retourne contre eux. Il se lève finalement, contournant son fauteuil pour s'y appuyer en attendant qu'Arya vienne lui faire face à nouveau. Évidemment, il s'attendait à ce que cela tourne à la confrontation et entreprend de désamorcer les choses. D'un soupir presque moqueur, il relativise la pertinence de la question.
- Dis-toi que si toi, tu n'étais pas au courant de ce que je ne t'ai pas dit aujourd'hui, la liste ne devrait pas être bien longue.
Il demeure prudent. Techniquement, il n'a rien avoué, il n'a rien dit qui puisse le compromettre.

Arya le regarde de travers. Il esquive encore sa question.
- Qu'est-ce que vous êtes chiants tous les deux, à jamais répondre directement ! C'est si dur que ça d'être honnête avec moi ?
Avant qu'il puisse répondre, elle lui fait signe de se taire, exaspérée.
- Non, ne dis rien. Je ne suis pas sûre de vouloir savoir.

Caliban fronce les sourcils. Il n'en est pas sûr, mais il a ce mauvais pressentiment qui ne le quitte pas. Et cette façon de s'exprimer...
- Alors n'exige pas de moi des réponses que tu n'es pas prête à entendre.
La voix s'est faite plus sèche, plus autoritaire aussi. La maintenir dans l'ignorance était un mal nécessaire pour leur protection à tous. Maintenant qu'elle sait, le risque n'est pas exclu qu'elle doive rendre des comptes et elle se trouve dans la position désagréable de devoir s'associer à leurs actions par amitié ou de devoir enquêter par professionnalisme. Si sa trahison s'avérait être le prix de son honnêteté, elle comprendra qu'il n'ait pas envie de lui offrir les détails qui le compromettraient.
- En revanche, j'aimerais bien savoir ce qui est venu raviver ta curiosité, six ans après les faits. Que s'est-il passé hier ? Et surtout...
Sa voix se fait blanche et l'on devine derrière son calme apparent une tension beaucoup plus intimidante :
- ...qui est-ce que tu désignes exactement par « tous les deux » ?

- Ne joue pas à ça avec moi, Caliban.
Arya ne supporte pas qu'il soit autoritaire avec elle. Il n'est pas en position de le faire, et elle n'est pas d'humeur à le supporter.
- Ce n'est pas parce que tu juges nécessaire de garder pour toi des choses qui t'explosent tôt ou tard à la figure que je vais faire pareil.
Elle prend le temps de lui lancer un regard noir, pas le moins du monde impressionnée.
- Liven est revenu à Sannom cette nuit.

Les explosions colériques d'Arya sont proverbiales, rien qu'il n'ait appris à relativiser avec le calme dédain qui est le sien. Il ne lui a pas répondu pour souffrir ses jugements de valeur. Cependant, il savait qu'il devrait s’accommoder de son mauvais caractère. Ignorant sa pique, Caliban s'apprêtait à reposer ses questions avant qu'elle ne confirme ses doutes.
C'est étrange comme l'esprit humain est fait. Même en en ayant déjà formé le soupçon, même avec en s'y étant préparé, il n'a pu réprimer cette surprise presque coupable. Imperceptiblement, ses épaules s'étaient légèrement crispées, son visage s'était relevé, son regard s'était fait plus intéressé. Suffisamment en tout cas, pour qu'en soupirant l'on sente cette invisible tension se relâcher.
- Je suis surpris que tu aies réussi à museler la presse aussi longtemps...
Non... plus encore, il était surprenant qu'aucun de ses informateurs, aucun de ses anciens collègues n'ait eu vent de cette information. Le regard soudain vague, un froncement de sourcil significatif lorsqu'il met le doigt sur un élément qui ne colle pas, Caliban finit par raccrocher son regard au sien. Un léger mouvement de la tête, tendu vers elle, comme une question muette. S'il avait été appréhendé, il en aurait entendu parler, même sous couvert d'une opération secrète. S'il avait été simplement repéré, la presse aurait immédiatement été avertie pour aider aux recherches. Si rien de tout cela n'avait encore fuité, c'est que la seule personne au courant n'avait pas encore partagé l'information. Et le fait que cette personne soit Arya l'indignait plus qu'il ne l'aurait soupçonné...

Si les explosions colériques d'Arya sont proverbiales, sa capacité à passer d'une émotion à l'autre sans prévenir peut être tout autant déroutante. Elle n'est pas douée pour les secrets, et sa tension s'envole comme on lâche un ballon une fois qu'elle a évoqué la raison de sa présence dans le bureau de Caliban. Ses épaules se relâchent, son expression est plus neutre. Les affaires ne sont pas finies pour autant.
Elle hausse les sourcils devant la pique verbale, qui ne l'atteint pas. La presse... Ce n'est pas son problème. Ce n'est surtout pas le plus urgent de ses soucis. Elle accroche le regard de Caliban, secoue légèrement la tête, amusée.
- Estime-toi honoré d'être une des deux seules personnes à savoir. Estime-toi heureux surtout. Il est revenu pour toi.
Après le mal qu'elle a eu pour obtenir des réponses de Caliban, elle ne va pas tout lui raconter d'un coup. Non non non.

- Honoré ?
Aucune trace de douceur ou d'amusement dans cette question qui sonne comme un avertissement.
- Heureux ?
Caliban se redresse tout à fait, la dévisageant avec quelque chose aussi proche de l'indignation que de l'incrédulité.
- Et puis-je savoir ce que son retour en ville a de si réjouissant ? Cela ne fait pas 24h qu'il est là et il a déjà réussi à nous mettre en danger tous les deux.
Il s'est rapproché d'elle, proprement scandalisé par son attitude désinvolte.

Il est rare de voir Caliban réagir aussi directement. Arya esquisse un pas en arrière, surprise de l'implication du politique. Visiblement, ils n'ont pas le même avis sur la question... Elle se reprend, son attitude de nouveau agressive, et se rapproche aussi. Elle doit lever un peu la tête pour toiser Caliban, plus grand qu'elle, ce qui réduit un peu l'effet qu'elle voulait donner.
- Sa présence en ville ne change rien aux dangers qu'il nous fait courir, je te signale. Ce n'est pas ça qui va m'arrêter.

- Oh mais je ne demande qu'à être éclairé... pourquoi tu ne l'as pas arrêté à la minute où tu l'as confronté ? Bon sang Arya, tu es chef des magassionnels !

- Parce que tu crois que j'aurais réussi ?
Elle crie presque. Le temps de reprendre sa respiration, ce qu'elle vient de dire s'implante dans son esprit, elle écarquille les yeux, se détourne brusquement. Ce n'est pas ce qu'elle voulait dire. Ce n'est pas ce qu'elle voulait dire. Elle ne le pense pas, de toute façon. Vraiment. Vraiment ? Non... Elle ne voulait pas se l'avouer. S'avouer sa faiblesse. C'est un peu tard maintenant.

Caliban est trop stupéfait pour laisser libre court à sa colère.
Il y a quelque chose dans la sincérité brute d'Arya qui vient de souffler tout élan d'agressivité chez lui, et ce n'est pas un mince exploit. Sa vulnérabilité semble incongrue et suprême en même temps, et, pour un instant, il doit avouer qu'elle l'a tenu en respect. Et à ça, il doit bien une réponse honnête.
- Non. Pas toute seule en tout cas.
Il y a de la tendresse dans sa voix à défaut d'en avoir dans ses mots. Caliban sait de quoi elle parle, il est bien placé pour le savoir. Le contrôle qu'il pensait avoir sur Liven n'avait jamais reposé sur sa supériorité de magas. Qui plus est, elle aurait été totalement illusoire en prenant en compte la magie noire. Et qui sait ? Peut-être même sans. Lui a eu le temps de faire son deuil de cette amitié. Il commence tout juste à comprendre que ce n'est pas le cas d'Arya.
Il lève la main, comme si le simple fait de lui toucher le bras suffira à lui transmettre son soutien. Elle retombe pourtant, avant d'avoir initié ce contact réconfortant. Il y a entre eux, des choses qui ne se font pas. Des distances nécessaires. Sa voix devient plus ferme, plus combative, sans pour autant perdre de la sympathie qu'il lui a témoignée.
- Ecoute. Je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre, mais Liven... ce qu'il a été autrefois... tout ça est perdu. La seule chose qu'on puisse faire c'est s'assurer qu'il ne détruise pas ce qui nous est précieux dans son éternelle quête d'autodestructrice. Crois-moi, je me suis déjà laissé prendre au jeu. Et ça ne recommencera pas.

Elle respire profondément, récupère ses esprits. La voix de Caliban l'apaise, même si ce qu'elle entend ne lui plaît pas.
- Je ne laisserai pas tomber.
Ce n'est pas son genre de baisser les bras. Arya sait ce qu'elle veut, et sait se donner les moyens de l'obtenir. Le moment de faiblesse est passé, et, si dire tout haut ce qu'elle ne voulait pas s'avouer est libérateur, ce n'en est pas moins humiliant. La seule façon de reprendre contenance qu'elle connaît, c'est passer à l'attaque. Une résolution d'acier peinte sur le visage, elle se retourne pour faire face à Caliban.
- Je ne prétends pas savoir à quel point Liven a changé. Je ne sais même pas si je le connais encore. Ce que je sais, c'est qu'il est revenu, et je ne compte pas laisser passer cette chance. Je ferai ce qu'il faut pour le faire revenir dans le droit chemin. Pour moi, pour lui, même pour toi, si tu le veux. Et si, comme tu penses, ce n'est pas possible...
Le silence laissé par ses paroles répond à sa place. Si ce n'est pas possible, elle fera aussi ce qu'il faut.

Caliban connaît ce regard et il se doute aussi déjà de ce qu'elle va dire. Il l'écoute, au début, puis se détourne, les mains dans les poches de son costume, contemplant un instant ce qui se passe à la fenêtre avant de se tourner vers elle à nouveau.
- Je ne peux pas te blâmer pour avoir toujours de l'espoir.
Même lui serait bien incapable de dire ce qu'il y a chez cet homme qui exalte et attire irrémédiablement. Une rage de vivre, un esprit fait d'absolus, une passion extrême, brillante et dévastatrice, comme une fulgurance trop vive et mystérieuse pour ne pas fasciner...
- Je ne le dénoncerai pas.
Il lui lance un regard dur.
- Principalement parce que j'aurais du mal à expliquer qui est ma source... Reprenant, sans perdre de son tranchant. Mais c'est là que s'arrête mon implication. Il est doué, mais pas infaillible. Je suis sûr que tu trouveras le moyen de l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard, quitte à réquisitionner l'ensemble de tes magassionnels pour le dominer. Je pense que tu sais où se situe ton devoir, Arya.
Il ne veut pas s'en mêler. Il ne veut pas même y contribuer. Il ne peut pas le trahir, ni trahir tout ce en quoi il croit. L'immobilisme est sa seule issue et dieu sait s'il déteste faire ce constat.

- Tu es mal placé pour me dire ça, je te signale.  Répond-elle, cinglante. Il croit pouvoir rester en-dehors de ça ? Il a de l'espoir. Si la présence de Liven à Sannom est mon problème - et je l'assume, merci beaucoup - la raison de son retour ici t'incombe en partie. Il veut que tu prennes tes responsabilités pour ce qu'il s'est passé il y a six ans. Et moi, j'ai besoin de temps pour découvrir ce qu'il cache.  
Avant de faire quoi que ce soit, il faut qu'elle sache exactement pourquoi Liven est revenu. Et ce n'est certainement pas pour manger de la brioche.

Caliban hausse les sourcils dans une expression à demi offusquée et à demi dédaigneuse.
- Que ce soit clair, je ne lui dois rien.
Qu'il prenne ses responsabilités ? Il y a tellement de culot et de provocation dans ce souhait que Caliban serait tenté de croire que cela cache une insulte. De quel droit ose-t-il lui demander quoique ce soit ? Quant à Arya, elle n'est pas en reste.
- Et je ne servirais pas non plus d’appât le temps que tu enquêtes. Je te l'ai dit, je ne veux rien avoir à faire avec ça. Tu imagines ce que je risque ?

- J'imagine surtout ce qu'il va se passer si tu ne fais rien.

- C'est à dire ?

- C'est-à-dire que j'aurais préféré qu'il parte sans avoir à tenter de l'arrêter. C'est très risqué. Mais bon.
Elle fait la moue, pensive. Ce qu'elle veut surtout, c'est savoir quelle vraie raison amène Liven à Sannom, ça ne lui dit rien de bon. Elle aurait préféré ne pas l'affronter immédiatement pour essayer de tirer le plus de choses possibles au clair, mais sans le soutien de Caliban ce n'est pas possible, et elle ne va pas faire exprès d'envoyer Liven sur le politicien sans son accord. Maintenant, elle peut aussi tenter de lui soutirer ces informations en prison, mais cela risque d'être plus dur...

Caliban soupire.
- Et l'on sait tous les deux que buté comme il est, il ne partira pas tant qu'il n'aura pas obtenu ce qu'il veut. C'est pour ça que je te dis que la meilleure stratégie c'est de lui faire peur. La menace de se faire arrêter seule ne suffira pas, sinon il n'aurait pas pris le risque de revenir. Il faut aller à l'affrontement, c'est la seule chose qu'il a jamais voulu comprendre. Or, tu n'obtiendras rien en gagnant du temps, c'est ce qu'il veut et...
Caliban s'interrompt brutalement pour la fusiller du regard.
- Ôte-moi d'un doute, tu n'as consenti à aucune de ses suggestions, j'espère ?
S'il y a la plus petite chance que tout ceci ne leur explose pas à la figure, il faut qu'il puisse être sûr qu'Arya ne va pas privilégier les intérêts de Liven plutôt que les leurs. Et vu la tournure que prend la conversation, il commence à pressentir que cet enfoiré l'a déjà manipulée exactement comme il le voulait.

Arya rend son regard fusilleur à Caliban. Si les yeux pouvaient tuer, il y aurait beaucoup de cadavres dans cette pièce vu la tournure de la conversation.
- Je n'ai rien promis. De toute façon je te l'ai dit, je ne veux pas l'affronter. Au moins, pas sans préparation. C'est trop risqué.
Elle ne va tout de même avouer de nouveau qu'elle ne sait pas qui va gagner. Faut pas pousser.

- Alors ce n'est compliqué, il faut s'y préparer.

- Ha. Je vais avoir besoin de toi pour ça.
Elle le toise, moqueuse. Il veut s'impliquer ou pas ?

Caliban lui sourit incidemment.
- Quoi, tu es en manque de magas exceptionnel ?

- Pfff. J'ai surtout besoin de ce qu'il y a chez toi. Entre autres.

- Je vais avoir besoin que tu sois plus précise...
Caliban lui-même ignore combien de manoirs, résidences secondaires, maisons de campagnes, entrepôts, institutions diverses, terrains fonciers, et autres possessions lui appartiennent. Et encore, si on ne se limite qu'à ce qui lui appartient en titre... parce que si on commence à s'intéresser à la famille étendue...

- Je sais qu'elle est dans ta famille depuis longtemps. C'est une pierre, de taille moyenne, qui devrait être gravée de runes. Sans doute bien protégée ou bien gardée. C'est un artefact.

Caliban se plonge dans ses pensées un instant, l'index sur ses lèvres battant au rythme de sa mémoire.
- Si c'est un artefact puissant, il devrait être quelque part dans la résidence principale. Mais il y a trop de choses qui correspondent à cette définition. Il servirait à quoi ?

- Tout seul, il ne sert à rien. Avec les autres qui font partie du sort, il permet de couper complètement quelqu'un de sa magie. Théoriquement.
Elle n'est pas très à l'aise à l'évocation de ce sort, car c'est typiquement le genre de chose qu'elle ne supporterait pas qui se retourne contre elle.

Il lui lance un regard intrigué, mais également un peu sombre.
- Tu veux lui faire traverser ça à nouveau ?

- C'est un plan de secours, je ne veux prendre aucun risque. Tu as une meilleure idée ?

- Je pense surtout que tu ferais mieux d'avoir une meilleure idée car m'est avis qu'il préférera mourir qu'être nomag à nouveau.

- Tu es au courant que si je l'arrête il finira en prison ? A Olm ? Il sera comme un nomag là-bas.

- Mais il n'aura pas perdu tout espoir.

- Tous les sorts sont réversibles. Il est bien placé pour le savoir.

Caliban pousse un gros soupir... Ce n'est pas comme s'ils étaient en train de conspirer contre une aberration de la nature, anciennement leur meilleur ami, et ce dans l'ignorance la plus totale des lois qu'ils ont juré de protéger.

- Ecoute, c'est un plan de secours. C'est toi qui as dit qu'il faudrait l'affronter. Je prends mes précautions, c'est tout. Si tout se passe bien, on n'aura pas à en arriver là.

- Je l'espère, la dernière fois que j'ai dû affronter un mage noir, j'avais Liven dans ma manche et ça ne s'est pas très bien passé.

Arya préfère ne rien dire que de répondre quelque chose qu'elle regretterait. Les paroles de Cal lui restent en travers de la gorge.
- Trouve-moi cet artefact et tout ira bien.

- Très bien. C'est le maximum que je m'engage à faire.
Il se redresse tout à fait, comme pour la saluer après cette conversation qui en vient à son terme. Pourtant, il prend soudain un air soucieux :
- Il avait l'air... bien ?

Elle soupire, pensant que Caliban se fait bien des illusions s'il croit s'en sortir à si bon compte. Si cela ne tenait qu'à elle, elle respecterait ses souhaits mais cela risque de ne pas être possible... Par contre la question suivante, pardon ? Ce serait tellement facile d'en tirer profit, de le forcer à l'aider, mais ce serait surtout malhonnête. Sa tête se contente d'afficher une expression "tu me fais quoi là" quand elle répond prudemment :
- Plutôt, oui.

Il est nostalgique, c'est tout.
- Je vais prendre mes dispositions et je te contacterais dès que j'aurais mis la main sur cet artefact.

Elle hoche la tête dans un geste de confirmation, de remerciement et de salut, avant de sortir sans plus de cérémonie. Encore une discussion étrange, qui ne s'est pas passée comme prévue.





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